https://institutdeslibertes.org/roger-scruton-illustre-le-bon-cote-du-conservatisme-britannique/
Jean-Jacques Netter

Roger Scruton illustre le bon côté du conservatisme britannique

Le « en même temps », incarnation d’un macronisme situé au centre, prétendant rassembler à la fois la gauche et la droite en partant d’une base qui ne représente qu’un peu plus de 20% du corps électoral, devait être le signe d’une recomposition historique du paysage politique français. Aujourd’hui, le macronisme censé être une réponse aux attentes profondes du Français nouveau du XXIe siècle est dans une impasse.

Le clivage gauche-droite n’a pas disparu, les Français ne sont pas convertis au libéralisme économique, ni aux valeurs de tolérance du « vivre ensemble ». Le macronisme reste structurellement minoritaire. Le remplacement du clivage droite/ gauche par bloc élitaire/bloc populaire n’a fait qu’accroitre les tensions sociales entre les français.

Pour essayer de nourrir le débat, essayons de voir ce que nos amis anglais ont à nous apporter.

 

Roger Scruton a été le chef de file d’une tendance du conservatisme anglais qui s’est éloignée du thatcherisme, car il voulait rééquilibrer la place des questions morales par rapport à celles de l’économie. Il a croisé Margareth Thatcher avant qu’elle ne soit Premier Ministre, mais une fois arrivée au pouvoir, Il a déploré le trop grand rôle que la Dame de Fer accordait aux marchés. Roger Scruton expose alors dans « De l’urgence d’être conservateur » sa propre vue de l’idéologie conservatrice, son opposition au matérialisme pur et explique en quoi son application peut être utile pour appréhender les problèmes contemporains.

 

Il est dès 1985 contre la gauche idéologique qui croit avoir un monopole sur la pensée et ne tolère pas qu’on la démystifie. Dans son livre «Thinkers of the left », Il a décrypté l’imaginaire du progressisme en étant particulièrement critique envers les penseurs qui ont voulu prendre le relais de Marx.  Il passe en revue ceux qui ont le plus influencé la gauche depuis 1945: de Sartre à Foucault en passant par Thompson, Habermas, Hobschawn, Derrida ou Badiou. Il décrit bien ce brouillon de concepts tortueux que l’on retrouve aujourd’hui très présent dans les universités américaines. La gauche a une vision qui repose sur la répudiation de tout ce qui définit les réalisations et le patrimoine culturel européen.  L’ouvrage lui vaudra beaucoup de soucis.

 

La seule union européenne pour lui, c’est « l’Europe des Nations ». Son Europe est celle de TS Eliot, celle de de Gaulle et de Vaclav Havel. Le modèle multiculturel actuel a été imposé en Europe par des gens plus ou moins hostiles à l’identité traditionnelle de leurs pays respectifs. Ce qu’ils ont présenté comme un accueil aux nouveaux arrivés était, le plus souvent, un rejet de leur propre héritage. C’est pour cette raison que ceux qui ont résisté ont été dénoncés comme racistes et xénophobes, une façon de les exclure du débat. Il faisait remarquer qu’il avait fallu attendre aujourd’hui pour que les statistiques françaises admettent qu’il existe un pourcentage conséquent d’élèves musulmans dans les écoles françaises. Il a fallu attendre aujourd’hui pour que les politiciens soient prêts à dire que la tolérance que nous avons voulu étendre aux musulmans n’a pas de contrepartie et que ceux qui en profitent, les prêcheurs dans les mosquées, ne sont tolérants en rien. Pourtant, on ne peut toujours pas en France, selon lui, parler ouvertement de l’islam et de son effet sur l’esprit des jeunes sans risquer d’être accusé « d’islamophobie », maladie étrange qui s’est diffusée, inexplicablement dans tous les pays de l’Ouest.

 

Il était partisan du Brexit, car il s’inquiétait de l’affadissement de la nation anglaise et affirmait ouvertement son euroscepticisme. Dans « England an elegy » il expliquait que l’Union Européenne était un projet au service des élites libérales sans aucun égard pour ceux dont la vie dépend du maintien de liens de proximité.

 

Il misait sur ceux qu’on appelle les gens ordinaires pour défendre ce que nous avons pris l’habitude d’appeler nos identités. Qu’est-ce que la liberté ? Qu’est-ce que l’autorité ? Comment définir la communauté politique, la famille, la propriété ou encore la nation ?  Dans « Arguments for conservatism: a political philosophy » Il ne dédaignait pas les vertus de ce que l’on nomme le populisme. Le mot pour lui sert à désigner ce que veut le peuple sans l’aide des intellectuels de gauche pour le définir. Un transfert des revendications s’est opéré de la classe ouvrière aux femmes, aux homosexuels, et aux immigrés. Ce mouvement est très bien décrit dans son  livre « L’erreur et l’orgueil. Penseurs de la gauche moderne »

 

Il expliquait que les islamistes qui pratiquaient le terrorisme se sentaient offensés par la vue des gens qui s’amusaient et qui acceptaient le monde. Leur religion dans sa forme extrême est un véritable rejet du monde.

 

Roger Scruton est décédé en janvier 2020, mais heureusement deux auteurs s’inscrivent dans ses pas.

 

David Goodhart a conceptualisé la victoire des conservateurs

 

David Goodhart enseigne à l’Université d’York et à l’Eton College. Pour lui dans son livre « Les deux clans. La nouvelle fracture mondiale » Le clivage se fait entre les “Anywhere” ceux qui valorisent l’ouverture, l’autonomie et la liberté et les “Somewhere”au niveau d’études plus bas, plus enracinés et plus ancrés dans leurs valeurs. Il reprend le concept de la France d’en haut et de la France d’en bas développé par Christophe Guilluy dans « Fractures Françaises »   

La base électorale de Boris Johnson repose en partie sur   les ouvriers et des bas salaires.  Le triomphe des conservateurs britanniques, illustre bien leur tournant social. Le premier ministre n’est pas du tout intimidé par le politiquement correct. C’est au contraire une des sources de sa popularité auprès de l’électorat modeste. Demain il nous faudra moins de cerveau et plus d’empathie, c’est l’idée qu’il développe dans son dernier livre « La tête, la main, le cœur. La lutte pour la dignité du statut social au XXIème siècle ».

 

La crise du coronavirus rapproche les “Anywhere” des “Somewhere”. Cette crise devrait aider les élites mondialisées à comprendre le besoin de sécurité et de protection des classes populaires enracinées. Le retour à des ancrages locaux va progressivement passer pour un projet sain et non plus comme une entreprise réactionnaire.

 

 

 

 

Douglas Murray est « le Zemmour britannique ».

 

Passé par Eton et Oxford, ce jeune quadragénaire est la figure de proue médiatique du néoconservatisme anglais.  Son livre “The Strange Death of Europe” :immigration, identity, islam » est resté près de vingt semaines dans le top 10 des meilleurs ventes du Sunday Times. Il y décrit les conséquences mortifères de l’immigration incontrôlée dans une Europe en voie de désintégration. Il soutient que notre continent meurt sous le poids de l’immigration.

 

Le néoconservatisme offre une plate-forme cohérente pour aborder de nombreux problèmes comme  les génocides, les dictatures et les violations des droits de l’homme dans le monde moderne. Malheureusement les termes “ néoconservativisme ” et “ néocon ” sont souvent mal compris et mal représentés,

Le néoconservativisme peut jouer un rôle progressiste dans le contexte de la politique britannique moderne («Néoconservatisme: pourquoi nous en avons besoin»)

 

Plusieurs générations de dirigeants politiques ont fondamentalement modifié nos sociétés sans le consentement et contre le souhait des peuples. Depuis la fin des années soixante, des vagues migratoires successives touchent de façon continue les pays d’Europe occidentale. Le continent change à grande vitesse car en matière migratoire, les responsables européens préfèrent toujours les positions généreuses, compatissantes et ouvertes car elles leur rapportent des bénéfices médiatiques immédiats. Ils savent bien pourtant qu’elles conduisent, partout, à des problèmes nationaux à long terme. Alors,

faut-il faire de l’Europe le seul endroit au monde qui appartienne à tout le monde ? Est-ce la volonté des Peuples et est-ce raisonnable du point de vue du “bien commun” ? Le compte à rebours a commencé. Ce sont les proplèmes que Douglas Murray pose dans son livre

“ L’étrange suicide de l’Europe: Immigration, identité, Islam”

 

Les symptômes de la nouvelle folie collective qui nous guette, celle consistant à ne voir le monde que sous le prisme du genre, de la sexualité ou de la race sont décrits par Douglas Murray dans « The madness of crowds. Gender, race and Identity » Notre culture ne fait plus des homosexuels des gens normaux mais des individus meilleurs que les autres. Il souligne à la fois le radicalisme du mouvement « Black Lives Matter » et la difficulté à s’opposer à ses thèses. Il faut selon lui arrêter le concours des opprimés.

L’obsession des minorités intersectionnelles pour la race, le genre et l’identité est destructive pour les sociétés occidentales. Cela revient à dresser les gays contre les hétéros, les noirs contre les blancs, les femmes contre les hommes. La “cancel culture” fait l’ Inventaire des folies progressistes du moment: accusations de transphobie ou de racisme systémique, délires sur le privilège ou la fragilité des blancs, attaques contre les forces de l’ordre accusées de génocide, politiciens et PDG mis à genoux, pillages de magasins en pleine pandémie, carrières bisées par des hordres tweeteuses, enfants encouragés à modifier leur corps, statues et réputations réduites en poussière…

 

La convergence entre conservatisme, libéralisme et populisme semble devenue impensable. Pourtant c’est bien à partir d’une telle plateforme que l’on pourra reconstruire à partir de la bouillie idéologique syncrétique et managériale mise en place par Emmanuel Macron.  Charles Gave avait expliqué en 2015 dans un papier de l’Institut des Libertés que l’on pouvait être Conservateur et Liberal à la fois.  Selon lui il s’agit de quelqu’un qui résistera autant qu’il le pourra à toutes les idées tordues émises par les « Oints du Seigneur », mais qui acceptera avec bonne humeur les changements de Société pour peu qu’ils fassent diminuer la somme des injustices. On peut donc bien être Liberal et Conservateur à la fois.