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J’ai eu beaucoup de commentaires sur mon précédent article intitulé, “On vit bien en France mais pour combien de temps? “La thèse de cet article était que la croissance de l’appareil étatique, financé à crédit, était la principale cause de la chute constante du taux de croissance de l’économie Française.Pour prouver la relation, je montrais deux graphiques reliant le poids de l’Etat dans l’économie et la croissance “structurelle”, c’est à dire la croissance moyenne du PIB sur les 7 années précédentes.

La corrélation était parfaite. La majorité des lecteurs semblaient être d’accord  avec l’analyse mais une minorité s’inquiétait fort légitimement  du sens de la causalité. Après tout me disaient-ils: “Corrélation n’est pas causation”. Et d’ajouter, “Etes vous bien sur que la relation n’est pas: ” La faible croissance “force” l’Etat à s’engager plus et cette faible croissance pourrait avoir une autre origine que la hausse du poids de l’Etat dans l’économie …”.

Voila une remarque légitime, à  laquelle je vais essayer de répondre dans ce nouvel  article. La discussion sur le rôle et le poids de l’Etat dans l’économie est à peu prés aussi vieille que l’étude de l’Economie  et historiquement, certains gouvernements démocratiquement élus ou pas, confrontés  à une crise de solvabilité  se sont attachés à faire baisser le poids de l’Etat dans l’économie soit par conviction, (Thatcher ,Reagan) soit par pragmatisme.

Comme exemple historique d’une volonté plutôt pragmatique qu’idéologique , je vais prendre le Canada après l’élection de 1993.La situation du pays à l’époque était dramatique , déficits extérieurs et déficits intérieurs  abyssaux, la dette de l’Etat en pourcentage du PNB en hausse constante, voila qui préfigurait la France d’aujourd’hui Les Canadiens, à  la place d’appeler leur monnaie le “Dollar Canadien” en était venu  à le surnommer le “Peso Canadien”.

En 1993, devant cette situation dramatique, les élections portèrent au pouvoir Jean Chrétien du parti Libéral Canadien, plutôt à gauche sur l’échiquier électoral Canadien. (La notion que seul un parti de Droite peut faire reculer l’Etat est une idée qui  n’a aucune justification historique)

Conformément à  son programme électoral,  Chrétien et de son ministre des finances Paul Martin  commencèrent a faire baisser sèchement  les dépenses de l’Etat, ce qu’ils firent avec beaucoup de vigueur. Paul Martin avait coutume de dire qu’il y avait deux solutions pour faire reculer le Moloch: soit “raboter “un peu chaque dépense, ce qui ne marche JAMAIS, soit y aller à la hache pour supprimer ce qui était vraiment inutile , ce qui marche toujours, mais est mal vu par les groupes de pression divers et variés qui vivent de prébendes non gagnés et ne voient jamais pourquoi  cela devrait s’arrêter

Et à  la hache ils y allèrent, gaiement, sous les sarcasmes de tous les économistes qui annoncèrent un désastre imminent … Dépression économique, explosion du chômage, appauvrissement généralisé, rien ne manquait à  l’appel.

Voici les résultats

canada

 

·         En 4 ans, les dépenses de l’Etat baissèrent de 4 points de PIB (ligne rouge échelle de gauche),c’est a dire de prés de 20%. Promesses tenues

·         Pendant les deux premières années, la croissance du PIB resta médiocre avant de s’envoler ensuite (il semble en effet qu’il faille à  peu prés deux ans pour que la cure désintoxication fasse son effet)

·          De façon complètement incompréhensible (pour les Keynésiens bien sur, mais pas pour les économistes sérieux), nous n’avons eu de récession, ni  en 1994, ni en 1995 ni plus tard. Le chômage se mit a baisser, le niveau de vie a monter, les taux d’intérêt a s’écrouler…. Bref le bonheur économique total. En fait il fallut attendre vingt ans pour que le Canada connaisse une récession (période hachurée grise) alors qu’auparavant le Canada se payait une récession tous les 4 ou 5 ans , le Canada échappant même “miraculeusement”  et sans problème  à la récession  Américaine de 2001-2003

·          Encore plus curieusement (pour les Keynésiens), le taux de croissance structurel, après deux ans  de stagnation au niveau pré reformes, se mit  à remonter sec pour retourner à plus de 3.5 % par an pendant 10 ans de suite, avant que l’économie ne soit touchée par la crise Américaine de 2008,  que le Canada passa d’ailleurs beaucoup mieux que la quasi totalité des pays occidentaux  à l’exception de la Suède ou de la Suisse qui suivaient bien sur t le même genre de politique.

·         Comme Madame Thatcher ou Ronald Reagan auparavant,  à l’élection suivante, le parti Libéral  et son président furent réélu sans aucun problème.  Une fois de plus il était prouvé que quand un élu fait une politique “courageuse”  il est réélu sans problème. Sont toujours battus ceux que de Gaulle appelait les fromages blancs…

·         Je peux montrer ce même genre de graphique sur la Suède après 1992, la Grande Bretagne avec Madame Thatcher, les USA sous Reagan ou  Clinton (Gingricht),en Asie depuis 1998…  Partout et toujours, une baisse du poids de l’Etat déclenche une hausse de la croissance dans les 12 à  18 mois qui suivent.

·         Donc, et je conclus la dessus:

    OUI , c’est bien la croissance du poids de l’Etat qui fait ralentir l’économie.                                                       

   OUI, faire reculer l’Etat c’est organiser sous les deux années suivantes le retour de la croissance.

CQFD

C.G

Auteur: Charles Gave

Economiste et financier, Charles Gave s'est fait connaitre du grand public en publiant un essai pamphlétaire en 2001 " Des Lions menés par des ânes "(Editions Robert Laffont) où il dénonçait l'Euro et ses fonctionnements monétaires. Son dernier ouvrage "L'Etat est mort, vive l'état" Editions François Bourin 2009 prévoyait la chute de la Gréce et de l'Espagne. Il est le fondateur et président de Gavekal research (www.gavekal.com) et Gavekal securities.

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