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Jean-Jacques Netter

Les marchés financiers sont atteints du virus de la pensée magique

Des injections de liquidités sans précédent dans l’histoire économique moderne ont eu lieu depuis le début de la pandémie du Covid 19. L’augmentation de la dette a été de 12 795$ par habitant aux Etats Unis. En France, la progression a été de 5063€. Ces chiffres spectaculaires nous emmènent sur des territoires totalement inconnus. Le monde continue à fonctionner pour le moment avec la complicité des banques centrales en s’enfonçant  tous les jours un peu plus dans l’endettement.

Le problème de La dette pour un pays c’est combien on doit, à qui on le doit et dans quelle monnaie on le doit. Le Japon a une dette qui représente 245% de son PIB, mais il le doit aux japonais. La France a un endettement qui dépasse 125% de son PIB mais elle le doit en grande partie à des investisseurs étrangers. C’est une situation beaucoup plus précaire.

 

Les récessions débutent toujours par l’éclatement d’une bulle (immobilier commercial en 1992, telecom en 2000, sub-prime en 2009, pétrole en 2014. En 2020 aucune bulle n’a éclaté. On est resté chez soi, on a vécu digitalement et on acheté vert. Parallèlement le futur technologique a accéléré, mais pas comme si l’on allait sortir de la « crise ». Nous sommes dans une « catastrophe » ce qui suppose que la vie ne reprendra pas comme avant car il faudra tout repenser pour passer d’une mentalité « d’ extracteurs » à une mentalité de « ravaudeurs » qui est une expression qui était beaucoup emloyée par les couturières.

 

La construction de portefeuille doit évoluer

 

Toutes les théories de la construction de portefeuille qui nous ont été enseignées sur les bancs des écoles et des universités ne servent plus à rien avec des taux d’intérêts nuls ou négatifs. La théorie développée en 1952 par Harry Markowitz exposait comment des investisseurs rationnels devaient utiliser la diversification afin d’optimiser leur portefeuille, et quel devrait être le prix d’un actif étant donné son risque par rapport au risque moyen du marché. Cette théorie faisait appel aux concepts de frontière efficiente, de coefficient bêta, de droite de marché…

Aujourd’hui, elle fonctionne très bien sauf quand on en a besoin…. Il y a une bulle de la technologie. Les valeurs qui ont le plus monté l’année dernières étaient en quasi-totalité des sociétés qui perdaient de l’argent  !l y a des excès  manifestes sur des actifs comme le Bitcoin ou les SPAC qui est une sorte de chèque en blanc que l’on donne à un fonds pour acheter un actif que l’on ne connait pas !

 

La plupart des actifs sont fragiles.  On peut les identifier à partir de la politique monétaire qui est menée par les banques centrales.  Elle est wicksellienne quand les taux courts sont proches du taux de croissance réel de l’économie. C’est la bonne configuration puisqu’elle incite les entrepreneurs à réaliser des investissements productifs.

Elle est keynésienne quand les taux réels sont beaucoup plus bas (voire négatifs) que le taux de croissance réel de l’économie. C’est la situation dans laquelle nous sommes en ce moment. Pendant ces périodes l’objectif très clair des gouvernements, c’est « l’euthanasie du rentier » puisque leur épargne ne leur rapporte plus rien. Si la plupart des économistes ne s’attendent pas à une remontée des taux, il faut s’attendre à une baisse du dollar. C’est pourquoi la bonne idée serait de remplacer dans son portefeuille les obligations américaines par de l’or et des obligations chinoises libellées en renminbi.

 

Les marchés obligataires ne jouent plus du tout leur rôle d’amortisseur pendant les périodes de baisse des actions.

 

N’oublions pas non plus que le cash est un actif robuste dans les périodes d’incertitude.

Pendant ces périodes, trois prix doivent être suivis de près : le dollar américain, le taux de rendement des obligations américaines à long terme et le prix de l’or. Cela permet de décider quels catégorie d’actifs il faudrait détenir et surtout ne pas détenir.

 

La Chine est devenue l’économie dominante du monde.

 

L’année 2021 se présente de façon contrastée : La Chine a un PIB de quatre points supérieur à son niveau d’avant la crise du covid. Elle est le seul pays à rémunérer convenablement l’épargnant. L’économie américaine va plutôt bien sauf dans la gestion de sa crise sanitaire. L’Asie prend des parts de marché à tout le monde. Elle est la seule zone monétaire à ne pas avoir monétisé le covid contrairement à l’Europe et aux Etats Unis. L’Europe reste vulnérable. L’échec de la campagne de vaccination pourrait être la prochaine faillite institutionnelle de l’Union Européenne. Dans le nouveau cycle politique beaucoup d’événements peuvent mal se passer notamment en France.

 

Les risques sont nombreux en ce début d’année. En France la lenteur de la vaccination est un symptôme de notre déclassement. Sans les comparaisons pays par pays nous n’aurions pas pu comprendre notre véritable retard en matière de recherche, d’organisation et de logistique. Ce n’est pas pour rien si l’administration française n’aime pas la concurrence.

Cependant, face au confinement, l’Etat devrait endendre la révolte qui couve….

En Italie on pourrait être bientôt confronté à une crise constitutionnelle.

 

Sur le front international, le nouveau réglage de la politique US/Chine et l’Europe va beaucoup occuper les chancelleries. Chacun pense s’entendre avec les deux autres.

 

Les expositions à privilégier pour 2021

 

Les actifs réels

Il faut détenir de l’or. On peut utiliser les  quatre trackers or qui sont côtés sur Euronext

 

Les obligations chinoises sont un actif « robuste » car il est décorrélé des actions américaines. Pour les obligations américaines et européennes nous sommes déjà dans une bulle .

 

Parmi les expositions pays il faudrait privilégier l’exposition aux valeurs japonaises domestiques et aux sociétés asiatiques hors Japon.

 

 

 

Les secteurs favorisés par le covid

 

Plusieurs secteurs devraient encore profiter des effets du covid :

La révolution dans les transports et la mobilité qui sera peut être plus importante que celle que nous avons connue dans les logiciels, notamment dans les véhicules électriques, et les voitures à hydrogène.

Les modalités du travail vont évoluer. Avant le Covid 10% des américains passaient au moins deux heures par jour dans les transports en commun ou dans leur voiture et 40% au moins une heure. L’évolution se fera dans le sens de beaucoup moins de temps de transport en faveur d’une meilleure qualité de vie et probablement plus de productivité.

 

La santé  avec la thérapie génique autour de l’ARN Messager va accélérer les mutations technologiques.  La santé devient un secteur clef autour de la medtech de la télémédecine et du diagnostic.

 

La consommation qui va beaucoup évoluer. On constate par exemple que les codes du luxe et du sport convergent…. La consommation chinoise est le marché favori des grandes sociétés européennes dans le luxe, l’automobile et les articles de sport.

Nike réalise 18% de son CA en Chine.

 

La croissance de la sphère digitale avec le paiement en ligne , la cybersécurité, le taux de pénétration du cloud computing…De plus en plus de sociétés ont une infrastructure reposant complètement sur le cloud. Les sociétés qui figurent le plus souvent dans les portefeuilles des investiseurs sont  : Zscaler, Crowdstrike, Twillo, Snowflake

Les socétés de semiconducteurs sont au centre de cet univers en très forte croissance: Nvidia, AMD, ASML, SOITEC

 

Les portefeuilles digitaux avec des sociétés comme PayPal, Square Cash et ApplePay.

 

Tous ces secteurs favorisés par le covid semblent très souvent à des niveaux de valorisation excessifs. Nous sommes clairement entrés dans une bulle de la technologie.

 

Quand aux secteurs victimes du covid que sont bien sûr les transports, l’hôtellerie, le tourisme…leurs perspectives ne les rend pas encore boursièrement attractives.

 

 

Le Bitcoin n’a pas encore le statut d’or digital

 

Un Euro, fort profite à hauteur de 20% aux sociétés du S&P 500. Il ne faut pas l’oublier.

Le Bitcoin a été adopté par les plateformes PayPal et Square pour payer des achats en ligne a incité de grandes institutions à acheter du bitcoin pour se couvrir contre le risque d’une expansion monétaire excessive. La crypto monnaie deviendrait selon certains l’équivalent d’un or digital. Si c’était le cas les effets du développement du Bitcoin et du Blockchain sont très sous estimés