De l’inévitable réévaluation des monnaies asiatiques.

Dans le secteur des biens, (moins dans celui des services), le commerce mondial en ce moment est complètement déséquilibré par la sur-compétitivité des pays en Asie.
Commençons par la Chine, dont voici l’évolution de la balance commerciale depuis vingt ans.
La Chine est rentrée dans l’organisation mondiale du commerce en 2003.
Vingt ans après, l’excèdent commercial de la Chine par rapport au reste du monde excède 1000 milliards de dollars US sur les 12 derniers mois, ce qui est sans précédent dans l’histoire.
Passons aux pays qui sont dans ce que j’appelle la zone monétaire du renminbi. Voici les chiffres pour leurs comptes courants annuels. Nous rétrouvons un excédent d’environ 300 milliards de dollars en faveur de ces pays d’Asie, ce qui est gigantesque
La « zone monétaire chinoise » a donc un excédent de près de 1400 milliards par envers le reste du monde, ce qui est tout simplement insensé.
Essais de comprendre ce que cela veut dire en pratique : La zone chinoise vend 1400 milliards de dollars de biens de plus chaque année qu’elle n’en achète au reste du monde (soit à peu près la moitié du PIB de notre pays).
Dans un monde normal où tous les pays seraient autour de l’équilibre du commerce extérieur, ils nous vendraient des voitures et viendraient passer leurs vacances en France et tout serait pour le mieux dans le meilleur des mondes.
C’est loin, très loin d’être le cas, et 1400 milliards d’excédents, c’est donc tout simplement incompréhensible.
Comme nous n’avons pas assez de produits à leur vendre à des prix qui les intéresseraient vraiment, il faut que nous leur vendions non pas des produits mais des actifs réels (…la Tour Eiffel… le palais de Versailles… votre appartement à Paris… l’or de la banque de France…) ou encore des actifs financiers tels des reconnaissances de dettes ou les actions d’Air Liquide.
Cela veut dire tout simplement que nous ne sommes pas compétitifs sur le plan commercial mais que nous continuerons à consommer toujours autant, en vendant les bijoux de la couronne si nécessaire.
Ce qui durera aussi longtemps que nous aurons des actifs à vendre qui intéresseront les producteurs à l’extérieur.
Hélas, il arrive toujours qu’à un moment ou à un autre, nous allons nous retrouver ne disposant plus d’actifs qui intéressent les producteurs étrangers et quand cela se produit, le taux de change de la monnaie nationale s’écroulera instantanément, et avec lui notre niveau de vie.
A ces moments-là, le taux de change de la monnaie du pays qui est en déficit baisse à terme très fortement contre la monnaie du pays en excèdent, et ne sont plus achetés à l’étranger que les produits qui peuvent être payés en donnant les produits correctement localement.
C’est ce qui s’est passé en Corée du Sud et en Thaïlande à la fin du siècle dernier quand la crise asiatique éclata.
De fait, lorsqu’une crise de solvabilité frappe un pays, il est d’usage que le taux de change du pays débiteur baisse de 50 % quasiment instantanément par rapport au taux de changement du pays créditeur, et donc il me semblerait raisonnable que le cours de changement de ce qui sera la monnaie française à ce moment-là, baisse de moitié par rapport à la monnaie chinoise.
Pour nous en sortir, il n’y a qu’une solution et une seule : redevenir performantes et cela veut dire, consommer moins et produire plus de choses qui intéresseront les non-français
Et pour cela, la solution passe toujours par un écroulement de la monnaie du pays qui a choisi de vivre au-dessus de ses moyens.
Et cet écroulement commence toujours par une baisse du marché obligatoire du pays débiteur vis-à-vis du pays créditeur, et c’est ce que nous voyons déjà entre la Chine et la France.
Le franc français à10 ans a déjà dévalué de 77% contre le renminbi, (244/138) depuis 2018.
Ce qu’il faut bien comprendre est que la dévaluation de la monnaie française ainsi que la réévaluation du taux de change de la monnaie chinoise ont déjà commencé dans les marchés à terme
Je ne conserve aucun contrat en France puisque leurs valeurs ont déjà commencé à baisser.

François, un pape paradoxal

Le décès du pape François suscite des hommages mondiaux, notamment dans les sphères non chrétiennes. Des hommages qui saluent ses actions diplomatiques, ses efforts pour la paix et qui reconnaissent la centralité du catholicisme. Mais au-delà de ses hommages, son action diplomatique fut paradoxale.

 

La Chine, un dossier qui a échoué

 

Avec la Chine, François a tout tenté. Il a signé un accord avec Pékin, qui n’a pas été rendu public, pour organiser la nomination des évêques, accord qui a provoqué beaucoup de déceptions et d’incompréhensions à Hong Kong et dans l’Église souterraine. On peut comprendre les raisons de cet accord : il n’est pas bon qu’il y ait deux Églises parallèles en Chine, l’une officielle et l’une souterraine. Si la situation avait été acceptée sous Paul VI pour répondre à un problème du moment, celui de la persécution sous le maoïsme, elle ne pouvait pas durer perpétuellement. Le problème est que François a cru qu’il pourrait amadouer Pékin et signer un accord d’égal à égal, alors que le gouvernement chinois actuel est engagé dans une politique de sinisation des religions, c’est-à-dire de soumission des religions présentes en Chine à l’idéologie communiste. Pour Pékin, l’Église catholique est vue comme une puissance étrangère, qui ne doit donc pas intervenir dans les affaires intérieures. Les évêques sont des préfets, que le gouvernement doit nommer selon ses seuls critères. Une position qui n’est pas très éloignée de ce qui fut pratiqué en France sous la Révolution. Le dossier chinois est donc bloqué et ce sera là un des gros dossiers du prochain pape.

Si quasiment tous les chefs d’État asiatiques ont publié des messages de condoléances, rien en revanche n’est sorti de la Chine : aucun message ni de Xi Jinping ni du gouvernement. Un silence qui en dit beaucoup sur la considération que la Chine porte à l’égard du Vatican.

 

Les mondes musulmans : une reconnaissance sincère

 

C’est dans les mondes musulmans que François a obtenu de nombreuses reconnaissances. Ses voyages au Kazakhstan, en Azerbaïdjan, au Maroc, en Égypte et dans le Golfe ont laissé des souvenirs forts parmi les dirigeants et les dignitaires. Parce que c’est une reconnaissance diplomatique pour ces pays, parce que c’est aussi la preuve que la diplomatie vaticane leur porte de la considération. L’engagement au dialogue entre religions est parfois mal compris. François estime qu’il n’y a de toute façon pas le choix : c’est le dialogue ou la guerre. Dialoguer ne signifiant pas se soumettre à l’autre, mais opérer une discussion par la raison, donc obliger l’autre à raisonner, à faire usage de sa raison afin de déminer les passions et les mythes. Quand il appelle à la liberté religieuse dans les pays musulmans c’est pour permettre à l’ensemble des populations, y compris chrétiennes, de pouvoir pratiquer librement leur foi et de disposer de lieux de culte accessibles. La liberté religieuse est ici un pari, une audace et souvent un défi pour les pays où elle n’est pas pratiquée.

 

Les migrants, le point de friction

Le soutien aux migrants aura été le fil conducteur de ce pontificat, François y revenant régulièrement. Son premier déplacement d’envergure fut sur l’île de Lampedusa, pour dénoncer le fait que la Méditerranée soit devenue un cimetière. En 2016, il s’est rendu sur l’île grecque de Lesbos, ramenant des migrants dans son avion. Si on ne peut que lui donner raison sur le fond : tout être humain est digne et doit être protégé, son obsession migratoire a parfois viré à l’aveuglement. En ne parlant que des migrations du sud vers le nord, il a oublié que, pour l’essentiel elles se font de pays du sud vers d’autres pays du sud. En rendant responsables les pays occidentaux des vagues migratoires, il n’a pas toujours assez insisté sur le rôle des mafias et des réseaux criminels dans les traites humaines. Traite qui est par ailleurs souvent pratiquée par des réseaux issus des pays de départ.

 

D’autant que l’action concrète de la cité du Vatican fut en total décalage avec les propos du pape. Il n’a jamais été aussi difficile que sous François de pénétrer dans la cité et de franchir ses frontières. Pour accéder aux archives, j’en ai fait les frais, il faut une lettre de recommandation pour pouvoir entrer dans la cité et remplir de nombreux documents auprès de la gendarmerie vaticane, qui assure le contrôle des frontières. C’est, en Europe, le pays où il est le plus difficile d’accéder. Le Vatican a également la politique migratoire la plus répressive d’Europe, avec des mesures adoptées qui sont interdites par l’Union européenne (dont le Vatican n’est pas membre).

Par un décret du 19 décembre 2024, le gouvernorat de la cité du Vatican a ainsi édicté de nouvelles peines à l’encontre des personnes qui entrent de façon illégale sur son territoire. Ce que l’on appelle en droit « le délit d’entrée illégale ». Les peines encourues vont de un à quatre ans de prison et de 10 000 à 25 000 euros d’amende. Les personnes condamnées peuvent en outre se voir assorties d’une peine d’interdiction d’entrée sur le territoire durant une période de dix ans.

À la répression contre les entrées illégales s’ajoutent les limitations de l’accueil. Pour pouvoir héberger des personnes extérieures, les résidents de l’État de la Cité du Vatican doivent obtenir une autorisation du gouvernorat. Le cas échéant, ils encourent une amende allant là aussi de 10 000 à 25 000 €.

Lorsque des gouvernements français avaient voulu mettre en place ce « délit de séjour irrégulier », cela avait été retoqué par le Conseil constitutionnel.

Le dossier migratoire tel qu’il fut traité par François montre que, comme souvent, il faut étudier les discours, mais aussi les mesures adoptées.

 

 

 

Un grand moment de lassitude.

 

Quand j’analyse les évènements en Europe, il m’arrive fréquemment d’avoir des GML, ou grands moments de lassitude.

A chaque fois qu’il se passe quelque chose dans le reste du monde, je me dis que les autorités européennes vont encore trouver un moyen pour que cet évènement enfonce un peu plus les entreprises du vieux continent, et cela ne rate JAMAIS.

Prenez la crise actuelle entre les Etats-Unis et la Chine.

Quelle va en être la première victime ?

Ne cherchez pas, ce sera à nouveau l’entreprise industrielle européenne de base …

Et pourquoi ? Parce ce que le taux de change de l’euro vient d’être ré-évalué de 15 % par rapport à la monnaie du principal concurrent de l’Europe, la Chine,  et de 11 %% par rapport au dollar, la monnaie du principal client de l’Europe.

En voici la preuve  (les deux taux de change sont mis base 100 au 23 aout 2022)

Comme le lecteur peut le voir, l’euro vient de passer de 102 à 114 contre le dollar, soit une réévaluation de 11.5 % contre le billet vert et de 109 à 126 cette fois contre le billet rouge soit une autre réévaluation, mais de 15.6%, et tout cela en quelques semaines.

 

 

Pour faire simple, la monnaie de la zone industrielle la moins efficace au monde vient de grimper de plus de 11 % contre la monnaie de son principal client et de 15 % contre la monnaie de son principal concurrent.

Eh bravo, monsieur Trichet doit être fier de voir son Frankenstein financier enfoncer, que dis-je, écrabouiller les autres monnaies.

Mais la question reste entière : tout le monde sait que l’Euro est une saloperie et malgré cette connaissance largement partagée dans les milieux financiers, l’Euro monte comme une fusée en trois semaines … ?

Pourquoi ? La reponse est toujours la même : il y a eu sans doute beaucoup plus de dollars à vendre que d’euros à acheter. Et comme le renminbi est plus ou moins resté attaché au dollar, du coup, le renminbi a dévalué en même temps que le dollar.

Ce qui amène à la question suivante et qui cette fois est la bonne : mais pourquoi y a-t-il eu plus de dollars à vendre que d’euros à acheter ?

Voici la reponse : la bourse de New-York et le dollar américain depuis des années (en fait depuis 2012 et la première crise de l’euro) ont eu une bien meilleure performance que les bourses européennes et que l’euro.

Et du coup, tous les grands fonds de pension néerlandais, suédois, allemands, français…se sont bourrés de valeurs américaines (par exemple, les sept magnifiques) et de toutes autres sortes de placements aux USA….

La chute récente des cours à Wall-Street a donc déclenché un phénomène un peu semblable à celui qui se passe quand quelqu’un crie « au feu » dans une théâtre bondé. La porte devient difficilement approchable.

Tout ce joli monde s’est mis à vendre leurs positions détenues aux USA et donc en dollars, ventes immédiatement suivies de rachats d’euros, que personne ne vendait. Et c’est pour ça que votre fille est muette, aurait dit Molière. Trop de vendeurs, pas assez d’acheteurs, l’Euro est donc monté de 11 % à 15 % en quelques jours, ce qui est un vrai désastre.

Pourquoi ?
Pour deux raisons.

  1. Les entreprises exportant d’Europe vers les USA vont voir leurs droits de douane augmenter de 10 %, et en plus les dollars qu’elles vont recevoir en paiement auront baissé de 11 %. Vingt et un pour cent de manque à gagner inattendu, c’est sans doute très supérieur à leur marge brute, et donc, elles risquent de déclarer des pertes considérables sur leurs ventes aux USA, ce qui ne devrait pas favoriser une hausse des cours sur leurs titres.
  2. La Chine va se retrouver avec des capacités excédentaires en raison des ventes qu’elle ne fait plus aux Etats-Unis.

Heureusement (pour elle), comme son taux de change vient de fortement baisser contre l’euro, les entreprises locales vont pouvoir vendre leurs produits en en baissant le prix de 10 % en Europe, ce qui va faire s’écrouler les marges des entreprises européennes.

La conséquence inévitable va être sans aucun doute une nouvelle vague de faillites des entreprises industrielles dans la zone euro.

Et encore bravo !

Dans un monde normal, qu’est qui aurait dû se passer ?

Imaginons que l’euro n’existe pas.

La banque centrale néerlandaise aurait acheté les dollars excédentaires pour empêcher la monnaie de monter, et aurait immédiatement vendu ces dollars à la banque centrale Chinoise contre des renminbi, refilant le mistigri à la banque centrale chinoise et se retrouvant, elle, avec des renminbis qui seront bien utiles pour solder les comptes déficitaires avec la Chine.

Rien de tout cela ne peut se produire avec la BCE.  A ma connaissance, mais je peux me tromper, la BCE n’a pas le droit d’intervenir sur le marché des changes (d’ailleurs, je ne sais pas non plus qui a ce droit. Personne ? Le conseil des ministres ?) …

Le résultat final est bien entendu que les entreprises produisant dans la zone euro et/ou exportant de la zone euro sont à chaque fois ce qu’il est convenu d’appeler les « victimes collatérales « quand les bombes lâchées par les américains leur tombent dessus à la place de tomber sur les Chinois.

Pour résumer ce qui se passe depuis l’an 2000, il me semble que le mieux est de publier d’abord un premier  graphique, montrant l’évolution des productions industrielles suédoises et française avant et après l’introduction de l’euro.

Le voici

 

Avant l’Euro, aucune différence entre les productions industrielles françaises et suédoises.

Depuis l’Euro, on note la désindustrialisation de la France et sa marche vers la faillite, tandis que la Suède, elle, se porte comme un charme.

Suivi d’un deuxième graphique montrant cette fois ci les évolutions de la dette et du poids de l’état en pourcentage du PIB dans les deux pays.

 

Curieux, la Suède et la France sont dans la Communauté Européenne toutes les deux, et les deux parcours sont pourtant complètement opposés. Pourquoi ? La seule différence est que la France est dans l’euro, et pas la Suède. Pourquoi ?  En Suède, l’ENA n’existe pas. L’euro a été imposé par une technocratie française et remontant à Napoléon  et qui et restera toujours centralisatrice et non democratique.  Cette classe a fait passer la France en deux siècles de première puissance mondiale à une province allemande en faillite.

Depuis toujours, je pense qu’il aurait fallu filer Bonaparte aux Suédois et garder Bernadotte. Hélas, nous avons fait l’inverse. Si nous avions gardé Bernadotte, le monde serait francophone et l’Allemagne une province de la France.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les villes et la puissance

L’audition du DG de Safran à l’Assemblée nationale, Olivier Andriès, a fait grand bruit. Interrogé sur la réindustrialisation et l’aménagement du territoire, celui-ci a expliqué que Safran avait prévu d’implanter une usine de fonderie d’aubes de turbines à Rennes. Avec 500 emplois générés, il avait obtenu l’aval de la municipalité pour débuter les travaux de création. C’était sans compter sur les écologistes, qui se sont opposés au projet et ont manifesté contre Safran et son DG. Dépité, celui-ci décida d’aller voir ailleurs. Et de conclure durant son audition : « Chaque fois qu’on aura un choix de localisation, je bannirai une offre faite par une ville détenue par une majorité écologiste ».

 

La ville et la puissance

 

Le sujet est crucial, pour le développement de la France et celui de ses différents territoires. Dans moins d’un an, en mars 2026, se tiendront les élections municipales. On peut d’ores et déjà donner à l’avance le programme de tous les candidats : « ville verte », « ville agréable à vivre », « ville écologiste », avec plus ou moins de sécurité et de social dans le programme, selon que le candidat soit de droite ou de gauche.

Que des sujets de vie quotidienne et d’immédiateté, jamais des sujets de puissance, de développement et de temps long. Ayant siégé trois mandats durant dans un conseil municipal, j’ai pu constater que ces sujets n’intéressent pas la majorité des électeurs et qu’ils ne sont donc pas des sujets de campagne ; quand bien même l’un des candidats aurait pour idée de les mettre à son programme.

 

Donc, les pistes cyclables l’emportent sur l’industrie, les tarifs de la cantine sur le développement économique. À quoi s’ajoute, dans les villes tenues par les écologistes, une détestation de tout ce qui est entreprise et industrie. D’où le départ du DG de Safran. L’effondrement des villes dirigées par les écologistes est un véritable problème de puissance et de souveraineté, tant la ville est le lieu par excellence de l’échange et de la création. Rennes est tombée dans la violence et l’insécurité, comme Nantes, comme Grenoble, pourtant capitale industriele et capitale des ingénieurs, comme Bordeaux, Poitiers, Strasbourg. Liste à laquelle il faudra peut-être ajoutée Lyon, dont le centre-ville se dégrade de plus en plus et, hélas, Paris.

 

Paris, une cause nationale

 

Même les provinciaux ne peuvent pas se satisfaire de l’état de délabrement dans lequel Paris est tombé. Paris est la capitale de la France, sa vitrine sur la scène mondiale en plus d’être son moteur. C’est à Paris que viennent les touristes du monde entier et que, visitant la ville, ils visitent la France. C’est à Paris que siègent les ambassades, que se rendent les hommes d’affaires, les intellectuels, tous ceux qui comptent dans le monde. De tout temps, la capitale a toujours été choyée par le pouvoir parce qu’elle est l’image de la puissance et de la grandeur d’un pays. Tous les monarques ont rénové et modelé Paris, pour bâtir le Louvre, les Invalides, les grandes avenues. Napoléon III et Haussmann ont réalisé le Paris que l’on connaît aujourd’hui et qui fait la fierté des films, des publicités, des voyageurs. Aucun gouvernement ne peut accepter que Paris soit devenu une ville salle, abandonnée, dégradée, tant sa dégradation est aussi l’image de la dégradation de la France. Se rendre à Moscou, c’est avoir une idée, même faussée, de la Russie. Se rendre à Rabat, c’est voir le Maroc moderne et conquérant, se rendre à Londres, c’est voir la puissance du Royaume-Uni. Sauver Paris est donc une cause nationale pour l’image et le statut de la France.

 

Raison pour laquelle Paris ne devrait pas être dirigé par un maire, mais par un préfet, comme cela était le cas avant la réforme de Giscard. Des maires d’arrondissement pour gérer les affaires locales (propreté des rues, fêtes, brocantes, affaires sociales) et un préfet pour les aménagements structurants, qui tiennent compte de l’intégration de Paris dans la région Île-de-France et des intérêts de la France. Quelle image renvoie-t-on quand les touristes qui atterrissent à Roissy doivent emprunter le coupe-gorge du RER B pour arriver jusqu’à Paris ? Que signifient les rues délabrées, les poubelles, les trous, la saleté ? Il y a là une cause majeure à défendre, qui ne concerne pas que les Parisiens, mais bien tous les Français.

 

Il y a quelques années, Rome était sale, avec de graves problèmes de gestion des ordures. Aujourd’hui, c’est une ville propre, qui a été restaurée à l’occasion du jubilé. Madrid était encore il y a quinze ans une ville provinciale à l’échelle de l’Europe, c’est désormais une ville dynamique, agréable à vivre pour les touristes, qui sait attirer les entreprises et donc les cadres internationaux.

 

Responsabilité financière

 

Ce qu’énonce le DG de Safran peut être décliné en plusieurs exemples. En Corse, la collectivité de l’île, qui mène une politique socialiste assumée, augmente sans cesse les taxes pesant sur le billet d’avion, notamment pour le tarif résident. Une collectivité qui empêche toute concurrence dans le domaine aérien, voulant maintenir le monopole d’Air Corsica et les dérogations d’Air France. Avec un billet d’avion de plus en plus cher, les Corses habitant sur le continent sont donc limités dans leurs déplacements, ce qui nuit au développement économique des villes corses et donc in fine de l’ensemble de l’île.

 

Comme les villes dépendent essentiellement, pour leurs finances, de l’argent versé par l’État, elles sont irresponsables face aux conséquences de leurs choix. En cas de problème grave, elles se tournent vers l’État pour demander plus de budget, de sécurité, de subventions. La solution passe par une autonomie totale des villes en matière budgétaire, c’est-à-dire qu’elles ne vivent que des impôts qu’elles peuvent prélever. Ainsi, une mauvaise politique provoquera la fuite des habitants et donc moins de rentrées fiscales, ce qui limitera les budgets, obligeant les municipalités à être vigilantes dans les politiques menées.

Cette responsabilité financière, beaucoup de maires n’en veulent pas, tant il est plus confortable d’incriminer la faute de l’État et de se dédouaner vis-à-vis de ses électeurs sur le gouvernement.

 

Le travail sur la puissance et sur la grandeur nationale passe donc aussi par le renouveau des villes et des territoires locaux.

 

 

La fin de la globalisation : Une mise au point

 A mon humble avis, depuis l’élection du Président Trump, le monde est plutôt devenu plus difficile à comprendre qu’avant. Au moins, avant, on savait que tout allait mal et qu’il ne fallait avoir que des actions aux USA et de l’or.  Mais, depuis l’arrivée du Donald, les choses sont devenues plus difficiles, pour ne pas dire plus confuses.

Ce qui veut dire que je vais devoir m’isoler de tout le bruit ambiant et revenir à la méthode la plus simple pour procéder à mes analyses : identifier du mieux que je le peux ce que « je sais que je sais » et ignorer tout le reste.

Commençons par le plus évident

Je sais que le mouvement vers la mondialisation « heureuse » qui avait commencé avec la chute de l’Union Soviétique va connaitre un arrêt brutal, et que le monde est en train de se scinder en trois blocs :

  1.  Le cercle dit de Valérie Pieris (pseudonyme du géographe Texan qui a mis à jour cette notion).

Dans ce cercle qui a un rayon d’environ 3000 kms avec son centre proche de HK vit plus de la moitié de l’humanité

  1.  La Forteresse Amérique
  2.  L’empire Européen

 Commençons par le cercle de Valérie Pieris. Voici ce que je sais sur lui.

  •  Je sais que les États-Unis ont décidé de ne plus protéger l’ Europe militairement, ce qui veut dire que la “protection militaire” que les Etats Unis offrent encore à l’Asie n’a plus aucune crédibilité. Ce qui implique que les pays asiatiques vont être beaucoup plus sensibles à  tout ce que dit Pékin…
  •  Je sais que les autorités Chinoises, (Banque Centrale en tête), travaillent depuis la grande crise financière de 2008 à établir une sorte de  zone monétaire pour le cercle de Valérie Pieris, le but étant de créer un système stable ayant le renminbi comme ancre.
  •  Je sais que dans cette zone , les outils de stabilisation du serpent monétaire informel ont déjà été mis en place : accords de swaps entre la banque centrale chinoise et les banques centrales de la zone, lignes de crédit, organisations internationales de coopération etc..  .
  •  Je sais que d’immenses projets d’infrastructure pour relier chaque partie de la zone au reste de la zone sont dans les cartons qui n’attendent que le feu vert
  • Je sais, que pour financer tout cela, les fonds sont déjà disponibles (cf. l’explosion des dépôts bancaires en dollar  à HK).
  • Et enfin, je sais que la plupart des pays de la région sont en excédent d’épargne après avoir suivi une politique de taux de change sous évalués pour accumuler sur le long terme des réserves de change en dollar et ne plus jamais revoir le FMI.

Le problème est que ces pays n’ont plus besoin de ces réserves de change puisqu’ils peuvent acheter leur pétrole avec leur propre monnaie.

Et ces fonds deviennent donc disponibles pour effectuer les investissements d’infrastructure dont ces pays ont tant besoin.

Je serais donc très surpris si nous avions une récession dans cette région : la demande à venir est colossale et la liquidité dans la zone Valerie Pieris est surabondante.

Venons-en au Japon qui arrive au moment du choix, soit rejoindre le reste de l’Asie, et accepter la prépondérance de la Chine, soit rester dans l’orbite des USA, ce qui signifierait que bien peu des contrats d’infrastructure signés dans la zone irait au Japon.

Je sais que le yen Japonais est très sous-évalué contre la plupart des monnaies du monde et je subodore que ce qui empêche le marché haussier de vraiment commencer en Asie est cette sous-évaluation du yen.

Mais j’en suis arrivé à me dire que cette sous-évaluation commence à agacer prodigieusement les américains alors qu’elle agace les chinois depuis longtemps.

Et du coup, le yen vient de monter contre le renminbi et le dollar US, mais hélas, pas encore l’euro…

 Venons-en maintenant à la forteresse US.

 Commençons par le marché des actions

  •  Je sais que la quasi-totalité des portefeuilles dans le monde sont très lourdement chargés en valeurs américaines, tout simplement parce que les USA allaient dominer le nouveau secteur de l’intelligence artificielle jusqu’à la fin des temps.
  • Je sais également qu’une très grande partie de cet argent a été investi dans des indices pondérés en fonction de la capitalisation boursière de chacune des sociétés faisant partie de l’indice. Cette forme de gestion indicielle amène à chaque fois à des hausses vertigineuses suivies par des krachs d’anthologie.

Je crains que les hausses vertigineuses ne soient derrière nous…

Je crains donc aussi que la gestion indicielle classique telle qu’elle a été pratiquée par les Black Rock ou les Amundi de ce monde ne souffre beaucoup dans les années qui viennent.

Et donc, si vous avez envie d’acheter une valeur aux USA, vérifiez bien d’abord qu’elle ne fait pas partie de tel ou tel grand indice.

 En ce qui concerne le dollar et les marchés obligataires US.

  •  Je sais qu’il y a des excédents de dollars partout dans le monde puisque les pays peuvent acheter leur pétrole dans la monnaie de leur choix et donc n’ont plus besoin de réserves en dollar.
  • Je sais que les banques centrales qui ont trop de dollars, toutes ou presque en Asie, vont sans doute continuer à vendre ces dollars pour acheter de l’or, ou alors utiliser ces dollars pour financer les investissements d’infrastructure en Asie. T

Il me semble donc raisonnable d’anticiper une hausse des taux réels aux USA, accompagnant une baisse du dollar.

Ce qui n’est guère intéressant pour ceux qui détiendraient du cash ou des obligations dans le dollar.

Et pour ceux qui envisagent d’acheter des obligations USD indexées sur l’inflation (TIPS), la hausse des taux réels serait mortelle.

Au fond, aux USA, actions, obligations, cash ne me semblent guère avoir leur place dans un portefeuille en ce moment.

Ce qui revient à dire que les placements aux USA vont redevenir ce qu’ils n’avaient plus été depuis des lustres : des sources de cash.

Et terminons ce tour d’horizon avec la vieille Europe.

La vieille Europe est malheureusement la seule partie du monde qui continue à opérer avec le vieux logiciel d’une marche triomphale vers un Etat de Droit, qui n’a rien à envier avec la précédente présomption fatale de la descente inéluctable du capitalisme vers une fin de crépuscule des Dieux, portée par tous les socialistes ou communistes de service…

Ce qui se passe en Europe est donc beaucoup plus grave puisque les élites locales refusent de changer de logiciel.

Ce qui rend très probable des efforts par la violence, pour se débarrasser d’eux…

 Commençons par le marché des actions ;

 Depuis bien longtemps, j’explique qu’il y a deux marchés des actions en Europe

Les premières représentent des sociétés qui n’ont rien à voir avec les Etats Européens ou la construction européenne, du style Air Liquide, Schneider, Siemens etc.… Ces sociétés combinent de fortes compétences technologiques avec une présence commerciale très ancienne dans la plupart des pays du monde.

Logiquement, elles devraient être parmi les grandes gagnantes de la croissance Ricardienne du cercle de Valérie Pieris.

C’est certainement dans ces sociétés que je mettrais une grande partie de mon capital agressif pour jouer le boom Indien.

Les sociétés qui sont dépendantes de la continuation de l’expérience européenne et de la capacité des gouvernements à lever de l’argent pour « stimuler » la croissance.

Je continuerai à les éviter avec le plus grand soin.

Venons-en au cash et aux obligations dans le vieux continent.

Apparemment, beaucoup d’investisseurs européens sortent à toute allure des marchés US et ramènent leur argent en Europe, ce qui a fait monter l’euro et baisser les taux longs.

Taux longs et euro ne sont cependant rien d’autres que des paris sur la continuation de l’expérience (scleur)otique.

Voilà qui me semble constituer une occasion inespérée de reprendre ce capital et le réallouer à des investissements dont le futur me semble moins hasardeux,

 Conclusions

  • Le cash devrait être : en Yen (pas de changement)
  • Les obligations : dans les pays périphériques souffrant de taux élevés et le cas échéant en obligations Suédoises  ou  Suisses.
  • Les actions : en Chine, dans les industrielles européennes et dans le complexe énergies fossiles
  • L’or doit être conservé à  25 % du portefeuille, c’est-à-dire qu’il faut continuer à vendre l’or chaque fois que son poids dans le portefeuille passe significativement au-dessus de 25 %, pour racheter soit du yen soit des actions ou des secteurs qui auraient beaucoup baissé dans la période précédente.

Espace : la course privé / public

Longtemps, la course à l’espace a été du seul ressort des États. Les entreprises et les programmes étaient liés aux gouvernements, ainsi que les projets. Depuis une vingtaine d’années, les choses sont en train de changer et l’immersion d’Elon Musk bouleverse la mise. L’espace devient aussi un lieu privatisé.

 

La course à l’espace est liée aux programmes gouvernementaux et aux liens entre les scientifiques et l’armée, notamment celle de l’Air. L’envoi de Spoutnik, pour l’URSS, répondait autant à un projet scientifique qu’à une démonstration de force politique et un enjeu idéologique. Il fallait démontrer, aux yeux de tous, que la science et la technologie issues du monde communiste étaient supérieures au monde capitaliste. Pour les États-Unis, ce furent un camouflet. D’où la volonté de Kennedy de fixer comme cap à la NASA d’envoyer des hommes sur la Lune, et surtout d’y arriver en premier. Là aussi, enjeux scientifiques, militaires et politiques étaient liés et les pas de Buzz Aldrin effacèrent Youri Gagarine et Spoutnik.

 

Combats URSS / États-Unis

 

Le nombre de lancements orbitaux atteint un sommet dans les années 1965-1970 et ils sont surtout le fait de l’URSS. Les enjeux concernent la maîtrise de l’espace, mais aussi les lieux d’où sont réalisés ces lancements : Cap Canaveral en Floride, Kourou en Guyane, Baïkonour au Kazakhstan actuel. Comme toujours, les Américains savent mettre en avant leur puissance. Cap Canaveral est non seulement un lieu scientifique, mais aussi un lieu d’attraction, à la gloire de la NASA et de la science américaine. Avec les parcs Disney et les autres attractions d’Orlando, c’est à la fois un lieu de tourisme, de construction de l’identité américaine et de soft power culturel. Tout l’inverse des Russes qui cachent leur base et qui ne développent aucune activité autour. Il en va de même pour le cinéma, qui a contribué à populariser la conquête de l’espace et, surtout, à mettre en vedette la puissance américaine.

À partir des années 1990, le nombre global de lancements orbital diminue, du fait du désengagement de la Russie post-soviétique et il faut attendre les années 2000 pour que la Chine prenne un essor de plus en plus important. La carte des lancements orbitaux et des pays qui y participent dessine donc celle de la puissance et de la grandeur au cours des décennies écoulées. Participer à la course à l’espace, c’est non seulement s’imposer en matière scientifique et technique, mais aussi démontrer sa volonté de puissance politique.

À cet égard, il est triste d’impuissance de constater que l’Europe n’a pas encore réussi à créer une alternative au GPS, malgré les financements importants de Galileo et les promesses invoquées. Le déploiement de Galileo est un peu comme la fin du pétrole : toujours annoncé, jamais arrivé.

 

Le privé prend le pas

 

À partir des années 1990-1995, on voit apparaître de plus en plus de lancements privés, d’abord en Europe, puis aux États-Unis. Après un pic dans les années 2010-2015, c’est surtout à partir de 2020 que le nombre de lancements privés explose, porté par Elon Musk et Starlink. Aujourd’hui, les lancements gouvernementaux sont essentiellement le fait de la Chine et les lancements privés essentiellement le fait des États-Unis. La divergence idéologique se traduit aussi dans l’approche du spatial. L’Europe, en revanche, est beaucoup moins présente dans les lancements privés qu’elle ne l’était dans les années 2000. Les déboires d’Ariane espace y sont en partie pour quelque chose, le lanceur ayant eu du mal à s’adapter aux nouvelles techniques. Il y a quelques années, lors d’une conférence, le président d’Ariane espace expliquait que jamais il ne serait possible de récupérer les lanceurs. C’est pourtant ce que fait aujourd’hui Elon Musk. La bureaucratie a étouffé l’innovation et fait manquer plusieurs ruptures technologiques. Il est toujours plus compliqué de faire la course derrière qu’en tête.

 

Starlink s’est imposé lors de la guerre d’Ukraine. Avant l’offensive de 2022, l’armée russe a détruit les systèmes de communication de l’armée ukrainienne. Sans possibilité de communiqué entre les brigades, l’armée de Kiev était vaincue d’office et clouée sur place. C’est grâce au déploiement de Starlink et l’offre gratuite de communication que les unités ukrainiennes ont pu contourner les destructions russes, échanger entre elles et supporter le choc initial. Lors du typhon qui s’est abattu sur Mayotte, c’est Starlink que le gouvernement français a choisi pour assurer le continuum d’internet, et donc la vie économique et sociale sur l’archipel. Comme la marine vénitienne en son temps, les moyens de communication d’Elon Musk ont aidé les États à dépasser leurs crises. Aujourd’hui, Starlink est en vente dans de nombreux magasins français et peut être déployé sur les maisons de vacances à la campagne. La technologie fait fi des contraintes géographiques et des barrières technologiques.

 

Nous devons beaucoup à l’espace, pour la connaissance de la météo, pour les communications, pour les échanges. Et donc, nous devons beaucoup aux innovations, aux investissements et aux découvertes. Comme toujours dans l’histoire, les entrepreneurs sont les moteurs du progrès humain.

 

 

 

 

Ca tangue !

Les marchés des actions depuis quelque temps sont un peu …agités, et les principales victimes semblent être les valeurs de technologie aux USA, comme le montre le graphique ci-dessous.

 

La roche Tarpéienne est proche du Capitol, disaient les Romains, signifiant par-là que l’on n’était jamais aussi près du désastre qu’au moment du triomphe.

Fin Janvier, tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes, début avril, les investisseurs dans les valeurs de technologie se retrouvent avec un portefeuille qui a baissé de 24 % en six semaines, ce qui est rude.

Que s’est-il passé ?

Deux choses

D’abord, en Janvier, tous ceux qui détenaient ces actions étaient encore convaincu que le monde de l’intelligence artificielle allait appartenir aux sociétés américaines jusqu’à la fin des temps. Hélas, de jeunes Chinois en Février prouvèrent que ce n’était pas le cas, ce qui occasionna la première vague de baisse,

Les cours se stabilisèrent, en attendant d’en savoir plus.

Très rapidement après la première baisse, les investisseurs apprirent que le Président Trump avait l’intention de mettre des droits de douane sur le monde entier, y compris sur les pingouins en antarctique.

Comme je l’ai expliqué à  plusieurs reprises, si monsieur Trump a mis des droits de douane sur tout le monde, c’est bien sur parce que certains pays aiment à  vendre aux USA, mais n’aiment pas que les USA vendent chez eux.  Les US ont donc imposé des droits de douane très élevés sur les importations américaines venant de ces pays, ce qui parait un peu mal élevé, mais compréhensible.

Mais Trump a fait grimper les droits de douane sans doute aussi pour forcer les grandes multinationales américaines (dont les 5 inclues dans l’indice) à payer des impôts aux USA, ce qu’elles ne faisaient pas grâce à d’habiles optimisations fiscales utilisant, par exemple, les traités entre les USA et l’Irlande.

Que ces sociétés ayant pratiqué une créativité comptable exagérée voient baisser leurs cours, je le comprends parfaitement et cela me parait justifié puisque leurs bénéfices vont baisser à due concurrence des impôts (droits de douane) qu’elles vont devoir payer a partir de maintenant.

Du coup, les technologiques se recassèrent la gueule avec beaucoup d’entrain, et je crois que ces valeurs ont bien raison de baisser et que cette baisse est loin d’être finie.

Mais que l’ensemble des marchés de la planète chutent brutalement parce que les USA collent des droits de douane a tout le monde me laisse un peu perplexe.

Bien entendu, je sais que de 1930 à 1934, Hoover et ensuite Roosevelt firent erreur sur erreur en augmentant les droits de douane, en mettant des prix minimums, en laissant la masse monétaire s’effondrer pendant une décennie, en dévaluant le dollar en 1934 et que ces erreurs avaient transformé une récession normale en une grande dépression.

Et donc, tous ceux qui font métier de commenter ce qui se passe dans les marchés ainsi que tous les économistes de plateau TV ont un réflexe pavlovien : qui dit apparition ou hausse des droits de douane dit automatiquement déclenchement d’une dépression et écroulement de 90 % des indices des actions dans les marchés financiers.

La faillite, nous voilà, tel est le cri de guerre de toute la classe jacassière en ce moment, ce qui me parait idiot, mais utile. Il ne faut surtout pas les empêcher de s’exprimer tant ils vont encore une fois nous permettre de déployer notre épargne astucieusement

Ce qui me rappelle la phrase de Marx parlant de désastres : « La première fois, c’est une tragédie, la deuxième fois dans une farce »

Nous sommes dans la période de farce.

Quelques remarques doivent être faites a ce moment du raisonnement sur ce consensus extraordinaire défendu par des gens qui n’ont en général eu jamais aucun respect ni pour des prix de marché ni pour le système capitaliste.

  • J’aimerais rappeler a ce point que les USA représentent 25 % du PIB mondial, et que le commerce extérieur des USA compte pour 12 % de ce PIB. Si le commerce extérieur vers les USA baissait de 10 % (ce qui serait énorme), voila qui se monterait à 0, 3 5du PIB mondial…Je suis terrifié
  • Pour ceux que cela intéresse, en 1929, nous étions en étalon or et donc faire monter les droits de douane c’était suivre une politique qui empêchait les autres pays d’acquérir de l’or et les contraignait a la stagnation. Nous ne sommes plus en étalon or et tout le monde a des dollars en réserve à  ne savoir qu’en faire.
  • En 1929, la plus grosse partie du commerce international avait lieu dans les matières premières alimentaires et énergétiques (pétrole et charbon) qui étaient à l’époque produites principalement en Europe ou aux USA. Ne pas avoir d’or, revenait a ne pas pouvoir acheter d’énergie et de nourriture La plus grosse partie du commerce international est maintenant dans le domaine des services que les droits de douane ont du mal a toucher

Revenons à la période actuelle.

Je n’ai JAMAIS vu une récession commencer en dehors des USA après que le cours du pétrole a eu baissé de 11 % exprimé dans un dollar, qui a lui-même baissé de 5 % et avec des taux d’intérêts a 10 ans qui sont passés de 4.5 % à 3.90 % …

Ces TROIS mouvements, baisse du prix du pétrole, baisse du dollar, baisse des taux longs sont équivalents a une baisse considérable des impôts non seulement pour les consommateurs non américains, mais aussi pour le consommateur US, qui bénéficie de deux sur trois de ces variations. J’ai rarement vu une telle STIMULATION à l’échelle mondiale et des hausses de prix ne sont pas à craindre puisque le pétrole a baissé et qu’en plus les monnaies locales sont montées

Tout cela va stimuler puissamment la croissance en Asie et en Europe, ce qui devrait favoriser beaucoup les valeurs industrielles françaises et les marchés financiers Suisse, Suédois et asiatiques.  Voilà qui me donne envie de vendre une partie de mon or pour : racheter du yen, des valeurs pétrolières et des valeurs chinoises.

 

 

Un sommet UE – Asie centrale pour reprendre la main

 

Les 3 et 4 avril, Samarcande est le lieu du premier sommet UE – Asie centrale. Un événement majeur, tant pour les liens économiques que pour le balancement géopolitique.

 

C’est une première et cela se passe dans une ville mythique : Samarcande. Nœud des routes de la soie, point d’étape essentiel dans le commerce entre l’Asie et l’Europe, Samarcande retrouve son rôle historique avec ce premier sommet entre l’Union européenne et l’Asie centrale. Les dirigeants du Kazakhstan, du Kirghizistan, du Tadjikistan, du Turkménistan et d’Ouzbékistan sont présents, ainsi que les responsables de l’UE.

 

Une région centrale

 

Alors que la guerre en Ukraine porte le trouble au cœur de l’Europe, ce sommet permet de positionner les Européens dans l’ancien espace soviétique, ce qui fut, jusqu’en 2022, considéré comme l’étranger proche de la Russie. Moscou y avait conservé une forte influence, s’appuyant sur les liens historiques anciens et la présence d’une diaspora russe nombreuse. La guerre d’Ukraine a modifié la donne. Ces pays ont craint de subir le même sort que l’Ukraine, et notamment le Kazakhstan, qui partage près de 8 000 km de frontière avec la Russie. S’éloigner de l’emprise russe pour se rapproche de l’Europe est donc une façon de se protéger de l’impérialisme moscovite toute en tissant des liens, notamment économiques, avec le monde occidental.

 

Le second élément important dans ce sommet est la prise en compte de l’Eurasie comme espace clef du nouveau monde en cours de recomposition. Que ce soit pour la présence des hydrocarbures et des minerais que pour son positionnement géographique, l’Eurasie joue un rôle central. C’est à Astana, capitale du Kazakhstan, que Xi Jinping a annoncé la mise en place des nouvelles routes de la soie. C’est dans ces pays en « stan » que passent les réseaux, les échanges, les flux mondiaux. Pour une fois, l’UE fait bien les choses. Elle a compris que cette zone est essentielle et qu’il faut tisser des liens avec les pays concernés. D’où ce sommet de deux jours qui souhaitent tisser des partenariats entre les différents pays.

 

Le SPG+, un outil politique et économique

 

Si le sommet se tient en Ouzbékistan, c’est que ce pays est de plus en plus important au regard des échanges commerciaux et politiques avec l’Europe. En 2021, l’UE a accordé à l’Ouzbékistan le statut de bénéficiaire du SPG+ dans le cadre du système de préférences généralisées. Un système qui est valable jusqu’en 2027.

 

Le SPG+ (Système de préférences généralisées plus) est un accord commercial et politique qui incite les pays en développement à poursuivre le développement durable et la démocratisation de leur gouvernance. Les pays concernés doivent mettre en place 27 conventions internationales dans les domaines suivants : droits de l’homme, droits du travail, environnement, bonne gouvernance.

En contrepartie, l’UE réduit ses droits à l’importation à zéro sur plus des deux tiers des lignes tarifaires de leurs exportations.

Aujourd’hui, les pays bénéficiaires de ce programme sont la Bolivie, le Cabo Verde, le Kirghizstan, la Mongolie, le Pakistan, les Philippines, le Sri Lanka et l’Ouzbékistan. L’UE se plaint souvent d’être victime de la guerre du droit menée par les Etats-Unis mais ce programme correspond tout à fait à cet usage du droit pour influencer la politique et l’économie.

 

Avec des résultats puisque la coopération commerciale avec l’Ouzbékistan s’est intensifiée : entre 2017 et 2024, le commerce de l’Ouzbékistan avec les pays de l’UE a été multiplié par 2,4, passant de 2,6 milliards de dollars à 6,4 milliards de dollars, les exportations ont été multipliées par 3,6, passant de 472,3 millions de dollars à 1,7 milliard de dollars, et les importations ont été multipliées par 2,2, passant de 2,2 milliards de dollars à 4,7 milliards de dollars.

En conséquence, en 2024, la part de l’UE dans le commerce extérieur de l’Ouzbékistan était de 9,7 % du commerce total, de 6,3 % des exportations et de 12 % des importations, ce qui place l’UE au troisième rang des partenaires commerciaux de l’Ouzbékistan après la Chine et la Russie.

 

En 2024, l’essentiel des exportations de l’Ouzbékistan vers l’UE était constitué de produits chimiques (52,1 %), ainsi que de textiles, de produits métalliques ferreux et non ferreux, de produits minéraux et alimentaires (y compris les légumes, les fruits, les épices, les noix, etc.). Parmi les pays de l’UE, la France se classait au premier rang des importations en provenance d’Ouzbékistan (47,2 % des exportations), suivies de la Lituanie (10 %) et de la Lettonie (6,9 %).

Les importations de l’Ouzbékistan en provenance de l’UE dépassent largement les exportations, en grande partie en raison de la structure des échanges commerciaux mutuels et du besoin de modernisation technologique du pays. Les pays de l’UE représentent environ 16 % des importations totales de machines, d’équipements et de véhicules de transport de l’Ouzbékistan. En 2024, ces articles, y compris les avions, les produits électriques, les instruments et les équipements médicaux, représentaient environ 50 % des importations en provenance de l’UE.

 

On le voit avec l’exemple ouzbek, il s’agit de concurrencer la Russie et la Chine dans une zone qui est l’une de leurs chasses gardées. Des partenariats économiques qui assurent une présence et des échanges, ce qui reste essentiel. L’UE utilise les mêmes armes que les États-Unis : l’arme douanière avec la promesse de la baisse des tarifs, l’arme politique, avec la demande d’alignement sur les critères politiques et sociaux. Elle pèse de son marché de 500 millions de personnes et de sa richesse pour imposer sa marque et attirer à elle. La géoéconomie est ici au service de la politique.