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Charles Gave

En route vers 2022.

Cette chronique sera la dernière de 2021 puisque nous arrivons dans ce qu’il est convenu d’appeler la « trêve des confiseurs » pendant laquelle il est de bon ton de ne rien faire et j’entends ne pas me dérober devant cette tradition.

Avant tout, je profite de cette occasion pour souhaiter à tous les lecteurs une bonne et heureuse année.

Je peux les assurer en tout cas que l’IDL et l’IDL Media continueront à les informer du mieux qu’ils le pourront.

Je souhaite aussi, comme tous les Français, que notre pays retrouve en 2022 l’espoir et le bonheur de vivre qui va avec.

Venons-en à l’article du jour qui , une fois de plus, va concerner l’Euro, cette machine infernale qui a foutu en l’air non seulement notre pays mais aussi l’Europe de la diversité que j’aimais.

Dans ce papier, je voudrais avouer mon ignorance : je ne vois pas comment nous pourrions avoir une solution heureuse aux problèmes économiques qui nous assaillent tant les déséquilibres depuis 2012 ont explosé.

Pourquoi 2012 ?

En été 2012, Monsieur Draghi, alors gouverneur de la BCE, annonce qu’il fera tout ce qui sera nécessaire pour assurer la survie de l’Euro (Whatever it takes). Dix ans après, nous comprenons ce que cette phrase voulait dire et c’est ce que montre mon premier graphique.

 

En termes simple, le bilan de la BCE a vu sa taille multipliée par quatre en 10 ans, la banque centrale créant « ex nihilo » 4500 milliards d’euro en 10 ans. Faire tout ce qui sera nécessaire voulait donc dire imprimer de l’argent, c’est-à-dire suivre une politique inflationniste. Et comme le disait Milton Friedmann, l’inflation est toujours et partout un phénomène monétaire qui agit cependant avec des délais variables. Et donc l’inflation commence vraiment à faire rage en Europe, même si cela a pris du temps.

 

Et bien sûr, la question suivante est : mais qu’est qu’ils ont fait de tout cet argent ? La réponse est simple : ils ont acheté les marchés obligataires de la zone euro, dont la capitalisation boursière avoisinait les 20 trillions, ce qui revient à dire qu’aujourd’hui plus du quart du stock d’obligations émises par les états européens est détenu par la BCE et que ces achats avec de l’argent qui n’existait pas ont fait écrouler d’abord les taux nominaux, qui sont négatifs pour les obligations allemandes, puis les taux réels sur les obligations d’état partout dans la zone euro. Et le plus étonnant est que l’achat d’obligations d’états par la BCE était formellement interdit par les traités, ce dont tout le monde à l’évidence se contrefout.

 

 

 

 

 

L’ennui est que les fonds de pension du nord de l’Europe sont investis massivement dans les obligations longues de leurs gouvernements, qui viennent de baisser en pouvoir d’achat de plus de 10 % depuis cinq ans, et que donc, le niveau de vie des retraités va s’écrouler sous le triple effet d’une hausse de l’inflation, d’une baisse des paiements et d’une baisse du taux de change de l’euro.

Et donc, quelque part dans les deux ans qui viennent, il va y avoir une révolte des pays du nord contre les pays du sud dont les états sont les seuls à bénéficier de cette politique des taux anormalement bas. Pour simplifier, je dirai que la politique de la BCE revient à transférer du pouvoir d’achat du retraité allemand pour permettre aux états Français ou Italien de ne pas se réformer.  Ce qui équivaut à augmenter les impôts sur les Allemands pour ne pas avoir à les augmenter sur les Français ou les Italiens, et cela aussi était formellement interdit par les traités.

Mais nous sommes en train d’arriver au moment de vérité puisque l’inflation a bien l’air d’accélérer en Europe et la BCE va devoir choisir :

  • Ou bien elle continue la politique actuelle, monétisant les deficits des pays de l’Europe du Sud, et l’inflation continuera à monter et l’euro a baisser, ce qui rendra la vie des retraités du nord de l’Europe de plus en plus difficile.
  • Ou bien elle cesse de financer les deficits budgétaires du Sud de l’Europe et la France, qui est le seul des grands pays à avoir à la foisun déficit budgétaire primaire et un deficits des comptes courants, voit ces deficits exploser à la hausse et doit sortir de l’euro qui du coup disparait. Comme le graphique ci-dessous le montre, depuis l’arrivée de l’euro, la France ne cesse de s’enfoncer lentement certes, mais surement. En 2022, il faudra non seulement financer plus de 11 % du PIB français sur les marchés, à un prix de marché si la BCE refuse de monétiser nos deficits, mais en plus refinancer la dette ancienne venant à échéance et dont les montants varient d’année en année mais sont de plus en plus considérables. A la louche, je dirai que la France va devoir refinancer environ 14 % de son PIB sur les marchés l’année prochaine, et que cela ne passera pas, sauf si la BCE achète la dette française en créant de la monnaie à nouveau, mais dans ce cas nous nous retrouverions dans le scénario numéro un, ce que les pays du Nord risquent de refuser …

 

 

 

 

Conclusion

Le reste du monde et le reste de la zone Euro n’ont pas comme objectif premier d’entretenir les Français dans une oisiveté de bon aloi.

Tant que l’inflation ne se montrait pas, que le taux de change ne s’effondrait pas et que les marchés obligataires se tenaient, les puissances extérieures continuaient à nous faire crédit et faisaient semblant de ne pas voir nos erreurs, qui après tout ne leur coutaient pas grand-chose.

Avec l’inflation qui grimpe, les taux réels qui baissent et la monnaie qui décroche, il est difficile de prétendre ne pas voir.

Que va-t-il se passer en 2022 ?

Je n’en ai aucune idée, mais nous semblons être en train d’arriver dans une vraie impasse, sauf si l’inflation venait à chuter miraculeusement.

Des décisions douloureuses devront être prises bientôt et, soit le gouvernement français les prendra, soit elles devront être prises par quelqu’un d’autre et nous aurons alors vraiment perdu alors toute Souveraineté.

Et si le coup partait avant les élections présidentielles ou législatives en France et pendant la Présidence Française de l’Union européenne, voilà qui pourrait passablement brouiller les cartes d’une consultation électorale qui s’annonce de toutes façons comme la plus importante depuis bien longtemps.

Une chose de sure : les années qui viennent en général et 2022 en particulier vont être intéressantes, au sens de la malédiction Chinoise : « Puissiez vous vivre dans des temps intéressants ».