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17 mai, 2026

L’hôpital, un monde à part

La semaine dernière, d’un seul coup, je me suis mis à tousser et à cracher du sang.

Panique générale, et en moins de deux je me suis retrouvé à Pompidou, le grand hôpital du xv -ème à Paris, aux urgences et en plus un jour férié.

Y régnait un aimable chaos.

Après cinq heures, j’ai compris que j’étais le premier sur la liste, sauf si quelqu’un de plus urgent que moi arrivait dans les cinq minutes suivantes, ce qui semble avoir été le cas puisque je suis arrivé à 15 h et suis passé au scanner à 22h

L’infirmière en charge du scanner était tout à fait ravissante et donc, je rentrais mon ventre, je montrais mon meilleur profil, la routine quoi…

A la fin de l’examen, elle décrocha le téléphone pour appeler le brancardier et lui dit : » Tu viens chercher le vieux monsieur ? «

Dur, dur…

Apparemment, je n’ai rien de grave mais je n’écris pas ces lignes pour vous parler de ma santé

J’écris pour vous décrire un monde que je ne connaissais pas du tout, ayant toujours eu une santé de fer.

Ma première constatation est que le monde de l’hôpital est rempli de gens gentils.

D’après ce que j’ai vu, il y a quatre strates de personnel qui s’occupent de vous quand vous êtes à l’hôpital.

  • Les aides-soignants.

Ceux qui font les lits, vous nettoient si besoin est, vous amènent les plateaux repas, vous proposent une couverture de plus.

Je vais être franc. A l’évidence, ils n’ont pas tous 150 de QI, mais ils ont tous 200 de QE (quotient émotionnel).

Plus gentil, tu meurs.

Serviables, doux, patients… Ils m’ont fait comprendre la phrase du Christ : « heureux les doux et les humbles de cœur, car le Royaume des Cieux leur appartiendra »

Et voilà un domaine où le racisme et le sexisme n’existent pas.

Toutes les couleurs étaient représentées ainsi que toutes les tendances sexuelles. L’un de ceux qui s’occupaient de moi était un quadragénaire, noir, à l’évidence homosexuel et toujours souriant et content.  Il avait l’air d’être extrêmement populaire dans le service et venait souvent dans ma chambre papoter, et il était toujours le bienvenu.

  • Venaient ensuite les infirmières et les infirmiers

Là, nous rentrons dans le monde des vrais professionnels, qui, à l’évidence, ont un métier, un vrai.

Leur approche professionnelle est extrêmement sérieuse car c’est d’eux que dépend la santé des malades au jour le jour. Et ils sont organisés un peu comme une armée en temps de guerre. Chacun sait ce qu’il a à faire. Là encore, une bienveillance extraordinaire, mais cette fois-ci, opérant dans une discipline de fer.

Je ne suis pas certain de ce que je vais écrire, mais il doit y avoir, cachée quelque part, une chef infirmière avec laquelle il vaut mieux ne pas plaisanter. En parlant d’infirmière, j’ai été surpris de constater le nombre d’infirmiers hommes qui étaient présents.

Mais homme ou femme, ils étaient là à 10 heures du soir,  à minuit,  à deux heures du matin si et quand vous aviez besoin de quelque chose, toujours souriants, toujours efficaces.

  • Plus rarement mais entre une et deux fois par jour, vous aviez les (jeunes) docteurs, internes, en général maigres comme des coucous (la cuisine de l’hôpital ne doit pas faire grossir) et très chevelus (sans doute, pas le temps d’aller chez le coiffeur).

Ceux que j’ai vu étaient non seulement très aimables mais  à l’évidence très désireux de m’expliquer ce que j’avais, tout persuadé qu’ils étaient que je savais comment s’appelaient les différentes parties de mes poumons.

Je me gardais bien de leur avouer ma totale incompétence dans tous les domaines qui touchaient à ma santé.

  • Et enfin, tout en haut, le Chef, celui qui sait, le Professeur, souvent suivi par une cohorte de jeunes loups affamés qui se tournent vers lui car c’est de lui que viendra la Connaissance du réel

Pourquoi je vous raconte tout ça ?

Pour une raison très simple

Le professeur Raoult a eu un jour une remarque que j’ai trouvé très profonde.

Dans les sociétés humaines, il y a deux sortes de groupes

  1. Ceux qui fonctionnent sur la compétence.
  2. Ceux qui fonctionnent sur l’obéissance.

L’hôpital Pompidou fonctionne à l’évidence sur la compétence et emploie des gens de tous niveaux intellectuels.

Et ces gens ont l’air d’être heureux et encore plus, heureux d’être ensemble et de servir au bien commun. Et je crois très profondément que la hiérarchie dans une société de compétence est très légère à supporter et les ordres très faciles à suivre et à respecter. Chacun est heureux parce qu’il fait bien ce qu’il sait faire et que le travail de chacun est reconnu comme indispensable.

Dans une société fonctionnant à l’obéissance, il en va tout autrement, et celui à qui l’on doit obéir n’est pas toujours celui à qui l’on a envie d’obéir.  Les nominations de chefs viennent d’en haut.

Ce deuxième genre de société fonctionne de ce fait sur la contrainte plus que sur l’adhésion.

Si je devais résumer, je dirais que l’hôpital Pompidou ne fonctionne pas sur un modèle économique capitaliste mais beaucoup plus sur un modèle qui ressemblerait aux grands ordres monastiques du moyen âge.

Il me semble qu’une partie importante de la population veut rendre service aux autres et y trouvent leur bonheur mais sans avoir à obéir à des gens qu’ils ne respectent pas

Et cette remarque est sans doute valable pour les écoles, les universités, les enseignements professionnels….

Et notre organisation sociale actuelle traite très mal ceux qui veulent rendre service aux autres.

J’ai toujours dit qu’il y avait trois sortes de personnes dans la vie

  1. Ceux qui veulent commander aux autres
  2. Ceux qui veulent s’occuper des autres
  3. Ceux qui veulent faire ce qui leur plaît et qu’on leur foute bien la paix.

Sur les premiers, je n’ai rien à dire.

Sur les troisièmes, encore moins, puisque j’en fais partie,

L’Eglise Catholique a très bien rempli son rôle  et a su utiliser au mieux ceux qui faisaient partie de la deuxième catégorie, et cela pendant des siècles.

Et puis, l’horrible socialisme aux dents vertes et à l’haleine fétide a dit que les deuxièmes devaient obéir aux premiers en pillant les troisièmes.

Ce qui n’a pas marché et ne marchera jamais.

 On ne peut pas bâtir une société juste en enlevant tous leurs droits à ceux qui veulent qu’on leur foute la paix.

Audiard disait qu’il manquait une béatitude aux dix énoncées par le Christ

« Heureux les fêlés parce que c’est par eux que passe la Lumière »

Je ne peux pas m’empêcher de penser que l’Eglise faisait un bien meilleur boulot que le socialisme et que le grand raté de notre histoire moderne est de ne pas savoir utiliser intelligemment ceux qui veulent s’occuper des autres.

L’Eglise devrait peut-être se remettre au boulot ?

 

 

Economiste et financier, Charles Gave s’est fait connaitre du grand public en publiant un essai pamphlétaire en 2001 “ Des Lions menés par des ânes “(Éditions Robert Laffont) où il dénonçait l’Euro et ses fonctionnements monétaires. Son dernier ouvrage “Sire, surtout ne faites rien” aux Editions Jean-Cyrille Godefroy (2016) rassemble les meilleurs chroniques de l’IDL écrites ces dernières années. Il est fondateur et président de Gavekal Research (www.gavekal.com).

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