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Charles Gave

Défense et illustration de l’épargne.

Quand Dieu nous a viré du Paradis, c’est à dire quand une femelle primate découvrit qu’elle était mortelle, Il dit: « Vous gagnerez votre pain à la sueur de votre front.’’

Ça, c’est la version officielle.

La version réelle est qu’Eve, se rendant compte qu’elle était mortelle, décida de mettre Adam au boulot et lui raconta des calembredaines pour faire passer la pilule.

Car, pour avoir « notre pain de ce jour », il faut auparavant avoir mis des semences en réserve,  puis en terre en automne, attendre tout l’hiver en bouffant les réserves mises de côté, récolter en été , et mettre en réserve pour semer à nouveau en automne et avoir de quoi survivre pendant l’hiver suivant.

Et trembler de trouille toute l’année en craignant que la météo soit dégueulasse deux années de suite.

Et ainsi de suite.

Ce qui veut dire que la conscience que nous sommes mortels implique la nécessité d’épargner pour retarder le plus possible cette échéance.

Et toute les expériences historiques montrent que les sociétés ou les gens ont vécu le plus heureux, le mieux et le plus longtemps ont été celles qui, épargnant le plus, fonctionnaient selon l’ordre juridique codifié par Locke : vote des impôts par la population, droit de propriété, justice rendue par des jury populaires  (voir mon article à ce sujet sur le site).

Essayons d’aller un peu plus loin.

Pour la plupart des gens, l’épargne est ce qu’ils ont mis de côté pour leurs vieux jours à la poste ou dans une assurance vie.

Et donc il s’agit d’une épargne monétaire.

Mais la vraie question est : comment cette épargne monétaire devrait-elle être utilisée, et par qui ?

La réponse à cette question est simple.

Je m’explique.

Prenons la construction d’une centrale nucléaire qui durera cinq ans.

Pendant ces années, des milliers de personnes vont y travailler, consommer leurs revenus, prendre des vacances et que sais-je encore, alors que pendant cinq longues années ils ne vont rien produire.

Car, pendant ces cinq années, cette centrale nucléaire en construction ne produira rien.

Ensuite, elle produira pendant une cinquantaine d’années, une énergie pilotable, fiable et à coût fixe.

Que s’est-il passé ? Pendant cinq ans, une partie de l’épargne nationale monétaire nationale a couvert tous les frais de la construction de la centrale. Mais une fois terminée,  cette centrale va permettre à tous ceux qui produisent des biens immédiatement rentables de bénéficier de ce que les économistes appellent « un approfondissement capitalistique », ce qui signifie simplement que chaque travailleur verra le stock de capital dont il dispose augmenter, ce qui fera monter sa productivité et donc son niveau de vie.

Investir son épargne, c’est préparer un futur meilleur pour tout le monde.

Pour que l’économie fonctionne à son optimum, il faut donc ne pas entraver la création du capital monétaire qui doit se transformer ensuite en capital productif. et bien entendu, il ne faut pas gêner non plus cette deuxième transformation

  1. Pour cela, il faut en premier que les taux d’intérêts soient déterminés par le marché pour que l’offre d’épargne soit égale à la demande d’épargne (Voir les papiers sur ce site faisant référence à Wicksell).
  2. Dans cet esprit, les taux d’intérêts très bas sont une monstruosité puisqu’ils vont amener à une baisse de l’offre d’épargne, et donc à une baisse de la création de capital nouveau et à une augmentation de la demande spéculative, immobilier existant par exemple, qui fera monter les prix de l’immobilier mais ne rajoute pas un mètre carré à l’offre de logements. Les riches, qui peuvent emprunter, deviennent plus riches tandis que les pauvres deviennent plus pauvres, ce qui n’est pas acceptable et ne se termine jamais bien.
  3. Ne pas manipuler le taux de change qui sert à mesurer la façon dont chaque nation fait croître son stock de capital productif au travers du temps (les plus compétents sont sans doute les Suisses). J’ai suffisamment écrit sur l’imbécillité foudroyante qu’était l’euro pour ne pas avoir à y revenir. L’euro a bloqué le taux de change entre des pays qui n’avaient pas la même capacité à créer du capital nouveau pour ne pas avoir à y revenir.
  4. Ne pas intervenir dans le système des prix avec des âneries du style bouclier fiscal qui ne sont qu’une forme déguisée de contrôles des prix, qui, partout et toujours ont amené à une destruction du capital existant (les entreprises qui ne peuvent augmenter leurs prix font faillite. C’est ce qui est arrivé à EDF et tout le monde en est plus pauvre).
  5. Empêcher l’Etat de siphonner l’épargne monétaire pour transférer de l’argent de ceux qui veulent bien travailler et épargner à ceux qui ne veulent ni travailler ni épargner alors qu’ils en seraient parfaitement capables. Le lecteur de l’IDL n’a sans doute pas besoin que je m’étende plus avant sur ce point.
  6. Empêcher l’Etat (à nouveau) de préempter l’épargne nationale pour embaucher des fonctionnaires qui seront tout autant payés que ceux qui ont bâti la centrale nucléaire sans que jamais la moindre centrale ne soit livrée. L’embauche de fonctionnaires, si elle est nécessaire, doit être financée par les impôts et en aucun cas par la dette qui n’est qu’une façon par l’État de détourner l’épargne nationale à son profit.
  7. En termes simples, tout alourdissement du poids de l’Etat dans l’économie, le résultat inéluctable de l’embauche de plus de fonctionnaires, veut simplement dire qu’une part de plus en plus importante de l’épargne nationale va être consommée à la place d’être investie et donc que le stock de capital ne va pas augmenter, ce qui amènera à terme à un appauvrissement général et à une baisse du niveau de vie, y compris de ceux qui ont épargné, ce qui est apparemment  fort injuste, mais pas tant que ça lorsque l’on voit la façon dont ils votent.
  8. Ne jamais confier du capital à une entité qui ne pourra pas faire faillite. Il y a des gens qui peuvent faire croître le stock de capital qui leur a été confié. Il y a des gens qui s’y essayent, mais qui perdent tout ce qu’ils veulent. La faillite est donc la solution juridique qui été trouvée pour que les mauvais ou les malchanceux n’aient plus accès au capital. Utiliser du capital, c’est accepter de jouer dans un monde Darwinien. Confier du capital a un dinosaure après la chute de la comète est une idée stupide et le restera jusqu’à la fin des temps.  Et bien entendu, le pire destructeur de capital a toujours été l’État.
  9. Etcétéra …

Le lecteur aura compris où je veux en venir.

Dans n’importe quelle économie, nous avons deux facteurs de production, le capital et le travail qui sont tous les deux rares.

Si l’on veut que l’économie croisse à son optimum, il faut que ‘’ quelqu’un ’’ mélange capital et travail, pour qu’à la fin il y ait plus de capital qu’au début, et pour que le niveau de vie des travailleurs ait monté, alors même qu’ils travaillent moins.

Ce qui paraît être impossible logiquement pour les Marxistes qui pensent que le gâteau a une taille fixe.

Et pourtant, depuis la révolution Lockéenne à la fin du XVII siècle, c’est à ce miracle que nous assistons. Et ce miracle est dû à un ensemble d’individus, les entrepreneurs, dont j’ai souvent dit qu’ils avaient reçu le don divin de créer quelque chose à partir de rien (un peu comme certains artistes).

Donc, seuls les entrepreneurs devraient avoir accès au capital.

Mais, même si on prenait cette décision, encore faut-il trouver une méthode rationnelle pour les sélectionner.

Et cette méthode existe : Tous ceux qui ont envie d’essayer se foutent à l’eau et le capital est confié après quelque temps à ceux ou celles qui ne se sont pas noyés.

Résumons-nous.

  • De l’épargne d’aujourd’hui dépend notre niveau de vie de demain.
  • Encore faut il que cette épargne ne soit pas confiée à des gens qui la détruiront avec beaucoup de compétence (les technocrates, les politiques), mais au contraire à des gens qui, comme les bons serviteurs dans la parabole des talents, rendront plus de talents qu’ils n’en ont reçus au moment de rendre des comptes.
  • Ce qui veut dire qu’à l’épargne nouvelle générée par les bonnes petites fourmis françaises, il faut ajouter les profits faits par les entrepreneurs.

Et donc le stock d’épargne à réinvestir chaque année est égale à l’épargne générée par les ménages à laquelle il faut ajouter les profits faits par les entrepreneurs.    

Armé de cette toute nouvelle connaissance, je vais maintenant m’essayer à décrire un système économique qui aurait comme but de faire croître cet agrégat le plus harmonieusement possible pour s’assurer que la croissance des revenus des plus défavorisés sera la meilleure.

Commençons par une position de principe : Tout impôt sur cet agrégat (le stock d’épargne) ou sur les revenus de cet agrégat, amène à une réduction de sa croissance puisque les sommes à réinvestir seront plus faibles après impôts qu’avant impôts.

Il est à l’évidence complètement idiot de taxer le capital en train de se constituer et tout aussi idiot de taxer le capital déjà constitué. Et donc les impôts sur le capital (du style droits de succession), sur le revenus du capital (du style impôts sur les profits des sociétés) ne devraient pas exister puisque la constitution de ce capital s’est déjà produite après impôt.

Ce qui veut dire que les deux seules choses qui doivent être taxées sont le revenu et la consommation.

Mais cette constatation toute simple a de nombreuses conséquences.

Dans un monde logique, les sociétés ne devraient pas payer d’impôts, les impôts étant payés par les actionnaires quand les dividendes apparaissent dans leurs comptes.

  • Voilà qui amènerait à une diminution considérable des problèmes liés à l’endettement des sociétés. Beaucoup de sociétés s’endettent en effet parce qu’elles peuvent déduire les intérêts sur les prêts qu’elles ont dans leur bilan, alors qu’elles ne peuvent pas déduire les dividendes. Si les sociétés ne payent pas d’impôt, cet avantage concurrentiel lié à la dette disparaît et du coup, le financement des investissements se fait par les fonds propres, ce qui rend l’économie beaucoup moins fragile.
  • Autre avantage, les sociétés de capital risque ne peuvent plus se servir de leur capacité à lever de la dette pour acheter des vraies sociétés et les piller tranquillement en surchargeant leur bilan de dettes qu’elles ne pourront jamais rembourser.
  • De même, imaginons que j’ai mis une partie de mon capital dans une société qui dépose le bilan, dans ce cas, je déduis ma perte cette année-là de mes revenus et voilà tout.
  • Imaginons que les actionnaires d’une société décident pour ne pas payer d’impôt de ne jamais payer de dividendes et d’accumuler du cash, ou des participations achetées avec le cash sans jamais payer d’impôts. La solution à ce problème est toute simple : tous les profits qui ne sont pas distribués en dividendes seront automatiquement taxés au taux moyen d’imposition sur le revenu et voilà qui empêchera toute tentation auprès d’actionnaires majoritaires qui voudraient spolier des minoritaires.

Dans ce monde logique, les dividendes seraient payés aux actionnaires et tout simplement taxés à ce moment-là au même taux que tous les autres revenus, pour tout le monde.

Ce qui implique que quel que soit le niveau de revenu de chacun, il paiera un pourcentage fixe de ses revenus à l’état et ce pourcentage sera le même pour tout le monde (Flat Tax) et il n’y aura pas de différence entre revenus du capital et revenus du travail.

Quelqu’un qui gagnerait dix fois plus que moi paiera dix fois plus que moi en impôts et non pas quarante fois ou cent fois plus.

Le but de l’impôt est de contribuer efficacement à couvrir les dépenses de l’état et non pas de punir ceux qui ont bien investi leurs talents.

Et l’autre source de revenus pour l’État sera la TVA sur la consommation. Plus je consomme, plus je paie d’impôts. Plus j’épargne, moins je paie d’impôts. Et je fais cela librement.

Si on met l’impôt sur le revenu à 30 pour cent et la TVA à 20 pour cent, cela devrait être largement suffisant pour couvrir les besoins du minotaure,

Dans cet esprit sera interdit constitutionnellement tout déficit budgétaire, toute subvention à quelque activité que ce soit, aussi louable soit elle, toute pénalité que l’on mettrait sur une activité ou sur une autre, tout financement du système politique ou syndical par l’État.

En ce qui concerne la monnaie, elle ne peut qu’être nationale et sa gestion sera confiée à un ordinateur qui fera croître la base monétaire de 3 pour cent par an. Son taux de change variera librement.

La banque de France sera fermée et ses réserves de change et d’or transférées à une fonds d’investissement souverain dont les Français seront actionnaires.

Les grandes banques seront démantelées en une dizaine de banques chacune et ne pourront avoir de représentation que régionales.

La distinction entre banques d’affaires et banques de dépôts sera rétablie.

Les banques auront interdiction d’acheter des obligations d’état.

Et si tout cela se passait, plus personne mais vraiment plus personne ne parlera de la dette de l’État.

Au contraire, tout le monde en voudra, tant les taux d’intérêts baisseront alors même que le taux de change montera.

Bien entendu, rien de tout cela ne se fera. Mais on peut toujours rêver et imaginer ce que serait notre pays s’il cessait d’être gérée par des gens qui savent mieux que nous ce dont nous avons besoin.

C’est ce que disait déjà Bastiat il y a près de deux siècles :

Mais si vous arrangez votre système financier de telle sorte que toute propriété soit confisquée à mesure de sa formation, alors, nul n’étant intéressé ni au travail ni à l’épargne, le capital ne se formera pas ; il décroîtra avec rapidité, si même il ne déserte pas subitement à l’étranger ; et, alors, que deviendra le sort de cette classe même que vous aurez voulu soulager ?

Il m’a fallu quatre pages, là où il lui a fallu quatre lignes.

J’ai honte.