5 avril, 2019

La nouvelle théorie monétaire moderne n’est pas du tout moderne

La théorie monétaire moderne mettra un terme à la destruction créatrice qui crée de la richesse. Il y a déjà eu beaucoup d’exemples de ce processus dans l’histoire. La plus intéressante se situe en France au XVIIIe siècle, lorsque John Law, fuyant la justice britannique, a mis en place son «système» en France. En face de lui, Richard Cantillon a fait fortune grâce à l’effondrement du système mis en place par John Law. La théorie monétaire moderne n’est donc pas moderne du tout.  L’argent devrait toujours rester un bien commun et ne pas devenir un outil du gouvernement. L’effondrement économique survient lorsque la valeur de la monnaie est compromise. La MMT(Modern Monetary Theory) se concentre sur le compte de résultat et néglige totalement les effets de bilan. Des taux d’intérêt excessivement bas détruisent l’épargne, ce qui détruit ensuite l’investissement. Lorsque les taux tombent à zéro, les fonds de pension ne peuvent plus assurer leurs paiements de pensions et sont obligés de vendre des actifs pour effectuer ces paiements. L’euthanasie du rentier est en phase terminale alors que la politique keynésienne s’épuise.

 

La fin du resserrement de la politique monétaire américaine est favorable aux actions

 

Les marchés devraient se ressaisir après la confirmation de la fin du resserrement de la politique monétaire américaine. La volonté de la Fed de maintenir les taux d’intérêt inchangés diminuera si la croissance et l’inflation reprennent de la vigueur au second semestre. Le risque d’une baisse soudaine de la duration du portefeuille de la Fed a ainsi diminué. La fin du « Quantitative Easing » est favorable aux actions, mais les banques américaines feront face à des obstacles. Les investisseurs peuvent participer à ce mouvement en détenant des actions tant aux États-Unis qu’à l’étranger en sous-pondérant toutefois les actions de banques américaines.  Les alternatives au dollar américain, sont intéressants, notamment les actifs en renminbi et en or. La question clé pour les investisseurs est la motivation de la Fed à envisager des modifications de son dispositif de ciblage de l’inflation. Elle va chercher maintenant à cibler un niveau de prix plutôt qu’un taux d’inflation.

 

Le consommateur américain n’est pas la source du ralentissement économique. Il est probablement dû à une normalisation après les réductions d’impôts intervenues l’année dernière. À l’avenir, le principal frein à la demande des consommateurs pourrait être le crédit de plus en plus difficile à trouver.

 

Les tendances de la productivité restent favorables car le rapport sur la masse salariale montre que la croissance américaine ralentit mais reste encore soutenue. Les investisseurs peuvent se permettre de rester sereins face au risque d’inflation par une pression salariale. La croissance pourrait s’accélérer fortement au cours du second semestre, ce qui entraînera probablement un regain d’inflation. À l’heure actuelle, les entreprises américaines et les acheteurs de maison bénéficient de coûts d’emprunt moins chers.

Malgré leur croissance rapide, les actions américaines ne sont donc pas plus chères que les obligations. Il n’y a actuellement aucun signe d’exubérance irrationnelle parmi les investisseurs.

 

 

Les prévisions européennes sont dégradées par la BCE

 

Des taux bas et des dépenses publiques élevéessont la cause du malaise de l’Europe. Les hypothèses de base des économistes respectables sont probablement inexactes.  Aux États-Unis, les taux réels négatifs ont toujours entraîné un ralentissement de la croissance économique. Des taux d’intérêt bas signifient que « les riches » s’enrichissent plus et que les pauvres s’appauvrissent encore plus. Le niveau élevé de dépenses par les gouvernements entraîne toujours une détérioration des taux de croissance structurelle.

 

La BCE a diminué ses prévisions de croissance et d’inflation pour 2019dans la zone euro et a promis de renouveler ses facilités de financement à bon marché TLTRO pour les banques de la zone euro. Si la BCE ne fait rien, les banques de la zone euro seront confrontées à une pression de plus en plus forte qui menacera l’érosion de la demande intérieure qui restait jusqu’à présent relativement solide. La combinaison d’une BCE statique et de taux en hausse entrave la capacité des banques à diffuser leur politique monétaire à l’économie réelle. Les investisseurs seront de moins en moins capables de compter sur la demande intérieure pour soutenir la croissance en l’absence d’une reprise de l’activité ailleurs dans le monde.

 

Une interprétation marxiste du mouvement des «Gilets jaunes» en France

 

Les «Gilets jaunes» nous disent que le gouvernement a perdusa capacité d’augmenter les impôts sur un secteur productif qui vote avec ses pieds en quittant la France ou qui vote aussi avec ses pieds en occupant les centres-villes le samedi. Karl Marx avait observé que l’infrastructure économique déterminait la superstructure politique d’un pays. L’ancienne structure économique dictée par le contrôle de la terre, du travail et du capital a été renversée au profit de ceux qui contrôlent le savoir. Les pays qui ont été conquis par les marxistes sont à court d’argent et ne peuvent rivaliser avec leurs sociétés et leurs particuliers. Mais peut-être plus important encore, les manifestants portant un gilet jaune sont une manifestation évidente d’une grave contradiction en France entre l’infrastructure économique et la superstructure politique. Pour Marx, de telles contradictions menaient presque toujours à des révolutions…

 

L’Allemagne est le plus grand risque pour les portefeuilles

 

L’Allemagne a vu le coût relatif du capital plonger,ce qui a entraîné de mauvais investissements. Il faut rappeler qu’une action a deux valeurs: son prix déterminé par le marché et sa valeur actuelle nette calculée à partir du flux de revenus escomptés dans l’avenir. Les marchés baissiers se traduisent généralement par une saine convergence de ces deux valeurs, mais il existe toutefois des exceptions à cette règle. Les États-Unis, le Japon et l’Italie ont connu des épisodes de destruction de capital très bien documentées au cours des 100 dernières années. Le plus grand risque pour les portefeuilles aujourd’hui ne se situe donc pas aux États-Unis ni en Asie, mais en Allemagne.

 

Un Brexit plus incertain que jamais

 

Le Brexit est désormais dans une impasse. Un second référendum, voire des élections générales pourraient suivre, ce qui offrirait des résultats encore plus incertains. Il reste de moins en moins de chances que l’accord de Theresa May soit adopté. Dans l’ensemble, la situation reste toutefois relativement positive pour les actifs en livres sterling. L’UE pourrait exiger que le Royaume-Uni n’accepte qu’une longue prolongation. Cela pourrait également imposer au Royaume-Uni de participer aux élections du Parlement européen de mai, ce qui compliquerait encore beaucoup plus la situation.

 

Le yen devrait s’apprécier au Japon

 

La résolution de la Banque du Japon pour  éviter un yen fortpourrait être sérieusement mise à l’épreuve si les marchés mondiaux subissaient un mouvement de réduction des risques. Si cela se produit, le gouvernement japonais pourrait retarder la hausse prévue de la TVA, prévue pour octobre. La crédibilité de la BoJ est maintenant en jeu. Dans un environnement où le gouverneur Haruhiko Kuroda du côté monétaire et le Premier ministre Shinzo Abe du côté fiscal divergent dans leurs politiques respectives, le yen est susceptible de sortir de sa fourchette et de s’apprécier de manière significative.

 

En Chine, le ratio dette / PIB devrait augmenter en 2019

 

Pékin ne veut pas voir la croissance du PIB tomber sous les 6% en 2019.Le gouvernement a procédé à une réduction de la TVA plus importante que prévu. Cela n’équivaut toutefois pas à un stimulus fiscal massif. La croissance du crédit sera l’outil le plus important pour enrayer le ralentissement de la croissance du PIB. Les emprunts bancaires et les émissions d’obligations d’entreprises devront faire l’essentiel de l’effort ce qui signifie que le ratio dette publique / PIB de la Chine devrait augmenter en 2019.

 

Un accord américano-chinois est presque certain, mais le contenu de l’accord sera étroit. Le problème est que même si un accord commercial est conclu, les extrémistes américains voudront continuer à attaquer les ambitions technologiques de la Chine. Tout accord commercial sera positif pour le renminbi, mais certaines des bonnes nouvelles ont déjà été annoncées. La promesse annoncée par la Chine de maintenir la «stabilité» de sa monnaie s’est traduite par une hausse du renminbi. Depuis le 31 octobre dernier, il a augmenté de 4% par rapport au dollar et de 3,2% par rapport au panier pondéré par un panier des partenaires commerciaux de la Chine, reflétant la conviction croissante du marché que le risque commercial a atteint un sommet.

 

Une hausse des actions des marchés émergents dans les mois à venir

 

Les rendements des obligations du Trésor américain à 10 ansont atteint leur plus bas niveau en 14 mois, autour de 2,6%. En revanche, une obligation gouvernementale à 10 ans rapporte près de 9% au Brésil, 7,6% en Indonésie ou 14% au Nigéria. Le problème est que ces rendements élevés sont payés en monnaie locale. Calculé en dollars, le rendement a été négatif l’année dernière. Les fonds obligataires négociés en devises locales ont perdu environ 7% en 2018, mais 2019 pourrait être une autre histoire. Le dollar est au plus haut depuis 17 ans, pondéré en fonction des échanges. Dans la plupart des cas, les devises des marchés émergents semblent sous-évaluées »

 

Les actions des marchés émergents ont été impactéespar d’importantes sorties de capitaux en 2018. Ces sorties pourraient maintenant être sur le point de s’inverser. Un accord entre les États-Unis et la Chine visant à mettre fin à la guerre tarifaire aidera, tandis que la stabilisation probable de l’économie chinoise stimulera le moral des investisseurs. Ces facteurs, associés à des évaluations attrayantes, devraient être suffisants pour entraîner une hausse des actions des marchés émergents dans les mois à venir. La mise en garde est que les actions chinoises et les marchés étroitement situés dans son orbite économique connaîtront l’essentiel de la hausse. La Corée du Sud et Taiwan en bénéficieront le plus.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Auteur: Jean-Jacques Netter

Jean Jacques Netter est diplômé de l’École Supérieure de Commerce de Bordeaux, titulaire d’une licence en droit de l’Université de Paris X. Il a été successivement fondé de pouvoir à la charge Sellier, puis associé chez Nivard Flornoy, Agent de Change. En 1987, il est nommé Executive Director chez Shearson Lehman Brothers à Londres en charge des marchés européens et membre du directoire de Banque Shearson Lehman Brothers à Paris. Après avoir été directeur général associé du Groupe Revenu Français, et membre du directoire de Aerospace Media Publishing à Genève, il a créé en 1996 Concerto et Associés, société de conseil dans les domaines de le bourse et d’internet, puis SelectBourse, broker en ligne, dont il a assuré la présidence jusqu’à l’ absorption du CCF par le Groupe HSBC. Il a été ensuite Head of Strategy de la société de gestion Montpensier Finance.

3 Commentaires

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  • Paul J Chenevier

    18 avril 2019

    L’éloge (sincère) côtoie le regret: c’est savant, et formulé en langage d’initié: une formulation plus accessible au plus grand nombre serait précieuse, car on sent le sérieux de l’analyse et du commentaire.

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  • Bebas

    15 avril 2019

    Merci pour toutes ces indications et pour vos commentaires que j’apprecie regulierement.

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  • aurel

    6 avril 2019

    Bonjour, que pensez vous de l’intérêt de plus en plus évident des GAFA pour les crypto monnaies ?
    N’est ce pas avec l’arrivée d’acteur très sérieux extra étatiques sur les crypto monnaies le début de la fin des politiques expansionnistes des banques centrales ? et finalement une solution moderne et efficace pour se débarrasser de l’Euro ?

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