Denis Ettighoffer

9:00:41 2015.10.24
L’overdose numérique nous masque l’essentiel
10:09:56 2015.04.10
Que venons-nous faire dans cette pétaudière ukrainienne ? tchernozem » de l’Ukraine a toujours été considérée comme le grenier agricole de la Russie. Un commentateur affirmera un jour que c’était leur Alsace et Lorraine à eux, les russes. Les régions autour de la mer noire sont devenues un détonateur potentiel. L’évolution dangereuse de la situation en Ukraine n’est pas due à la seule volonté de Poutine. L’activisme délétère des américains ne semble rencontrer aucune résistance en Europe. Comme toujours, les européens de l’Ouest, désorganisés, incapables de se définir une politique commune en Europe de l’Est, laissent l’Otan, faux nez de l’activisme de la politique étrangère américaine, alimenter la hargne du patron du Kremlin contre l’encerclement imposé à son pays. Peu de lecteurs savent la réalité des manœuvres américaines sur place avec la complicité muette des européens : proximité de radars de surveillance de l’intérieur de la Russie, plateformes de tirs de missiles, bases aériennes américaines proches des frontières russes, surveillance de la navigation maritime à partir d’installations de surveillance installées en Géorgie, etc. Pour le Kremlin la présence des troupes de l’OTAN sur ses frontières justifie le branle-bas actuel et la politique de reconquête de certains des territoires de la grande Russie. Pour justifier son propre activisme, le pouvoir du Kremlin utilise une propagande incessante qui fait mijoter le peuple russe dans un fort ressentiment contre les américains accusés d’être à l’origine de la baisse du rouble, de l’appauvrissement des russes, alors qu’en réalité celui-ci est surtout dû à la diminution du prix du pétrole et à un détournement massif des actifs du pays. Cette propagande fait vivre un nationalisme quasi inconnu du temps des tsars. Un nationalisme dangereux qui enferme les russes dans le sentiment d’être assiégés par leurs voisins, dont il convient de se méfier. Une guerre froide qui pourrait ne pas le rester ! Ni Poutine, ni les russes ne sont des imbéciles, mais par moment, j’ai vraiment des doutes pour les autres. On peut s’interroger parfois sur ce qu’apprennent les responsables de la géopolitique dans les chancelleries européennes. Sur place, se développe une détestation féroce envers les américains et le suivisme de l’Europe. Le sentiment anti-américain de la zone a explosé dans tout le pourtour de la mer noire et en Russie, ramenant la région à l’époque la plus sombre de la guerre froide. Les populations de l’est européen ont le sentiment que l’Europe et les américains veulent leur faire, toujours et encore, payer le prix d’avoir été durant des décennies soumis au stalinisme. Les gens de l’Est, qui souhaitent prospérer à l’abri des visées hégémoniques des uns ou des autres, considèrent que le tropisme « anticommuniste » du Maccarthysme semble ne jamais pouvoir disparaître. Contrairement à une idée générale trop facilement admise d’un moujik inculte et manipulable à l’infini, le russe moyen est largement aussi éduqué qu’un européen et bien plus qu’un américain moyen. Il n’est pas dupe de Poutine qu’il considère comme un moindre mal pour résister à l’interventionnisme américain insidieux ou assumé qui a été à l’origine de millions de morts dans le monde au prétexte d’une lutte contre un ennemi dont on ne connaissait que la couleur : le « rouge » !   Face à la montée des tensions entre deux vieilles puissances qui montrent inutilement leurs muscles depuis des décennies, les diplomates les plus lucides tentent de calmer le jeu comprenant bien que jouer sur le ressentiment des peuples peut aboutir à un dérapage fatal pour la paix du monde. Aucun n’oublie que ce serait les terres européennes qui serviraient de ring. Pour l’immédiat, seul la Realpolitik de Madame Merkel montre qu’elle a compris le danger d’une raideur diplomatique et morale qui ne ferait qu’envenimer la situation. On peut regretter la présence d’un De Gaulle qui aurait tout fait pour faire basculer la Russie dans le camp européen fusse en marchant sur quelques pieds américains. Aujourd’hui il faudra faire avec le gouvernement allemand le mieux à même de guider l’Europe tout simplement parce que nos voisins allemands sont très certainement ceux qui connaissent le mieux nos voisins russes. Croisons les doigts.
8:31:11 2015.02.03
Les syndicats français seront-ils solubles dans une démocratie apaisée ?
4:16:23 2014.04.03
La parabole des Proxynautes et des Télénautes Baltimore, dans le Maryland, devenu récemment célèbre pour la greffe du visage et la mâchoire pratiquée par une de ses équipes. Les proxynautes ne cessent de récriminer sur les insuffisances de leurs écoles, de leurs centres de formation, du manque d'effectifs et de moyens. Leurs impôts augmentent régulièrement pour financer un nombre croissant d'intervenants et de types de formation. L'idée d'amortir les coûts de l'enseignement sur la base d'une assiette autre que locale est jugée hérétique par la tribu qui veut maîtriser tous les savoirs du monde. Pour ces derniers la formation comme la santé ne sont pas censées être mises dans le secteur marchand alors que, pour les télénautes, elle devient une source de devises qui intéresse un nombre croissant de postulants. La tribu des télénautes a fait le même constat. Elle a décidé de gagner des devises en fournissant des services de formation à distance et en exportant une partie des savoirs de ses meilleures écoles. Pour cela, les télénautes ont développé des plates-formes de formation coopérative associant des entreprises et des centres de formation organisés en réseaux. Ils proposent aux marchés distants des compétences spécialisées afin de gagner des devises, au grand bénéfice de leurs écoles, à l'exemple du Centre de Ploufragan en Bretagne pour aider au développement de l'élevage de porcs à l’étranger encore. Aux Etats-Unis, l’University of Phoenix est une des plus grandes universités privées au monde avec 250 campus et centres de télé-enseignement.  Le chiffre d’affaires de la formation y représente le quatrième poste des exportations avec plus de 7 milliards de dollars annuel. De même, les centres universitaires d’Australie, de Singapour multiplient la téléformation auprès de millions de jeunes qui continuent des études supérieures. Pour les télénautes, la formation n’est plus une prérogative des États, en entrant dans la sphère marchande, elle devient un acteur de la compétition internationale dans une économie des connaissances. Une démarche bien comprise par les télénautes qui ont fait de la formation et de la téléformation un atout de leur développement économique. Durant ce temps, les mêmes proxynautes toujours se plaignent du chômage dans leur village, des délocalisations. Ils ont peur et parlent de « la fin du travail ». Dans les rues leurs chômeurs manifestent afin de prendre un peu du travail du voisin, soit sous la forme de partage du travail, soit sous la forme de partage de la richesse créée par ceux qui travaillent. Leur tribu est une citadelle assiégée par les tribus du voisinage avec qui d'ailleurs ils réduisent leurs échanges au minimum par crainte de la concurrence. Ils parlent volontiers d'exception culturelle pour mieux dénier celle des autres. Les télénautes, de leur côté font des affaires en travaillant avec leurs voisins et télénautes avec qui ils multiplient la RD coopérative, le co-développement durable, la coproduction, la codistribution ou la co-commercialisation. Créant ainsi des courants d'affaires internationaux nouveaux, propices à nouvelles formes de création de richesses et d'emplois, les télénautes multiplient les contacts avec la planète entière pour proposer leurs services. Ce sont d'anciennes tribus de proxynautes qui ont compris que la solidarité et l'intelligence partagée relevaient d'une culture de l'échange pour mieux répartir la richesse créée avec d'autres tribus. Comme autrefois dans l’histoire des grands courants commerciaux chacun propose ce qu'il fait le mieux et le moins cher en se spécialisant si nécessaire avec d'autres partenaires télénautes. Ainsi, la société française Snecma et la société américaine Pratt & Whitney, associant leurs ressources et leurs savoir-faire ont développé ensemble un nouveau moteur qui est un succès mondial. La Snecma sera leader commercial pour l'Europe, son partenaire jouera le même rôle Outre-Atlantique. En Estonie, le gouvernement a encouragé les coopérations entre les universités et les entreprises afin de faciliter les créations d’emplois au point que le taux de chômage est tombé à 4,9% de la population contre 14% fin des années 90. De tous les problèmes nouveaux auxquels doivent faire face les jeunes générations aucun ne me paraît plus important que celui posé par la fin des territoires et des frontières, celles des nations comme des corporations traditionnelles. Elles doivent désormais faire cohabiter le local et le distant, le « proxy » et le « télé ». Aujourd'hui la défense des patrimoines des peuples est moins celle des manufactures et d'un territoire que celle de la matière grise qui constitue le fondement d'une industrie, d'une agriculture ou de services incorporant de plus en plus de savoir et d'intelligence. Notre capital étant devenu immatériel, il est devenu impossible de développer cette économie immatérielle sans s'appuyer sur les réseaux d'échanges. Dans tous les cas, ceux d'entre eux qui sauront le mieux faire cohabiter le « Proxy » et le « Télé », sans les opposer sans cesse, seront culturellement les mieux armés pour pratiquer et développer les échanges d'idées et d'affaires qui s'appuient désormais sur les réseaux électroniques du 21ème siècle. Denis Ettighoffer   En savoir plus sur l’économie des télénautes : http://www.place-publique.fr/article2899.html http://www.ettighoffer.com/fr/idees/idees9.html http://www.ettighoffer.com/fr/etudes/lettre44.html http://www.place-publique.fr/spip.php?article6485 http://www.ettighoffer.fr/734/10-cartellisation-et-migrations-fiscales-dans-les-grappes-cooperatives http://blog.emakina.fr/2008/02/20/soutenir_linnov/ http://www.liberation.fr/evenement/010167743-un-modele-qui-infiltre-toute-l-economie        
7:12:34 2014.02.20
La République malade de ses élites Nous Citoyens », fustige dans les Echos du 3 février, l’incompétence d’une classe politique enfermée sur elle-même. Il n’est pas le seul à désespérer de l’incompétence des élus et des élites. Il y a presque 20 ans que Michel Crozier et Bruno Tilliette sortait en 1995, un livre qui fit forte impression : La crise de l’Intelligence, sous titré : Essai sur l’impuissance des élites à se réformer. Que disait-il ? Que les français et les corps intermédiaires étaient favorables et parties prenantes des réformes à envisager. C’était à la tête des élites de la bureaucratie française que se trouvaient les blocages faute de formation au management des hommes et de préparation à leurs responsabilités. Surtout, il mettait en évidence que, dès qu’il s’agissait de passer à l’action, tout dérapait ! Les guerres intestines, les conflits individuels, une mauvaise anticipation des contraintes, bloquaient toute capacité à faire bouger les choses, chacun défendant avec acharnement son pré carré[1]. Durant ces presque 20 ans, les choses ne se sont pas arrangées. Alors, peut-être incompétents, mais quels talents pour garder leurs postes! Le sentiment partagé que l’élite doit encadrer la vie des français Fréquenter les ors de la République c’est découvrir la noblesse du Tiers-Etat. Une majorité de cette élite garde le sentiment encore vivace, propre à la bourgeoisie d’avant guerre, qu’elle a le devoir de guider un peuple d’en bas. Oubliant les profondes transformations de notre société et l’importance des classes moyennes bien éduquées, notre nomenklatura se retrouve dans le récit de d’Alembert à propos des Jésuites. Pour eux ; « Le peuple ne connaît qu’une chose, les besoins de la nature, et la nécessité de les satisfaire ; dés lors qu’il est par sa situation, à l’abri de la misère et de la souffrance, il est content et heureux ; la liberté est un bien qui n’est pas fait pour lui, dont il ignore l’avantage, et qu’il ne possède guère que pour en abuser à son propre préjudice ; …  il faut bien le nourrir, l’occuper sans l’écraser, et le conduire sans lui laisser trop voir ses chaînes ». Aujourd’hui, pour l’élite du tiers Etat en charge de gouverner notre pays : il faut nous aider à marcher, nous conduire et nous encadrer sans trop le montrer, écrit encore d’Alembert. Cet état d’esprit reste le marqueur de cette spécificité française qu’est la prolifération des décrets et des lois qui occupent la majeure partie du temps de nos représentants. Pour ces grands commis de l’Etat : il convient d’avoir un œil sur tout et sur tous. La bureaucratie de l’Etat français se mêle de tout et dispute à chacun le moindre bénéfice de son travail, dénaturant toute compréhension du contrat républicain. Le sociologue américain Daniel Bell soulignait l’absurdité d’un Etat « trop petit pour les grands problèmes et trop grand pour les petits problèmes ». En multipliant les textes législatifs, l’Etat devient impuissant et entrave sa propre société. Le contrat social est mort au fur et à mesure que les normes les plus stupides de théoriciens sans grande expérience pratique, ont pollué la vie quotidienne des gens, des entrepreneurs. Songez que l’on peut conduire à la ruine un hôtel, un restaurant, un magasin faute pour eux de pouvoir investir des millions d’euros dans des normes de sécurité draconiennes. C’est un artisan fromager qui, à force de se voir imposer des normes d’hygiène devra détruire les ferments naturels qui faisaient les caractéristiques uniques de son fromage. Il doit maintenant les acheter à l’extérieur. Ce sont les cantines qui doivent acheter à des fournisseurs nationaux agréés au détriment des bouchers locaux bien plus motivés à servir et préserver leurs clients.  Voici les normes de construction pour accueillir des handicapés, imposées à toutes les nouvelles habitations en faisant exploser les coûts. D’innombrables français mettent des affiches « A vendre » sur leur voiture. Ils risquent, le savent-ils ? 750 euros de contravention de 4eme classe et la confiscation de leur véhicule (Art R 644-3 du code pénal). Rien ne semble pouvoir stopper cette inflation des textes et des obligations imposées aux français, pourtant moult fois dénoncée. La Perte du sens civique : les français les uns contre les autres Tout ce pataquès lamentable, généré par des fonctionnaires qui cherchent du blé à moudre dans les plus infimes actes de nos vies, fait enrager les citoyens qui ne peuvent plus qu’entrer en résistance en s’octroyant le droit de se révolter – en douce – contre les abus, contre un Etat tyrannique. La fauche, l’emprunt (on a vu à l’EDF des syndicalistes manifester avec les voitures de l’entreprise), toutes occasions de se payer sur la bête, de se laisser aller à une malhonnêteté considérée comme mineure devient la réponse à ce sentiment d’être spolié et encadré. Cela se traduit par des petits larcins, des faiblesses vis-à-vis du bien d’autrui. Pour dire les choses simplement, avec la dégradation du climat social, on devient un mauvais citoyen. C’est la révolte par la dérobade ; la résistance silencieuse. La perte du sens civique ! Deux autres facteurs d’importance auront contribué, en dressant les français les uns contre les autres, à la déliquescence de notre pacte républicain. D’abord, la multiplication des « indirectes ». Plutôt que d’établir un système fiscal transparent et lisible par tous et pour tous, l’astuce aura consisté à inventer une avalanche de taxes différentes selon les professions, les métiers ou les secteurs d’activités. La multiplication de ces prélèvements, telles des sangsues, saigne à petites doses les acteurs économiques. En prenant soin de ne s’attaquer qu’à des fractions de notre société ainsi fragmentée, le pouvoir en place crée une situation où chaque catégorie socioprofessionnelle concernée peut difficilement mobiliser l’ensemble d’une population réfugiée dans son égoïsme et son corporatisme (Un vrai bottin[2]). Celle encore épargnée, heureuse de n’être pas prise dans la nasse, oublie qu’un jour ou l’autre les pouvoirs publics risquent de la solliciter à son tour. Ensuite, les élites au pouvoir ont fait du clientélisme une arme absolue pour fracturer la société française. Il leur a suffit d’octroyer aux uns et aux autres des avantages que des groupes de pression ou des corporations se disputaient. Du coup, envieux, chacun d’eux se bat pour s’octroyer un avantage supplémentaire sans trop se soucier de l’effet que cela pourrait avoir sur les petits camarades. Chaque parti politique, syndicat ou association concernée ne cesse ainsi de servir ou de se servir de son groupe de pression pour atteindre ses objectifs. Que les intermittents du spectacle, et d’autres professions encore, ne puissent vivre qu’en se finançant sur le dos de l’ensemble des travailleurs ne les dérangent guère. Tout cela aura abouti à créer un fort sentiment d’iniquité et d’inégalité qui dresse les différentes composantes de la société françaises les unes contre les autres. La Déchéance de l’Etat par la perversion de ses élites Déchéance et décadence vont de pair. Nous nous moquons volontiers des italiens et des affaires « berlusconiennes ». Nous ne faisons pas mieux. Piégée dans une sorte de tautologie de l’affrontement politique, qui peu à peu l’éloigne du réel, la représentation nationale ne cesse de s’abaisser à de sordides règlements de compte, oublieuse de ses missions et de ses responsabilités. Pour certains, le sens des affaires prime sur l’éthique. Ces élus, cadres du privé et du public, qui se rencontrent dans des clubs très fermés,  prennent le goût du pouvoir et le désir de vivre bien et mieux que la moyenne plutôt qu’à servir. Dans nos meilleures écoles des jeunes gens brillants y deviennent des techniciens des lois, des tacticiens de leurs carrières et des dialecticiens de l’embrouille. Difficile pour un jeune homme ambitieux, désireux de se faire une place dans cette nomenklatura, de ne pas attraper le virus. La perte des valeurs et l’appât des avantages qu’exerce le pouvoir est un constat que l’on peut faire partout dans le monde. La mafia d’Etat a ses règles et ses trucs auxquels le commun n’accède généralement pas, sinon par accident. A cause de quelques brebis galeuses, une part grandissante de français a le sentiment que nos élites s’affranchissent des lois et règles imposées à la majorité des petites gens. A la grande joie des extrémistes, pas une semaine, pas un jour, où la presse ne relate un délit plus ou moins grave impliquant des personnalités proches des pouvoirs politiques et économiques du pays. La France, pour tout dire, est une démocratie en panne. La déchéance de notre nation ne tient pas seulement – ce serait trop facile – à des facteurs extérieurs[3]. Selon Transparency International, organisation s’intéressant à la corruption des Etats dans le monde, la France se situe à une piteuse 22ème place mondiale. Alain Pichon, président de chambre à la Cour des comptes, souligne que la France a des "bouffées législatives" mais qu’elle n’applique pas suffisamment les lois qu’elle crée. En particulier, le magistrat déplore que la Cour de discipline budgétaire et financière, rattachée à la Cour, ne puisse pas poursuivre les ministres et les élus locaux mais seulement les hauts fonctionnaires. "Comme cela, dès qu’un directeur ou un conseiller remarque un contrat ou un projet un peu louche, il le fait signer par son ministre et personne n’est inquiété !". Un silence étrange protège les grands commis de l’Etat totalement incompétents qui ont mené au désastre des entreprises nationalisées[4]. La connivence entre des élus, de grands commis et les banques ou les organisations financières internationales est un secret de polichinelle et devient un sujet d’inquiétude maintes fois dénoncé par des journalistes? Une situation qui est loin de s’améliorer alors qu’au fil des années nous observons une surreprésentation du secteur public à l’Assemblée Nationale. Secteur qui défend avec efficacité ses places et ses avantages. On ne s’étonnera donc pas si les élus venus de la fonction publique, en gardant les protections afférant à leur statut, ne sont pas pressés de demander un équilibre plus sain par la parité de la représentation nationale entre le secteur public et le secteur privé. En évitant au fil des années toute remise en question, le poids du secteur public dans le fonctionnement de la société française aura pénalisé notre efficacité globale mais surtout, il aura créé une crise de l’appareil d’Etat, de la fonction publique et de ses missions dont nous paierons le prix durant des décennies. Chapeau les artistes. Je n’ose imaginer comment les pères de la démocratie s’arrangeraient de cela. L’héritage que laisseront leurs fils ne sera ni probe, ni joyeux. Incompétents, peut-être, mais quel talent ! Denis Ettighoffer Institut des Libertés Paris le 14 février 2014


1] Exemple récent :  «la fin des baronnies» à la Caisse des dépôts » Les initiés connaissent les conflits parfois violents qui ont éclaté entre les grandes écoles pour le partage des attributions de postes des grandes fonctions régaliennes.
[2] Une liste plus complète http://www.wikistrike.com/article-la-liste-horrible-et-complete-des-205-impots-et-taxes-augmentees-ou-creees-en-france-depuis-2007-113728603.html
[3] Croyez vous sérieusement que l’ont peut durant des décennies créer impunément des milliards de déficit  sans un consensus coupable de la noblesse du tiers état ? Dans votre entreprise on aurait viré rapidement le directeur financier et administratif. En France on lui donne des postes. Par exemple Dexia, Le Crédit Lyonnais (sic) etc.…
[4] Voir les livres de Sylvie Coignard sur la nomenklatura française (L'Oligarchie des incapables,  Le Pacte immoral, ou encore le plus récent La caste cannibale - Albin Michel 2013)
7:34:40 2014.01.23
Non,le soldat Hollande ne sauvera pas la France, pas seul.

[1]. La faiblesse des investissements due aux coûts d’exploitation trop importants de l’entreprise France, mais aussi à une redistribution - couvrant plus de 50% de la population - qui s’est emballée depuis des décennies, pour cause  de clientélisme, aliène littéralement toute possibilité de rebond. Il ne faut rien attendre de partenaires frileux et égoïstes mais imposer sans faiblesse une politique de restructuration de l’État et de son fonctionnement. Chaque heure qui passe, ce sont des dizaines et des dizaines de millions de déficit supplémentaire, ce sont des magouilles de plus en plus grosses pour manipuler le déficit officiel que l’on planque dans les comptes de différents organismes para-étatiques (Santé, retraite, EDF, SNCF etc..) et qui n’est pas compté selon les critères de Maastricht. Ce qui accentue encore notre dette réelle. De leur côté, la plupart des entreprises ayant l’État dans leur tour de table ou qui en attendent des subsides, doivent forcer sur l’embauche et les investissements, même s’ils savent que cela dégrade leurs marges et les fragilise face à la concurrence.  Tous les indicateurs nous montrent un pays au bord de la faillite… mais n’est-elle pas d’abord morale quand on voit que la représentation nationale, toutes tendances politiques confondues, n’arrive pas à se mobiliser pour un sursaut indispensable. Il me parait clair que la France vit plus qu’une crise politique et économique : une grave crise des corps constitués dont la presse ne dit rien, ou pas grand chose. Situation que résume cruellement Margaret Wente dans le Globe and Mail du 6 juillet 2013 : La France est gouvernée par une minuscule élite incestueuse du monde politique, des affaires et des médias, qui mange, boit et couche ensemble sans avoir l’ombre d’une idée sur les moyens de résoudre les terribles problèmes du pays. Non, le soldat Hollande, seul, ne pourra pas sauver la France. Les français l’ont compris qui, s’ils blâment sa politique, ne sont pas pressés de voir ses adversaires aux manettes.

Denis Ettighoffer

[1] En 2012, des recettes prévues de 290,8 milliards d’euros pour une dépense de 372,2 milliards, et en 2013, une recette prévue de 298,6 milliards d’euros (qui ne sera pas atteinte pour cause de mauvaises rentrées des taxes) pour une dépense prévue de 395,5 milliards d’euros. On notera que contrairement au discours officiel, il n’y a pas de diminution de la dépense d’une année sur l’autre, ensuite que le déficit entre les entrées et les dépenses est passé de 82,4 à 96,9 milliards. Il sera  à nouveau financé par des emprunts pour couvrir une dette toujours croissante.
6:30:27 2013.12.18
Revoir le système fiscal français et en plus… la CSG !? Very easy, my friend !

ortolans, les impôts sur les revenus et la CSG ! FO a raison de défendre l’idée que l’impôt sur le revenu doit être plus et mieux utilisé pour réduire le montant des charges indirectes payées par les entreprises et les salariés. La bonne décision, la plus juste par-dessus tout pour améliorer la compétitivité de nos entreprises, serait de déplacer le financement de la redistribution sociale vers la CSG en contrepartie d’une garantie d’amélioration du pouvoir d’achat des salariés avec des d’emplois supplémentaires possible à la clé[1].

Déjà agir sur les paramètres de l’un ou de l’autre ne se fera pas facilement. Imaginez deux gigantesques Mikado côte à côte, posés sur un grand radeau, sur une mer démontée, entourée de mille protagonistes ayant chacun son idée sur la meilleure façon de retirer les multiples pièges posés par les couches successives de lois, textes, niches et exceptions que nos génies des affaires publiques ont inventés depuis plusieurs décennies. Si le diable se cache dans les détails, c’est bien ici que nous le trouverons. Comme à l’ordinaire la France va vivre ses prochaines semaines, les multiples démonstrations de son génie dans le style « pourquoi faire simple si on peut faire compliqué ». Les acteurs en place vont commencer à se dresser les uns contre les autres avec leurs idées à imposer sur la question. Comme à l’ordinaire, nous allons assister aux marchandages les plus spécieux afin que chacun retrouve un peu de sa « contribution ». Cela veut dire qu’au fur et à mesures des semaines, de vaines dialectiques en vaines dialectiques, les protagonistes vont être amenés à trouver des arrangements, des compromis plus ou moins solides au sein desquels les caractéristiques et les contraintes du problème à résoudre auront été atténuées, gommées, oubliées. Comme à l’ordinaire, nous arriverons au final à perdre de vue tout pragmatisme, toute perception concrète du problème à résoudre. C’est ainsi qu’un gouvernement se retrouve avec une révolte social sur le problème de l’Ecotaxe routière. Par bêtise collective. Le CICE (Credit Impôts Compétitivité pour l’Emploi) est un autre exemple parfait de ces usines à gaz sortie d’esprits pervers qui, par péché d’orgueil, n’ont pas suivi l’idée plus simple de la baisse des prélèvements sociaux car c’est une idée des adversaires politiques. Péché de tromperie aussi : ce mécanisme machiavélique sélectionne ceux qui pourront ou ne pourront pas bénéficier du CICE pour différentes raisons allant de l’ignorance au découragement. Un su-sucre patron ?! .. On lève la pa-patte ?

Au lieu de diminuer certaines charges sociales qui devraient être payées par l’impôt, ce qui était le plus simple afin d’améliorer la compétitivité de nos entreprises, l’actuel gouvernement a inventé avec la CICE une machine à gaz qui consiste à rendre d’une main ce qu’elle prend de l’autre. Sauf qu’au passage, elle ponctionne sa dime, et embauche des fonctionnaires pour  surveiller ce chef d’œuvre du génie français. Notre système fiscal est une insulte à l’intelligence, un dispositif injuste, inefficient qui ne fait honneur à personne et certainement pas à nos élus qui ont ce problème sous le nez depuis des décennies. Nous pensions possible de réduire les différents taux de TVA, ils les augmentent. Nous pensions possible d’utiliser l’augmentation de la TVA de référence (19,6%) pour réduire les charges des entreprises, ils l’augmentent, oui, mais pour faire entrer plus d’argent dans les caisses de l’État.  Maintenant, au lieu d’augmenter la CSG afin de financer les retraites, certains envisagent d’en faire un appoint supplémentaire à la perception de l’impôt sur le revenu et sur les entreprises dont le rendement diminue compte tenu de la récession actuelle de la France. Criminel !

Mais dans l’affaire le plus important est que les représentants des corps constitués cessent de vouloir concilier des réformes qui n’en sont pas avec les arrangements de la France du « toujours plus » qui s’installe déjà en position de force vis-à-vis du gouvernement. Aujourd’hui ce sont les centres équestres qui veulent un régime de TVA particulier, demain ce sera qui !? Boulanger ou restaurateur ? Chacun veut sa TVA puis réalise et se plaint de l’extrême complexité de traiter des prestations et des matières produites selon les différents régimes de TVA. Mais où va-t-on avec ces crétineries qui mobilisent du temps et de l’argent. Ou nous mènera ce Yalta social permanent ? Ces reculades ne font qu’aggraver les problèmes sociaux et économiques de la France. Deux régimes de TVA suffisent. Par exemple celui de 7%, réservé aux produits indispensables à la vie familiale, destinés à faciliter la vie courante pour les revenus les plus faibles. L’autre, de 20% ou 22%, affecté aux activités économiques les plus courantes. Quant aux « aides » ou autres stimulations d’activités spécifiques, nous savons qu’il y a d’autres façons de les soutenir. Que l’on arrête ces arrangements d’épicier, de basse politique, qui ne démontre que la faiblesse de nos élus face aux multiples égoïsmes de leurs électeurs.

Comment çà, j’ai mauvais esprit !? Enfin, la bérézina de l’Ecotaxe, les aberrations de la fiscalité des patrimoines, les errements de la politique du logement, les va et vient de la TVA de la restauration, les fausses avancées du financement des retraites, les effets pervers de la fiscalité du capital, ce sont quand même les têtes d’œufs de l’État qui nous les ont imposés. Etonnons-nous après cela que cela ne produise qu’une vaste omelette indigeste. Une seule voie, une seule politique est possible sur le court terme, corriger d’abord ce qu’il y a de stupide, d’indécent, d’injuste, dans le fonctionnement de l’un ou de l’autre des systèmes de prélèvement. Une fois décanté de ses bugs et de ses défauts, les français devraient retrouver un système de prélèvements à la fois plus efficient et plus juste. Un exemple ? Les prélèvements maladie des fonctionnaires et assimilés seront alignés sur ceux du secteur privé afin de rétablir une égalité de traitement entre les travailleurs français. Mais qui a envie d’une société française plus juste ?

La décision la plus efficiente à court terme pour les finances de l’État, serait déjà de se lancer dans un vrai plan d’économies de fonctionnement. J’ai souvent constaté que la masse salariale était la variable d’ajustement (on dégraisse !) alors qu’il parfaitement possible d’agir sur les gigantesque gisements d’économies de fonctionnement d’un Etat comme cela a été déjà fait dans les entreprises pour limiter les licenciements. L’Etat français doit devenir agile et s’alléger d’abord du poison d’une main mise d’un corpus de fonctionnaires élus, de missions, et de frais superflus en ces temps de vaches maigres, ce qui est à la portée de n’importe quel dirigeant, fut-il fonctionnaire. Un exemple ? En dehors des véhicules de transports collectifs et de ceux nécessaires aux activités techniques, l’ensemble des parcs de voitures des collaborateurs des collectivités territoriales, des fonctionnaires et élus seront supprimés. Les fonctionnaires et élus seront soumis au régime commun, utiliseront leurs véhicules personnels et soumettront leurs frais pour remboursement à leur administration. Le taux de remboursement sera celui appliquée à l’ensemble des collaborateurs du secteur privé. Aye ! ça va faire mal aux chouchous de la République. Ben oui, d’une façon ou d’une autre il faudra bien que la France protégée participe à une véritable cure d’amaigrissement de  ses avantages. Mais qui a envie d’une société française plus économe ?

A suivre…

 


[1] Moins de charges, c’est moins de salariés étrangers détachés, plus d’embauches locales.

9:22:41 2012.12.06
L’Avenir en Numérique [1]! Nos systèmes ne vont pas continuer à croître, en dehors de situations locales spécifiques, ils vont s’optimiser globalement. Grace à la numérisation du monde, nous sommes entrés pour de longues années dans un cycle d’éco-efficience économique prédit par l’économiste russe Nicolaï Kondratieff[2]. Notre cycle actuel serait celui d’une période « gestionnaire » qui suit, celle « stratégique », des années 1940-1992. Inscrites dans un cycle du développement durable, nos économies vont faire en sorte d’utiliser mieux les ressources existantes. On parlera d’améliorer les performances des écosystèmes existants ou de les modifier pour qu’ils consomment moins de ressources. Cette mutation s’inscrit dans les changements en profondeur et durables de l’économie immatérielle et ses artefacts numériques. Une guerre des ressources qui ne dit pas son nom est engagée. Le décollage économique des pays émergents fait qu’ils consomment désormais plus de la moitié des ressources énergétiques mondiales. La demande devient telle que nous vivons une véritable bataille des ressources qui oblige les nations  à adapter dans la douleur leurs modèles économiques, leurs organisations industrielles et commerciales. A elle seule, la Chine doit faire face à une demande gigantesque de ressources primaires. Achats de terres agricoles, achats de compagnies pétrolières, alliances et coopérations économiques avec des pays africains riches en ressources minières. La recherche de diversification des fournisseurs démontre bien l’impact croissant des énormes besoins de la Chine sur les économies de la planète[3]. Une demande qui n’a cessé d’augmenter alors que celle de l’Inde, l’Amérique du Sud et de l’Afrique démarrent en flèche malgré la crise actuelle.  Ces économies émergeantes ne peuvent appuyer leur développement que sur une consommation croissante de ressources et d’énergies coûteuses. La numérisation devient un atout pour ceux des pays qui peuvent en profiter pour réinventer leurs industries et leurs organisations. Les taux de croissance moyens des économies avancées n’atteignent plus les sommets connus (entre 4 et 7%) des décennies précédentes. Avec la généralisation de la numérisation du monde une transition majeure est en cours. Elle offre l’opportunité d’optimiser les bilans énergétiques des nations dans les années à venir. Tel est l’enjeu des prochaines décennies 2020/2050. Pour limiter leur dépendance aux énergies primaires, les nations comme les entreprises devront réduire la consommation des biens tangibles de plus en plus coûteux et remplacer leurs esclaves mécaniques par des esclaves numériques, virtuels, économes en énergie et en ressources matérielles. La France ne redeviendra pas un grand pays industriel. Ne nous y trompons pas, les pays en développement qui poussent les feux de leur croissance resteront les plus gros producteurs, les plus gros fabricants de la planète monde pour longtemps[4]. Notre avenir est ailleurs. L’Asie est l’usine du monde et le restera. L’Allemagne a ce rôle en Europe et la France ferait bien de cesser de vouloir lui prendre une place qui sans doute serait chère payée sur le plan des investissements de rattrapage et qui pourrait s’avérer un désastre sur le plan politique. En représailles, l’Allemagne pourrait bien contester un jour la place de grenier de l’Europe à l’agriculture française et se tourner vers d’autres pays à l’Est, tout aussi capables de produire et à moindre coût. La réalité sans fard c’est que nous n’avons pas su préparer notre présence dans les industries du futur. Personne ne contestera l’importance de protéger les entreprises ou les emplois les plus vulnérables vis-à-vis d’une concurrence internationale sans cesse plus âpre. Pour autant le manque de visibilité – et donc de perspective - de notre politique industrielle pour les vingt prochaines années reste pour moi une énigme.Le personnel politique et les grands commis de l’État donnent le sentiment qu’ils ont une vision désuète des industries du 21eme siècle. Malgré le tapage médiatique créé autour de la netéconomie – terme qui a ma préférence sur celui de l’économie numérique[5], dans leur grande majorité, nos organisations actuelles sont encore pensées et bâties selon les modèles passés. Le discours sur la combinaison de la puissance technologique et de la maîtrise de marchés de masse domine encore les stratégies industrielles. Ne nous trompons pas de combat Nous devons renouveler notre vision des « industries » du 21eme siècle. Dans un contexte international où la croissance va être fortement bridée par les limitations des consommations énergétiques et de certaines matières premières, on peut s’attendre à une réorientation des investissements vers les filières de la R&D et des produits ou services « économiseurs » de ressources. Le capital se concentrera sur certaines industries et activités de services (d’usages notamment) afin de produire de nouvelles richesses en grande partie immatérielles, cette fois ! Notre politique industrielle est-elle adaptée aux spécificités de ce que seront les industries du 21eme siècle pour les pays avancés ? Dans les dernières décennies du 20ème siècle, nous avons assisté à la croissance spécifique du secteur des services au détriment de la fabrication. Déjà comparer la « ré-industrialisation » des USA à celle possible de la France parait peu pertinente sinon à faire plutôt la comparaison avec l’ensemble de l’Europe. Ce tournant historique dans la structure des activités économiques aura engendré de nombreuses études sur les évolutions des démographies industrielles. Elles sont souvent biaisées par les difficultés de cerner correctement les frontières d’activités et leurs effets économiques et systémiques. L’industrie c’est dé-massifiée et tertiarisée et l’on peut douter parfois des chiffres et des comparaisons données. La redistribution des activités industrielles et usinières tient à des facteurs complexes  qui affectent les chaines de la valeur et donc le choix de l’installation des  activités de conception, de fabrication et commercialisation: coût de l’énergie, parités monétaires, coût travail, fiscalité, financements locaux, etc. Encore aujourd’hui, d’énormes précautions s’imposent dans leur interprétation. Les migrations entre activités industrielles et de services, les variétés nouvelles d’activités mais aussi leurs impacts économiques selon que les entités analysées bénéficient ou pas d’effet de grappes, la localisation du siège, de la taille et de la nature des services comptent aussi. Il ya donc une variabilité notable de la contribution économique du secteur des services au PIB des pays de l'OCDE. Par exemple, aux États-Unis, où l’on parle de ré-industrialisation, la part des services représente comme en France 80% des emplois mais leur meilleure utilisation des opportunités de la netéconomie contribue à une forte progression de leur PIB. Rien d’étonnant donc si la contribution du numérique à la croissance de l’économie américaine (en % du taux de croissance moyen annuel) est de 26% en France contre 37% aux États-Unis. Une transition majeure des écosystèmes socioéconomiques est en cours. Le développement de l’économie immatérielle et de ses artefacts numériques modifient substantiellement la manière de produire et d’utiliser nos ressources matérielles et notre patrimoine immatériel.Avons-nous les postures intellectuelles et les organisations appropriées pour tirer parti de notre créativité, de notre inventivité? Sommes-nous capables de faire fructifier nos connaissances et faire de nos réseaux savants les précurseurs de nos exportations? Le problème est que nous n’avons pas une pensée organisationnelle adaptée aux potentialités offertes par les trois mutations qui transforment profondément nos sociétés. La domination progressive de  l’économie immatérielle, la numérisation du monde et le développement des infrastructures de télécoms. L’oublier, oublier un seul de ces facteurs, c’est passer à côté du sujet! Prenons le plan câble bien mal parti en France : La consommation énergétique de la totalité des télécommunications représente moins de 1% de la consommation des esclaves mécaniques. La Numérisation pour sa part contribue à l’éco-efficience globale des écosystèmes. Enfin l’économie immatérielle incarnée par notre patrimoine d’expertises nous offre de quoi faire rayonner la pensée française partout dans le monde. Seulement voilà : nous n’utilisons pas pleinement la numérisation pour changer nos modèles organisationnels et revoir les réallocations de ressources disponibles ou pouvant être économisées.

Le développement économique se fait de deux façons

Levier Endogène

Levier Exogène

Action sur les marchés intérieurs Productivité interne Offres sur les marchés Productivité des facteurs
En stimulant la consommation intérieure par divers artifices afin de faire tourner l’économie. On agit plutôt sur le pouvoir d’achat… et souvent à crédit !     Par une amélioration de la productivité globale d’une organisation (entreprise ou État) qui consomme alors moins de ressources et dont le fonctionnement coûte moins cher. Par des innovations pour des offres marchandes propices à l’exportation ce qui rapporte des devises. Maitrise de la filière permettant le délocalisation des activités plus productive dont le coût du travail. Les gains de productivités sont chez les sous traitants étrangers (ou pas) pour rendre les produits plus compétitifs

Un facteur commun : optimiser l’utilisation des ressources disponibles

  Les entreprises ont déjà su utiliser au mieux les technologies de l’information et de la communication afin de réduire les stocks classiques des marchandises, en améliorant le « stock tournant » (zéro délais, zéro stock, zéro défaut) tout en accélérant les cycles financiers grâce à des politiques de crédits favorisant la consommation. Ce qui a soutenu la croissance. En parallèle, l’information, l’expérience, les connaissances n’ont cessé de s’accroître en constituant une matière première plus ou moins bien utilisée et une nouvelle source de revenus. Selon une enquête de Pew Internet et d’American Life Project, 56% des personnes interrogées considèrent que les applications de la Réalité Virtuelle vont contribuer à augmenter la productivité. De son côté, le développement de l’e.administration devient non seulement une source d’efficacité collective mais aussi une source d’économies d’énergie. La digitalisation de l’économie aura permis d’enrichir les modèles socio-organisationnels. Mais savons-nous bien utiliser ces potentiels ? J’en doute. “ Le développement d’un pays n’est possible que s’il existe une convergence entre sa culture économique, sa culture technologique et sa culture organisationnelle ” rappelait opportunément Jean-Jacques Salomon dans “ La quête incertaine[6] ”. Nous vivons une révolution économique et industrielle d’un nouveau genre. Passer d’une civilisation où nous disposions d’esclaves mécaniques à une situation où nous disposerions d’esclaves numériques ne va pas de soi, c’est pourtant ici que nous devons saisir toutes nos chances ! L’économie y change de nature. Le signe domine la matière qu’elle économise. Avec la téléprésence, la visiophonie, le télétravail, commercer avec le monde entier est à la portée de chacun et plus seulement des entreprises organisées. Grâce aux marchés low cost, sur cette planète numérique, avec ses possibilités d’échanges à coût marginal, des populations de gens modestes et défavorisés peuvent bénéficier de l’accès aux savoirs et entrer dans l’ère de l’économie des connaissances. La téléformation devient un produit exportable économiquement. Les régions les plus reculées ne disposant que de maigres ressources peuvent accéder aux bibliothèques virtuelles disponibles, aux ressources des laboratoires éloignés et aux programmes scolaires mis en ligne un peu partout dans le monde. A l'avenir, l'enjeu ne sera pas d'avoir la plus grande quantité d'ordinateurs et de technologies: elles sont accessibles à la planète entière. C'est la qualité des organisations, l'efficacité globale, qui fera la différence entre entreprises et nations. Les nations doivent adapter leurs industries à un nouveau modèle de croissance Au cours de la dernière décennie, l'économie numérique a contribué plus largement à la croissance aux États-Unis qu'en Europe ou en France.La France se situe au 20ème rang, derrière le Royaume Uni (15ème) et l'Allemagne (13ème). La part de l'économie numérique dans le PIB est de 4,7% en France, et de 7,3% aux USA. Au regard des performances américaines, la France ne profite pas assez de la création de valeur et d'emplois que permettrait ce secteur de technologie et de services : le retard est estimé à près de 100 000 emplois en France pour atteindre le niveau des États-Unis en pourcentage de PIB[7]. Dès la fin des années 90 l’explosion des télémétiers était bien visible et de nouvelles formes d’activités parfois surprenantes étaient prévisibles.Les secteurs porteurs ne manquent pas qui n’ont plus grand-chose à voir avec les manufactures de nos parents. On peut s’interroger de savoir pourquoi l’industrie française reste à la traîne dans le domaine des piles à combustibles, filière très prometteuse aux applications plus vastes que les accumulateurs de voitures. Pourquoi le plan câble se traine depuis plus depuis 25 ans faute d‘une pensée organisatrice et stratégique ? A ce jour, les opérateurs privés ne sont guère motivés pour procéder à des investissements faiblement rentables qui profiteront surtout à leurs concurrents fournisseurs de contenus et de services. La prometteuse filière « voltaïque » n’en finit pas de prendre des coups au point qu’elle perd des milliers emplois. La « politique numérique » affichée reste encore l’occasion de fournir des crédits à des grandes entreprises plutôt qu’à soutenir des PME innovantes qui viendraient s’installer en France grâce à une politique fiscale attractive. Le manque de visibilité – et donc de perspective - de notre politique industrielle, qui la rendrait digne du siècle qui arrive, reste une énigme. A la place d’un Florange en panne, les industries de transformation, de destruction et de recyclage des alliages et des métaux devraient tourner à fond. Les régions devraient s’arracher les installations  de fermes de serveurs pour le Grid et le Cloud estampillés France. Une logistique devenue absolument indispensable à la généralisation des applications de la réalité virtuelle et des industries de la simulation fortement demandeurs d’emplois. Des outils indispensables aussi au développement des enseignements à distance et de la formation par les « serious games », et pour les productions médias. Un marché gigantesque bien supérieur à celui de la sidérurgie qui lui-même évolue vers les produits très spécialisés à forte valeur ajoutée. Quels chiffres à l’exportation pour nos Industries de la simulation, pour nos Nanotechnologie et autres métaux spéciaux ? Quid du développement des industries de la Stéréolithographie, (outil de prototypage rapide) qui sont en train de devenir des machines polyvalentes pour fabriquer à la demande ? Combien encore pour notre chimie et notre biologie et la commercialisation des applications  des cellules souches ? Où en sont les ventes de nos experts en chirurgie réparatrice ? Que dire des reconversions énergétiques et de l’exploitation des déchets ou de la gestion de l’eau que nous proposons sur les marchés étrangers très demandeurs ? Et quid des développements français en matière de robotique en milieux hostiles ou difficiles, du terra-formage des territoires, ou encore des innovations des organisations urbaines ?  Où en sommes nous de la vente de nos savoir faire en matière de cybersécurité, de nos offres dans le domaine des infrastructures des télécoms internationales, de l’Optoélectronique, de la Cartographie ou encore des applications de l’Intelligence Artificielle ? Nous préparons nous au Web du futur en trois dimensions !? Où sont nos laboratoires de R&D en matière de Vies et de mondes virtuels !? On pourrait à l’infini tracer une cartographie des sciences et des techniques où la France a des places à prendre sans faire appel à une vision passéiste de notre politique industrielle. La réalité est tout simple et cruelle, la France est en déficit de l’offre sur les marchés internationaux. Le « soft power » français reste aux abonnés absents Mais il y a pire encore. A l’ère de l’économie quaternaire, des idées, de l’innovation qui font la différence, la présence de la France reste insuffisante dans le monde affaires comme dans les réseaux de formation et de l’éducation en ligne, notamment dans l’espace francophone. Nous disparaissons du monde, en silence. Sinon le bruit ridicule de nos chamailleries et de la grande gueule de nos tribuns qui entendent donner des leçons à la terre entière. Cette présence insuffisante fait que nous perdons en permanence des marchés internationaux en mesure de faire travailler des français. Doit-on chercher notre difficulté à prendre à bras le corps une vision renouvelée d’une politique industrielle du 21eme siècle dans une frilosité spécifiquement française ? Une étude de 2012 de Mc.Kinsey concluait que la France se caractérise par un moindre dynamisme en matière d’entreprenariat alors qu’il jouerait un rôle majeur dans l’économie du XXIème siècle. Conclusions partagées par le cabinet d’études d’Ernst Young qui, à l’occasion d’une enquête sur l’esprit d’entreprise en Europe, situe la France en voiture balai, frileuse et très loin des pays qui font de la valorisation de l’esprit d’entreprise un levier de leur développement. La France doit se libérer de ses archaïsmes pour entrer dans un siècle dominé par le signe. Alors que l’économie numérique devient un avantage comparatif clé entre nations. Nous courrons le risque permanent d’un « hexagono-centrisme » mortel alors que nous passons d’une logique de spécialité des territoires  à une logique de spécialité des réseaux.  Au milieu de la prochaine décennie nous approcherons des 3 milliards de terriens connectés sur Internet. Les pays les plus malins, les sociétés les plus dynamiques, auront profité du doublement des revenus engendrés par la Toile; soit 4 200 milliards en 2016 contre 2 300 Milliards en 2010[8]. L'économie française doit relever le défi d'investir dans les infrastructures de réseaux et regagner en compétitivité pour redynamiser son industrie numérique.Mais pour cela elle doit aussi donner une dynamique toute particulière au soft power français et s’intéresser aux millions de francophones pour lesquels la voix de la France devient inaudible. Il y a quelques semaines à peine, un journaliste sénégalais mettait la langue française au placard, au bénéfice de l’anglais. Pas un écho dans la presse française. Quatre millions d’enseignants, 80 millions d’élèves et d’étudiants, 320 000 établissements scolaires (dont 5 000 universités et écoles supérieures de l’Union européenne) sont à présent dans la ligne de mire des services de formation. En matière d’éducation un étudiant sur cinq utilise déjà un PC distant pour se former Alors que nos grandes écoles sont dans un état lamentable, le chiffre d’affaires de la formation représente le quatrième poste des exportations des États-Unis avec plus de 7 milliards de dollars annuel. Le marché mondial de la formation et de la téléformation est devenu une source de devises mais aussi une façon d’attirer vers soi les talents et les innovateurs venus de pays étrangers. Si le Numérique Change le Monde, changeons-le à notre avantage Une Nation utilisant le numérique comme levier de croissance devrait investir sur quatre axes à minima. Mais d’abord, en parlant des actions à envisager, soulignons qu’il ne s’agit pas d’enlever des freins comme je le constate trop souvent mais de créer des moteurs. En premier lieu, l’économie française doit relever le défi d’investir dans les infrastructures de réseaux pour dynamiser ses industries numériques et regagner en compétitivité. Les possibilités de nos organisations collectives à devenir « light » et agile en dépendent. Les pouvoirs publics doivent revoir la mise en œuvre de notre plan câble qui est en train de devenir une Arlésienne de la technocratie française et un gouffre pour nos finances. Deuxièmement, ils doivent soutenir prioritairement les activités de services en ligne en créant des contrats de concessions de services publics. Ce dispositif rendra plus vite rentables les activités de services publics et parapublics qui pourront un jour s’attaquer à l’exportation. En trois, définir et organiser une politique concrète du « soft power » pour développer l’éducation et la formation dans l’espace d’abord francophone. Cette politique doit d‘abord s’appuyer sur des alliés pour limiter la frontière des langues.  Enfin, toujours afin de stimuler les initiatives sur les territoires, créer et maintenir un « portail » d’échanges sur les bilans énergétiques des collectivités territoriales en créant un marché carbone spécifique. Les collectivités les plus éco-efficientes recevront des fonds de celles qui ne le sont pas ou moins. Mais il n’est pas interdit d’avoir de meilleures idées… encore faut-il accepter de se risquer à en avoir… c’est ça aussi l’esprit entrepreneurial ! Voir aussi l’excellent article de Thibaut de Jaegher  


[2] Nicolaï Kondratieff publie en 1928 « les grands cycles de la conjoncture » qui fondent la pensée économique sur la nature et les causes de plusieurs cycles conjoncturels ayant chacun leurs spécificités dans la dynamique des échanges et des comportements socio-économiques.
[3] En 2003, la Chine en plein décollage économique a consommé 30% du pétrole extrait, 30% de l’acier (contre 13% dix ans plus tôt) 40% du ciment produit et mobilisé 25% des investissements directs mondiaux. En 2008, la Chine est à l’origine de ¾ de la hausse de la consommation mondiale alors que la demande des pays développés c’est stabilisée.
[4] La zone euro ne représentera que 9 % du PIB mondial en 2060, contre 17 % actuellement selon les projections de l’OCDE. La part de la Chine passera de 17 % à 28 % et celle de l’Inde, 7% en 2011, puis s’établira à 18 % en 2060, devant les États-Unis (16 %). Autre chiffre symbolique du bouleversement de l’économie mondiale et du déclin programmé de l’Occident : le PIB cumulé de la Chine et de l’Inde sera en 2060 une fois et demie plus élevé que celui de tous les pays du G7, contre à peine la moitié aujourd’hui.
[5] Pour moi, la numérisation sans réseaux, sans patrimoine immatériel circulant, n’a pas grand sens
[6] Jean-Jacques Salomon, La quête incertaine, Paris ,Economica, 1994. Voir aussi “ L’émergence technologique de l’Asie Orientale ” Michel Dagonneau, Philippe Hayez, Bernard Mély, Futuribles, Novembre 1997.
[7]  NRI (Networked Readiness Index, World Economic Forum) qui mesure pour chaque pays la propension à tirer profit des opportunités offertes par les TIC.
[8] Source Boston Consulting group