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Kernews : Le titre de votre livre, « Sire, surtout ne faites rien ! », reprend la réponse des armateurs de Saint-Malo face à Louis XIV qui leur demandait : « Comment puis-je vous aider ? » Cette citation est-elle exacte ?

Charles Gave : C’est tout à fait exact et le chef des armateurs était terrifié à l’idée que le Roi veuille les aider, parce que cela voulait dire qu’il allait s’occuper d’eux… Et, quand l’État commence à s’occuper de vous, vous savez en général comment cela se termine : avec des contrôles fiscaux…

Si, aujourd’hui, un président de la République pose la même question à une délégation de la CGPME ou du Medef, un responsable va sortir une multitude de notes pour demander des avantages fiscaux et autres aides diverses…

Absolument ! On a complètement changé de mentalité. Si l’on pouvait ramener l’État à ses fonctions régaliennes, afin qu’il les exerce convenablement, ce serait déjà un gros progrès. La meilleure façon d’aider les entreprises françaises serait d’avoir une stabilité du droit et de la fiscalité, pour que les choses ne changent pas toutes les cinq minutes. Ce n’est pas tellement l’impôt nouveau qui est gênant, c’est le fait que le droit change sans arrêt. Si vous avez fait un calcul prévisionnel de votre rentabilité, l’État peut tout mettre en l’air en modifiant simplement les taux d’imposition…

En France, un chef d’entreprise sera généralement d’accord avec votre discours lors d’un dîner, mais vous apprendrez le lendemain qu’il est à Bercy pour négocier une nouvelle aide… Comment expliquez-vous cela ?

D’abord, il sait qui est le maître, donc il ne vaut mieux pas qu’il se fâche avec Bercy… J’ai été toute ma vie chef d’entreprise, malheureusement pas en France… Mais, en France, vous n’avez qu’une crainte, c’est que Bercy commence à s’occuper de vous ! J’ai un ami qui est chef d’entreprise, on lui a infligé des redressements fiscaux monstrueux, il a protesté et on lui a répondu : « Si vous ne payez pas, on va vraiment commencer à s’occuper de vous… » La première raison, c’est la crainte de Bercy : de la même manière que les gens ont peur de la mafia en Sicile, ils préfèrent payer plutôt que d’avoir des problèmes… Ensuite, compte tenu du fait que l’État représente 57 % du PIB en France, vous avez toute une série de gens dont les commandes dépendent de l’État. Cet État est doublement prévenant. D’abord, il vous menace mais, s’il retire ses commandes, c’est encore plus catastrophique. Imaginez les entreprises de presse : si elles n’avaient pas la publicité des sociétés étatiques ou quasi étatiques, je ne vois pas très bien comment elles s’en sortiraient, à cela s’ajoutent les aides à la presse… D’ailleurs, la France est le seul pays où le pouvoir politique subventionne ouvertement la presse.

Une majorité de Français partagent votre opinion, toutes les études le démontrent. Alors, pourquoi la situation ne change-t-elle pas ?

Dans le fond, la France est une nation ancienne et respectable qui a été colonisée par un État. L’État a créé la France à son profit. Il a aménagé un système électoral où seuls les gens de l’État peuvent être élus. Si vous êtes élu à la Chambre et si vous êtes fonctionnaire ou haut fonctionnaire, votre carrière continuera de façon imperturbable pendant que vous êtes à la Chambre. Quand vous êtes battu, vous pouvez revenir. Dans les trois grandes démocraties du monde, la Suisse, les États-Unis et la Grande-Bretagne, les fonctionnaires sont éligibles. Mais, dès qu’ils font acte de candidature, ils doivent immédiatement démissionner de la fonction publique. Si vous voulez réformer la France, il n’y a qu’une seule mesure à prendre : déclarer inéligibles les fonctionnaires car cela permet d’éviter la fusion qui se produit entre la fonction administrative et la fonction politique.

Si, par exemple, un vétérinaire est élu député, il perd sa clientèle et, lorsque son mandat se termine, il n’a plus rien…

En outre, la moitié de sa clientèle lui en veut, parce que les gens de droite ne voudront pas aller chez un gars de gauche et les gens de gauche ne voudront pas aller chez un gars de droite… Donc, on entretient toute une classe qui ne vit que de la politique et de l’administration. Ils sont là pour traire la France. Ils n’ajoutent pas de valeur, mais ils se répartissent la valeur au mieux de leurs intérêts. Je ne suis pas contre l’État, mais je suis contre un État qui prend plus que ce qu’il devrait prendre. L’État devrait être neutre.

Face à cet argument, on vous répond généralement que cela implique qu’il y ait moins de policiers et moins d’infirmières…

L’État suisse est à 33 % du PIB depuis 50 ans et je n’ai pas l’impression que les Suisses meurent de faim dans les rues, ou qu’ils meurent plus jeunes parce qu’ils ont des maladies graves… Ils ne manquent pas non plus de policiers. Un monsieur comme Michel Bon, en perdant je ne sais combien de milliards à France Télécom, nous coûte des centaines ou des milliers de policiers, mais personne n’en parle jamais. Ce qui nous empêche d’avoir des policiers supplémentaires, c’est l’État qui perd de l’argent.

Vous avez été l’un des rares libéraux à nous mettre en garde contre l’euro. Pour quelles raisons ?

C’est ce que j’essaie à nouveau d’expliquer dans mon livre. L’idée de base est assez simple. Une nation, c’est une volonté de vivre ensemble, donc cette volonté de vivre ensemble autorise les transferts sociaux, comme du nord au sud de l’Italie ou de la France vers la Corse, et ces transferts sociaux sont financés par les citoyens à travers leurs impôts. Ces impôts doivent être payés par la monnaie qui autorise démocratiquement ces transferts sociaux. Entre la nation et la monnaie, c’est l’envers et l’endroit de la même pièce : donc, si vous réfléchissez de cette manière, vous vous rendez compte que l’euro est une abomination puisqu’il ne correspond pas à une nation, ce qui fait qu’il y a toute une série de transferts sociaux dans les pays qui deviennent quasiment illégitimes et ce n’est pas bon dans cette volonté de vivre ensemble. Une nation se maintient s’il y a une espèce d’affectio societatis et si les gens s’acceptent les uns les autres dans leurs différences. Mais ils ont l’impression qu’il y a une sorte de caste qui prend le pouvoir pour essayer d’avoir la plus grosse partie des transferts et c’est ce qui se passe avec l’État. Il ne peut pas y avoir de démocratie sans qu’il y ait une monnaie où passent les impôts qui ont été votés, c’est une chaîne de conséquences.

À cela s’ajoutent les économies divergentes entre les fabricants d’huile d’olive au sud, les prestataires touristiques que sont la France et l’Espagne, les pays qui ont su maintenir leur industrie, comme l’Allemagne…

Vous ne pouvez pas maintenir des zones avec une productivité différente sans qu’il y ait des transferts sociaux massifs. C’est légitime dans une nation, parce que les gens acceptent cela, comme en Italie, mais si vous demandez à l’Allemagne de transférer de l’argent vers la France ou l’Italie, pour que la France ait deux fois plus de fonctionnaires que l’Allemagne, les Allemands ne vont évidemment pas accepter… Cela ne fait pas partie de leur volonté de vivre ensemble. Il n’y a pas de nations européennes, mais il y a une civilisation européenne. Or, on agit comme s’il y avait une nation européenne et, évidemment, c’est un ratage…

Il y a un chapitre de votre livre, « La prédominance du crétin », qui est vraiment d’actualité puisque nous croisons tous des gens qui reconnaissent que tout va mal, qui sont très pessimistes pour l’avenir et qui admettent que la classe politique a failli depuis une trentaine d’années… Toutefois, lorsque vous leur demandez pour qui ils vont voter, ils vous expliquent qu’ils vont quand même donner leur voix à quelqu’un d’expérimenté : « Comme ça va mal, on ne peut pas voter pour n’importe qui… »

C’est exactement ce que j’appelle la prédominance du crétin, qui écoute le politique qui lui explique, avec d’excellentes raisons, pourquoi il a échoué… J’ai été dans les affaires toute ma vie, j’ai monté des sociétés, et, quand vous êtes dans le vrai monde, si vous vous plantez, personne ne vient vous demander pourquoi vous avez échoué… Nos hommes politiques ont toujours d’excellentes explications pour dire qu’ils ont fait de leur mieux, mais que cela ne suffisait pas… Si un patron dit cela, le conseil d’administration le vire instantanément…

En plus, le politique vous explique toujours cela sur un ton assez méprisant, en induisant que vous n’avez rien compris…

Cela touche à autre chose, c’est ce que j’appelle les crétins surdiplômés : les crétins surdiplômés, c’est toute cette classe politique qui a un mépris profond pour le peuple. Elle pense que le peuple devrait la remercier qu’elle veuille bien s’occuper de lui… Lorsque la Suisse a choisi de ne pas entrer dans l’Europe, tous les intellectuels suisses ont dit que c’était horrible et que la Suisse allait décliner. Maintenant, ils sont bien contents de ne pas être entrés dans l’Europe… Quand les Suédois ont dit qu’ils ne voulaient pas entrer dans l’euro en 2002, tous les intellectuels suédois ont expliqué que des crétins imposaient leur volonté à des gens intelligents comme eux. Mais maintenant, ils sont bien contents de ne pas être entrés dans l’euro… Historiquement, le peuple a presque toujours raison quand il y a une décision liée à la souveraineté et les élites sont toujours prêtes à trahir cette souveraineté. Je constate cette constante trahison des élites depuis une trentaine d’années : depuis Valéry Giscard d’Estaing, précisément, qui veut que la France disparaisse en tant qu’entité. Or, je ne crois pas que le peuple français, dans son ensemble, ait envie de disparaître…

Mais une partie du peuple a déjà intériorisé la disparition de la France…

Généralement, plus ils sont éduqués, plus ils intériorisent ce genre de truc ! Vous retrouverez ces gars-là très souvent à la City à Londres, ou à Hong Kong. Ils ont intériorisé la fin de la France, cela leur est égal et ils vont vivre ailleurs. La patrie, terme que plus personne n’utilise, cela veut dire la terre de vos ancêtres. Je suis un libéral, mais ce n’est pas pour cette raison que je n’ai pas une dette à l’égard de tous nos grands anciens. La moitié des grands esprits libéraux de notre histoire étaient Français. D’ailleurs, le libéralisme n’est pas une théorie anglo-saxonne, c’est une théorie du droit qui a trouvé son origine en France.

Les gens font encore appel à ceux qui ont créé leurs problèmes et nous pouvons déjà prévoir que nous aurons cette même conversation dans cinq ans, en pire… Pourquoi le peuple est-il bloqué ? Est-il chloroformé par le divertissement télévisuel qui vise à capter ses neurones afin de neutraliser toute réflexion ?

C’est une question très difficile. Si vous remontiez 250 ans en arrière en demandant à n’importe quel observateur neutre, dans n’importe quel pays du monde, quelle serait la nation qui dominerait le monde dans 250 ans, tout le monde vous aurait alors répondu : la France… Finalement, c’est une petite île qui s’appelle l’Angleterre… Aujourd’hui, nous sommes devenus un pauvre Länder de l’Allemagne et nous n’avons plus aucun poids dans le monde. Je crois fondamentalement que cela vient du système d’éducation. Les Anglais mettent comme Premier ministre le gars qui a été capitaine de l’équipe de rugby d’Oxford et nous, nous mettons celui qui a eu la meilleure note au concours ! Nous faisons deux erreurs intellectuelles gigantesques. D’abord, penser que celui qui a eu la meilleure note au concours est le plus intelligent : regardez l’exemple de Giscard d’Estaing, qui était inspecteur des finances et du corps des mines et qui n’a fait que des bêtises… Ce n’est pas parce que vous avez été le premier au concours, que vous êtes capable de prendre les meilleures décisions. La relation entre intelligence et études n’est pas vraie et la relation meilleures études et meilleure capacité à prendre une décision est carrément fausse ! Dans mon métier, qui est la gestion de fortune et d’actifs, la quasi-totalité des grands gérants que j’ai connus n’étaient pas très malins. Mais ils étaient très modestes et, quand ils se trompaient, ils changeaient immédiatement de stratégie. Ils n’avaient pas l’orgueil de se dire : « Je ne peux pas me tromper, puisque je suis sorti le premier du concours. » Le drame de la France, c’est que nous avons un système d’enseignement qui favorise celui qui peut rester assis sur une chaise et, ensuite, se retrouve sur une espèce de voie dorée où il ne peut plus rien lui arriver. Nous avons bâti un système sur des valeurs qui sont fausses.

Aurons-nous donc le même entretien après le prochain quinquennat et en pire ?

Sauf s’il y a une rupture de système…

Comment cette rupture peut-elle se produire ?

Vous connaissez la destruction créatrice ou la création destructrice de Schumpeter : si vous analysez le monde, vous vous rendez compte que la destruction créatrice touche les États ou les institutions étatiques, et non les nations. Cela se produit à peu près tous les 70 à 75 ans. Vous vous endormez en 1790, vous vous réveillez en 1820 et vous ne comprenez rien. Le monde a changé au-delà de tout ce qui vous semblait déraisonnable… Vous vous endormez en 1890 et vous vous réveillez en 1920, c’est bien pire encore… Vous vous endormez en 1990, pour vous réveiller en 2020 : vous vous retrouvez avec l’Union soviétique qui a disparu, la Chine qui est devenue la principale puissance capitaliste, l’Angleterre qui est sortie de la construction européenne et peut-être que d’ici à un an ou deux, il n’y aura plus d’euro et d’Europe de Bruxelles… Les institutions humaines ont une durée de vie de 70 ans à peu près. La première génération est à la création, c’est Robert Schuman ; la deuxième entretient cet héritage du mieux qu’elle peut; la troisième essaie de s’en servir à son profit pour s’enrichir. À partir de là, vous avez la révolte des peuples. Je crois que cette révolte des peuples a commencé. Il arrive un moment où les institutions vont exploser.

Certes, mais pour éviter cette révolte, on distribue des aides sociales, on parle même de revenu universel, et l’on dit aux gens : « Vous pouvez aller dans les centres commerciaux le week-end, vous avez la TNT avec plein de chaînes gratuites, dormez tranquillement… »

Encore faut-il qu’ils puissent financer ce genre de choses. L’action des banques centrales, depuis un certain temps, est un signe. À partir du moment où les banques centrales financent directement les gouvernements, vous pouvez vous dire que l’on n’est plus du tout dans un régime démocratique, puisque la démocratie c’est le paiement de l’impôt par le peuple. Mais le scénario que vous décrivez est complètement antinomique de la démocratie.

Dans votre dernier livre, vous abordez par ailleurs la question de l’immigration : là encore, un grave problème que l’on s’évertue à ne pas voir…

Dans le livre de confidences de François Hollande, on observe qu’il a très bien compris le problème, mais ne veut pas en discuter… C’est comme au moment du procès de Panama où le juge, qui était une crapule, n’arrêtait pas de dire à tous les témoins : « La question ne sera pas posée… » Ceci pour éviter d’avoir à condamner des hommes politiques. Tout le monde le sait, mais tout le monde le cache. Cela fait partie de ces choses que l’on ne dit pas. En 1988, j’avais écrit un papier en expliquant que pour des raisons philosophiques, la prochaine guerre aurait lieu entre les États-Unis et le monde musulman. J’expliquais pourquoi : parce que les États-Unis incarnent le libre arbitre et la liberté individuelle, alors que le monde musulman représente la soumission. Ce que je n’avais pas prévu, c’est que les Américains allaient perdre cette guerre… Ils sont en train de la perdre par manque de robustesse ou par absence de capacité à s’intéresser aux choses longtemps. Nous avons un vrai problème avec l’islam. Les frontières de l’islam sont sanglantes, on ne peut pas changer les textes fondateurs de l’islam puisque c’est censé être l’expression de la parole de Dieu, or, si vous contestez Dieu, le vrai croyant a le devoir de vous tuer… C’est exactement l’envers de la démocratie, puisque la démocratie c’est accepter les idées de l’autre, même si elles vous font horreur. L’islam repose sur une espèce de mensonge et de non-dit, et l’on empêche de parler celui qui n’est pas d’accord. D’ailleurs, j’avais aussi écrit dans ce même papier que l’Europe serait le champ de bataille entre l’islam et les États-Unis. Il me semble bien que nous soyons en train de perdre la bagarre. En Europe et aux États-Unis, nous sommes en train de passer d’une société logique et scientifique à une société magique où il faut croire les grands prêtres. Les grands prêtres détiennent la vérité et on doit les croire parce qu’ils ont fait de meilleures études… Cette lente transformation qui se déroule sous nos yeux est un recul incroyable. Cela peut entraîner littéralement la fin de notre civilisation, qui était fondée sur la responsabilité individuelle. Mais les mêmes idées peuvent renaître autre part : en Asie par exemple… À partir du moment où l’on veut faire une équipe de rugby avec des obèses qui sont incapables de faire deux mètres en courant, on se fera taper par des gars qui auront de vrais athlètes dans leur équipe.

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Auteur: idlibertes

Profession de foi de IdL: *Je suis libéral, c'est à dire partisan de la liberté individuelle comme valeur fondamentale. *Je ne crois pas que libéralisme soit une une théorie économique mais plutôt une théorie de comment appliquer le Droit au capitalisme pour que ce dernier fonctionne à la satisfaction générale. *Le libéralisme est une théorie philosophique appliquée au Droit, et pas à l'Economie qui vient très loin derrière dans les préoccupations de Constant, Tocqueville , Bastiat, Raymond Aron, Jean-François Revel et bien d'autres; *Le but suprême pour les libéraux que nous incarnons étant que le Droit empêche les gros de faire du mal aux petits,les petits de massacrer les gros mais surtout, l'Etat d'enquiquiner tout le monde.

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14 Commentaires

  1.  » La question ne sera pas posée  » concerne l’affaire Dreyfus.

    La démocratie n’a rien à voir avec le fait que je respecte, non pas les idées de l’autre, mais le fait qu’il puisse en avoir de différentes des miennes. Il s’agit plutôt d’une avancée de notre civilisation.

    Nous ne sommes plus en démocratie depuis bien longtemps, mais dans une technocratie bureaucratique dont le seul but est de vivre du racket de la population qui ne fait pas partie des privilégiés et qui essaie de se donner les apparences de la démocratie. Comme disait Desproges, l’enfant croit au père Noël, l’adulte vote.

    Le problème de fond, jamais abordé est celui du périmètre d’intervention de l’état. Si on le mesure par la part du PIB sur lequel l’état exige d’assurer le contrôle, on arrive à 57 %, ce qui est proprement monstrueux, surtout avec des fonctions régaliennes qui ne coûtent que 2,8 % du même PIB. Par ailleurs, dans ce PIB, les administrations sont valorisées pour leur coût, et donc avec l’hypothèse d’un rendement de 1, ce qui me laisse un peu rêveur… Le chiffre de 57 % est donc sans doute sous-évalué.

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  2. « En Europe et aux États-Unis, nous sommes en train de passer d’une société logique et scientifique à une société magique où il faut croire les grands prêtres. »

    Très important. C’est probablement ça le plus grave. Je constate, autour de moi, un véritable effondrement de la raison. Et ça ne concerne pas que les « grands prêtres » de l’élite auxquels il faudrait obéir ; cela se retrouve dans toutes les couches de la société.

    Il y a une africanisation de la société occidentale. On sait que l’Afrique est une société irrationnelle où la magie a une très grande importance. Bien entendu, importer des immigrants africains contribue à ce phénomène, mais l’inquiétant est que ce sont les Blancs qui deviennent irrationnels, qui perdent la notion du rapport entre l’effort et le résultat, etc.

    36 % des Russes croient à la magie ou à la sorcellerie. Je serais curieux de connaître les chiffres européens.

    Le nombre des complotistes aux Etats-Unis est effarant. En France, j’ai assisté stupéfait à l’essor de la croyance magique selon laquelle il suffisait d’autoriser la Banque de France à prêter gratuitement de l’argent à l’Etat, et roule ma poule, on fabrique de la fausse monnaie gratuite qu’on n’a jamais besoin de rembourser, et la prospérité revient. What could go wrong ? Maintenant cette croyance est carrément devenue mainstream.

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  3. Victoire de Trump aux USA ; yes ; claque d’anthologie aux journalistes, aux politicards français, aux dirigeants « moi je suis un pro qui sait », aux étudiants français ; après le Brexit, Trump ; yeah. En France comment pourra t-on se réjouir dans les prochains mois ? Ah oui, avec B. Hamon et E. Macron (Elpis En marche).

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  4. Bravo pour ce billet Monsieur Gave, vous êtes un phare éclairant dans le brouillard médiocre de la pensée molle.
    Par la qualité de vos propos vous disposez d’un rare pouvoir: celui d’enrichir la pensée et d’éduquer.
    Salutations de Montréal.

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  5. Splendide anticipation. Nos crétins constitutionnels, cette classe de fonctionnaires-politiques à vie, grands experts en politiquement correct, sont devant la théorie du coran incréé, Lénine et Staline, Mein Kampf ou Wilhelm II comme la gerboise devant le crotale. Pauvre gerboise qui ne veut pas nommer le crotale. Il serait temps de les « fired » mais la France attends une fois de plus l’Amérique. Les cris d’orfraie des média français -ces exemptés d’impôts – ce mercredi 9 novembre sont presque insoutenables. Jaurès voulait la paix… Blum voulait la paix. Jamais deux fois sans … ?

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  6.  » Mais une partie du peuple a déjà intériorisé la disparition de la France…

    Généralement, plus ils sont éduqués, plus ils intériorisent ce genre de truc ! Vous retrouverez ces gars-là très souvent à la City à Londres, ou à Hong Kong. »

    Tout a fait d’accord, je suis parmi eux en bossant en finance en Asie et je les vois developper leur rhetorique naivement mondialiste a chaque fois…
    Et se faire avoir a chaque fois: Brexit, apparemment Trump auj… Toujours rien compris…
    Mais mon PA ne s en porte pas plus mal d’etre a contre-courant de ce qu’ils pensent 😀

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  7. IYI : intellectual yet idiot
    @nntaleb 20 hil y a 20 heures
    Trump is just a symptom not a disease. Message: establishment is so bad that a random Bronx Zoo animal less harmful.

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  8. Bonjour M. Gave,

    J’ai découvert le site IDL totalement par hasard cet été, et depuis je suis une inconditionnelle, car il m’a apporté beaucoup d’instruction (je fais partie de ces gens qui ont des lacunes économiques et ont compensé de façon un peu autodidacte). Même s’il peut arriver que je ne sois pas d’accord sur un point de détail, je suis globalement en accord avec votre esprit philosophique.
    J’étais venue d’ailleurs à la dédicace de votre livre, et l’esprit pédagogique que j’avais perçu de vos écrits a été confirmé à l’oral, ce dont je remercie vivement les gens d’IDL.

    Nous souffrons d’un défaut de transmission de la génération des soixante-huitards attardés, qui ont failli, refusé de transmettre le patrimoine culturel et philosophique français et ces homo-festivus ont sacrifié les générations des années 1970 à 2000 (d’où les lacunes dont je parle plus haut).

    Etant une française « assimilée », je ne puis que vous rejoindre sur la problématique de l’islam, moi qui aime la France par dessus tout, et qui me considère comme une fille de la grande et belle civilisation née à Athènes et à Rome (même si ethniquement, je ne le suis pas, mais c’est mon choix intellectuel). Je suis effarée de voir comment ce pays que j’aime tant est défiguré par ces pseudo-élites pratiquant le relativisme culturel et cette régression faite au nom des droits de l’homme, ou une perversion de la charité chrétienne totalement dévoyée.

    D’un point de vue économique, l’une des raisons qui me font refuser l’islam, c’est que toutes les sociétés qui s’en réclament sont des sociétés à organisation rentière. Elles ne créent rien, n’ont jamais innové, et sont surtout portées par des populations de « chasseurs-cueilleurs » (je reprends votre expression). L’immigration totalement incontrôlée que nous subissons depuis 40 ans est un avatar de cette mentalité rentière : ces populations veulent bénéficier des avantages issus du programme du CNR et de la modernité, en s’installant après coup, mais refusent l’état d’esprit qui a permis ces acquis (la solidarité nationale impersonnelle et inconditionnelle, la volonté de vivre-ensemble si chère au grand Renan, la recherche scientifique, la citoyenneté, la laïcité, etc). Elles sont bien aidées par ces crétins surdiplomés qui ont fait le procès de la France et ont institué une haine de soi qui me fait mal au coeur, à croire que notre pays serait le pire au monde !
    Cette mentalité rentière s’observe aussi dans les pays musulmans les moins pires (comme le Maroc ou la Tunisie) qui se spécialisent dans des secteurs appauvrissants (type tourisme low cost ou centres d’appels), sont en partie maintenus en perfusion par une diaspora, bref dont le sort dépend de facteurs totalement exogènes, au lieu d’investir massivement dans l’éducation réellement libre et à haute valeur ajoutée.

    Ces crétins d’élites surdiplomés en France ont importé cette mentalité rentière en punissant les initiatives et les innovations, en détruisant une à une les institutions (l’Ecole en premier lieu), et l’ont instituée par ces mécanismes de dépendance et de clientélisme électoral (un peu comme les food-stamps aux USA : les démocrates au lieu d’inciter les noirs à avoir l’ambition de devenir Albert Einstein ne cessent de cultiver la repentance et de les considérer comme du bétail électoral).

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    • Merci pour vos louanges et ce très beau commentaire auquel je vais réfléchir

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  9. OK. Par «vivre ensemble», j’ai l’impression que Charles Gave entend le fait d’accepter de payer pour les autres, d’accepter des redistributions sociales.
    Ça devient plus clair.

    J’objecte que l’entraide et la solidarité (le «modèle social») ne relèvent pas de la loi.
    Doit-on imposer à certains le fait d’aider autrui?
    Car, intégrer l’entraide et la solidarité à la loi revient à mettre un revolver sur la tempe de quelqu’un et de lui dire «Donne ton argent à cette tierce personne.».
    Est-ce bien moral?

    De mon point de vue, il y a plusieurs problèmes à cette conception:
    a. Tout d’abord, épistémologique. Par essence, il est impossible à l’État de connaître de façon centralisée la Vérité,
    et par conséquence ceux qui auraient effectivement besoin d’aide.
    Forcément, il y en aurait qui resteraient en dehors du système, parce que ils ne cochent pas les cases, parce que ils n’ont pas le bon tampon.
    (Et au contraire les personnes qui n’en ont pas besoin mais qui rentrent dans les cases.)
    Pourquoi aider cette personne-ci et pas celle-là? Comment l’État pourrait-il le savoir? Même en faisant de son mieux et en étant authentique (ce qui est une hypothèse invraisemblable)?
    Il ne peut pas y avoir une structure unique et centralisée.
    La vérité émergeant de la concurrence des vérités, la seule façon sincère d’aider son prochain est de laisser fleurir les multiples initiatives, et de ne surtout pas en faire prévaloir une. La vérité n’est connue qu’a posteriori, et non a priori.
    (Cela vaut aussi bien pour le «qui» que pour le «comment».)
    b. Cela crée un aléa moral et déresponsabilise chez celui qui a un flingue sur la tempe.
    Cette personne ayant déjà cotisé de façon obligatoire ne va plus aider son prochain; car il a déjà donné. Et en plus celui lui a foutu les glandes de ne pas avoir eu son mot à dire.
    Et cette personne ne va plus chercher à s’intéresser à son prochain.
    Et le fait que l’État s’occupe de quelque chose, cela tue de facto toute concurrence, toute alternative, car il y a un joueur qui a un prestige et une force de frappe incommensurable. La présence de l’État dans un secteur quelconque atrophie les autres participants du secteur. En l’espèce, cela tue l’offre privée d’aide à son prochain.
    c. De façon épistémologique, wicksellienne et chrétienne,
    la responsabilité de son prochain est uniquement horizontale et jamais verticale.
    C’est à une personne de décider si elle doit allouer son capital d’une façon ou d’une autre: si il vaut mieux le donner, si il vaut mieux l’investir, etc.
    C’est à un individu de décider si telle personne mérite son aide ou pas.
    d. Aussi, on sait que tout ce que le Léviathan gère part toujours en sucette.
    Les prêtres de l’État détourne toujours l’argent pour son propre usage, pour le bénéfice de la classe.
    Et l’État se sert du prestige du fait d’aider son prochain pour faire avaler d’autres couleuvres qui sont généralement des non-sequitur.
    Sans évoquer le cas extrême de la Clinton Foundation, est-il nécessaire citer les nuées d’«associations à non but non lucratif» tamponnées par le Leviathan dont les dirigeants roulent en Porsche et dont la majorité des dons partent en frais de fonctionnement? Comme tous ces «bénévoles» qui se servent dans la caisse pour payer leurs frais de transport, de nourriture, de logement, etc., parce que «il faut vivre, vous comprenez» (on n’a pas la même définition du bénévolat…).
    Et aussi le fait que il faut savoir que telle aide ou telle aide du Léviathan existe; franchement, si on n’est pas un avocat ou un insider, c’est bien difficile. D’ailleurs, une aide particulière existe généralement uniquement pour dédouaner le politique («Mais si, il existe l’aide bidule qui permet à tout le monde de truc.»).
    Et aussi le fait que devoir aller à un guichet de l’État est simplement inhumain. Indications inexistantes, horaires d’ouverture irrespectueux, tout le monde s’en fout, on fait la (mauvaise) queue pendant des heures, et si jamais on arrive au bon guichet, alors la personne vous parle mal (normal) et vous dit que il vous manque tel formulaire et refuse d’inspecter le reste du dossier (dossier qui restera donc incomplet sur les cinq prochains allers-retours).

    Pour compléter le point b, il manque effectivement en France la couche intermédiaire d’entraide sociale, voire une famille de substitution:
    e. Si une personne naît dans une famille défaillante, dysfonctionnelle, alors cette personne est perdue.
    Elle n’a nulle part où se raccrocher. L’école? Quelle blague.
    Et forcément, cette personne perdue, n’apparaît nulle part dans les statistiques. On ne la voit pas.
    Entre l’État et la famille, il n’y a rien.
    C’est l’atomisation de la société et la déstructuration de la société.
    f. Il manque aussi un corps social et civil intermédiaire, aussi dans un sens proche de famille de substitution, puisque c’est ainsi que bien des entreprises font pression sur leurs employés. Car, ces entreprises, peu bienveillantes, créent une atmosphère familiale, et permet ainsi de créer une pression de groupe sur les employés. C’est ce qui est appelé «teamwork» ou «esprit d’équipe» (du bullshit, hein). Si une personne ne se conforme pas à la prescription implicite du groupe, alors on lui fait ressentir une «motherly rejection», et généralement il rentre dans le rang right away (sinon il est débarqué comme «asocial» et «absence d’esprit d’équipe»). Ainsi on arrive à faire avaler des serpents à sonnette aux employés, à augmenter leur productivité, et autres investissements personnels qui ne sont pas comptés mais qui sont «normaux» (particulièrement en terme d’horaires travaillés).
    De mon point de vue, c’est, entre autres, dû à l’absence de «corporate patterns» intermédiaires, de corps civils intermédiaires, au sein desquels les individus pourraient avoir une authentique vie sociale (alors que celle-ci est identifiée avec la vie de l’entreprise).
    g. De même, si la famille est défaillante au niveau du «réseau», de l’intégration économique, comment voulez-vous avoir des expériences professionnelles, des stages, des recommandations, des gens qui puissent in fine servir de référents? Généralement, ceux qui peuvent avoir un stage chez JP Morgan à 16 ans sont les mêmes qui arrivent à obtenir des lettres de recommandation, des références, etc.
    h. Il est inutile de parler de l’École qui est une honte nationale.

    D’aucuns parlent que la France manque d’un mittelstand économique. Certes.
    Pour moi, elle manque aussi et surtout d’un mittelstand social.

    Et surtout, pour revenir au sujet initial, la meilleure solidarité est de laisser les gens travailler et de faire leur preuve, afin de les responsabiliser et qu’ils puissent montrer de quoi ils sont capables.
    Je n’ai rien contre les Corses – au contraire eu égard à ceux que j’ai rencontrés. Mais je ne vois pas en quoi c’est les aider que de les subventionner (et encore une fois, les subventions ne vont pas dans les poches qu’il faudrait) (et que toute subvention crée des assistés, des mous; cela infantilise au lieu de responsabiliser). Et toute subvention est une mauvaise allocation du capital (oui oui, d’après Éric Hayer, les «multiplicateurs» sont de l’ordre de quarante-douze millions; curieux que l’URSS soit morte…?). Et la seule façon d’aider son prochain est horizontale: moi, je suis responsable de mon prochain.
    Pour moi, la meilleure façon d’aider son prochain est de lui donner un travail afin qu’il puisse faire ses preuves.

    De mon point de vue, le fait de déléguer à l’État une entraide et une solidarité (un «modèle social») revient à fusionner à nouveau une église avec l’État.

    C’est à nous, la société civile, de venir personnellement en aide à notre prochain et de recréer (de créer?) ce mittelstand social qui permettra de combler les «injustices» de la nature, et tous les excès du mal qui, malheureusement, surviennent.
    (Ceci dit, la séparation de l’École et de l’État permettra probablement au mittelstand social de prendre un point d’appui, puis de germer et de prendre racine (bien que l’école sera choisie par les parents et non les enfants eux-mêmes).)

    Il faut séparer l’État de la production de richesse.
    Il faut séparer l’État de l’entraide et de la solidarité.
    Il faut séparer l’État de l’école.

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    • A/ Absolument pas. Personne ne parle de « forcer à aider autrui » absolument rien à voir.
      De là, tout le reste est de fait hors sujet.

      Si le commentateur pouvait se donner la peine de différencier L’ETAT de la Nation, l’ensemble y gagnerait en clairvoyance.

      Cf Ernest RENAN « Le chant spartiate : «Nous sommes ce que vous fûtes ; nous serons ce que vous êtes» est dans sa simplicité l’hymne abrégé de toute patrie.

      Dans le passé, un héritage de gloire et de regrets à partager, dans l’avenir un même programme à réaliser ; avoir souffert, joui, espéré ensemble, voilà ce qui vaut mieux que des douanes communes et des frontières conformes aux idées stratégiques ; voilà ce que l’on comprend malgré les diversités de race et de langue. Je disais tout à l’heure : «avoir souffert ensemble» ; oui, la souffrance en commun unit plus que la joie. En fait de souvenirs nationaux, les deuils valent mieux que les triomphes, car ils imposent des devoirs, ils commandent l’effort en commun.

      Une nation est donc une grande solidarité, constituée par le sentiment des sacrifices qu’on a faits et de ceux qu’on est disposé à faire encore. Elle suppose un passé ; elle se résume pourtant dans le présent par un fait tangible : le consentement, le désir clairement exprimé de continuer la vie commune. L’existence d’une nation est (pardonnez-moi cette métaphore) un plébiscite de tous les jours, comme l’existence de l’individu est une affirmation perpétuelle de vie. Oh ! je le sais, cela est moins métaphysique que le droit divin, moins brutal que le droit prétendu historique. Dans l’ordre d’idées que je vous soumets, une nation n’a pas plus qu’un roi le droit de dire à une province : «Tu m’appartiens, je te prends». Une province, pour nous, ce sont ses habitants ; si quelqu’un en cette affaire a droit d’être consulté, c’est l’habitant. Une nation n’a jamais un véritable intérêt à s’annexer ou à retenir un pays malgré lui. Le vœu des nations est, en définitive, le seul critérium légitime, celui auquel il faut toujours en revenir.

      http://www.bmlisieux.com/archives/nation04.htm

      http://www.lecoursdassas.com/PDF/DROIT%20CONSTITUTIONNEL%20-%20L1%20-%20THEME%202%20-%20L'ETAT%20ET%20LA%20SEPARATION%20DES%20POUVOIRS.pdf

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