FavoriteLoadingAjouter aux favoris

image_pdf

 

Au-delà des déclarations tonitruantes de tel ou telle, essayons de clarifier la situation et de prévoir ce qui pourrait se passer à partir de Février 2016 – premier Caucus républicain en Iowa le 1er Février, suivi rapidement de primaires dans d’autres Etats, avec émergence d’un candidat républicain et consécration éventuelle d’Hillary Clinton chez les démocrates, ratification par les conventions de l’été 2016, puis 3 mois de campagne intense avant le choix début Novembre.

Quelques remarques :

  • L’argent coule à flot, Jeb Bush et Hillary Clinton sont en contrôle de sommes très importantes, et pourtant l’un et l’autre peinent , Hillary en déclin dans les sondages pour son défaut d’éthique, Jeb loin derrière les candidats républicains non politiciens, Trump, Carson , Fiorina..
  • Les sondages sont à prendre avec grande prudence, souvent les « leaders » au début du processus de sélection ne tiennent pas dans la durée, dépensent trop, font des déclarations inopportunes et offensent tel ou tel électorat, ou bien un élément contestable de leur passé est mis en lumière et affecte leur crédibilité et donc à terme leur potentiel électoral.
  • Les non professionnels dominent le camp républicain, reflétant une exaspération d’une partie de l’opinion conservatrice face au blocage institutionnel à Washington.

 

Je reste pourtant personnellement convaincu qu’aucun des trois ne sera finalement investi par le parti républicain car foncièrement, aucun d’eux ne saurait être susceptible de remporter l’élection présidentielle. Or, le GOP doit gagner en 2016 sous peine de devenir un PARTI D’OPPOSITION MINORITAIRE, CAR DOMINANT DANS UNE SEULE catégorie, les hommes caucasiens de plus de 50 ans.

Pour gagner en 2016, sans un support plus affirmé de l’électorat féminin, des électeurs plus jeunes, des minorités notamment hispanique et asiatique, selon les observateurs, le candidat républicain devrait obtenir près de 64% de l’électorat homme blanc, alors que GW Bush a été réélu en 2004 avec environ 58%. Mc Cain en 2008 et Romney en 2012 ont perdu face à Obama, alors qu’ils avaient obtenu un pourcentage supérieur à celui de Bush sur ce segment convoité.

Ceci démontre bien le déclin relatif de cet électorat, et l’impérieuse nécessité pour les républicains d’élargir leur base électorale, vers les minorités asiatiques, hispaniques, africaines américaines, et vers les jeunes ainsi que les femmes.

Trump, par ses déclarations xénophobes, son plan absurde de rapatriement forcé de tous les immigrants illégaux, n’aura jamais le vote hispanique, en tout cas, jamais à hauteur  de plus de 20%, pour égaler les chiffres atteints par Romney en 2012.

Carson est aussi excessif, et encore plus approximatif dans les solutions à mettre en œuvre.

Carly Fiorina souffre de son passe controversé à la tète de Lucent, et HP, ainsi que de sa désastreuse campagne sénatoriale en Californie en 2012.

 

Les candidats politiciens professionnels sont tous affectés par le syndrome anti Washington, qu’ils soient gouverneurs en exercice, – Cristie dans le New Jersey, Kasich en Ohio – Etat essentiel avec la Floride pour assurer le nombre minimum de grands électeurs –,souvenez-vous de 2000 Al Gore GW Bush, et les semaines de recomptage des bulletins,- Jindal à la Nouvelle Orleans, ou bien anciens gouverneurs, tels Jeb Bush et Huckabee, tous affichent une position anti système.

C’est aussi le cas des 3 trois sénateurs en cours de premier mandat, Marco Rubio, Floride, Cruz, Texas, et Rand Paul, Kentucky.Pourtant tous à des degrés divers font partie de ce cadre institutionnel qu’il est de bon ton de rejeter.

C’est clairement le cas de Bush, pur produit d’une famille de patriciens du Nord Est qui depuis 3 générations  dominent le jeu politique du camp républicain.

Kasich également, bien qu’il se définisse comme « working class » a passé 20 ans au Congrès, travaille pour Lehman comme « ouvreur de portes, et exerce son deuxième mandat de gouverneur de l’Ohio. Lorsque je l’ai rencontré en très petit comité la semaine dernière, il sortait d’un déjeuner chez Blackstone, un des premières firmes de « private  equity ». Et je vous livre sa recette pour être élu Président, « avoir une vision », jamais définie, être capable de traiter des tous sujets, même imprécis, et être de commerce agréable.Dans le texte. Ajoutez l’Ohio, avec peut être Rubio comme candidat à la vice-présidence, et vous gagnez la Floride.

Ceci devrait suffire à consolider, déclare-t-il, car la plupart des Etats sont solidement républicains – Texas et le Sud – ou démocrates, New York, Californie.

D’ou ce phénomène d’Etats dits « balance », de 5 à 7, qui font la différence et ont un poids politique prépondérant dans l’élection présidentielle, les délégués de l’Etat au collège électoral étant monocolores et désignés au scrutin majoritaire.

Kasich fait double emploi avec Bush, il a beaucoup moins de moyens, c’est le candidat alternatif de l’establishment .Très loin dans les sondages,  Il n’a de chance que si Jeb Bush continue à ne pas décoller dans sa campagne en dépit d’un montant de plus de 100 millions de $ procurés par les financiers traditionnels de son père et de son frère.

Il y aura un candidat de l’establishment qui se détachera au deuxième trimestre 2016, après les premières primaires et caucuses. Chris Cristie aurait pu concourir dans cette catégorie mais sa performance comme gouverneur, son style excessivement agressif et quelques affaires troubles de rétorsion sur des opposants politiques le disqualifient à mon sens.

Rubio, à certains égards est aussi un candidat à prétention « establishment, ses positions radicales très neo cons néanmoins peuvent jouer contre lui, ainsi que ses déclarations sur l’immigration, surtout pour le fils d’immigrants légaux originaires de Cuba. Egalement son statut de premier mandat non encore achevé. C’est avec Ted Cruz, le plus jeune candidat républicain. Ce dernier, brillant orateur, ancien magistrat du Texas, aussi élu en 2010, se positionne comme le candidat « évangéliste » par des positions violemment anti Mariage pour tous, et pro life..- anti avortement. Il cherche également avec un succès mitigé à  gagner sur Rand Paul, auprès de l’électorat libertarien.

Deux stratégies différentes, Cruz espère récupérer tout ou partie de l’électorat Trump /Carson, des voix libertariennes, et devenir le candidat anti establishment face à Bush ou Kasich.

Cette stratégie peut gagner, auquel cas il perdra à l’élection de Novembre compte tenu de ses positions radicales et du peu de sympathie dont il jouit dans le parti, au Congrés, et dans la classe politique du fait de sa personnalité.

Rand Paul, dont la campagne a eu des vicissitudes mais qui rebondit,  a des difficultés avec la base républicaine du fait de ses vues trop peu interventionnistes en politique étrangère. Pourtant, les thèses qu’il défend recueillent un accord majoritairement favorable chez les indépendants – qui représentent 35% de l’électorat général. En bre,f la stratégie de Rand Paul, et je participe activement à sa campagne nationale, est d’élargir la base du parti vers les minorités par des engagements non traditionnels sur la pénalisation des délits de drogue non violents, en faveur de « vouchers » et du choix scolaire, contre le tout emprisonnement, et pour une immigration certes contrôlée mais plus modulée, en limitant l’accès au système de protection sociale. Tous ces thèmes étant favorablement reçus par les minorités ethniques.

Sa tactique, utiliser les volontaires, notamment dans les universités, et faire voter les indépendants pour contrebalancer la base radicale républicaine.

A ce stade, tout est suffisamment ouvert et fluide pour voir l’ordre des candidats à la primaire susceptible de modifications profondes. Au second trimestre 2016, Bush Kasich, ou Cruz Rand Paul ?

Un mot enfin sur le coté démocrate, Hillary selon moi demeure le choix du parti en dépit de sa piètre campagne et de ses multiples affaires (cf conflits d’intérêt avec la fondation Clinton).

Seule une inculpation pourrait entrainer l’arrêt de sa campagne et un transfert de nomination sur le vice président,  Jo Biden, car le sénateur indépendant tendance socialiste du Vermont , Bernie Sanders, n’a aucune chance d’avoir l’investiture du parti.

 

Cette fois, les républicains peuvent gagner en 2016, s’ils sont encore défaits, ils ne pourront s’en prendre qu’à eux-mêmes.

A suivre.

 

 

Auteur: Jean-Claude Gruffat

Jean-Claude Gruffat est, depuis avril 2011, en charge des relations globales avec les filiales de grands groupes européens chez CITIGROUP à New-York. Citigroup où il fût pendant 10 ans au préalable en charge de la gestion corporate and investment banking des équipes en France, en Belgique et au Luxembourg. De 2008 à 2011, il fut président de la chambre de Commerce Américaine. Il est Gouverneur de l'American Hospital à Paris Jean-Claude Gruffat est titulaire d'un doctorat d'Etat en Droit Public ainsi que d' une Maitrise de Science Politique de l’Université de Lyon. Il a également suivi en 1987 le Stanford Executive Program, GSB, Stanford University, Californie.

Partager sur

6 Commentaires

  1. Un point de vue tout ce qu’il y a de plus Beltway-proof sur l’élection présidentielle.

    Ils sont drôlement confiants, les consultants pommadés de la Beltway, sur la capacité de l’électeur américain moyen à rentrer sagement dans le rang après avoir suffisamment témoigné son mécontentement pendant l’été qui précède.

    Nous verrons.

    J’ai la sensation qu’il n’est quand même pas très satisfait, l’électeur américain moyen, et que ça doit pas mal le chatouiller, d’envoyer Jeb Bush et Hillary Clinton se faire voir.

    D’ailleurs, il aurait déjà dû commencer à trotter gentiment vers l’étable, à moins de quatre mois de l’Iowa, mais bizarrement, Bush plafonne toujours à 4% au national pendant qu’Hillary est donnée perdante à Des Moines contre n’importe quel candidat républicain – malgré le fait que les deux ont commencé à inonder les ondes de cet Etat de spots publicitaires. Les prochaines semaines vont être intéressantes.

    Et vous auriez tort de sous-estimer le nombre de Républicains qui n’ont aucun problème avec l’idée que le GOP soit durablement relégué dans la situation d’un parti républicain, dans la mesure où cela ne menacerait guère leurs propres strapontins.

    Répondre
  2. Bonjour,

    Je ne connais pas aussi bien la situation US que celle de l’Europe, mais j’ai quand même l’impression d’une baisse de niveau de la classe politique et que les candidats ont de moins en moins de personnalité à l’exception d’un Donald Trump qui en surjoue.

    Est-ce que là-bas aussi les talents s’orientent vers le privé et délaissent la politique ?

    Et aussi, bravo pour cette nouvelle interface graphique, autrement plus agréable que le wordpress précédent.

    Répondre
    • Je me joins à nolife pour dire combien la nouvelle présentation du site est très réussie.

      Le fait qu’un clown comme Trump domine les sondages démontre aussi aux USA combien la classe politique est décrédibilisée. Voilà qui n’augure rien de bon comme en France.

    • Merci beaucoup.

      Après pas mal de déboires, tout arrive….

      merci

    • Il y aurait moyen de récupérer les articles qui étaient sur le site lafaillitedeletat ?

  3. Si j’étais un parieur, je mettrais mon argent sur Marco Rubio. Rand Paul n’a aucune chance car il est trop « libertarien » au goût de la base Républicaine et parce qu’il est trop associé à son père.
    Rubio a de solides connaissances en politique étrangère. Il peut conquérir le vote hispanique, du fait même de son nom. Rappelons-nous que les noirs ont voté pour Obama parce qu’il était noir.
    Rubio s’exprime bien et ne dit pas trop d’âneries, comme un Trump ou un Carson. Peut-être que son côté trop lisse posera problème.
    Et qui finance sa campagne? Probablement, l’industrie. Mettra t’il un terme au crony capitalism qui ronge l’Amérique? Ça, c’est beaucoup moins sûr.
    Enfin, c’est toujours très difficile de faire des pronostics.

    Répondre

Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *