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Jean-Jacques Netter

La grande illusion du centrisme

 

 

Dans une vie politique rythmée par les petites phrases, les fausses nouvelles,  « la post-vérité », « le gouvernement des juges », « la révolte du peuple contre  le politiquement correct » est difficile à mesurer avec la technique classique des sondages. C’est bien ce que nous avons vu récemment dans le vote sur le Brexit en Grande Bretagne et dans l’élection présidentielle aux Etats Unis. Malgré un monde des media qui lui était hostile à plus de 90%, Donald Trump a été élu…

 

Il y a une malédiction des candidats centristes en France qui n’a pas laissé que des bons souvenirs. Ni Lecanuet, ni Poher, ni Bayrou n’y sont parvenus. Le centrisme entraine forcément vers les négociations de partis. Le centrisme de Valéry Giscard d’Estaing qui consistait à regrouper deux français sur trois à partir de « majorité d’idées » chère à Edgar Faure,  ne s’est pas durablement installé. N’oublions pas que François Bayrou a reçu l’UDF des mains de Valéry Giscard d’Estaing à la fin des années 90. Cette formation comptait à l’époque 120 députés. Il n’en reste plus rien aujourd’hui. Ce n’est donc pas un hasard si François Bayrou s’est rallié à Emmanuel Macron à condition d’introduire la proportionnelle dans le système électoral français. Ce serait la fin du  bipartisme qui régit la plupart des grandes démocraties  et permet des alternances claires…

 

Dans l’ élection législative les partis reprendront leur hégémonie. Si Emmanuel Macron l’emporte aux présidentielles, c’est la victoire quasiment assurée  de la droite aux législatives, car il y aura des candidats Macron , du PS, d’ EELV, des insoumis mélenchonistes etc… L’élection d’une majorité macroniste est donc improbable. On a la recette pour revenir aux combinaisons d’appareils, or les institutions de la cinquième  république  ne peuvent fonctionner que dans un système bipolarisé.

 

Emmanuel Macron ne sera pas le Schröder français

 

Par un joli tour de passe passe, Emmanuel Macron, pour le moment,  est arrivé à effacer sa responsabilité dans le bilan de François Hollande, dont il a été le grand inspirateur sur le plan économique. Il propose à la place  son « futur désirable » au nom de ce que  la politique ne se résumerait pas à l’affrontement permanent de deux erreurs celle de gauche et celle de droite…

 

L’image du candidat réformiste non socialiste lui réussit bien pour le moment, lui permettant de rassembler autour de lui un éventail allant de Robert Hue, ancien membre du Parti Communiste Français  à Alain Madelin grand partisan d’un libéralisme qui réinvente l’économie pour libérer la créativité. On voit bien les ingrédients que Macron veut utiliser mais on ne sait pas quel goût va avoir la sauce.

A ce jour, Il n’est pas encore le « Schröder français », il est dans la perpétuation de ce qui existe déjà, qui n’a pas marché et qui ne marchera pas.

La stratégie du « ni droite-ni gauche » au delà du côté marketing qu’elle présente est impossible à conduire, dans le cadre des institutions de la cinquième république,  si l’on a pas de majorité à l’assemblée. L’impuissance parlementaire peut revenir très vite.

 

Etre le candidat du post- national suppose l’avènement d’une société sans mémoire.

Il est pour l’adaptation de la France à la marche du monde à condition que la nation française soit définitivement convertie au multiculturalisme. Il a d’ailleurs brillamment défendu son « imaginaire historique » le 9 mars dernier dans le cadre de l’émission « La fabrique de l’histoire » d’Emmanuel Laurentin sur France Culture. Le problème c’est que sur le terrain, l’islamisme radical ne peut être vaincu à coups d’atelier sur « l’engagement citoyen »…

 

Tous les concurrents de Macron ont été affaiblis par les primaires

Benoit Hamon, le candidat radical identitaire du PS est consterné. L’ancien frondeur, peine à rassembler son camp, sauf les écologistes. Avec ses 400 Md€ de « Revenu Universel » non financé et ses 32 heures payées 35, tout le monde comprend que cela signifie des dépenses astronomiques et des dettes abyssales.

Jean Luc Mélenchon de son côté a bien identifié « Macron qui reprend les vieilles recettes libérales en les saupoudrant de formules marketing attrape-tout ».

Montebourg  prévient : « il y aura de l’austérité à tous les étages ».

Martine Aubry y voit un « programme des libéraux anglo-saxons des années 80 »

Quant à Jean-Christophe Cambadélis à la tête de ce qui reste du PS, il explique bien que « Macron mène une campagne au centre droit pour tenter d’enrôler l’électorat filloniste en déshérence ». Ambiance…

 

Marine Le Pen attire les désespérés de la démocratie

 

La démagogie économique est devenue la caractéristique principale de la candidate du Front National. La valse des milliards de son programme ne fait pas bouger d’un pouce les convictions de son électorat qui est prêt à tout pour que  « les leaders traditionnels dégagent ». Le chiffrage sur la sortie de l’Euro fait même l’objet d’un calcul savant  : 30 Md€ pour « l’effet spread »+ 54 sur le montant de l’encours de la  dette + 60 sur les ménages  = 144 Md€ au total  après abandon de l’Euro, retour au franc pour une valeur de 1 pour 1 et dévaluation de 20%. Les principales victimes  de ces décisions seraient terribles pour une très grande partie de la base électorale de Marine Le Pen.

 

Le discours anti Euro fait tache d’huile dans les media. Cela a au moins le grand mérite de permettre d’ouvrir un débat où une critique implacable du fonctionnement de la zone Euro n’est pas incompatible avec un vibrant appel à ne pas la quitter.

Malheureusement,  pour sortir de l’Euro dans l’état actuel des traités il faut sortir de  l’Europe. Paradoxalement, la majorité des français est toujours en faveur de l’Europe. Cela constitue la plus grande contradiction de la candidature de Marine Le Pen.

 

Les surprises abondent dans les campagnes présidentielles.

 

A droite les républicains ont une chance de constituer le premier groupe parlementaire de la prochaine assemblée. C’est pourquoi on nous explique déjà que nous aurons Emmanuel Macron à l’Elysée et François Baroin à Matignon !

Rien n’est joué. Macron n’a pas encore gagné. Fillon n’a pas encore perdu. Marine Le Pen n’a pas encore été éliminée…