Skip to content

21 juin, 2026

Les retraites en France : Une histoire de cornecul

J’ai 83 ans et quand j’étais à l’université il y a soixante ans, mon professeur de démographie (monsieur Letinier, élève d’Alfred Sauvy) nous expliquait que le système Français dit de « répartition » ne pouvait fonctionner que si le nombre d’enfants par femme restait solidement au-dessus de 2.2. Nous en sommes bien loin…

Quand ce taux a commencé à s’effondrer (en 1991 ! c’est-à-dire il y a trente-cinq ans), Michel Rocard avait demandé ce qu’il fallait faire et les fonctionnaires de service avait immédiatement pondu un rapport de 300 pages dont le thème essentiel était qu’il fallait préserver l’équité (?) du système.

Préserver l’équité d’un système qui vous mène a la ruine, il faut être inspecteur des finances pour le proposer mais c’est beaucoup moins dangereux pour une carrière que de proposer un changement, un vrai. Et depuis, nous avons dû avoir un nouveau rapport à peu près une fois tous les cinq ans, en général après qu’un nouvel incompétent ait été élu. Chaque fois le dit rapport fait quelques centaines de pages et est enterré aussitôt que publié.

A mon humble avis, quatre pages auraient suffi tant les choses sont simples, et de plus, quatre pages sont un maximum que les lecteurs de l’IDL ont du mal à dépasser le lundi matin …

Deux pages vont ainsi être consacrées au problème et deux pages à la solution.

Commençons.

Il s’agit d’un problème de baignoire qui se vide plus vite que les robinets ne la remplissent. Les robinets ce sont ceux qui travaillent, l’eau dans la baignoire ceux qui reçoivent les retraites, la bonde, l’eau qui sort de la baignoire.

Hélas, ceux qui réclament des retraites dont le pouvoir d’achat seraient en hausse jusqu’à la fin des temps ont eu la mauvaise idée de ne pas avoir d’enfants et donc le débit des robinets ne cesse de baisser. Et pourtant ceux qui barbottent dans la baignoire en jouant avec leurs canards en plastique ont toujours autant d’eau.

Comment cela se fait-il ? C’est tout simple.

Des représentants élus par les barboteurs ont pris sur eux d’aller chercher de l’eau dans une autre baignoire pour maintenir le niveau d’eau constant. Et c’est là qu’est le coup de génie de ces élus : Cette eau, ils l’empruntent pour que les barboteurs puissent continuer à s’amuser avec leurs canards, mais ce ne sont ni les élus ni les barboteurs qui payeront l’eau empruntée, ce sont leurs petits-enfants.

Et la mauvaise nouvelle pour ces petits enfants, dont certains ne sont pas encore nés, et que leurs parents ont fait encore moins d’enfants que n’en avaient fait leurs grands-parents. Et donc, une fois leurs études achevées, tous ces défavorisés de la fortune auront le choix de vivre comme des rats en France ou de prendront leurs cliques et leurs claques et d’aller bosser dans un autre pays où ils garderont la plus grosse partie de leur salaire. S’ils quittent la France, leur niveau de vie sera au moins du double de ce qu’il serait s’il restait au pays. Déjà la France pour la première fois de son histoire a un déficit démographique net de gens diplômés (plus de diplômés s’en vont que de diplômés qui rentrent). Comme je le dis depuis des années, la France exporte des bacs + 7 et importe des bac -7 et ce n’est que le résultat de notre système de retraites.

« Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes « disait Bossuet. Mon message aux grands parents est donc tout simple : Si vous voulez voir vos petits-enfants grandir, vous devez militer comme des fous pour que cesse ce système imbécile qu’est la répartition.

Venons-en aux chiffres.

  • Nous avons une dette étatique gigantesque et la moitie de cette dette vient du paiement de retraites.
  • Ces paiements représentent des transferts du secteur productif au secteur non productif équivalents à 14 % du PIB par an. Il s’agit d’un impôt prélevé sur ceux qui travaillent au profit de ceux qui ne travaillent plus. Sans ces paiements, le budget de la France serait à peu près à l’équilibre et les jeunes trouveraient du travail.
  • La démographie continue de s’écrouler avec les classes pleines nées avant 1963 qui partent à la retraite pour être remplacées par des classes « de plus en plus creuses’. Normalement, les salaires devraient monter en raison de cette diminution du nombre des travailleurs et il est vrai que le coût du travail monte en France, mais c’est pour maintenir le niveau de vie de ceux qui ne travaillent plus.
  • La part à payer en % du PIB pour que les retraites vivent mieux que leurs enfants va donc monter inexorablement à 15 % puis à 16 % du PIB. Un jour, ils seront à 100 %, ce qui est idiot puisqu’une grande partie de cette est souscrite à l’étranger et que les étrangers cesseront de nous prêter quoi que ce soit bien avant.
  • Faisons une hypothèse » raisonnable » : Avec la dette qui monte et les taux d’intérêts qui retrouvent des niveaux normaux, le service de la dette va passer dans les cinq ans qui viennent de 2.5 % à 5 % du PIB. La moitié de ces paiements ira à l’étranger. Nous savons déjà que les retraites vont passer de 14 % à 16 %  La somme des deux soit 3,25 %sera prélevée année après année sur ceux qui travaillent pour aller à ceux qui ne travailennent plus, ou qui ne consomment pas en France .
  • Du coup, la croissance du secteur privé en France sera au mieux à zéro, ce qui veut dire que la part des entrepreneurs et des salariés dans le PIB va baisser en chiffres absolus de 3.25% points de PIB dans les 5 ans qui viennent, ce qui ne s’est jamais produit en France sauf pendant l’occupation. La grande pauvreté va exploser comme jamais auparavant

Et tout cela est déjà quasiment certain mais les hommes politique ne se battent que pour savoir si la retraite doit être à 63 ou 64 ans, ce qui ne changerait rien.

 La réalité est très simple : personne, jamais, n’a pu garantir à qui que ce soit un revenu certain dans un monde incertain. Celui qui dit le contraire est un disciple de Madoff.                                                                                                           

Et pourtant, il y a une alternative. C’est cette alternative que je vais essayer d’expliquer dans les deux pages qui suivent.

La Solution

Il faut commencer par avoir les chiffres de l’endettement implicite de l’Etat français et c’est quelque chose que les actuaires savent très bien faire. Il suffit de leur donner le nombre de gens à la retraite, combien de nouveaux retraités arrivent chaque année, combien de retraités nous quittent et combien chaque retraité coûte et presto j’ai le chiffre dont j’ai besoin. J’additionne toutes les années, et puis je calcule la valeur actuelle de ce chiffre en fonction des taux d’intérêts prévalant sur le marché obligataire pour les périodes correspondantes. Et j’arrive à un chiffre qui est certainement au-dessus de 1000 milliards, et en croissance exponentielle, ce qui veut dire que notre système de retraites est vraiment en faillite virtuelle.

Que faire ?

Comme toujours, la reponse est simple : abandonner le collectivisme et revenir à la solution individuelle.

Prenons un individu de 40 ans, homme ou femme, qui travaille depuis 15 ans, Il suffit de lui dire : vous avez tant de points garantis par l’Etat qui vous seront payées quand vous aurez soixante-cinq ans, mais pour les années qui viennent, il va falloir vous débrouiller tout seul. Et, pour vous aider à épargner pour les 25 prochaines années, vous allez pouvoir ouvrir un PEA, où, comme en Suede, tout ce que vous épargnerez sera déductible de vos impôts  et où les mouvements à l’intérieur du PEA sont non taxable tant que vous ne prenez pas votre retraite.

Les gens vont me dire : mais je n’ai pas d’épargne ! Je suis à l’os.

C’est faux

Votre employeur ne vous paye que la moitié de ce que vous gagnez et à la place de l’envoyer à la Sécu il vous l’enverra à vous.

Fort bien, mais qui va payer les gars à la retraite ou ceux qui doivent prendre leur retraite bientôt ?

Facile

Vous connaissez la valeur actualisée théorique de la dette que la Nation à souscrite pour assurer les retraites. L’Etat émet donc un emprunt obligataire du montant de cette dette. Le devoir de ce fonds souverain sera d’avoir une rentabilité supérieure à celle du taux avec lequel on a calculé la valeur actualisée de la dette.  Et les excédents entre les paiements (investis en actions) et le cout de la dette (il y en aura, sauf si la gestion est confiée à des politiques ou à des fonctionnaires) serviront de fonds souverain pour rebâtir par exemple notre programme nucléaire.

Les avantages de cette solution sont considérables

  1. On a identifié et séparé la dette due aux erreurs du passé du reste de l’économie.
  2. Un quasi-fonds souverain a été créé, qui montera lentement en puissance au fur et à mesure que la dette due aux retraites sera amortie
  3. La vérité des salaires est de retour et les travailleurs cessent de payer pour les erreurs que des politiques ont faites depuis cinquante ans.
  4. Ce qui donne aux gens la possibilité d’épargner.
  5. En fonction des résultats de cette épargne, chacun pourra prendre sa retraite quand il le souhaitera, ou quand il le pourra.
  6. Une vraie industrie de l’épargne naitra en France et le capital sera alloué en fonction de la rentabilité des investissements telles que mesurée par des millions de gens et non pas en fonction des subventions du capitalisme de connivence au profit de quelques-uns, toujours bien placés et toujours les mêmes
  7. Une telle solution permettrait de comprendre un peu mieux qui a été massivement bénéficiaire du système ancien et qui ne l’a pas été. Quand je pense à monsieur Hollande qui touche 350000 e par an de retraites payées par nos impôts, je me dis que la valeur actualisée de la dette due aux erreurs du passé ne devrait comprendre qu’une retraite par personne. Après tout, de Gaulle est partie avec sa retraite de Colonel. Une retraite de President de la République devrait suffire à monsieur Hollande

Encore une fois, tout cela est très simple. Ce qui manque, c’est le courage.

 

 

 

 

 

 

 

Economiste et financier, Charles Gave s’est fait connaitre du grand public en publiant un essai pamphlétaire en 2001 “ Des Lions menés par des ânes “(Éditions Robert Laffont) où il dénonçait l’Euro et ses fonctionnements monétaires. Son dernier ouvrage “Sire, surtout ne faites rien” aux Editions Jean-Cyrille Godefroy (2016) rassemble les meilleurs chroniques de l’IDL écrites ces dernières années. Il est fondateur et président de Gavekal Research (www.gavekal.com).

Soyez le premier à commenter cet article !


Add a Comment

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Abonnez-vous à notre lettre d’information mensuelle