J’ai 83 ans et quand j’étais à l’université il y a soixante ans, mon professeur de démographie (monsieur Letinier, élève d’Alfred Sauvy) nous expliquait que le système Français dit de « répartition » ne pouvait fonctionner que si le nombre d’enfants par femme restait solidement au-dessus de 2.2. Nous en sommes bien loin…
Quand ce taux a commencé à s’effondrer (en 1991 ! c’est-à-dire il y a trente-cinq ans), Michel Rocard avait demandé ce qu’il fallait faire et les fonctionnaires de service avait immédiatement pondu un rapport de 300 pages dont le thème essentiel était qu’il fallait préserver l’équité (?) du système.
Préserver l’équité d’un système qui vous mène a la ruine, il faut être inspecteur des finances pour le proposer mais c’est beaucoup moins dangereux pour une carrière que de proposer un changement, un vrai. Et depuis, nous avons dû avoir un nouveau rapport à peu près une fois tous les cinq ans, en général après qu’un nouvel incompétent ait été élu. Chaque fois le dit rapport fait quelques centaines de pages et est enterré aussitôt que publié.
A mon humble avis, quatre pages auraient suffi tant les choses sont simples, et de plus, quatre pages sont un maximum que les lecteurs de l’IDL ont du mal à dépasser le lundi matin …
Deux pages vont ainsi être consacrées au problème et deux pages à la solution.
Commençons.
Il s’agit d’un problème de baignoire qui se vide plus vite que les robinets ne la remplissent. Les robinets ce sont ceux qui travaillent, l’eau dans la baignoire ceux qui reçoivent les retraites, la bonde, l’eau qui sort de la baignoire.
Hélas, ceux qui réclament des retraites dont le pouvoir d’achat seraient en hausse jusqu’à la fin des temps ont eu la mauvaise idée de ne pas avoir d’enfants et donc le débit des robinets ne cesse de baisser. Et pourtant ceux qui barbottent dans la baignoire en jouant avec leurs canards en plastique ont toujours autant d’eau.
Comment cela se fait-il ? C’est tout simple.
Des représentants élus par les barboteurs ont pris sur eux d’aller chercher de l’eau dans une autre baignoire pour maintenir le niveau d’eau constant. Et c’est là qu’est le coup de génie de ces élus : Cette eau, ils l’empruntent pour que les barboteurs puissent continuer à s’amuser avec leurs canards, mais ce ne sont ni les élus ni les barboteurs qui payeront l’eau empruntée, ce sont leurs petits-enfants.
Et la mauvaise nouvelle pour ces petits enfants, dont certains ne sont pas encore nés, et que leurs parents ont fait encore moins d’enfants que n’en avaient fait leurs grands-parents. Et donc, une fois leurs études achevées, tous ces défavorisés de la fortune auront le choix de vivre comme des rats en France ou de prendront leurs cliques et leurs claques et d’aller bosser dans un autre pays où ils garderont la plus grosse partie de leur salaire. S’ils quittent la France, leur niveau de vie sera au moins du double de ce qu’il serait s’il restait au pays. Déjà la France pour la première fois de son histoire a un déficit démographique net de gens diplômés (plus de diplômés s’en vont que de diplômés qui rentrent). Comme je le dis depuis des années, la France exporte des bacs + 7 et importe des bac -7 et ce n’est que le résultat de notre système de retraites.
« Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes « disait Bossuet. Mon message aux grands parents est donc tout simple : Si vous voulez voir vos petits-enfants grandir, vous devez militer comme des fous pour que cesse ce système imbécile qu’est la répartition.
Venons-en aux chiffres.
- Nous avons une dette étatique gigantesque et la moitie de cette dette vient du paiement de retraites.
- Ces paiements représentent des transferts du secteur productif au secteur non productif équivalents à 14 % du PIB par an. Il s’agit d’un impôt prélevé sur ceux qui travaillent au profit de ceux qui ne travaillent plus. Sans ces paiements, le budget de la France serait à peu près à l’équilibre et les jeunes trouveraient du travail.
- La démographie continue de s’écrouler avec les classes pleines nées avant 1963 qui partent à la retraite pour être remplacées par des classes « de plus en plus creuses’. Normalement, les salaires devraient monter en raison de cette diminution du nombre des travailleurs et il est vrai que le coût du travail monte en France, mais c’est pour maintenir le niveau de vie de ceux qui ne travaillent plus.
- La part à payer en % du PIB pour que les retraites vivent mieux que leurs enfants va donc monter inexorablement à 15 % puis à 16 % du PIB. Un jour, ils seront à 100 %, ce qui est idiot puisqu’une grande partie de cette est souscrite à l’étranger et que les étrangers cesseront de nous prêter quoi que ce soit bien avant.
- Faisons une hypothèse » raisonnable » : Avec la dette qui monte et les taux d’intérêts qui retrouvent des niveaux normaux, le service de la dette va passer dans les cinq ans qui viennent de 2.5 % à 5 % du PIB. La moitié de ces paiements ira à l’étranger. Nous savons déjà que les retraites vont passer de 14 % à 16 % La somme des deux soit 3,25 %sera prélevée année après année sur ceux qui travaillent pour aller à ceux qui ne travailennent plus, ou qui ne consomment pas en France .
- Du coup, la croissance du secteur privé en France sera au mieux à zéro, ce qui veut dire que la part des entrepreneurs et des salariés dans le PIB va baisser en chiffres absolus de 3.25% points de PIB dans les 5 ans qui viennent, ce qui ne s’est jamais produit en France sauf pendant l’occupation. La grande pauvreté va exploser comme jamais auparavant
Et tout cela est déjà quasiment certain mais les hommes politique ne se battent que pour savoir si la retraite doit être à 63 ou 64 ans, ce qui ne changerait rien.
La réalité est très simple : personne, jamais, n’a pu garantir à qui que ce soit un revenu certain dans un monde incertain. Celui qui dit le contraire est un disciple de Madoff.
Et pourtant, il y a une alternative. C’est cette alternative que je vais essayer d’expliquer dans les deux pages qui suivent.
La Solution
Il faut commencer par avoir les chiffres de l’endettement implicite de l’Etat français et c’est quelque chose que les actuaires savent très bien faire. Il suffit de leur donner le nombre de gens à la retraite, combien de nouveaux retraités arrivent chaque année, combien de retraités nous quittent et combien chaque retraité coûte et presto j’ai le chiffre dont j’ai besoin. J’additionne toutes les années, et puis je calcule la valeur actuelle de ce chiffre en fonction des taux d’intérêts prévalant sur le marché obligataire pour les périodes correspondantes. Et j’arrive à un chiffre qui est certainement au-dessus de 1000 milliards, et en croissance exponentielle, ce qui veut dire que notre système de retraites est vraiment en faillite virtuelle.
Que faire ?
Comme toujours, la reponse est simple : abandonner le collectivisme et revenir à la solution individuelle.
Prenons un individu de 40 ans, homme ou femme, qui travaille depuis 15 ans, Il suffit de lui dire : vous avez tant de points garantis par l’Etat qui vous seront payées quand vous aurez soixante-cinq ans, mais pour les années qui viennent, il va falloir vous débrouiller tout seul. Et, pour vous aider à épargner pour les 25 prochaines années, vous allez pouvoir ouvrir un PEA, où, comme en Suede, tout ce que vous épargnerez sera déductible de vos impôts et où les mouvements à l’intérieur du PEA sont non taxable tant que vous ne prenez pas votre retraite.
Les gens vont me dire : mais je n’ai pas d’épargne ! Je suis à l’os.
C’est faux
Votre employeur ne vous paye que la moitié de ce que vous gagnez et à la place de l’envoyer à la Sécu il vous l’enverra à vous.
Fort bien, mais qui va payer les gars à la retraite ou ceux qui doivent prendre leur retraite bientôt ?
Facile
Vous connaissez la valeur actualisée théorique de la dette que la Nation à souscrite pour assurer les retraites. L’Etat émet donc un emprunt obligataire du montant de cette dette. Le devoir de ce fonds souverain sera d’avoir une rentabilité supérieure à celle du taux avec lequel on a calculé la valeur actualisée de la dette. Et les excédents entre les paiements (investis en actions) et le cout de la dette (il y en aura, sauf si la gestion est confiée à des politiques ou à des fonctionnaires) serviront de fonds souverain pour rebâtir par exemple notre programme nucléaire.
Les avantages de cette solution sont considérables
- On a identifié et séparé la dette due aux erreurs du passé du reste de l’économie.
- Un quasi-fonds souverain a été créé, qui montera lentement en puissance au fur et à mesure que la dette due aux retraites sera amortie
- La vérité des salaires est de retour et les travailleurs cessent de payer pour les erreurs que des politiques ont faites depuis cinquante ans.
- Ce qui donne aux gens la possibilité d’épargner.
- En fonction des résultats de cette épargne, chacun pourra prendre sa retraite quand il le souhaitera, ou quand il le pourra.
- Une vraie industrie de l’épargne naitra en France et le capital sera alloué en fonction de la rentabilité des investissements telles que mesurée par des millions de gens et non pas en fonction des subventions du capitalisme de connivence au profit de quelques-uns, toujours bien placés et toujours les mêmes
- Une telle solution permettrait de comprendre un peu mieux qui a été massivement bénéficiaire du système ancien et qui ne l’a pas été. Quand je pense à monsieur Hollande qui touche 350000 e par an de retraites payées par nos impôts, je me dis que la valeur actualisée de la dette due aux erreurs du passé ne devrait comprendre qu’une retraite par personne. Après tout, de Gaulle est partie avec sa retraite de Colonel. Une retraite de President de la République devrait suffire à monsieur Hollande
Encore une fois, tout cela est très simple. Ce qui manque, c’est le courage.

8 Commentaires
Les retraites restant à payer c’est-à-dire les pensions actuelles des retraités jusqu’à leur mort + les pensions des futurs retraités pour la partie de leur vie où ils ont cotisés, c’est-à-dire avant leur passage à la capitalisation pure, le montant serait plutôt de 10 000 milliards est il est calculé par l’INSEE (engagements implicites du système de retraite). Pour dégager les actifs du financement de la répartition, il faudrait donc selon votre solution faire un emprunt obligataire de 10 000 milliards pour prendre le relai, ce qui est bien sûr impossible. La capitalisation est bien l’unique solution, mais une génération d’actifs devra être sacrifiée pour supporter une transition douloureuse supportant les deux systèmes cumulés (avec réduction progressive de la répartition), et celle-ci ne votera probablement jamais pour son propre sacrifice. Le système est donc condamné.
Les 1000 milliards c’est le cout actualisé du système par répartition qui continuerait indéfiniment c’est bien ça ? Quel serait le montant actualisé si on gelait aujourd’hui ce système en transitant vers la capitalisation (et qui correspondrait donc à l’emprunt obligataire nécessaire) ?
c’est un article tres bien ecrit mais le probleme est connu partout
les boomers ont une aversion totale au risque, ils ont connu les trente glorieuses et surtout veulent que rien ne change
courage politique veut surtout dire suicide politique car l’electeur moyen francais a plus de 50 ans
c’est tout le probleme de la democratie, c’est la majorité qui decide, quitte a mettre en esclavage (dette) des generations plus jeunes
pour info c’est la meme chose pour l’euro et l’UE, Sur l’euro il y a eu des articles sur ce site
pour l’euro voici la mentalité boomer : l’euro ne fonctionne pas bien mais tout changement implique un risque donc il vaut mieux ne rien faire. Ils veulent pas non plus que leur retraite soit payée en monnaie de singe en cas de retour au franc
pour l’UE beaucoup ont ete traumatisés par la guerre et ou leurs parents (un enfant est quand meme sensible au comportement de ses parents), donc il preferent vivre meme dans un mini URSS sans trop de libertés pour eviter la guerre (apres tout l’URSS etait l’exemple meme de l’amitié entre les peuples)
IL faut pouvoir raisonner en termes politiques aussi
Très bon sujet !
Le plus compliqué est de trouver quelqu’un avec une paire de ba**ches !
Merci pour cet article.
C’est excellent sur les aspects financiers. 2 bémols cependant 1) la démographie n’est pas la solution (plus d’enfants préparent plus de retraités qui nécessiteront encore plus d’enfants: c’est une course sans fin), même si le lumineux Alfred était un nataliste acharné (comme Michel Debré). C’est la production qui est la clef. Si (par impossibilité!) tout pouvait se faire aussi bien avec un seul travailleur appuyant sur un seul bouton, cela fonctionnerait. 2) la répartition n’est PAS un système de solidarité, sinon celle des morts précoces en faveur des fortes longévités, et donc en faveur des femmes (ce qui compense d’autres formes d’inégalité) et des cols blancs (en 81 les moins qualifiés avaient une espérance de vie < âge de la retraite d'alors). C'est un angle d'attaque capital mais qui n'est jamais exploité pourtant (© moi…). Un âge universel de départ est absurde.
Effectivement, les voir jouer au golf ou naviguer sur leur bateau, pendant que les momes de ce pays se font ………. J’en pouvais plus, alors nous sommes partis.
Limpide.
Merci
Je ne suis pas complètement d’accord avec Charles.
Ce n’est pas une question de courage. C’est une question d’objectifs : l’objectif des Français n’est pas que la France aille mieux. Leur objectif est de de s’en mettre plein les poches à court terme. Et, pour cela, quoi de mieux que de toujours taper sur les mêmes ?