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Charles Gave

Zemmour et Bernanos

Monsieur Zemmour m’intéresse car de façon très curieuse il me rappelle l’un des mes héros, Bernanos.

Bernanos était un paysan Picard, Catholique autant qu’on peut l’être, Royaliste, ayant navigué de concert avec l’Action Française avant de s’en détacher et de se fâcher avec Maurras et le lecteur doit se demander quelles relations peuvent bien exister entre un Bernanos et un Zemmour, d’origine Algérienne, ayant grandi dans une banlieue Parisienne dans des conditions difficiles, juif , journaliste, ayant commencé sa carrière de l’autre côté de l’éventail politique.

Pour bien expliquer la relation que j’entrevois, je vais d’abord expliquer pourquoi j’aime Bernanos.

Bernanos était certes un écrivain Catholique, mais c’était aussi un écrivain Français et il aimait la France «  terre des Philosophes, des Saints et des Cathédrales », passionnément.

Son parcours politique fut étonnant.

Écœuré par le personnel politique de la IIIème République, et ne réussissant pas à faire vivre sa nombreuse famille en dépit d’immenses succès de librairie, il décide de s’exiler et part s’installer aux Baléares pendant les années trente. La guerre d’Espagne survient.

Des massacres abominables ont lieu. Et Bernanos publie «  Les grands cimetières sous la lune » , livre dans lequel il prend violemment à partie les autorités Franquistes contrôlant ces îles, assassinant un peu au hasard des milliers innocents.

Et le chef des Franquistes était celui chez qui il logeait…

Tout le monde s’ attendait à ce que cet écrivain Catholique et Royaliste soutienne le Franquisme.

Il n’en fut rien.

Pour Bernanos, un crime contre l’ humanité reste un crime contre l’ humanité quand bien même les responsables prônaient des valeurs qui étaient les siennes. Pour Bernanos, l’ homme n’est pas le résultat de ses fins, mais des moyens qu’ il a employé.

Ce livre fut accueilli avec jubilation par toute la gauche Française et mondiale et avec consternation par les milieux conservateurs.

Revenu en France, et toujours aussi impécunieux, il décide de partir pour le Brésil tant il voit arriver avec angoisse la prochaine guerre.

Et il s’en va vivre au milieu de nulle part, dans la campagne, dans le Minas Gerais.

Et c’est la qu’il va vivre pendant la seconde guerre mondiale, avec sa famille

Et la, il écrira de nombreux articles pour le principal journal Brésilien qui sont tout simplement prodigieux.

Cet homme, perdu au milieu de la campagne, sans aucune nouvelle, comprend tout, analyse tout. Il écrit des articles admirables sur le martyr du peuple Juif, il pense à la France et aux Français, à la résistance, à de Gaulle à Pétain, à Maurras, son ancien ami.

Je ne saurais trop recommander d’acheter dans la Pléiade le texte complet de ses articles de guerre.

Ils sont extraordinaires.

Rentré en France après la guerre, de Gaulle essaie “de l’attacher à son char” selon l’expression de Malraux.

Il refuse, écrit le dialogue des Carmélites et meurt.

Ce que j’ai toujours aimé chez Bernanos, c’est cette complexité.

Il est ” de droite” et Catholique et il ne s’en cache pas.

Mais pour lui, dire la Vérité, sa Vérité est plus important que de soutenir son camp qui à l’époque était le clan des bien pensants.

Une idée fausse est une idée fausse, même si elle est soutenue par un ami.

Un crime reste un crime, et la raison d’État n’existe pas.

Dieu ne sait compter que jusqu’à un, comme le disait Frossard et la grande affaire de chaque vie c’est le Salut individuel.

Quel rapport avec Zemmour me direz vous?

Plus qu’il n’ y paraît, peut être.

Je soupçonne  Zemmour non seulement d’aimer la France, mais d’aimer, comme Bernanos, la France des Philosophes, des Saints et des Cathédrales.

Certes, il n’est pas ” Catholique” mais en le lisant je me dis qu’il doit aimer cette France qui a commencé bien avant 1789.

A mon avis, et je peux me tromper, Zemmour aime la France d’avant et d’après 1789, ce qui en fait, pour ceux pour qui l’histoire de France a commencé à la Révolution, un homme de droite.

Bernanos n’avait pas le droit de dire du mal du Franquisme puisqu’il il était de droite et Catholique.

Pour les bien pensant de notre époque, Zemmour, juif, d’un milieu modeste venant d’un terreau de gauche ne devrait pas dire du bien de la France éternelle ni dire du mal de l’ entreprise de destruction dont elle est l’objet en ce moment.

Et pourtant il le fait.

Et donc je retrouve avec jubilation chez Zemmour ce côté « Prophète d’ Israël » qu’avait Bernanos.

Ces hommes ne PEUVENT PAS ne pas dire la vérité telle qu’ils la perçoivent.

Ils sont comme possédés par le besoin qu’ils ont de porter témoignage de ce qu’ils voient et entendent.

Certes, Zemmour n’a pas la dimension mystique de Bernanos ni la capacité de ce dernier a comprendre les agonies de l’âme humaine ( ie :les page sur le suicide de Mouchette sont hallucinantes et ne peuvent avoir écrites que par un médium), mais Zemmour me semble avoir ce besoin incoercible de parler pour énoncer ce qui lui semble être la vérité.

Et je trouve fascinant qu’entre un paysan Picard et un petit émigré de la première génération on puisse trouver de telles similitudes.

La France est décidément un bien grand pays pour susciter un tel amour.