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Sur l’ingouvernabilité de ce monde, et des moyens d’y remédier

 

 

 

   Les constats sont faits depuis lurette, mais nous ne réagissons pas. Parce que nous sommes bêtes et lâches. Parce que nous ne comprenons au monde si complexe qui déroule ses effets spécieux sous notre regard pétrifié de spectateur hagard. Alors qu’il s’agirait de penser la France et le monde sur trente ans au moins, ou cinquante, et sans hybris. Personne ne veut le faire ici parce que l’avenir est terrifiant : islamisation d’un côté, dégenrification de l’autre. Marasme économique, concurrence internationale destructrice, déstabilisation politique globale, déchristianisation. Mais une France qui ne pense pas son avenir n’est plus une France. C’est une Belgique au mieux.

Cette France-ci est-elle encore gouvernable ? Sans doute pas. Et par personne. Est-ce une si mauvaise nouvelle ? Peut-être pas.

L’obéissance est morte, c’est une certitude. Ce monde repose sur l’illusion bien éventée que quelqu’un le gouverne, et nous continuons de faire semblant, mais nous savons tous que chacun fait semblant. Le premier qui dira cette vérité sera exécuté. Mais peut-on faire semblant de faire semblant ? Si l’obéissance est morte, alors les temps sont venus. Les temps de la véritable insurrection, celle qui sera capable de retourner la désobéissance en quelque chose de supérieur. Le grec possède un mot merveilleux, celui d’anastasis, qui signifie à la fois insurrection et résurrection. La recherche du pouvoir étant la force la plus profondément inscrite dans le coeur humain, il est logique qu’elle se soit désormais répandue partout. Mais nul n’acceptant réellement d’obéir, ce pouvoir reste toujours vain et fictif. Pis, il ne demeure en réalité que la séduction pour singer le pouvoir. Et ceux qui se font séduire, se vantant néanmoins d’être libres, sont en réalité plus asservis que le dernier des esclaves. Car nulle coercition, sinon la faiblesse de leur coeur, ne les a contraints. Le monde des narcisses est le monde des serfs. Serfs d’eux-mêmes, ils le deviennent les uns des autres. Et leur prétendue fraternité n’est que le masque de leurs désirs vains. Ainsi ce monde est Macron, la marionnette absolue de cette fausse vérité.

Mais nous, chrétiens, parce que c’est ainsi que nous parlons et raisonnons quoique nous en ayons, finalement nous ne respectons rien de ce que ce monde croit respectable, parce que son ordre n’est pas le nôtre. Il faut un ordre, il nous faut un ordre, mais pas celui-ci. Les ordres religieux par exemple ne sont jamais bâtis selon la logique du monde. Il faudra donc désormais gouverner dans l’absence d’obéissance. Et c’est une bonne chose. De tout chaos, on peut tirer un nouvel ordonnancement du monde. Mais qui ne soit pas un retour à l’ancien. Au contraire, une croissance vers la liberté.

L’époque, comme les Gilets jaunes, parle de référendum d’initiative populaire ou citoyenne. Ce n’est pas sot ni inutile. Le risque demeure pourtant que cette nouvelle forme de démocratie tourne en rond, ou ne se limite à des sujets économiques et de niveau de vie, certes vitaux mais non essentiels ; ou qu’elle se permette d’outrepasser des limites naturelles au nom d’une volonté populaire indéfinie. L’ordre de demain reste à trouver. Un ordre qui ne repose plus sur l’obéissance passée et habituelle à des hommes dont le pouvoir est indu et non justifié. Un ordre qui retrouve le sens de la vraie obéissance, et des lois éternelles inscrites dans le coeur de l’homme, c’est-à-dire obéissance à un donné supérieur.

 

En occident, depuis au moins Socrate, tout dialogue est une insurrection. Par nature. A l’opposé du « despotisme oriental » révélé par Marx. Pour résoudre l’équation et l’énigme de cette ingouvernabilité, il faut parvenir à définir précisément les critères d’obtention d’un droit, qui est toujours une créance. Sans cela, l’inflation des réclamations de droits sera infinie et l’humanité autodétruite. En apparence, la raison seule ne permet pas de limiter ces droits. Leurs tenants sont inaccessibles au moindre discours de raison. Preuve le mariage entre personnes homosexuelles : d’un droit relativement simple et admissible, celui d’hériter d’un proche, d’un con-vive, d’un com-pagnon, on est passé au droit de fonder une famille et partant d’adopter des enfants et partant d’en fabriquer. Ainsi peut-on déduire une première prescription : un droit ne peut exiger l’asservissement d’un autre être humain. Sed contra, les droits de l’enfant exigent un certain asservissement de ses parents à sa cause et à son sort. La politique n’est pas cette délégation de puissance divine chère à Bodin. Elle n’est que la part maudite et les rois sous le ciel des victimes désignées pour assumer cette tâche de malédiction. Comme le dit la Genèse à propos du travail, du mal politique on peut tirer un bien supérieur pour l’homme. Mais il ne faut pas oublier qu’il ne vient pas du Bien, et qu’à ce titre le pouvoir n’est jamais désirable.

 

 

Parti de l’ordre contre camp conservateur

Le rôle historique de la droite est de sauver le monde de la gauche. Nous sommes là pour faire peur, renverser la table. Cesser de s’excuser, de demander la permission. Cesser d’avoir les yeux rivés sur la gauche. Penser que c’est nous qui avons quelque chose à dire : parler de et à toutes les droites, mais ayant redéfini ce terme.

Car preuve est faire qu’un camp conservateur-libéral est impossible en France. C’est la leçon. À moins que l’on considère que Versailles et Neuilly lorsqu’ils votent Macron incarnent ce camp. En réalité, la France contemporaine possède un parti de l’ordre opposé au parti conservateur, c’est cela qu’il faut voir. Qu’on en juge : les catholiques réellement pratiquants votent pour 84% d’entre eux, ce qui en fait le corps électoral le plus fiable et le plus impliqué dans la vie de la cité. Mais 43% de ceux-là ont choisi Lors des européennes de 2019 la liste de La République en marche. C’est-à-dire que lorsque je vais à l’église le dimanche, presque la moitié de l’assistance choisit Emmanuel Macron. Il est effrayant surtout que les chiffres de ce vote recoupent ceux de l’ouest de Paris, autant les grands arrondissement bourgeois, VIIè, VIIIè, XVe, XVIè, que les départements des Hauts-de-Seine et des Yvelines où plus une commune est riche plus elle accorde de suffrages à Emmanuel Macron et à ses sbires. L’ordre règne et il s’appelle l’Argent. C’est la seule explication de ce vote.

Pour faire sauter le Macron nouveau – et nouveau d’être très ancien – il y a trois conditions à réunir : bâtir un programme crédible, c’est-à-dire inverser le sens de rotation du cercle de la raison ;  réunir et former des cadres, de l’intelligence, c’est-à-dire ce que l’on nommait naguère une aristocratie, plus intéressée par le bien commun et le service général que par les honneurs, l’argent et la domination ; et trouver le bon candidat. Le reste suivra.

Mais sélection qui vient de se dérouler a montré que nous étions pour l’instant incapable d’aucune de ces trois conditions. La route sera longue vers la victoire.