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Charles Gave

La Saga Volkswagen

Je n’aime pas tirer sur une ambulance, mais il me semble qu’un commentaire sur l’affaire Volkswagen s’impose. Commençons par rappeler les faits.

Ce constructeur automobile n’avait apparemment pas trouvé de solution technique satisfaisante pour que ses voitures diesel soient conformes aux réglementations Européennes ou Américaines. Fort bien.

La solution choisie par VW fut d’embarquer à l’intérieur de chaque voiture un programme informatique qui «prévenait» la voiture soumise à un contrôle qu’une vérification était en cours et le moteur cessait d’émettre les particules incriminées pendant la durée du contrôle, pour recommencer à polluer dès que le processus s’arrêtait et qu’elle était de retour sur la route.

A la vue de cette réalité, on ne peut pas s’empêcher de se poser deux questions.

 

  • QUI a eu cette idée chez VW et a donc donné des ordres en conséquence  et comment PERSONNE à VW n’a donné l’alarme en temps utile? Le pot au roses a été découvert parce qu’un obscur centre de recherche dans une petite Université de Virginie aux USA a été commissionné par une association écologique pour vérifier ce qui semblait être une anomalie. Personne chez le constructeur automobile n’a jugé utile de dénoncer ce qui est « pire qu’un crime, une faute», comme le disait Fouchet, le ministre de la Police de Napoléon. Je croyais pourtant que l’expérience des totalitarismes du XIX et du XX eme siècle nous avait appris que l’excuse « je n’ai fait que suivre les ordres » était mortifère. Apparemment,  je me suis trompé. Elle a toujours cours.
  • La même chose s’est elle passée chez tous les autres constructeurs automobiles ?  Et si oui, les conséquences seront catastrophiques pour toute l’industrie automobile.  Mais dans tous les cas je suis devant  toute une série d’autres  questions subsidiaires mais qui n’ont rien d’accessoire.
  • Ou bien une solution technique existait et bien que coûteuse, elle a été mise en œuvre par les autres fabricants de voitures qui seraient de ce fait innocent. Mais dans ce cas là, la responsabilité de VW est immensément accrue puisqu’au délit de fraude sur la qualité du produit vendu il faudra ajouter celui de ‘’concurrence déloyale».  Si j’étais un dirigeant d’Opel, de Ford ou de Peugeot  ayant respecté  la Loi, je porterais l’affaire devant les Tribunaux pour réclamer des milliards de dommages- intérêts. Après tout, les marges dans la construction automobile sont très faibles (1.5 % pour VW) et économiser quelques centaines d’Euro en fraudant peut donner au  tricheur un avantage parfaitement indu. J’ai du mal à croire ce conte de fées. Si un processus technique existait et était en place sur toutes les autres voitures, les ingénieurs chez VW l’auraient installé sur les leurs.   Mais cela n’est pas tout : aux autres constructeurs se joindront des plaignants individuels qui ont souffert d’un dol caractérisé et qui vont demander des dommages et intérêts. Pour cela, faites confiance aux avocats Américains.  Dans ce cas VW sera  bien évidemment acculé à la faillite, et ils n’auront bien sur que ce qu’ils méritent…
  • Mais qui me fera croire que  dans les deux cas de figure, les autorités de certification n’étaient pas  au courant  du problème? Si une solution technique n’existait pas, elles auraient du être les premières à le savoir et soit elles ont pris sur elles de se taire,  soit elles  été convaincues de se taire après avoir subies ‘’d’amicales pressions’’ ?
  • Et  si seul VW est concerné, comment les véhicules de cette marque ont- ils pu être certifiés conformes par les administrations Européennes ou Américaines  alors qu’un simple petit laboratoire aux USA a pu démontrer la non-conformité de  ces normes en quelques heures ?
  • Dans les deux cas, des “pressions amicales” ont-elles exercées sur les laboratoires officiels pour masquer la vérité ? Et si des pressions ont été exercées, QUI, encore une fois a exercé ces pressions? Les administrations étant ce qu’elles sont, il doit rester des traces quelque part de ceux qui ont exercé des pressions. On aimerait qu’elles soient rendues publiques. Un audit de ces organisations de contrôle est plus que souhaitable; il est indispensable.

 

La réalité toute simple est que, quelque soit le résultat de ces audits qui prendront  sans doute longtemps, très longtemps (je fais confiance à la Justice Européenne… pour enterrer le dossier. Ce sera beaucoup plus dur aux USA), dans tous les cas, je suis en fait  devant une véritable affaire d’Etat  qui ne ferait que confirmer que ce que j’appelle le capitalisme de connivence est devenu la norme de  fonctionnement de nos Démocraties et que donc certains groupes sont, ou se croient, au dessus des lois et disposent de privilèges dont le petit peuple ne dispose pas.

Il y aurait une Loi pour vous et moi, et une autre pour les privilégiés.

Nous serions de fait de retour à l’époque de ce bon monsieur de la Fontaine qui remarquait plaisamment dans les animaux malades de la peste  que « selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de Cour vous feront blanc ou noir».

Soyons clairs : dans le fonds, que les autorités de contrôle des automobiles soient incompétentes ou corrompues, ou les deux à la fois,  voila qui ne change rien et dans tous les cas, on PEUT et on DOIT élargir le débat, car l’on voit bien que tout cela amène à une question absolument centrale.

Partout, l’on restreint nos Libertés au nom de la soi-disant  «protection» du citoyen de base. Mais partout, l’on voit bien que cette protection n’est qu’illusion et qu’elle ne sert qu’à dissimuler des tentatives bien réelles de capture de «rentes injustifiées» par des groupes de pression fort bien organisés qui savent récompenser ceux à qui nous avons fait confiance et qui nous trahissent.

Car, si les autorités de contrôle pour les voitures sont incapables ou corrompues, ou les deux à la fois,  qu’en est-il des AUTRES autorités de contrôle ?

Citons quelques secteurs ou l’on peut avoir des doutes,  sans espoir d’être exhaustif.

Les banques sont soi-disant contrôlées par les banques centrales. Qui contrôle ce contrôle et qui contrôle les banques centrales ? An nom de quel mythe devraient elles être indépendantes et non responsables de leurs actions qui pourraient être délictuelles voir criminelles ?

Et qui contrôle :

Notre diplomatie ? A-t-elle été achetée pour un plat de lentilles par le Qatar ou l’Arabie Saoudite ?

Notre Souveraineté Nationale ? Vendue pour quelques sièges à la Commission ou au Conseil de la BCE… ?

Les dépenses de notre Etat ?

La Justice ?

Le  Fisc ?

La Police?

La Sécu ?

L’Education Nationale ?

En principe me répondra le lecteur, notre système représentatif, nos élus, sont chargés de ce contrôle.

Mais qu’en est-il si nos institutions et nos élus sont tombés sous le contrôle de groupes de pression obscurs et puissants à la fois?

Et si c’était le cas, ne sommes nous pas tombés dans un monde où les gens à qui nous avons confié le privilège exorbitant d’exercer en notre nom  la «violence légitime», c’est-à-dire de faire respecter les Lois au besoin par la force ne sont plus légitimes et ne sont  que des démagogues/ploutocrates manipulant le système à leur profit et au profit de ceux qui les commanditent ?

Et ces démagogues/ploutocrates ne sont ils pas en train d’utiliser à NOS DEPENS ce monopole de la Violence Légitime que nous leur avons confié, pour mettre en prison, ruiner ou forcer à se taire ceux qui déclarent que le Roi est nu?

Sommes-nous tombés dans la Dictature molle dont parlait Tocqueville?

Poser la question c’est y répondre…

Que faire me dira le lecteur ?

Ma réponse est : je ne sais pas trop.

Ce que nous essayons de faire à  l’Institut des Libertés est d’informer, d’essayer de faire réfléchir, d’aider dans la mesure du possible à la formation des générations nouvelles, de créer un réseau de gens qui ont une sensibilité commune.

Ais je une solution miracle ? La réponse est non.

Y a-t-il un parti politique qui m’inspire, des hommes ou des femmes en qui j’aurais confiance ?

La réponse est encore non.

Vont -ils surgir dans un avenir proche? Je le pense, si les difficultés s’aggravent.

Nous sommes à la fin des années Brejnev en Union Soviétique. Tout le monde sait que nous arrivons à la fin, mais personne ne peut deviner les contours de ce qui va suivre.

Et donc, chacun doit se préparer, individuellement, et faire passer le message autour de lui. Au moins, nous saurons que nous existons. Et c’est peut être de gens que nous aurons aidé à comprendre que viendra la solution ?

Le futur le dira.