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La stratégie des banques centrales est devenue le seul sujet qui compte. Les investisseurs et le monde politique se retrouvent quasi unanimement pour considérer que l’économie réelle est devenue quelque chose de secondaire qui ne mérite pas que l’on perde tu temps à l’analyser.

La BCE s’apprête à relancer l’inflation nous dit on. Pour prendre les bonnes décisions il faudrait commencer par reconnaître que nous sommes en déflation pour un ensemble de raisons : baisse du pétrole et des matières premières, mondialisation qui tire les prix et les salaires vers le bas et surtout insuffisance de la demande due, surtout en France à une pression fiscale excessive…

Aujourd’hui la hausse de la consommation ne tire plus les prix vers le haut comme autrefois. Le chômage a fait une nouvelle envolée en octobre, c’est le seul pays en Europe dans lequel cela se produit. Rappelons que L’ISF qui est probablement un des impôts les plus stupides de la République, après l’impôt sur les portes et fenêtres, bat des records en 2015 avec 5,4Md€ de revenus pour l’Etat. Tout cet argent aurait du irriguer le secteur privé pour réaliser des investissements qui seront les emplois de demain. Le résultat est que la croissance en France n’est bien évidemment pas assez forte pour créer des emplois.

En Allemagne en revanche, L’indice PMI composite est en hausse grâce au secteur des services. La confiance des milieux d’affaires est en hausse grâce à la demande interne.

 

La bataille entre les agriculteurs et la grande distribution fait rage

La lecture de la rubrique hebdomadaire « Marchés Agricoles » de Ouest France est à cet égard tout à fait intéressante. Pour le porc breton les prix ont baissé de plus de 15% à la réouverture du marché au cadran de Plérin. Malgré cet ajustement à la baisse des cours, la compétitivité reste inférieure à celle des tarifs allemands et espagnols. Pour les bovins de boucherie les ventes sont catastrophiques. Ce qui est en partie le résultat d’émissions de télévision à charge contre la consommation de viande. De nombreux veaux ne trouvent pas preneurs même à des prix très en retrait…

Pendant ce temps la guerre des prix continue dans les hypermarchés. Les alliances se multiplient pour faire pression sur toute la filière agro alimentaire pour acheter encore moins cher les productions des agriculteurs de base. Parallèlement les patrons des grands groupes de distribution sont régulièrement convoqués à Bercy pour s’entendre dire que leurs prix sont trop élevés…

Frédéric Bastiat (1801- 1850), économiste basque et pamphlétaire libéral français, élu député des Landes en 1848, a très bien décrit ce phénomène. Les producteurs se liguent pour fausser la concurrence, mais ils ont besoin de l’arme de l’Etat pour y réussir durablement. Les « marchands de chandelle » démontrent aux députés qu’il faut fermer toutes les ouvertures par lesquelles le soleil pénètre dans la maison : il en va de « l’intérêt général ». L’Etat est donc soumis à la pression permanente de ses clientèles, car les hommes politiques cherchent avant tout leur élection. Ils promettent tout et son contraire, ils prennent aux uns pour donner aux autres : « L’Etat est cette grande fiction sociale à travers laquelle tout le monde croit vivre aux dépens des autres ». Bastiat a très bien analysé l’alliance naturelle entre producteurs et politiques, au détriment des consommateurs.

 

Aux Etats Unis l’indicateur avancé de la récession est en territoire négatif depuis l’été.

Le PIB du troisième trimestre a été révisé en hausse mais le niveau des stocks est important tout comme le PMI manufacturier du mois de novembre car la hausse du dollar pèse sur les exportations. Le niveau des résultats des sociétés est en recul de -2,2% sur un an alors que la pression à la hausse sur les salaires est un peu plus forte. La confiance s’inscrit aussi en baisse. C’est préoccupant car c’est actuellement le seul levier de croissance.

Dans un environnement particulièrement volatil des marchés il faut redire que les obligations américaines sont toujours attractives pour protéger un portefeuille

Le Robot-Advisor est un véritable tsunami pour les banques et les sociétés de gestion

 

Parmi les ruptures importantes qui vont affecter des pans entiers de l’industrie et des services figure le Robot Advising. Il propose une alternative transparente et efficace au traditionnel conseil en gestion de portefeuille pratiqué par les banques et les sociétés de gestion. C’est un secteur qui va connaître les mêmes ruptures que celles que l’on a enregistré dans l’immobilier, le recrutement, la fiscalité et la santé.

 

Aux Etats Unis, le numéro 1 est Nutmeg a déjà 35 000 clients depuis son lancement en janvier 2013. La société a levé 50 M$ auprès d’investisseurs pour son développement. Les autres acteurs ont pratiquement tous soit des accords soit ont été rachetés par de grandes sociétés de gestion. Betterment et LearnVest ont conclu un partenariat avec Fidelity), Future Advisor a été racheté par Blackrock). Seul Wealthfront est encore indépendant.

En Grande Bretagne le Robot-advising est considéré comme une véritable onde de choc dans l’industrie de la gestion. Nutmeg a attiré Schroders qui a investi 32M$ dans la société. Parmenion Capital a dans son capital Aberdeen AM.

A Hong Kong, on trouve 888 Securities qui est une société qui propose à ses clients une allocation de leur portefeuille réalisée à partir de Morningstar pour une commission de 0,8% des actifs gérés.

La France est en retard sur ce mouvement. France Advize est une société fondée par Nicolas Marchandise. Elle est sponsorisée par Fintech, le pôle Finance Innovation présidé par Jean Hervé Lorenzi.

 

Auteur: Jean-Jacques Netter

Jean Jacques Netter est diplômé de l’École Supérieure de Commerce de Bordeaux, titulaire d’une licence en droit de l’Université de Paris X. Il a été successivement fondé de pouvoir à la charge Sellier, puis associé chez Nivard Flornoy, Agent de Change. En 1987, il est nommé Executive Director chez Shearson Lehman Brothers à Londres en charge des marchés européens et membre du directoire de Banque Shearson Lehman Brothers à Paris. Après avoir été directeur général associé du Groupe Revenu Français, et membre du directoire de Aerospace Media Publishing à Genève, il a créé en 1996 Concerto et Associés, société de conseil dans les domaines de le bourse et d’internet, puis SelectBourse, broker en ligne, dont il a assuré la présidence jusqu’à l’ absorption du CCF par le Groupe HSBC. Il a été ensuite Head of Strategy de la société de gestion Montpensier Finance.

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3 Commentaires

  1. Cher Monsieur Netter,

    Si vous me le permettez, malheureusement je trouve ce mépris tout à fait naturel, notamment de la part de la classe politique française. Une grande leçon marxiste consiste à distinguer la phraséologie de la réalité des intérêts qui motivent le discours. Or, en l’occurrence, la classe politique française feint de ne rien comprendre à l’économie, de subir l’appétit vorace des grandes entreprises et des grandes banques, mais en réalité elle est présente dans tous les conseils d’administration des ces boîtes et donc participe activement à la prise de décision. Voilà pourquoi un tel mépris pour l’industrie et l’agriculture qui, s’ils ne sont pas plus réelles que le reste de l’économie, en sont le soutien essentiel. De la moralité en politique, ils n’en ont cure! Mais comme je plains leur insignifiance, elle n’a pas même le goût du scandale!

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  2. N’oubliez pas Yomoni en France !

    Répondre
  3. Parmi les ruptures importantes qui vont affecter des pans entiers de l’industrie et des services figure le Robot Advising. Il propose une alternative transparente et efficace au traditionnel conseil en gestion de portefeuille pratiqué par les banques et les sociétés de gestion.

    => Vous allez vous faire uberiser ?

    “Aux Etats Unis, le numéro 1 est Nutmeg a déjà 35 000 clients depuis son lancement en janvier 2013 …”

    => “Les bourgeois sont si cupides qu’ils nous vendront la corde avec laquelle nous les pendrons”

    Lénine

    Malgré toutes les données sotckées et même retraitées, je vois mal comment cela peut aider à prendre en compte le futur, du moins avec une intelligence artificielle.

    Monsieur, votre métier a déjà perdu une grande part de son utilité parce que le facteur moteur des marchés est la liquidité injectée par les banques centrales. Est-ce que Draghi va remettre une bûche dans la cheminée ? Est-ce que Yellen va resserrer sa politique monétaire ?

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Commentaire

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