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Charles Gave

Revenons à nos moutons

Financier je suis et financier je resterai.

En termes clairs, cela veut dire que c’est bien joli d’avoir des idées brillantes mais que cela ne sert pas grand-chose si ces idées n’ont pas une traduction pratique dans le monde réel.Et pour un financier, passer au monde réel, c’est investir l’argent qu’on lui a donné à gérer en prenant en compte la réalité ambiante, les risques potentiels, la rentabilité attendue, les désirs de ses clients….

La première question est donc : que se passe-t-il dans le monde réel aujourd’hui ?

Pour faire bref, les gens qui nous gouvernent sont en train de nous faire passer dans un monde… virtuel et qui donc n’a plus rien de réel… Qu’il s’agisse de la monnaie, des taux d’intérêts, des taux de change nous vivons des moments où tout est fiction.

Commençons par la monnaie. Il est tout à fait évident pour tout le monde que l’Euro est un Frankenstein financier qui est en train de détruire l’Europe.Néanmoins les concepteurs du projet, Mr. Draghi en tête, sont en train de détruire les systèmes d’épargne dans la zone Euro pour sauver leur monstre (voir mes articles précédents sur le sujet ou mieux encore le dossier sur le site « Comment l’Euro détruit l’Europe »). Pourquoi ? Je n’en suis pas trop sur, mais je crains que leur but ultime soit de mettre à fin à l’idée de Nation en Europe pour créer un patriotisme Européen qui n’existera jamais puisque l’Europe est une civilisation et non une Nation.

En attendant, nous avons une monnaie qui ne correspond en rien à une volonté de vivre ensemble et nous  n’avons plus de prix de marché ni pour les taux d’intérêts ni pour les taux de change et ce dans toute l’Europe de l’Euro. Or  tous les prix dérivent d’une façon ou d’une autre de ces deux prix, ce qui veut dire que tous les prix en Europe sont faux et que les entrepreneurs Européens n’ont plus de système d’information  à partir duquel prendre leurs décisions. Et comme ils ne peuvent plus prendre de décisions, ils n’en prennent plus et la croissance s’arrête.

Fort bien va me dire le lecteur, mais moi je suis dans la situation d’un entrepreneur puisque je dois gérer mon épargne et donc prendre des décisions. Et vous êtes en train de me dire que je ne peux plus prendre des décisions rationnelles, ce qui est un peu désespérant, et c’est vrai. Comment, en effet, prendre des décisions dans un asile de fous quand les internés en ont pris le contrôle ? A cette question, il n’y a pas de réponses satisfaisantes.

On ne peut suivre une politique rationnelle dans un monde illogique.

La seule chose que l’épargnant peut essayer de faire est de bâtir un portefeuille « résistant » pour limiter les dégâts sur le moyen terme et pour cela, il lui faut suivre quelques règles de bon sens que je vais essayer d’énumérer ici.Il faut que mon épargnant d’abord fasse bien attention à la nature juridique de ce qu’il détient.

Je m’explique.

Dans les marchés financiers chacun peut acheter soit un contrat le liant à la partie adverse, comme une obligation, soit une part de propriété, c’est-à-dire une action.

Dans l’Europe de l’Euro dans lequel nous vivons, je considère qu’acheter « un contrat» aujourd’hui relève de la folie pure et simple tant les banques centrales et les gouvernements se sont arrogés le droit de modifier les termes de ces contrats selon leur bon plaisir.Par exemple, une nouvelle législation passée en catimini récemment  à Bruxelles autorise les gouvernements locaux à saisir tout ou partie des dépôts dans une banque si celle-ci est en difficulté, pour recapitaliser la banque en question. Il s’agit d’une violation inimaginable du droit de propriété, mais voila qui ne gêne en rien nos eurocrates que personne n’a élu.

Ce qui veut dire que le seul endroit où l’épargnant Français doit conserver des dépôts importants s’il en a, c’est dans des banques en dehors de la zone euro où il devra conserver tout à fait légalement l’argent liquide dont il veut disposer.La valeur juridique d’un «contrat» dans la zone Euro ne vaut donc plus rien tant les autorités ne respectent aucune des contraintes légales puisqu’elles se sont crues autorisées à changer tous les termes des contrats qui étaient censés les lier, comme on l’a vu avec l’achat d’obligations par la BCE, qui était soi-disant formellement interdites par les Traités.

Mais cela va plus loin.

Imaginons que certains lecteurs aient souscrits à des « assurances vie » et que dans ces assurances vie, il n’y ait que des actions. Si j’ai bien compris, la législation Française, le propriétaire légal de ces actions, c’est la compagnie d’assurance et non pas le lecteur. Ce qui veut dire que le lecteur qui pense avoir des actions a en fait un contrat avec la compagnie d’assurances et voila tout. Dans ce cas la, mon conseil serait de passer aussi vite que possible  à des contrats en unité de compte où le propriétaire est l’assuré et non pas l’assureur.

Pour faire simple, le lecteur s’il y est obligé,  ne doit détenir que des parts de propriété en Europe, c’est-à-dire des actions et ces actions il doit les détenir dans un compte nominatif,  si possible dans une banque en dehors de la zone Euro.

Mais la plupart des lecteurs ne peuvent pas être 100 % en actions ayant déjà atteint un certain âge, voir un âge certain. J’ai souvent mentionné sur ce site que chacun devait avoir comme pourcentage d’actions dans son portefeuille 100 moins son âge. Par exemple, j’ai 72 ans, il est donc raisonnable pour moi d’avoir 28 % en actions, le reste en obligations.Or, je viens d’écrire qu’il faut avoir zéro en obligations de la zone Euro. La question suivante est donc où acheter mes 72 % d’obligations ? Imaginons que le lecteur moyen de l’IDL ait cinquante ans, ce qui me parait raisonnable.

La solution que j’ai proposée depuis un grand moment déjà aux lecteurs de l’IDL qui aurait 50 ans a été de mettre 50% de leurs actifs dans l’indice de la Bourse de Paris par exemple et 50 % en obligations longues du Trésor Américain, re balançant ce portefeuille à la fin de chaque mois ou de chaque trimestre pour rester à 50/50.Bien entendu, le lecteur n’a aucune raison d’être investi seulement dans l’indice du marché des actions Français, et je donne cela simplement comme un exemple. Il peut être investi 50 % en actions de son choix, dans les pays de son choix.

De même, j’ai beaucoup parlé des obligations cotées à Hong-Kong en Renminbi et en avoir un peu dans la partie obligataire me semble être toujours une bonne idée. L’idée d’avoir 50% en actions, choisies individuellement et avec soin, et 50% d’obligations en dehors de la zone euro pour limiter les risques et la volatilité me parait toujours d’actualité. Par exemple, je n’aurais pas une valeur financière en Europe.

Pour illustrer mon propos, je montre ci-dessous le résultat d’un portefeuille qui aurait été 50% en obligations US ET 50% en actions Françaises, base 100 fin Juin 2014, moment où j’ai commencé à pousser ce portefeuille

 

balanced portfolio WITH FRENCH SHARES AND US LONG BONDS since OCTOBER 2013 in French

  • L’indice de la bourse de Paris est monté de 11% depuis cette date.
  • Une obligation longue US est monté de 45 %.
  • Mon portefeuille « équilibré » à 50/50 est monté de 30 % et a bénéficié d’une volatilité assez faible de surcroit.

Je ne vois aucune raison de changer quoique ce soit à cette répartition qui pour l’instant a fonctionné. On ne change pas une équipe qui gagne, dit la sagesse populaire.

La sagesse populaire a le plus souvent raison.