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Je ne me fais aucune illusion. Mais fidèle à  l’Idée de Burke que rien de mal ne peut arriver à une Nation quand des hommes d’honneur se lèvent et se mettent à parler j’ai pensé qu’il était de mon devoir de communiquer aux lecteurs de l’Institut ma réaction à la lecture de  la récente encyclique du Pape.

 

Votre Sainteté,

 

Le Saint Esprit vous a confié le Magistère de l’Église.

Cela vous donne Droit et le Devoir de clarifier tout ce qui touche aux Dogmes qui régissent la vie spirituelle de notre église.De ce fait, vous avez une autorité incontestable  que nul Catholique ne songe à mettre en doute lorsqu’il s’agit de trancher dans les affaires où l’autorité de nouer ou de dénouer vous a été donnée, en tant que successeur de Pierre.Et en tant que Catholique, je respecte plus que tout ce Magistère.Toutefois,votre dernière encyclique m’a cependant jeté dans un trouble très profond et voici pourquoi.

Quand un homme dans la foule crie au Christ  » Dis à mon frère de me donner ma part d’héritage, » le Christ répond  » Homme qui m’a fait juge de vos querelles ? » ( Luc 9:51-21:25). De même, devant  Ponce Pilate, le Christ dit « Mon Royaume n’est pas de ce monde »( Jn 18.33-37)..Toute l’histoire du XIX montre la bataille acharnée qu’a mené l’Église, à tort, contre les idées des Lumières. Comme vous le savez mieux que quiconque, l’Église en tant  qu’institution Humaine a commis de multiples erreurs en intervenant dans les affaires du Siècle.

Or votre encyclique  semble indiquer que l’Église a une opinion parfaitement arrêtée sur la façon dont les sociétés humaines doivent être organisées, ce qui me semble en contradiction évidente avec ce qu’a dit le Christ. Ecrire sur une organisation humaine de la société sort de votre domaine de compétence.Vous semblez  humainement croire qu’il existe des solutions collectives aux malheurs de l’Humanité et que ces changements passent par de « meilleures » lois humaines.

Or le Christ a dit  ”Je ne suis pas venu changer la Loi mais l’accomplir ». Changer la Loi qui régit les hommes ne sert à rien nous dit le Christ, ce qu’il faut c’est l’accomplir, c’est à dire changer intérieurement et l’intégrer dans nos âmes et ce changement  ne peut être qu’individuel et non pas collectif.

Pour quiconque relit les Evangiles, une chose en effet saute aux yeux: Dieu ne sait compter que jusqu’à un. (André Frossard).

Il n’y a pas de morale collective, il n’y a pas de salut collectif (Les pauvres à ma Droite, les riches en enfer, les Protestants à gauche, les Catholiques à droite), il n’y a pas de sagesse collective et l’Amour de Dieu est un amour individuel et personnel entre le Christ et chacun d’entre nous.

Dieu est Personnel. Et quiconque relit les grandes Paraboles ne peut s’empêcher d’être frappé par deux constatations

·        Le Christ pardonne toujours à ceux qui ont pris des risques et qui se sont  trompé, la femme adultère, celle qui lui enduit les pieds de parfum, le brigand sur la croix, le publicain au fond de la Synagogue…  pour peu bien sur qu’ils reconnaissent leurs erreurs.

·        Le Christ par contre condamne avec la dernière sévérité tous ceux qui n’ayant pris aucun risque s’enorgueillissent de ne pas  avoir fait d’erreur , les Pharisiens, le mauvais serviteur dans la parabole des talents, le rentier au grenier trop plein, les serviteurs infidèles…

Dieu aime les preneurs de risque  (les entrepreneurs) et condamne sans appel les peureux qui s’abritent derrière la Loi humaine (les rentiers), ceux qui se mettent à l’abri et en plus, ont bonne conscience.

Pour beaucoup de Catholiques tels le Père Sirico de l’Institut Acton aux USA ainsi que pour moi même, entrepreneur créateur d’emplois, père  de famille, les valeurs portées par les évangiles et qui sont devenues les valeurs des sociétés occidentales sont:

-Le Primat de l’individu sur le collectif,

-La condamnation sans appel de la Tribu (Eux contre Nous),

-Le respect de la Liberté de l’Autre.

-Le respect de la parole donnée et qui ne peut pas être reprise,

-La possibilité de se tromper et de ne pas être écrasé par son erreur …

 

Votre encyclique porte apparemment une condamnation sans appel du Libéralisme dont vous semblez penser qu’il serait mauvais dans son essence.Or toutes les vertus citées par plus haut sont portées par le Libéralisme et exclusivement par le Libéralisme de Montaigne à Raymond Aron en passant par Locke, Burke, Adam Smith,  Benjamin Constant, Jean Baptiste Say, Bastiat ou Tocqueville et la source de ces idées est dans les Evangiles et nulle part ailleurs.

Car contrairement a ce que vous semblez croire le Libéralisme n’est pas une doctrine économique mais une doctrine Juridique ancrée dans la tradition Chrétienne du Péché Originel comme René Girard l’a subliment démontré dans « des choses cachées depuis la fondation du monde ». 

L’homme étant naturellement pécheur peut  en effet être amené à faire le mal, surtout s’il a trop de pouvoir. Il faut donc éviter de mettre celui qui est  au pouvoir en situation de péché. Et pour cela , il faut limiter ses pouvoirs.

Dans le domaine juridique, le Libéralisme est donc a l’origine de la doctrine de la séparation des Pouvoirs: pour limiter la capacité que les hommes ont de se faire du tort les uns aux autres, il faut limiter le pouvoir et de cela le Monde et l’Eglise devraient lui en être éternellement reconnaissants.

Mais l’Histoire a aussi montré que le principal obstacle aux tyrannies a toujours été des citoyens libres et indépendants, leur Liberté étant ancrée dans le Droit de Propriété dont votre encyclique semble indiquer que des abus dont il est l’objet seraient plus graves que son exercice légitime et mesuré, ce qui me semble encore une fois en contradiction avec l’enseignement des Evangiles ( cf:Parabole de la Vigne et des mauvais serviteurs).

·   Enfin vous concluez en assimilant l’état et le Bien Commun.

Le Bien Commun est une notion Chrétienne alors que la notion d’état n’a rien à voir avec notre Foi.  Vous semblez indiquer que tout état serait bon et légitime, ce que je n’arrive pas à croire tant cela parait invraisemblable! Un état peut être criminel et illégitime, même si une majorité de la population a voté pour ses dirigeants comme toute l’Histoire le montre, et en particulier celle du XX siècle.

Je ne vois pas pourquoi je devrais accepter de payer des impôts dans un tel état. Je peux cependant continuer à œuvrer pour le bien commun même dans un tel état, comme l’ont toujours fait des multitudes de croyants qui ont y ont souvent laissé leurs vies.Toute votre encyclique semble de fait  porter une condamnation sans appel du Libéralisme que vous assimilez au « Capitalisme de connivence » tel qu’il est pratiqué dans les marchés financiers un peu partout depuis quinze ans alors que les deux n’ont rien de commun.

Condamner le capitalisme de connivence eut été utile.

Condamner le Libéralisme revient à condamner l’Homme au prétexte que certains sont d’entre eux sont pécheurs.

Et de cette confusion vont naître beaucoup de malheurs.

C’est donc avec beaucoup de tristesse que je conclue cette missive, tant je suis persuadé que cette encyclique va avoir des conséquences très lourdes et dommageables  car elle va être reprise immédiatement par tous les ennemis de la Liberté , qui se trouvent être aussi les ennemis de l’Église, et des Chrétiens .

 

Un serviteur de l’Eglise dévoué,

 

 

Charles Gave

 

 

Catégories: Economie

Auteur: Charles Gave

Economiste et financier, Charles Gave s’est fait connaitre du grand public en publiant un essai pamphlétaire en 2001 “ Des Lions menés par des ânes “(Éditions Robert Laffont) où il dénonçait l’Euro et ses fonctionnements monétaires. Son dernier ouvrage “Sire, surtout ne faîtes rien” aux Editions Jean-Cyrille Godefroy (2016) rassemble les meilleurs chroniques de l'IDL écrites ces dernières années. Il est fondateur et président de Gavekal Research (www.gavekal.com).

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26 Commentaires

  1. Cher CG,

    Je pense que le pape François a manqué de prudence en se prononçant sur une voie qu’il ne maitrise pas ou dont il n’a une vue que partielle. Et fort heureusement il n’est pas infaillible dans ce domaine.
    Je pense aussi qu’à la réception de cette lettre (en forme de remise en point, sur le ton du moins), il faut être sacrément humble et vivre habituellement dans la vérité pour reconnaitre : « cet homme a raison, je me suis planté ». Ce qu’un pape qu’on appelle « sa sainteté » est peut être bien capable de faire… Je m’amuse à penser à la tête qu’il a pu faire s’il l’a lu. En tout cas, il a du sentir le vent du boulet 🙂
    A mon sens, votre connaissance, votre expérience, votre compréhension de l’économie et du droit couplées à votre caractère entrepreneur, font de vous un témoin assez unique de ce qu’est le libéralisme. Vous l’expliquez en plus très bien.
    Rien ne vaudrait davantage que quelques audiences privées de rattrapage (je ne blague pas) pour l’éclairer. Car on convainc rarement pas correspondance…
    Maintenant, j’ai pas son portable… (ou plutôt il m’a dit de ne pas vous le donner, il a trop peur de se faire engueuler :-))
    Mais peut être pas impossible à faire car comme dit l’adage « ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils le firent ».
    Et le fruit de cela pourrait faire beaucoup de bien…

    Bien à vous,

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  2. Cet article éclaire une situation alarmante. Si le libéral n’a ni dogme ni doctrine, s’intéressant seulement à l’individu fait d’un mix de vices et de vertus, il n’en va pas de même pour la religion romaine qui ne peut éviter d’avoir son dogme et de le faire respecter en son sein. Le libéral l’accepte ou la tolère plus facilement que d’autres plus sectaires. Il est très dangereux, pour l’humanité qui la suit de faire des concessions à l’ennemi qui veut vous abattre, de justifier ses arguments fallacieux.
    Je me souviens de la fête de la fédération où l’évêque d’Autun, accompagné de quatre cents curés en aube blanche s’étaient ceinturés d’une écharpe… tricolore ; sans trop le savoir ou le comprendre, ils faisaient allégeance à leurs bourreaux, finalement l’Église de France a eu ce qu’elle mérite et l’histoire se répète sans cesse, entre guerre et déshonneur.

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  3. Bonjour,

    J’approuve et le discours est très clair. Cependant et de plus en plus, je me sens bien seul au milieu de la multitude antilibérale.

    Certes si les hommes d’honneur se lèvent…. mais n’est ce pas une leçon des marchés qu’on n’a pas raison contre lui? Et les hommes d’honneur me semblent bien peu nombreux.

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    • « mais n’est ce pas une leçon des marchés qu’on n’a pas raison contre lui? »

      Non.
      Charles Gave était et reste marginal dans ses prévisions sur l’Euro.
      Pourtant les faits lui ont donné et lui donneront raison.
      Il est parfaitement normal d’avoir raison contre la majorité.

  4. Qu’en pense le père Sirico ?
    http://www.acton.org/

    Il faut que les libéraux se soucient des propos de l’Église catholique: Même si ce n’est pas la confession chrétienne la plus favorable au capitalisme, elle a une influence prépondérante sur le christianisme.
    Or le christianisme est la matrice du libéralisme; ils ont dominé le monde occidental de concert, sont haïs et combattus par le socialisme avec la même hargne, et sont en déshérence de concert.
    Je ne pense pas que le libéralisme puisse jouer un rôle significatif sans le christianisme.

    Il ne faut pas que les libéraux se soucient trop des propos de l’Église catholique, au point d’y voir un danger: Aucune forme de christianisme ne peut durablement se fourvoyer très loin dans le collectivisme, encore moins dans le constructivisme. Avant François il y eut Léon XIII, Pie XII, Jean-Paul II…
    La cléricature catholique n’est malheureusement pas insensible au discours socialiste, aussi paradoxal et suicidaire que cela paraisse.

    Pour ma part rien ne m’est plus incompréhensible que l’imputation au libéralisme du « mariage pour tous », de la PMA ou de l’avortement, autant de sujets sur lesquels on voit inexplicablement des chrétiens accuser le libéralisme des menées de son exact opposé, le socialisme.

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  5. Les plus hautes Autorités de l’Eglise feraient bien de mieux réfléchir avant de se pencher sur les dures réalités de notre bas monde. On songe, par exemple, à S.E. le cardinal Etchegaray qui, après un voyage à Cuba en 1989, usant ( ou abusant…) de son sacramental pouvoir d’absolution, exprimait sa « rare joie » d’une rencontre avec Fidel Castro et ajoutait pour faire bonne mesure:  » Nous partageons la même passion de l’homme, pour sa dignité et sa liberté. »

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  6. L’Eglise catholique fait 2 erreurs :

    – sur l’économie et plus généralement sur le Libéralisme.

    – sur l’islam :

    Dans l’Exhortation apostolique du Pape François, les passages sur l’islam suscitent la réflexion http://www.dreuz.info/2013/12/dans-lexhortation-apostolique-du-pape-francois-les-passages-sur-lislam-suscitent-la-reflexion/

    Je ne dis pas que le Pape doit appeler à la Croisade, mais qu’il ne tombe pas dans la doxa de la gauche française « l’Islam : religion de paix, d’amour et de tolérance quand on lit bien les textes ».

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  7. Vous osez écrire au Pâpe qu’il sort de son domaine de compétence lorsqu’il parle du modèle économique de son temps…

    Jésus a bel et bien dit de rendre à César ce qui appartient à César. Pourquoi voudriez que le disciple ne marche pas sur les traces du maître?

    « Le primat de l’individu sur le collectif  » est une notion hérétique quand elle est à la base d’un système de pensée , et suicidaire , tant ces implications écologiques poussent ce monde à l’autodestruction. On peut lire avec effarement sur votre site les vertues supposées d’un toujours plus de pétrole , de gaz de shistes …la terre pleure milles douleurs et vous voudriez que priment vos larmes de financiers?

    Votre pensée est bâtie en réaction, et seulement en réaction, à une autre hérésie qui consiste à croire que le collectif prime sur l’individu.
    L’erreur vient de cette volonté de penser par opposition .

    C’est dans la charité que l’individu chrétien est au service du collectif , et c’est dans la charité que le collectif chrétien est au service de l’individu .
    Sans Amour , nous ne sommes rien.

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    • Cher Monsieur,

      Tout à fait, rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu veut précisément dire cela. Qu’il n’est pas du ressort des hommes de Dieu de s’occuper de la gestion des finances de ce bas monde. « Qui penses- tu que je suis donc, disait Jésus pour m’occuper de vos querelles »?

      Le pape semble valoriser un aspect partiel de la charité, à savoir ce qu’on pourrait appeler le « caritatif ». Le chrétien serait l’homme qui se sent bien avec les pauvres, qui aime « partager », vivre une vie communautaire que l’on qualifie du bel adjectif de fraternelle. Un tel homme a manifestement peu à voir avec le trader de Wall Street.

      Mais cette position du problème est l’effet d’un singulier rétrécissement de la vue, qui consiste à « psychologiser » la charité, c’est-à-dire à la réduire à un sentiment. Or la charité n’est pas un sentiment, elle est une vertu théologale (cf Saint Thomas D’Aquin ou Saint Paul). Elle se déploie donc sur bien d’autres registres que le contact amical ou compassionnel avec des « frères ». Elle veut le bien de tous les hommes, elle veut donc remédier à toutes les souffrances, et pas seulement celle de la faim immédiate. Elle est la réponse divinement inspirée à la pauvreté des hommes. Mais tous les hommes sont « pauvres » de quelque chose, et pas seulement ceux qu’on appelle « les pauvres » au sens d’une catégorie sociologique.

      Le milliardaire qui souffre d’un cancer est un « pauvre ». La charité ne commande-t-elle pas de rechercher le remède qui le guérira ?

      La charité est donc l’énergie spirituelle qui permet de s’atteler à tous les chantiers susceptibles d’améliorer le monde et d’y diminuer l’emprise du mal. Cette énergie est susceptible d’investir toutes les potentialités de la nature humaine qui sont une palette immense.

      Il est vrai qu’un premier chantier, le « caritatif », consiste à donner gratuitement à ceux qui sont dans le dénuement absolu, à nourrir dans l’urgence ceux qui ont faim, à habiller dans l’urgence ceux qui sont nus.

      Mais il y a des chantiers plus vastes, ceux qui permettent d’éviter que les hommes ne se retrouvent dans des situations d’urgence, nus et affamés.

      Dès lors qu’il crée des richesses, l’acte économique efficient peut être lui aussi « fraternel » au sens de la vertu théologale, même s’ils ne l’est pas au sens du vécu psychologique, et même si le don qu’il constitue n’est pas immédiat et charnel, mais est médiatisé par le rayon d’un super-marché ou par un cours de bourse abstrait.

      Les hommes qui ont fait l’économie moderne aux XIXe et X Xe siècles et qui ont abouti à l’extinction du paupérisme en Europe, ont peut-être été plus fraternels que les plus fraternels des « petits frères des pauvres », s’ils ont travaillé à construire et à faire subsister une société où il fait meilleur vivre que dans le monde de pénuries et de catastrophes qu’a connu le Moyen Âge et qu’ont recréé les socialismes modernes de droite et de gauche.

    • Votre interprétation du  » rendre à césar ce qui est à césar  » est éronnée, j’en suis désolé pour vous.

      Jésus chassa les marchands du temple , et vous voudriez que les hommes de Dieu n’est pas même , à travres les siècles . un regard pour les manières de faire de la finance
      Comme si la notion de crime ėconomique n’existait pas.

      Comme si l’aggravation actuelle de la concentration des richesses
      ne se traduisait pas en un toujours moins pour les pauvres.

      Quand à prétendre que des gens qui ont fait l’économie moderne prêcèdent les petits frères des pauvres en fraternité , je ne sais quoi vous répondre …tant l’absurdité de vos conclusions mettent en évidence l’erreur de votre raisonnement .

      Nous somme tous pauvres de quelque chose en effet .

    • Cher Monsieur,

      Vous Etes conscient j’espére que dire « votre interprétation est erronée » n’est en soit pas un argument?

      Enfin, si, enfin non

      Enfin, si , enfin non.

      Je reitére donc queLe pape semble valoriser un aspect partiel de la charité, à savoir ce qu’on pourrait appeler le « caritatif ». Le chrétien serait l’homme qui se sent bien avec les pauvres, qui aime « partager », vivre une vie communautaire que l’on qualifie du bel adjectif de fraternelle. Un tel homme a manifestement peu à voir avec le trader de Wall Street.

      Mais cette position du problème est l’effet d’un singulier rétrécissement de la vue, qui consiste à « psychologiser » la charité, c’est-à-dire à la réduire à un sentiment. Or la charité n’est pas un sentiment, elle est une vertu théologale (cf Saint Thomas D’Aquin ou Saint Paul). Elle se déploie donc sur bien d’autres registres que le contact amical ou compassionnel avec des « frères ». Elle veut le bien de tous les hommes, elle veut donc remédier à toutes les souffrances, et pas seulement celle de la faim immédiate. Elle est la réponse divinement inspirée à la pauvreté des hommes. Mais tous les hommes sont « pauvres » de quelque chose, et pas seulement ceux qu’on appelle « les pauvres » au sens d’une catégorie sociologique.

      Le milliardaire qui souffre d’un cancer est un « pauvre ». La charité ne commande-t-elle pas de rechercher le remède qui le guérira ?

    • En fait il ne s’agit pas des marchants du temple, mais des « changeurs de monnaie » qui effectuaient les opérations de change entre la monnaie courante et la monnaie or du temple. Ils préfiguraient cette prédation financière à partir de l’émission de monnaie dette échangée contre de la vraie monnaie équivalent travail qui s’est emparée des marchés au nom de l’efficience économique et de fausses idées libérales qui ont vendu l’idée du libéralisme pour mieux faire rentrer le loup dans la bergerie. L’emprise des banquiers d’affaire sous Napoléon III es très significative de ce point de vue. Ces dits financiers vont pouvoir s’en donner à coeur joie sous la IIIème République avec le développement de l’agiotage (déjà à cette époque la SG et la BNP prospèrent dans les opérations de LTRO et autres LBO par delà les frontières françaises, notamment en Russie, ce qui alimentera la réflexion de Lénine sur le capitalisme financier), pour ne plus se connaître avec le boom des financements boursiers dans les années 1920 lorsque les capitaux américains à court terme affluent dans une Europe ruinée par la première guerre mondiale.

    • Cher Monsieur
      Vous emblez avoir un gros probleme avec les banques, ce que je concois fort bien
      Rassurez vous, leurs jours sont comptes, tant des platefoems de prets de « peer to peer » sont entrain de se monter partout
      La prochaine banque sera Yahoo, Youtube ebay ou Google ou tous a la fois
      Amicalement
      cg

    • « Quand à prétendre que des gens qui ont fait l’économie moderne prêcèdent les petits frères des pauvres en fraternité , je ne sais quoi vous répondre …tant l’absurdité de vos conclusions mettent en évidence l’erreur de votre raisonnement . »

      Division par quatre de la pauvreté en GB au XIXéme siècle…

  8. Je ne suis pas croyant, mais je dois dire que je suis assez impressionné par les extraits de Pie XII et J-P II sur l’économie de marché, la liberté, et les excès de l’Etat.

    Il est clair que les déclarations du pape François sont terriblement navrantes en comparaison.

    Nul doute qu’ils doivent en être tout émus sur le blog de notre ami Plunkett…

    Répondre
    • Cher Bruno,

      Ils peuvent l’être sans problème , tout consumés qu’ils sont à vomir leur haine en se prétendant des âmes pures. Ces gens là sont sans intérêt.
      Cela étant dit, je suis persuadée que ces gens là ont du applaudir à deux mains ce genre de déclaration du Pape aussi navrante humainement qu’Economiquement. Enfin.

    • Sur l »incompatibilité en collectivisme et christianisme, Vincent Peillon est aussi très convainquant (mais vu depuis l’autre côté).

      Accessoirement, il n’est pas du tout besoin de croire en Dieu pour reconnaître la pertinence d’une religion: Toute construction institutionnelle repose sur des prémisses religieuses, à cause du principe d’incomplétude de Gödel.
      Les Évangiles disent la même chose avec cette allégorie: Il faut construire sa maison sur le roc et non sur le sable, car sinon la tempête et l’inondation la détruiront.

      La question politique n’est donc pas de savoir si Dieu existe, mais sur quels principes religieux construire nos institutions, sachant que nous ne pouvons pas utiliser celles-là pour définir ceux-ci…

  9. c’est très bien, nécessaire, courageux ce que vous faites M. Gave mais l’Eglise avec ce nouveau guide repart à la conquête d’un pouvoir temporel et politique

    ce qui la conduit à le rechercher , par une autre approche, celle des défavorisés , à prôner communautarisme collectif s’adressant aux victimes de toutes natures , de la condition humaine ,de la maladie, de la génétique, du progrès, de Schumpeter, de la mondialisation….
    on revient au passage sur terre « épreuve » collective comme rédemption et non au mérite et épanouissement individuel ….

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  10. Les abus de l’Etat-providence (J.-P. II)
    « On a assisté, récemment, à un important élargissement du cadre de ces interventions, ce qui a amené à constituer, en quelque sorte, un Etat de type nouveau, l’ « Etat du bien-être »… Cependant, au cours de ces dernières années en particulier, des excès ou des abus assez nombreux ont provoqué des critiques sévères de l’Etat du bien-être, que l’on a appelé l’ « Etat de l’assistance ». Les dysfonctionnements et les défauts des soutiens publics proviennent d’une conception inappropriée des devoirs spécifiques de l’Etat. En intervenant directement et en privant la société de ses responsabilités, l’Etat de l’assistance provoque la déperdition des forces humaines, l’hypertrophie des appareils publics, animés par une logique bureaucratique plus que par la préoccupation d’être au service des usagers, avec une croissance énorme des dépenses. En effet, il semble que les besoins soient mieux connus par ceux qui en sont plus proches ou qui savent s’en rapprocher, et que ceux-ci soient plus à même d’y répondre. On ajoutera que souvent certains types de besoins appellent une réponse qui ne soit pas seulement d’ordre matériel mais qui sache percevoir la requête humaine plus profonde. Que l’on pense aussi aux conditions que connaissent les réfugiés, les immigrés, les personnes âgées ou malades, et aux diverses conditions qui requièrent une assistance, comme dans le cas des toxicomanes, toutes personnes qui ne peuvent être efficacement aidées que par ceux qui leur apportent non seulement les soins nécessaires, mais aussi un soutien sincèrement fraternel … »
    Ce pape qui a réussi, avec l’appui important mais sans doute secondaire de Ronald Reagan1, à débarrasser d’abord la Pologne, puis l’humanité, de l’horreur communiste, n’a pas dû son succès seulement à son charisme et à son audace (« n’ayez pas peur ! »), et à la ferveur des Polonais. C’est bien sûr dans sa foi en Dieu, mais aussi dans son analyse rigoureuse de l’échec du communisme, qu’il a trouvé les motifs de son action. Puissions-nous ne jamais oublier cette analyse !
    1) J’aurais ajouté Thatcher et même Mitterrand dans une certaine mesure.

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  11. J.-P. II no comment
    L’échec du communisme et l’avenir du capitalisme
    « L ‘expérience historique des pays socialistes a tristement fait la preuve que le collectivisme non seulement ne supprime pas l’aliénation, mais l’augmente plutôt, car il y ajoute la pénurie des biens nécessaires et l’inefficacité économique.

    Peut-on dire que, après l’échec du communisme, le capitalisme est le système social qui l’emporte et que c’est vers lui que s’orientent les efforts des pays qui cherchent à reconstruire leur économie et leur société ? Est-ce ce modèle qu’il faut proposer aux pays du Tiers-Monde qui cherchent la voie du vrai progrès de leur économie et de leur société civile ?

    La réponse est évidemment complexe. Si sous le nom de « capitalisme » on désigne un système économique qui reconnaît le rôle fondamental et positif de l’entreprise, du marché, de la propriété privée et de la responsabilité qu’elle implique dans les moyens de production, de la libre créativité humaine dans le secteur économique, la réponse est sûrement positive, même s’il serait peut-être plus approprié de parler d’ « économie d’entreprise », ou d’ « économie de marché », ou simplement d’ « économie libre ». Mais si par « capitalisme » on entend un système où la liberté dans le domaine économique n’est pas encadrée par un contexte juridique ferme qui la met au service de la liberté humaine intégrale et la considère comme une dimension particulière de cette dernière, dont l’axe est d’ordre éthique et religieux, alors la réponse est nettement négative…

    Un effort considérable doit être consenti pour la reconstruction morale et économique des pays qui ont abandonné le communisme. Pendant très longtemps, les relations économiques les plus élémentaires ont été altérées, et même des vertus fondamentales dans le secteur économique, comme l’honnêteté, la confiance méritée, l’ardeur au travail, ont été méprisées. Une patiente reconstruction matérielle et morale est nécessaire, alors que les peuples épuisés par de longues privations demandent à leurs gouvernants des résultats tangibles et immédiats pour leur bien-être, ainsi que la satisfaction de leurs légitimes aspirations…. »

    Répondre
  12. Charles au Vatican ! gling gling, il en a !

    Répondre
  13. excellent mr gaves comme d’habitude, j’espére que vous lui avait envoyé cette lettre au pape. il y a nécessité de l’éclairer, c’est une évidence!

    merci encore mr gaves.

    Répondre
  14. Bonjour Charles.
    C’est pour toutes ces raisons que le Protestantisme existe.

    Répondre
  15. Déclaration de Pie XII devant les congressistes de l’Institut international des Finances Publiques, le 2 octobre 1948:

    « Les besoins financiers de chacune des nations, (…) se sont formidablement accrus. La faute n’en est pas aux seules complications ou tensions internationales; elle est due aussi, et plus encore peut-être, à l’extension démesurée de l’activité de l’État, activité qui, dictée trop souvent par des idéologies fausses ou malsaines, fait de la politique financière, et tout particulièrement de la politique fiscale, un instrument au service de préoccupations d’un ordre différent.(…)

    Qui s’étonnera, après cela, du danger où se trouvent la science et l’art des finances publiques de descendre, faute de principes fondamentaux clairs, simples, solides, au rôle d’une technique et d’une manipulation purement formelles. C’est malheureusement ce qui se constate aujourd’hui en plusieurs domaines de la vie publique : échafaudage habile et hardi de systèmes et de procédés, mais sans ressort intérieur, sans vie, sans âme.(…)

    Pareil état de choses influe plus fâcheusement encore sur la mentalité des individus. L’individu en vient à avoir de moins en moins l’intelligence des affaires financières de l’État; même dans la plus sage politique, il soupçonne toujours quelque menée mystérieuse, quelque arrière-pensée malveillante, dont il doit prudemment se défier et se garder. Voyez-vous, c’est là qu’il faut, en définitive, chercher la cause profonde de la déchéance de la conscience morale du peuple (…) en matière de bien public, en matière fiscale principalement. (…)

    Comment l’Église pourrait-elle contempler, indifférente, cette crise qui, en réalité, est une crise de conscience? Voilà pourquoi, s’adressant à ceux qui ont quelque part de responsabilité dans le traitement des questions de finances publiques, elle les adjure : Au nom de la conscience humaine, ne ruinez pas la morale par en haut. Abstenez-vous de ces mesures, qui, (…), heurtent et blessent dans le peuple le sens du juste et de l’injuste, ou qui relèguent à l’arrière-plan sa force vitale, sa légitime ambition de recueillir le fruit de son travail, son souci de la sécurité familiale, toutes considérations qui méritent d’occuper dans l’esprit du législateur la première place, non la dernière.(…)

    Le système financier de l’État doit viser à réorganiser la situation économique de manière à assurer au peuple les conditions matérielles de vie indispensables à poursuivre la fin suprême assignée par le Créateur : le développement de sa vie intellectuelle, spirituelle et religieuse. »

    Répondre
    • Magnifique, merci !
      Pie XII reviens !

  16. Ce pape apporte un sérieux coup de main aux anticapitalistes, aux antilibéraux et autres altermondialistes…
    Schumpeter semblait croire à la victoire inéluctable du socialisme du fait de la collusion des médias,des intellectuels, des fonctionnaires et des syndicats. Il avait oublié l’Eglise Catholique.
    Et la victoire de la théologie de la libération…
    http://www.courrierinternational.com/dessin/2013/11/28/le-pape-ressuscite-la-theologie-de-la-liberation

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