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Charles Gave

Taux d’intérêt et taux de change: le pays de la soif

A l’IDL, nous avons beau être une petite équipe à taille humaine, il n’en reste pas moins que des « souhaits » sont exprimés et qu’il vaut mieux les entendre et les satisfaire faute de quoi une certaine mauvaise humeur pourrait apparaitre. Ainsi m’a t’« on» fait comprendre que consacrer l’une de ces chroniques à ce qu’étaient les taux d’intérêts et les taux de change était…souhaitable  car la demande en provenance des lecteurs apparaissait forte. J’ai bien essayé de botter en touche, tant le sujet est complexe, mais «on» m’a fait comprendre que l’«on» n’était pas dupe.

Et donc voila cette chronique sur les deux sujets qui ont mené le plus d’économistes à l’asile de fous.  Et  je vais essayer de faire la chose la plus difficile au monde, être court, aller à l’essentiel sans dénaturer la réalité…Mais je ne cache pas que cette chronique risque d’être un peu…aride. Comme le disait le Capitaine Haddock dans le crabe aux pinces d’or (où il rencontre Tintin)… « Le pays de la soif, le pays de la soif »  Commençons donc notre marche Saharienne par les taux d’intérêts.

 

Imaginons que j’ai un revenu de 100. A chaque fois que je le perçois, j’ai la possibilité de le consommer dans sa totalité ou d’en mettre une partie « de coté». Si je suis une fourmi craintive, je vais mettre le maximum de coté. Si je suis une cigale, rien du tout. La somme de toutes les craintes  et de tous les espoirs de toutes les fourmis  et de toutes les cigales me donne un « stock d’épargne » c’est-à-dire les montants que la population, en France par exemple, est prête à ne pas consommer.

De l’autre coté, vous avez toute une série de gens qui ont une idée très nette de ce qu’ils pourraient faire avec cette épargne s’ils y avaient accès. Citons les entrepreneurs, toujours à court d’argent, les jeunes qui veulent se loger, l’État qui sait mieux que vous ce que vous devriez faire de votre argent, vos enfants qui ont besoin de s’installer…

Ce stock d’épargne, dans un monde idéal, se mettrait en face de cette demande d’épargne  et un grand marchandage aurait lieu pour déterminer le PRIX auquel le stock d’épargne serait égal à la demande d’épargne.  Si les taux baissent, j’épargne un peu moins et j’emprunte un peu plus, si les taux montent j’épargne un peu plus ou j’emprunte un peu moins jusqu’à ce que l’on  arrive au moment magique ou l’offre d’épargne = la demande d’épargne.

Et le Suédois Wicksell, l’un des plus grands économistes de tous les temps appelait ce taux d’équilibre entre l’offre et la demande d’épargne le « taux d’intérêt naturel »

Mais disait Wicksell qui était tout sauf naïf, ce taux naturel est en fait un taux «théorique» qui peut ne rien avoir à voir avec le taux que chacun peut observer dans le marché aujourd’hui. Après tout, les entrepreneurs peuvent se tromper sur leurs espérances de gains futurs, l’État peut essayer de manipuler ce taux en donnant par exemple des avantages fiscaux  à ses propres emprunts, les épargnants peuvent paniquer d’un seul coup tous ensemble, la banque centrale ou les banques commerciales peuvent faire n’importe quoi.

Donc, nous dit Wicksell,  le taux  observable sur le marché et qu’il appelle «le taux de marché»  peut être complètement différent du « taux naturel », et ce pendant de longues périodes.  Et d’après Wicksell, si le taux de marché est trop bas par rapport au taux naturel, cela mène toujours à des spéculations financières débridées qui se terminent en général par des Krachs (c’est un peu la situation actuelle).

Si l’argent est trop cher, avec le taux de marché au dessus du taux naturel, la croissance s’arrête nette et l’économie rentre en dépression. C’est un peu le scenario dont le fossoyeur de l’économie Française Monsieur Trichet a fait bénéficier notre pays pendant la période ou il sévissait à la banque de France avec sa politique débile du franc fort.

Résumons-nous :

Dans le fonds il y a DEUX taux d’intérêts à tout moment.

-Le taux naturel où l’épargne = l’investissement

-Le taux de marché, le taux auquel vous et moi allons avoir accès pour prêter ou emprunter de l’argent…

Plus les deux sont proches l’un de l’autre et plus la croissance économique est à la fois stable et forte.

Plus les deux s’éloignent l’un de l’autre et plus les variations cycliques deviennent fortes, la croissance faible et le chômage élevé, comme on le voit depuis que les banques centrales ont décidé de manipuler les taux de marché pour «stimuler la croissance», avec le succès que chacun peut constater tous les jours.

Pourquoi ?

Tout simplement parce que plus les deux sont loin l’un de l’autre et plus le déséquilibre entre l’offre d’épargne et la demande d’épargne devient fort.

La différence ne peut être comblée que par une destruction ou une création de crédit et de dette qui risque de déstabiliser le système a terme.

Ces déséquilibres un jour ou l’autre doivent en effet être corrigés et cela se fait en général assez brutalement dans des crises financières énormes qui ne sont que la manifestation de l’offre et de la demande d’épargne redevenant équivalentes.

 

Et donc, chacun des lecteurs de l’IDL quand il pense « taux d’intérêts »  doit penser  à trois choses

  • La ou les taux d’intérêts sont.
  • La ou ils devraient être, à son avis (qui vaut bien le mien).
  • La différence entre les deux.

Car plus l’écart entre les deux premiers est grand, et plus méfiant il doit devenir tant la mesure ou le système dans lequel il opère est par nature de plus en plus instable au fur et à mesure que le temps passe…

C’est vous dire si je suis méfiant en ce moment tant cette différence a été manipulée depuis 15 ans  et ce dans tous les pays du monde…Jamais l’écart entre le taux de marché et le taux naturel n’a été aussi élevé partout et depuis aussi longtemps.

Le retour sur terre risque d’être agité

Et si le lecteur me demande d’où vient le désir forcené que tous les hommes politiques, tous les banquiers centraux et tous les économistes ont de manipuler sans cesse cet écart puisque toutes les analyses historiques montrent que ces manipulations se terminent toujours mal, et bien la réponses est simple : les effets à court terme d’une telle manipulation sont souvent heureux et permettent donc de rester au pouvoir.

Et après eux, le déluge…

 

Passons à notre deuxième sujet, les taux de change.

Le taux de change n’est rien d’autre qu’un PRIX de marché entre deux monnaies.

J’ai beaucoup écrit sur ce site sur ce qu’était une monnaie et je vais essayer de résumer en quelques phrases ces réflexions.

Une Nation c’est une volonté de vivre ensemble qui s’exprime par un contrat social accepté par l’ensemble de la population. Ce contrat social implique des transferts à l’intérieur de cette Nation, organisés par un État à qui est consenti le monopole de la violence légitime. Pour assurer ses missions Régaliennes et procéder aux transferts requis cet État prélève des impôts, ce qui requiert qu’il dispose d’une monnaie.

La monnaie n’est donc que l’expression financière de cette volonté de vivre ensemble.

La volonté de vivre ensemble et la monnaie sont donc l’envers et l’endroit d’une même réalité.

 

Le Ratio entre deux monnaies s’appelle le taux de change.

 

Imaginons que nous ayons deux pays  et que l’un des deux décide de ne plus avoir d’enfants tandis que l’autre maintient sa fécondité à deux enfants par femme, ce qui permet à la population de se maintenir à  un niveau à peu prés constant.

Que va-t-il se passer dans le taux de change entre leurs deux monnaies ?

Le premier pays, celui qui ne fait plus d’enfants, va se retrouver avec une population jeune et en âge de travailler sans être « encombré »  par tous ces enfants qui dans le fond coutent très cher.

Sa balance commerciale va exploser à la hausse par rapport à celle du pays qui continue à faire des enfants et l’on peut penser qu’il n’y aura pas de déficits budgétaires dans le premier pays.

Et donc la monnaie du premier pays va monter  pendant un grand moment par rapport à la monnaie du deuxième pays et tout le monde vantera la qualité de la gestion du premier pays et condamnera l’incompétence des hommes politiques du deuxième.

 

Avançons de trente ans.

 

Ceux qui n’ont pas fait d’enfants prennent tous leurs retraites en même temps  et la question se pose: qui va payer leurs retraites ?

Car les retraites d’aujourd’hui ne peuvent être payées que par du travail d’aujourd’hui, ce qui veut dire que ceux qui n’ont pas fait d’enfants doivent s’être constitué une espèce de créance sur le travail du pays d’à coté en y achetant par exemple des entreprises ou des obligations d’État.

Et au fur et à mesure que ces créances se liquideront, la monnaie du premier pays baissera par rapport à celle du deuxième.

Et donc nous aurons un cycle démographique du taux de change, d’abord en hausse pour le premier, ensuite en baisse, d’abord en baisse pour le premier , ensuite en hausse.

 

Imaginons qu’au début de la période, de puissants génies décident de bloquer le taux de change entre les deux pays.

La compétitivité « anormale » du premier pays  au début de la période ne pourra être compensée par son taux de change qui monte, et donc l’économie du deuxième pays sera détruite et il n y aura rien a acheter quand le basculement démographique se produira.

Bloquer le taux de change, c’est donc bloquer, une fois encore, les mécanismes d’ajustement qui permettent aux économies de s’ajuster harmonieusement en fonction de ce que font les pays voisins.

C’est l’exemple parfait du lit de Procuste, ce brigand Grec qui allongeait ses prisonniers sur un lit. Ceux qui étaient trop grands, on leur coupait ce qui dépassait, ceux qui étaient trop petits, on les allongeait grâce aux efforts de chevaux commis à cet effet.

Et tout le monde en crevait, sauf ceux qui avaient la même taille que Procuste.

Quand on connait les milliards de transactions qui se passent sur les marchés des changes tous les jours, on ne peut qu’être stupéfaits de la vanité des hommes politiques qui prétendent savoir ou devrait être le taux de change entre deux Nations, c’est-à-dire deux volontés de vivre ensemble.

Fixer le taux de change est vraiment le degré ultime non seulement de l’incompétence en économie mais de la suffisance intellectuelle la plus extrême, qui ne peut se produire que si vous avez toujours été premier de classe et que vous n’ayez jamais travaille dans la vraie vie.

 

Conclusion

 

Beaucoup de gens me demandent pourquoi les choses vont aussi mal, partout.

La réponse est toute simple.

Manipuler le taux d’intérêt, c’est intervenir dans le rapport que j’ai avec le temps et donc détruire ma Liberté Individuelle puisque je n’ai plus la libre disposition de mon temps.

Manipuler le taux de change, c’est attenter à ce qui m’unit au reste de mon pays, c’est-à-dire la volonté de vivre ensemble. Sans liberté des taux de change pas de Souveraineté Nationale et donc pas de Démocratie

Si je n’ai plus de Liberté Individuelle et si je ne peux plus choisir librement avec qui je veux vivre, pourquoi l’économie de mon pays, ou de tout autre pays devrait elle fonctionner ?Car une économie prospère n’existe que s’il existe des prix libres et tous les prix trouvent leur origine dans la combinaison entre taux d’intérêts et taux de change.

Nos économies implosent parce que nous ne sommes plus libres, et voila tout.

 

 

 

NDLR: Toute reprise des articles du présent site devra, sans exception aucune (pour tous les articles du site présents et à venir)

 1/ faire l’objet d’une demande acceptée en amont

2/porter la mention en amont de l’article “un Article publié par Charles Gave pour le site Institut des Libertés