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Charles Gave

L’étalon or

Les facéties des banquiers centraux sont telles en ce moment que beaucoup de gens s’intéressent à nouveau à l’étalon or qui a existé grosso modo pendant un siècle de 1815 à 1914 sous une forme très édulcorée. Et donc je reçois beaucoup de questions sur ce sujet qui semble exciter beaucoup les imaginations.

La principale raison que les tenants de l’étalon or donnent pour son retour est que cela enlèverait le contrôle de la monnaie aux politiciens locaux et que donc cela nous amènerait enfin au libéralisme et à la réforme.

Rien n’est moins certain.

 

En fait, l’étalon or a amené souvent à des guerres (coloniales d’abord pour s’accaparer les gisements, voir la guerre des Boers par exemple), mondiales ensuite en raison du mercantilisme qu’il porte en lui et enfin à la montée de personnage fort douteux en particulier chez ceux qui ont perdu les guerres.

Je vais donc essayer d’expliquer à quoi amène l’étalon or, aussi calmement que possible, tout en sachant fort bien que tout le monde va me tomber dessus en expliquant que je n’ai rien compris.

 

Ce point étant acquis, je peux commencer et ceux qui ne doutent pas de mon ignorance ou de mon parti pris dans ce domaine peuvent s’arrêter de lire immédiatement.

 

Dans le bon vieux temps de la marine à voile et des lampes à pétrole, l’or servait à solder les transactions extérieures avec les autres pays. Si nous avions un déficit extérieur avec l’Allemagne par exemple, la contre valeur de ce déficit était payée par la France en or, et donc le stock d’or baissait d’autant et montait de la même somme en Allemagne.

 

Et dans un régime d’étalon or « parfait », qui n’a  d’ailleurs JAMAIS existé, la masse monétaire du pays en déficit, appelons la « M » était simplement la contrepartie du stock d’or. Et donc un déficit extérieur entrainait ipso facto une BAISSE de la masse monétaire dans le pays qui avait un déficit extérieur. Le déficit du commerce extérieur amenait toujours à une politique monétaire restrictive et à une hausse des taux d’intérêts.

 

Et comme nous le savons tous depuis Irving Fischer, MV=PQ, c’est-à-dire la masse monétaire multipliée par la vitesse de circulation de la monnaie est égale à PQ, c’est-à-dire au PIB nominal (valeur de la production dans un pays).

Donc, si M se mettait à baisser, nous allions automatiquement avoir une récession ou une dépression puisque V ne va certainement monter dans une récession, et donc le PIB va baisser. Et comme tout cela va être accompagné par une baisse des prix, tous les entrepreneurs qui se sont endettés vont faire faillite et les banques avec eux.

Fort bien va me dire le lecteur « Darwinien » qui m’a suivi jusqu’ici, voila qui va permettre à l’économie de redevenir compétitive et dés que nous passerons en excédent extérieur, la croissance reviendra et tout sera pour le mieux dans le meilleur des mondes possible. Rien n’est moins sûr.

 

Imaginons que le pays qui a des excédents (l’Allemagne dans notre exemple) refuse de faire monter sa masse monétaire à due concurrence de ses importations d’or. Eh bien, ce pays ne connaitra aucune augmentation sensible de sa demande intérieure et les autres pays ne lui vendront rien de plus. Et probablement, comme leurs appareils de production ont été endommagés par la récession ou  la dépression, l’Allemagne dans notre exemple,  se retrouvera encore plus compétitive aprés les livraisons d’or qu’avant.

 

L’immense inconvénient de l’étalon or est donc le suivant : Si UN pays refuse la règle de l’adéquation automatique entre le stock d’or et la masse monétaire en suivant une politique mercantiliste d’accumulation de plus en plus d’or sans contreparties monétaires internes, alors il force tous les autres pays qui perdent leur or à suivre des politiques de déflation interne, et le monde entier rentre en dépression.

 

Que le lecteur n’imagine pas une seconde que c’est là une vue de l’esprit car c’est très exactement ce que la France (après la deuxième dévaluation Poincaré) et les USA (après la dévaluation Roosevelt) firent au début des années 30, accumulant  à eux deux la moitie des réserves d’or de la planète sans création de contreparties monétaires, acculant de ce fait l’Angleterre à une dévaluation qui laissa notre industrie exsangue tandis que  l’Allemagne et l’Italie faisaient face à des déflations/dépressions monstrueuse qui à terme amèneront Hitler au pouvoir.

 

Donc si UN et un seul pays excédentaire refuse de jouer le jeu en thésaurisant l’or (ce qui se passe TOUJOURS), il accule automatiquement les autres à la faillite.

Et c’est très exactement ce que l’Allemagne est en train de nous faire, nous rendant la monnaie de notre pièce des années trente, non pas à cause de l’or mais cause de cette imbécilité suprême qu’est l’euro. L’euro n’est en fait rien d’autre qu’un étalon DM tout à fait semblable dans son fonctionnement à l’étalon or. Les excédents Allemands ne se transforment pas en un accroissement de la demande interne Allemande mais en une hausse de l’endettement Français vis-à-vis de l’Allemagne et donc par un écroulement lent mais certain de l’économie Française.

Que le lecteur ne s’imagine pas une seconde qu’il en serait autrement avec l’étalon or.Les génies qui nous gouvernent nous expliquaient il y a 20 ans que l’euro nous forcerait à reformer notre système politique. Ceux d’aujourd’hui nous expliquent que si on remplaçait le DM par l’or, tout irait beaucoup mieux.

Je ne vois pas pourquoi. La logique est la même.

Ou alors, il nous faudrait dévaluer tous les cinq ans, comme nous l’avons fait pendant toute l’entre deux guerres et on ne voit pas bien ce que l’étalon or nous a apporté pendant cette période si ce n’est l’arrivée d’Hitler.

Rétablir l’étalon or, c’est favoriser le serviteur qui enterre son talent au détriment des deux autres qui prennent des risques. C’est donc favoriser les rentiers au détriment des entrepreneurs.

On n’imagine rien de plus destructeur.

Et cela est très compréhensible : si vous dites à des hommes politiques que la qualité de leur gestion se mesurera au stock d’or que le pays possède à la banque centrale, alors ils prendront des mesures pour empêcher l’or de sortir à tout prix, du type protectionnisme, interdiction des importations « non stratégiques », champions nationaux, subventions étatiques et que sais je encore.

Et ce sera bien sur le moyen qu’ils trouveront pour continuer à contrôler la monnaie.

L’étape suivante, aux USA par exemple avec Roosevelt, fut d’interdire purement et simplement  la détention d’or par les particuliers, ce qui est bien normal  si l’or est un  actif « stratégique » nécessaire à la survie de l’Etat.

Continuons à mentionner quelques contre vérités dont les partisans de l’étalon or font état. L’étalon or ne garantit en rien la stabilité économique ou financière. L’idée que l’étalon or amène naturellement à la stabilité économique est une légende urbaine qui ne résiste pas une seconde à la moindre analyse historique. Nous avons eu au cours du XIX eme et au début du XX eme d’immenses faillites bancaires par exemple aux USA, en 1873 , en 1905, en 1922, en 1929 , amenant à chaque fois des dépressions profondes et des malheurs sans nom. La dépression aux Etats-Unis  qui dura de 1873 à 1880 fut pire que celle de 1929, et la panique financière de 1905 est restée dans l’histoire.

 

Qui plus est, l’étalon or donne un avantage géopolitique immense à celui qui en produit puisque cela le libère tout au moins en partie de la contrainte du commerce extérieur. Si nous passions aujourd’hui à l’étalon or, les principaux gagnants (pays producteurs) seraient d’abord la Chine, ensuite l’Australie et enfin la Russie, tous des pays que j’aime bien mais qui ne sont pas tous des parangons de marchés libres et de Démocratie.  Donner plus de pouvoir au premier et au troisième qu’ils n’en ont déjà ne me paraitrait pas très opportun en ce moment.

Qui plus est, s’imaginer que passer sous l’étalon or va automatiquement réduire le pouvoir de l’Etat me parait être en fait une vue de l’esprit et toute analyse historique infirme cette idée. Par exemple, Philippe le Bel, le Roi faux monnayeur a dévalué 12 fois la monnaie Française pendant son règne, en diminuant à chaque fois son poids d’or.

 

En fait, notre temps est confronté à un problème éternel : le contrôle de la monnaie par l’Etat. S’imaginer que l’étalon or nous délivrera de ce problème est une vue de l’esprit. Nous avons eu une période « libérale » dans l’Histoire qui a duré un siècle, non pas grâce à l’étalon or mais parce que tous les gens au pouvoir étaient libéraux. Il ne faut pas inverser l’ordre de la causalité…

Mais va me dire le lecteur, que faire donc et quelle est la solution ?

 

Le seul système libéral et donc rationnel est celui que j’ai toujours défendu :

 

  • La monnaie est un bien commun qui ne doit appartenir ni à l’Etat ni au secteur privé.
  • A chaque Nation sa monnaie et chaque monnaie doit être indépendante des autres et cotée dans un marché libre et sans contrôle des changes.
  • Les pays qui contrôlent leurs taux de change et le maintiennent à des niveaux artificiels pourront être l’objet de mesures protectionnistes de la part des autres.
  • Dans un monde idéal, chaque monnaie sera gérée par un Conseil indépendant constitutionnellement du pouvoir politique, sur le modèle de la Bundesbank autrefois.
  • Dans les pays démocratiques, il sera prévu que l’Etat ne peut être en déficit budgétaire, sauf en cas de guerre.

 

Les monnaies des pays bien gérées monteront, celles des pays mal gérées baisseront, et de ce fait les électeurs choisiront en connaissance de cause ceux qui seront en charge de gérer les économies locales, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui dans la zone euro par exemple.

C’est peu ou prou le système qui a fonctionné de 1982 à 1998, à la satisfaction générale et qui depuis à disparu.  Nous avons eu aux USA d’abord une tentative de privatisation de la monnaie menant à la crise des sub-prime et ensuite une nationalisation évidente de la monnaie par des instances publiques  aussi bien aux USA qu’en Europe et au Japon.

 

La première tentative a échoué piteusement,

La deuxième va échouer d’ici peu.

La solution n’est certainement pas de confier son à sort   une brute aveugle mais de revenir au marché libre et à la concurrence, comme toujours.