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Jean-Baptiste Noé

Vaccination : une image de la puissance mondiale

L’état actuel des vaccinations de covid présente une photographie de la puissance mondiale, distinguant les pays qui ont su planifier la vaccination, ceux qui n’ont pas su et ceux qui ne peuvent pas. Le classement des pays ayant le plus vacciné offre quelques surprises, mais démontre aussi la puissance affirmée de l’Occident.

 

Tout au long de cette crise sanitaire, l’Union européenne a néanmoins montré son impuissance à apporter une solution pérenne et  se retrouve aujourd’hui distancée par les autres pôles politiques. Les États-Unis, le Royaume-Uni et Israël ont fait mieux qu’elle pour vacciner sa population et pour ainsi entrouvrir une sortie de piste. L’affaire était pourtant entendue : seule l’union des États d’Europe devait permettre d’acheter des doses de vaccins en grande quantité et en la matière, le Royaume-Uni ne pourrait être que largement distancé, comme le répétait encore en février dernier le député Jean-Louis Bourlanges, éternel thuriféraire de l’UE. Force est de constater que cette stratégie a échoué. Non seulement aucun pays de l’UE n’a produit de vaccin (ni l’Allemagne ni la France), mais ceux-ci sont en retard en matière de vaccination par rapport à leurs homologues du camp occidental.

 

Vaccination : forts contrastes mondiaux

 

Mi-mars, 24.8% de la population américaine avait reçu au moins une dose de vaccin et 13.4% les deux doses. Dans l’UE, ce sont au contraire 9.2% de la population qui a reçu une dose et 4% qui a reçu deux doses. L’écart entre les deux entités politiques est considérable. Cette page internet du site du Wall Street Journal[1] permet de suivre l’évolution de la vaccination dans chaque pays. Elle montre que la plupart des pays du monde sont encore très en retard en matière de vaccination. Les pays qui ont le plus vacciné sont (% de population ayant reçu les deux doses) : Israël (53.1%), les Seychelles (28.2%), les Émirats arabes unis (22.1%) et Monaco (21.2%). Le Chili, la Serbie, Malte et Guernesey sont bien positionnés, avec une population vaccinée oscillant entre 15% et 10% de la population totale. Malte est ainsi le pays de l’UE qui a le plus vacciné sa population. La France est à 3.6%, à quasi-égalité avec le Royaume-Uni (3.4%), mais ce dernier à 41.9% de sa population qui a reçu au moins une dose, contre 9.1% pour la France. Quant à la Russie, en dépit du fait d’avoir développé son propre vaccin, seulement 1.9% de la population a reçu deux doses, et 3.9% une dose.

 

Certains pays montrent un retard surprenant. Par exemple la Nouvelle-Zélande, dont le Premier ministre se veut à la pointe du progressisme mondial et ne cesse d’additionner les confinements hyper restrictifs, n’a que 0.6% de sa population qui a reçu une dose et 0% deux doses ; des chiffres identiques à ceux de l’Australie. Hong Kong est aussi très en retard, avec 5.1% pour une dose et 0% pour deux doses. L’Inde, qui produit de nombreux vaccins contre le coronavirus et d’autres maladies, a elle aussi des chiffres très bas, avec 0.6% pour deux doses et 2.9% pour une dose. Il est vrai toutefois que sa population est fort nombreuse, mais cela démontre néanmoins d’importants problèmes de logistiques. Quant à la Chine, aucune donnée n’est disponible sur ce site, ce qui témoigne de sa grande opacité dans ce domaine, comme dans beaucoup d’autres.

En nombre de doses injectées :

Israël a injecté 9,8 millions de doses, soit presque l’équivalent de la population de l’Île-de-France ;

Les États-Unis 128 millions ;

La Turquie 13,5M ;

L’Union européenne 60,5M ;

L’Allemagne 11,1M ;

La France 8,8M ;

Le Royaume-Uni 30,7M et l’Inde a tout de même injecté 50,8 millions de doses.

 

L’UE n’a injecté que deux fois plus de doses que le Royaume-Uni et la Turquie fait mieux pour l’instant que l’Allemagne et la France.

 

Par continent :

Asie : 192 millions de doses (la Chine n’est pas incluse)

Amérique du Nord : 140M

Europe : 105M

Amérique du sud : 30M

Afrique : 8,4M

 

Une géographie des forces et des puissances

 

La géographie de la vaccination peut dessiner des approches médicales et curatives différentes, mais démontre aussi la réalité des puissances mondiales. Certes, pour une puissance, le PIB est important, comme la présence d’une armée de pointe et de grandes firmes internationales. Mais savoir réagir à une crise grave et en sortir le plus rapidement possible est tout aussi important. Sinon, à quoi sert la puissance ? L’état des vaccinations à la mi-mars 2021 est donc un excellent tableau des rapports de force dans le monde et de l’état réel des puissances mondiales. Or celui-ci démontre que l’Afrique et une très grande partie de l’Asie sont à la traine, alors que les États-Unis et les pays d’Europe (UE et non UE) sont bien placés. Il y a également quelques pays bien gérés qui tirent leur épingle du jeu, comme le Chili, 5e pays mondial en matière de vaccination (15.6% ; 30%), alors que son voisin argentin est très loin derrière (1.3% ; 5.6%). Les Chicago Boys l’emportent une fois de plus sur les péronistes, n’en déplaise à ceux qui vivent dans la nostalgie du tiers-mondisme. Les ONG et les humanitaires pourront en appeler à l’aide internationale et à la solidarité mondiale, cette crise démontre une fois de plus qu’un pays bien géré et bien structuré, où la corruption est faible et l’organisation sociale forte, est mieux à même de surmonter les crises graves. Il ne s’agit pas en effet de donner des doses de vaccins aux pays pauvres pour résoudre les problèmes, encore faut-il assurer toute la logistique vaccinale, de la conservation à l’administration.

 

Échec de l’État stratège

 

Ce que démontre cette crise, notamment pour la France, c’est un nouvel échec de l’État stratège. Qu’il y ait autant d’atermoiement sur la stratégie vaccinale en dit long sur la dérive de l’administration. En décembre dernier, Olivier Véran avait dit s’opposer à la mise en place de « vaccinodromes », le gouvernement vient finalement de les accepter. Tout est fait de façon hiératique et contradictoire pour savoir qui peut vacciner et qui doit être vacciné. Si le Commissariat général au Plan doit servir à quelque chose, ce devrait être justement à planifier une vaccination massive de la population. Or, celle-ci aurait dû être préparée dès avril 2020, même si à l’époque on ne savait pas encore quand les doses arriveraient. Il s’agit de définir qui doit être vacciné (quel type de population en fonction de l’âge et des comorbidités), quels territoires sont prioritaires (a priori les grands centres urbains), et qui peut vacciner. Ensuite, la logistique doit gérer la production, le transport et la conservation des vaccins, avec les outils nécessaires (seringues, aiguilles, etc.) et définir le type de lieux où les vaccins peuvent être administrés. Tout cela est notamment prévu par le « Plan national de lutte et de prévention pandémie grippale », dont la dernière version date d’octobre 2011, et qui fut mise à jour après l’épisode du H1N1. Le chapitre 2.3 est ainsi intitulé « Mesures transverses. Vaccination et communication ». Il y est notamment expliqué comment réaliser une vaccination de grande ampleur, en s’appuyant sur les exemples du passé. Ce plan de lutte est édité par le ministère de l’Intérieur, avec l’aide du ministère de la Santé, et peut être consulté en accès libre sur internet[2]. Le gouvernement n’avait donc pas besoin d’inventer de nouvelles choses, il lui suffisait d’appliquer les directives décidées à froid pour faire face à chaud à des situations de crise. Mais visiblement, l’administration n’est pas capable de suivre les directives qu’elle a elle-même élaborées. À quoi servent tous ces plans de crise s’ils ne sont pas appliqués lorsque la crise arrive ?

 

Au regard du reste du monde, l’UE ne s’en sort pas si mal, mais c’est la moindre des choses compte tenu des moyens financiers et humains dont dispose cette entité. Au regard du reste du bloc occidental, notamment des États-Unis, du Royaume-Uni, d’Israël et du Chili, l’UE est très en retard. Quant à la France, cette crise a démontré que l’hôpital public est à bout et qu’il ne manque pas tant de moyens que de bon usage et de juste répartition de ces moyens. Une fois la crise finie, il faudra évaluer les raisons de cet échec et dresser les réformes à faire pour l’éviter de nouveau. Les raisons sont connues et ont été énoncées depuis fort longtemps. La gestion étatique et de l’hôpital et de la santé est une impasse, l’accumulation des normes administratives empêche l’agilité nécessaire durant les crises, renforcée par le fait que les plans sanitaires élaborés pour ces occasions-là ne sont jamais suivis. Le plus grand risque, la plus grande défaite, serait que nous ne tenions pas compte de ces échecs et qu’aucune réforme ne soit réalisée. Ce devrait pourtant être le thème central de la prochaine élection présidentielle.

 

 

 

 

 

[1] https://www.wsj.com/articles/tracking-covid-19-vaccine-distribution-11611355360?mod=hp_listb_pos1

 

[2] https://www.gouvernement.fr/sites/default/files/risques/pdf/plan_pandemie_grippale_2011.pdf