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De temps en temps, j’ai un petit coup de déprime quand je constate l’incompétence noire de ceux qui nous gouvernent.

Ce papier fait partie de ceux où je me laisse aller au pessimisme, ce qui est toujours une faute de l’esprit. Que le lecteur se rassure, ca ne va pas durer. Le temps sans doute ou les décalages horaires.

Retournons au début des années cinquante. Le rideau de fer vient de tomber entre Europe de l’Ouest et Europe de l’Est, une guerre civile atroce se déroule en Grèce, un coup d’Etat mené par des sicaires communistes à lieu à Prague, l’Allemagne -qui n’est pas encore de l’Ouest- commence à peine à se redresser, la Grande-Bretagne, exsangue, est en train de liquider son empire colonial, le Japon, sous le commandement d’un proconsul Américain Macarthur voit la Chine en face d’elle basculer vers le communisme et une guerre civile commencer en Corée…et la France et l’Italie ne vont guère mieux tant les communistes sont plus à l’Est qu’à Gauche et représentent plus de 25% de l’électorat, ce qui n’est guère encourageant.

Lors du défilé de la victoire à Berlin en 1945, Churchill, s’en rendit compte avant tout le monde et se tourna vers son aide de camp en voyant défiler les troupes Russes pour lui dire « Nous avons tué le mauvais cochon » . Le pire apparaissait probable. Et là, un miracle de l’histoire se produit. Sous la direction de deux grands Présidents Américains, Harry Truman puis Dwight Eisenhower, une génération de grands serviteurs du bien commun se leva aux USA, symbolisé par Marshall, à l’origine du plan du même nom et cette génération créa des structures qui ont maintenu en Europe la période de paix la plus longue de l’histoire et cette paix dure encore. Naissent en effet d’après guerre l’ONU, mais aussi le FMI, la Banque Mondiale, les organisations mondiales de la santé, du Travail ou du Commerce et à partir de 1958, l’embryon de ce qui allait être la communauté Européenne, avec la signature du Traité de Rome. Mais surtout nait l’OTAN. Car, ce que l’on omet souvent de dire est que finalement ces constructions juridiques qui ont permis le développement de la coopération sur notre continent n’étaient rendues possibles que par la présence de troupes américaines sur le sol Européen.

Sans gendarme, le respect du Droit est assez faible…

L’OTAN constitua l’invisible bras armé qui seul permit le redressement de l’Europe et autorisa ces 70 années de paix. Comme le dit un proverbe Finlandais : « Dans un pays, il ya toujours une armée. Si ce n’est pas l’armée du pays, c’est l’armée du pays d’à coté ». Et entre les Russes et les Suédois, les Finlandais savaient de quoi ils parlaient. Dans le cas Européen, l’armée du pays d’à coté fut bien sur l’armée américaine. Comment l’armée américaine a-t-elle pu demeurer au cœur de l’Europe pendant aussi longtemps, sans que cela ne gène personne, telle est la question?

La structure légale du traité de l’Atlantique Nord fournit un début d’explication. Quelle était donc la structure juridique de cette OTAN qui essaie toujours de rester dans l’ombre ? Il ne s’agissait pas d’un un traité offensif et défensif comme ceux qui liaient la France à la Russie en 1914 forçant la France à la guerre si la Russie le décidait, mais d’un traité uniquement défensif. Si un pays de l’OTAN était attaqué par un pays tiers, tous les autres membres de l’alliance se portaient à son secours. Et pour garantir ce secours, les USA maintenaient 500.000 hommes armés en Europe (en Allemagne, ou en Grande Bretagne, pour être sérieux).

Si un pays de l’OTAN décidait d’attaquer quelqu’un d’autre, comme la France et la Grande Bretagne le firent pour l’Egypte en 1956, les USA ne se sentaient pas du tout obligés d’aider, bien au contraire. Ce qui limitait les velléités guerrières des vieilles Nations Européennes. Devant cette limitation insupportable à la Souveraineté Nationale, le General de Gaulle décida de sortir de l’OTAN et de créer la force de frappe… Nul doute que si la France avait eu une frontière commune avec la Russie, de Gaulle ne soit restée sagement dans l’OTAN. Dans le fonds, attaquer l’Allemagne, c’était attaquer les USA, mais si la France attaquait quelqu’un d’autre, elle devait se débrouiller toute seule. Et comme il fallait traverser l’Allemagne pour atteindre la France, de Gaulle pouvait bien prendre le risque de demander aux Américains de s’en aller de chez nous…

Comme l’avait dit Foster Dulles à de Gaulle quand ce dernier lui avait demandé de faire sortir les troupes américaines de France  « Est ce que nous devons aussi emmener ceux qui sont enterrés en Normandie ?  » ce qui n’avait pas eu l’heure de plaire au General. Mais ca faisait bien et ça ne coûtait pas cher, du moins apparemment. Et donc, le secret le mieux gardé de l’histoire des 70 dernières années a été que la construction de l’Europe politique, le capitalisme Européen et tous nos systèmes sociaux ne se sont développés que grâce à la protection militaire que les USA ont apporté à notre vieux continent et ce depuis 1945.

Ce n est pas l’Europe Politique qui a créée la paix en Europe, comme essaie de nous le faire croire ses thuriféraires, mais ce sont 500.000 GIs, installés aux frontières des colonies de l’URSS, face aux armées Russes.

Tout le monde connaît l’histoire de l’éléphant portant une souris sur son dos, et marchant dans la savane… La souris se retourne et dit fièrement  » tu as vu la poussière qu’on fait? » Voila une bonne description de Bruxelles comme responsable de la paix Européenne.

Je ne suis pas naïf, et je comprends bien que toutes ces institutions ont permis aussi le développement de l’influence des USA, mais quand je compare ceux qui ont signé les traités et organisé le monde après la seconde guerre mondiale avec ceux qui avaient fait la même chose après la première, je ne peux pas m’empêcher de penser que ceux de 1945 ont fait du meilleur boulot que ceux de 1919. Entre Clemenceau et Truman, il n’y a pas photo.

J’ai cependant une petite inquiétude. Après tout à quoi sert l’OTAN aujourd’hui, non pas à nous Européens, mais aux Américains? D’abord, elle leur coûte beaucoup d’argent, et l’argent se fait rare Outre Atlantique.

Qui plus est, le Président Obama a fait ses deux dernières campagnes Présidentielles en disant que le rôle des USA n’était pas d‘assurer la paix chez les autres, mais de s’occuper en priorité des USA. Et ce point de vue est assez largement répandu dans la classe politique US, même chez les Républicains (Voir Rand Paul) Et l’on se demande en effet quels sont exactement les intérêts stratégiques des USA que les troupes Américaines doivent défendre aujourd’hui en Europe et si l’OTAN est un outil adapté ?

Car les pays Européens ne consacrent quasiment rien à leur défense, les élus choisissant toujours la protection sociale au détriment de la Défense. Quand il faut couper les dépenses de l’Etat, on coupe TOUJOURS les dépenses de défense et jamais rien d’autre. On voit mal pourquoi le contribuable américain devrait payer à la place du contribuable Européen et pourquoi la protection sociale aux USA devrait être plus faible qu’en Europe parce que les USA défendent l’Europe qui ne veut pas se défendre toute seule ?

Parce que le travailleur Européen le vaut bien? En effet pas un pays Européen ne consacre plus de 2 % de son PIB aux dépenses militaires (en excluant la Grèce), certains pays sont en dessous de 1%, et les soldats en Allemagne sont syndiqués… Imaginons que le prochain Président des USA ne décide qu’après tout l’Europe est assez grande et assez riche pour se défendre toute seule et qu’il ne voit pas très bien pourquoi une Amérique redevenue indépendante sur le plan énergétique devrait se préoccuper de ce qui se passe au Moyen-Orient, d’où viennent une grande partie des ressources énergétiques de l’Europe alors que les USA ne reçoivent plus rien du Moyen Orient.

Dans ce monde nouveau, pourquoi les USA devraient ils garder deux flottes, l’une en Méditerranée, l’autre dans le Golf Persique pour continuer à protéger une Europe qui ne lui est guère reconnaissante ? Ce même Président pourrait dans la foulée se dire que les armadas américaines seraient plus utiles à Hawaï, au Japon, en Corée ou à Singapour qu’à Bahreïn ou à Naples. Et que s’ils veulent de l’énergie «sûre», les Européens pourraient autoriser l’exploitation du gaz de schiste chez eux, et ne pas fermer leurs centrales nucléaires…

Si l’OTAN venait à disparaitre, nous nous retrouverions en culottes courtes et désarmés comme rarement dans notre histoire. De fait, je n’ai pas le souvenir d’une seule période où l’Europe ait été aussi faible militairement. Et sans l’OTAN, il est à craindre que le reste de la structure juridique créée à partir de 1945 ne tienne pas bien longtemps. Forcer l’Europe à s’armer serait aussi une façon de rendre l’industrie Européenne moins compétitive, puisque quelqu’un devrait payer ce réarmement. Or nous arrivons peut être au moment où les USA se disent sans doute qu’ils ne peuvent plus financer la sécurité Européenne puisqu’ils sont confrontés à des problèmes domestiques importants.

Et le lecteur de se demander : Mais d’ou pourraient venir les problèmes que la faiblesse militaire actuelle de l’Europe empêcherait de traiter si l’OTAN venait à disparaitre ?

La réponse est facile:

1. D’une invasion de nécessiteux, en provenance d’Afrique, créée de toutes pièces par les puissants génies tels BHL ou Sarkozy. Cette déferlante a peut être commencé comme on le voit tous les jours au large des côtes italiennes. On ne voit pas comment les USA pourraient aider.

2. D’une progression considérable des forces du terrorisme musulman classique, devant lequel nos Etats se coucheraient paisiblement (voir le livre « La Soumission » d’Houellebecq).Bayrou premier ministre pour organiser la transformation des populations de souche en Dhimmis est un coup de génie. Mais on voit mal monsieur Bayrou demander l’aide militaire des USA en cas de trouble, ni ceux ci l’accorder.

3. D’une «amicale» pression venant de la Russie, nous embarquant dans une jolie guerre des civilisations. Mais eux sont armés et ont vu arriver le coup. Une «reconquistada» Européenne pourra difficilement se produire avec le personnel politique actuel et les institutions Européennes que nous connaissons. Qui plus est, les USA n’aideront en rien un rapprochement avec la Russie, qu’ils perçoivent encore et toujours comme l’ennemi.

En définitive, nous arrivons à la fin d’une époque.J’ai souvent dit et écrit que la durée de vie d’une institution humaine est de 70 ans.La première génération crée les Institutions, la deuxième les entretient, la troisième les exploite à son avantage personnel et donc en détruit la légitimité. L’Europe n’est plus un projet, mais un ramassis de sinécures que le vent de l’histoire va emporter. Qui est prêt à mourir pour l’Europe de Bruxelles? Personne bien sur, et surtout pas monsieur Juncker.

Le Cardinal Lustiger dans son livre d’entretiens « le Choix de Dieu » rédigé avec deux philosophes Wolton et Missika et publié en 1988 avait répondu à la question : »Comment voyez-vous l’avenir de l’Europe si vous prenez en compte le temps long de l’Eglise ? » de la façon suivante : «L’Eglise a probablement perdu l’Europe comme elle a perdu l’Asie mineure entre le huitième et le douzième siècle. Le continent Chrétien sera certainement l’Amérique et peut être l’Asie… et sans doute plus l’Europe».

Or contre cette volonté de sortir de l’Histoire, l’OTAN ne peut rien.

Espérons que ce Cardinal que j’admirais tant aura tort.

Auteur: Charles Gave

Economiste et financier, Charles Gave s'est fait connaitre du grand public en publiant un essai pamphlétaire en 2001 " Des Lions menés par des ânes "(Editions Robert Laffont) où il dénonçait l'Euro et ses fonctionnements monétaires. Son dernier ouvrage "L'Etat est mort, vive l'état" Editions François Bourin 2009 prévoyait la chute de la Gréce et de l'Espagne. Il est le fondateur et président de Gavekal research (www.gavekal.com) et Gavekal securities.

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