Jean-Baptiste Noé

12:11:32 2017.12.07
Arabie Saoudite : Vision 2030
6:29:25 2017.11.30
Qu’est-ce que les guerres de civilisation ? Caractéristiques des guerres civilisationnelles Huntington définit les guerres de civilisation comme des affrontements entre des États de civilisation différente, ou entre groupes différents présents au sein des États. La finalité de ces guerres est le contrôle du sol et l’élimination du groupe qui n’est pas membre de la civilisation. La purification ethnique est souvent la conséquence de ces conflits. Par conséquent, ces guerres ne peuvent pas avoir de fin négociée ou partagée puisque la fin de la guerre ne peut être que la disparition complète du groupe culturel que l’on combat. Tant qu’un morceau de ce groupe subsiste, la guerre ne peut être qu’entre parenthèses, attendant le moindre prétexte pour repartir. Ce sont donc des conflits longs, très difficiles à résoudre autrement que par l’expulsion d’un groupe. Il n’y a pas de concession possible, pas d’entente et pas de vie en commun. Ces guerres provoquent des morts, mais aussi de nombreux réfugiés qui partent vers d’autres zones ou d’autres pays, déstabilisant ainsi d’autres régions. Elles ont donc des effets expansionnistes importants. Dans ces guerres de civilisation, la religion est la différence la plus profonde qui existe entre les peuples. Elles ont toutes la religion pour fondement. La langue, l’ethnie, la culture peuvent intervenir, mais c’est la religion qui en est la cause fondamentale. Cette analyse d’Huntington est contredite par certains historiens, notamment Bernard Lugan pour l’Afrique, qui estime que la cause première est l’ethnie ; la religion servant de catalyseur à l’expression du conflit ethnique. En Afrique, on constate souvent que les ethnies choisissent une religion par opposition à des ethnies voisines dont elles sont adversaires.   La guerre de civilisation ancre également dans l’esprit des populations que seule la guerre peut résoudre une crise ou un conflit. Dans les mondes chinois et musulmans, la guerre est ainsi l’élément privilégié pour la résolution des conflits.   Usage de la guerre pour résoudre une crise, entre 1929 et 1979 : Chine : 76.9% États musulmans : 53.5% URSS : 28.5% États-Unis : 17.9% Grande-Bretagne : 11.5%   Ces analyses faites par Huntington démontrent que la Chine demeure un pays très belliqueux, ce qui n’est pas forcément rassurant pour l’avenir de cette zone.   L’essor de la conscience identitaire   Lors des guerres de civilisation, les radicaux finissent toujours par déborder les modérés et par ravir la direction des affaires. Les modérés sont rejetés, car considérés comme trop mous et trop conciliants. Mais ils peuvent ressurgir en fin de combat, quand les extrémistes ont montré leur inefficacité et leur impasse, et quand les populations en ont assez de la violence, à condition qu’ils n’aient pas été éliminés. La conscience identitaire ravive le problème posé par les diasporas. Dans les guerres étatiques, le conflit bouillonne du haut vers le bas. Dans les guerres de civilisation, il bouillonne du bas vers le haut. Les diasporas peuvent alors être des éléments dangereux dans les pays où elles sont présentes. En 1940, les États-Unis avaient arrêté plusieurs milliers de Japonais qu’ils avaient préventivement mis en prison afin d’éviter que ceux-ci ne soient des agents dormants de Tokyo et n’attaquent le pays hôte. L’islamisme révèle à la France le problème posé par ces personnes qui partent se former en Syrie pour revenir faire le djihad dans l’hexagone.   Avec les moyens de communication modernes, télévision et courriel, les diasporas se sentent beaucoup plus proche de leur pays d’origine qu’auparavant. C’est une façon de resserrer les liens et de maintenir des contacts entre les populations. On est désormais émigrés sans l’être vraiment, ce qui ne facilite pas l’intégration dans le pays d’accueil.   Arrêter les guerres de civilisation   Ce sont des conflits intermittents donc interminables. Il est impossible d’y mettre un terme, car les raisons de la guerre sont civilisationnelles et culturelles, or ces aspects-là ne disparaissent pas, sauf en cas d’épuration d’un des groupes belligérants. La guerre d’Algérie ne s’est achevée que lorsque les Européens ont été expulsés. En revanche, la guerre peut marquer des pauses et connaître des trêves, mais sans jamais vraiment s’arrêter.   Le conflit peut s’arrêter quand les deux partis sont épuisés et que les radicaux ne peuvent plus combattre. Les modérés reprennent alors les négociations. Pour cela, il faut l’intervention d’un pays tiers qui conduit les négociations, car étant seuls les pays ne peuvent négocier par eux-mêmes, leurs haines sont trop importantes. Ceux qui acceptent les accords et les signes risquent leur vie, car cela ne plait pas aux extrémistes. C’est le cas de Rabbin, de Sadate ou de Gandhi. Les radicaux veulent remettre en marche la machine guerrière, n’acceptant pas la négociation. De fait, les conflits reprennent et ne sont pas arrêtés.   L’analyse d’Huntington peut sembler pessimiste. Il analyse bien les conflits qui ont eu lieu, notamment le conflit dans les Balkans dont les pages sont remarquables, mais il ne voit pas comment sortir du cycle des guerres de civilisation. Certains l’ont trouvé trop pessimiste à cause de cela. Comprendre le monde actuel était déjà suffisamment compliqué sans qu’il se risque à faire de la prospective sur l’incertitude des décennies à venir.      
11:02:13 2017.11.23
Qu’est-ce que le choc des civilisations ?
3:05:00 2017.11.08
Les conséquences géopolitiques du communisme endiguement destinée à contenir l'expansionnisme soviétique. C'est le fameux principe du containment. Cet endiguement doit se faire en tenant les côtes pour éviter que la centralité soviétique ne se diffuser vers l’Europe et l’Asie. Il faut donc mettre en place des contre-forces au pouvoir soviétique. Beaucoup pensent que les contre-forces sont militaires, ce qui n’est pas l’esprit de Kennan. Pour lui, elles sont politiques. L’URSS ne cherche pas à prendre les pays par la force, mais par l’intrusion des partis politiques, notamment en Europe. Il faut donc résister sur ce point, et les États-Unis doivent développer les résistances politiques aux Soviétiques. C’était très bien vu de la part de Kennan qui a compris que la Guerre froide était une guerre subversive et intellectuelle et qu’elle se gagnerait donc sur ce terrain-là.   Quand le communisme s’étend là où on ne l’attend pas   Karl Marx ne pensait pas possible que la Russie se livre au communisme. Lénine et Staline limitaient leurs regards vers l’Europe ; c’est finalement en Asie que le communisme se diffusa. La Mongolie, dès 1917, la Chine, puis la Corée et l’Indochine. Il y laissa son lot de morts, que les manuels scolaires français d’aujourd'hui se gardent bien d’évoquer. En Afrique, il accompagna les indépendances pour soutenir des dictatures socialistes, ce qui acheva de ruiner des pays déjà fragiles. En Amérique latine il provoqua la réaction américaine et le soutien à des dictatures militaires qui ne furent guère préférables. En 1980, le monde non communiste est beaucoup moins étendu que les pays qui s’y rattachent. Les observateurs pouvaient donc légitimement parier sur sa victoire.   Logiques nationales contre logiques idéologiques   Le communisme a recouvert du manteau de l’idéologie l’ensemble des conflits qui se sont tenus durant la Guerre froide. Le monde était finalement plus simple à penser. Pourtant, des failles dans l’unanimité ont commencé à se faire jour. C’est Tito qui refuse la mainmise de Moscou et qui se fait excommunier par le Politburo. Se faire traiter de titiste dans les années 1970 n’était pas un titre gratifiant. En Asie, on voit la Chine et l’URSS rompre leurs relations et se faire la guerre sur le fleuve Amour. Dans la péninsule indochinoise, l’URSS soutient le Vietnam et la Chine le Cambodge. La logique nationale reprend le dessus sur la logique idéologique. En Afrique, on analysa souvent les conflits comme l’affrontement entre les rouges et les bleus, alors que l’ethnicité et les failles historiques les expliquaient plus surement. Au Moyen-Orient, on découvre désormais que l’islamisme couvait sous la cendre.   En Europe de l’Est, ce sont les peuples et les nations qui se sont levés contre le communisme et qui ont permis de le faire tomber. Des hommes de force et de culture comme Vaclav Havel, Jean-Paul II, le père Popieluszko, Soljenitsyne. Ces hommes avaient compris le projet destructeur du marxisme qui visait d’abord à s’en prendre à l’homme, dans sa culture et son être, pour en faire un pion au service du régime. L’un des livres les plus émouvants qu’il m’a été donné de lire ces dernières années est Le bal après la tempête. Un livre très peu connu écrit par un Espagnol et traduit en français. José Miguel Cejas a interrogé des dizaines de dissidents soviétiques des pays baltes et il raconte leur histoire dans ce livre. On y découvre que les tortures et les arrestations ont duré jusqu’en 1991, et donc que le communisme conciliant n’a jamais existé. Ce livre est le témoignage de mères de famille, d’ouvriers, de musiciens, de prêtres qui ont lutté de façon anonyme contre l’idéologie. En plus d’un système concentrationnaire massif, le communisme a réalisé la servitude volontaire et quotidienne qu’Étienne de la Boétie décrivait déjà au XVIe siècle. C’est le réveil des peuples qui a abattu le communisme en Europe, mais celui-ci survit encore en Amérique latine et en Asie.   La faillite intellectuelle de la France   Dans L’étrange défaite, Marc Bloch essayait de comprendre les causes de la défaite surprenante de la France en 1940. Pour les historiens du début des années 2000, c’est un autre sujet qui s’annonce ardu : comprendre pourquoi des hommes, qualifiés d’intellectuels, ont pu défendre avec autant de passion et de force le communisme. Aujourd'hui encore, cette idéologie est globalement considérée comme bonne. On impute ses erreurs à Staline, le stalinisme, ce qui fut un très beau coup politique de Khrouchtchev : imputer les crimes du communisme à Staline pour laver le communisme de ses crimes. Cette erreur est toujours présente dans les manuels scolaires qui parlent du stalinisme et rarement du communisme et qui évoquent la fin du système totalitaire en 1953 (mort de Staline), omettant que celui-ci se prolonge jusqu’en 1991. Un tel aveuglement est non seulement un objet d’histoire, mais aussi un sujet d’inquiétude pour le présent. Il se poursuit quant à l’incapacité à penser et à comprendre l’islamisme et des mouvements culturels qui touchent certaines parties du monde. C’est le refus du réel, l’enfermement dans l’idéologie, qui fait que l’on peut encore parler de commémoration pour évoquer un événement qui a déclenché la mort de dizaines de millions de personnes.            
10:38:18 2017.11.02
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