https://institutdeslibertes.org/socialisme-outre-atlantique/
Jean-Claude Gruffat

Socialisme outre Atlantique…

Bien que titulaire de la double nationalité française, et américaine, et résident de longue date à New York, je me place aujourd’hui du point de vue de l’observateur européen, qui découvre avec effarement que le favori à ce stade du ticket démocrate pour la présidentielle du 3 Novembre 2020 aux États Unis, n’est autre que Bernie Sanders, qui se définit comme “ socialiste démocratique”.

Je dois avouer que j’ai un problème de définition, et Sanders n’aide pas beaucoup.

Presse de clarifier ce qu’il entend par cette qualification, il renie en partie ses attachements passés avec les Sandinistes du Nicaragua, et les communistes castristes.

Et cite les pays scandinaves, Danemark, Suède et Norvège.

Qui ne sont pas des pays socialistes.

S’agirait-il de “Social Démocratie”, programmes sociaux avancés, taxation élevée notamment sur les individus, rôle important des syndicats et des représentants du personnel dans la gestion des entreprises, mais propriété privée des entreprises, et libre marche des capitaux.

Plus protection des libertés.

Dans Libération, Laurent Joffrin lui aussi assimile Sanders aux sociaux-démocrates européens et ses propositions à une partie du programme mis en œuvre en 1945 par la coalition gaullo- socialo – communiste…

Ce n’est pas à mon sens une présentation exacte de la personnalité et des convictions réelles de Sanders, qui n’entend pas modifier le système, mais bien plutôt le renverser par une révolution, dans les urnes…Sans doute, car dimanche dernier dans l’émission 60’ Sanders est revenu sur le régime castriste pour ignorer les pelletons d’exécution de Che Guevara et l’emprisonnement des opposants pour ne retenir et louer que les politiques éducatives du régime cubain..

Cette maladresse ou provocation va lui coûter cher car elle est et sera exploitée d’abord par les 6 ou 7 candidats qui l’affrontent à la primaire, mais aussi et surtout par la Trump Pence Victory 2020, la machine qui rassemble le Republican National Committee, et les proches de Trump dont certains sont des membres de sa famille.

Les résultats des premiers caucus, et primaires, Iowa, New Hampshire, Nevada, bientôt South Carolina, plus certains sondages, le démontrent, une partie croissante des citoyens américains, 40%, et plus de 50% des jeunes de moins de 30 ans, considèrent qu’un régime “socialiste” est préférable à la libre entreprise et au capitalisme.

Ceci s’explique par une ignorance crasse de la réalité des expériences socialistes de par le monde.

Et une adhésion enthousiaste aux analyses biaisées de Thomas Piketty et de ses disciples français, qui pour certains, enseignent dans les universités américaines, où ils bénéficient de situations bien plus confortables qu’en Europe..

Thomas Philippon à NYU, et surtout Gabriel Zucman et Emmanuel Saez a UCLA Berkeley..

Refuse à Harvard, Zucman en coordination avec Saez est largement l’inspirateur des projets de taxation de la fortune, repris par le sénateur Elisabeth Warren, et Bernie Sanders.

Leur argumentation est fondée sur leur affirmation que le dixième d’un pour cent des contribuables américains – moins de 250000 personnes – avec une fortune moyenne de $70MM chacun – détiendrait 19,3% de la richesse totale – chiffres de 2018.

Ces analyses soutiennent les propositions de taxation accrue défendues par l’ensemble des candidats à l’investiture démocrate, et non pas seulement le courant dit “progressiste” de Sanders, Warren, mais aussi les supposés modérés, y compris l’ancien maire de New York Michael Bloomberg et le VP d’Obama, Joe Biden.

Ces taxations accrues financeraient des programmes tels que le “Green New Deal”, un pari quasi exclusif sur les énergies renouvelables, et la nationalisation du système de couverture des dépenses de santé, dite “Medicare for all”, endossée par Warren et Sanders, mais contestée par les autres candidats.

Qui soutiennent plutôt des extensions de l’ Affordable Care Act dit Obamacare.

Aussi l’annulation des dettes souscrites pour financer les études, une bombe financière en attente d’explosion, type la crise des sub primes…

Et maintenant une scolarisation gratuite dans la prime enfance annoncée récemment par Sanders.

Certes l’administration Trump n’est pas un modèle de rigueur budgétaire.

Les baisses d’impôts sur les sociétés n’ont pas été combinées avec des réductions de dépenses, mais bien plutôt avec un cumul bi partisan de programmes dits sociaux, chers à la gauche, et militaires endossés par les néo conservateurs dits “faucons”.

Auxquels s’ajoutent les hausses annuelles des programmes dits Medicare, Medicaid et Social Security, 63 ou 64% du budget fédéral, non soumis à appropriation par le Congrès.

Les programmes agressifs et démagogiques de Warren et Sanders contribueront encore à détériorer le déséquilibre budgétaire.

L’extension Medicare for all de Sanders n’est pas financée…

Ce dernier peut-il remporter la primaire démocrate ?

Cela est tout à fait envisageable, mais ne conduirait pas nécessairement à la naissance de l’Union des États Socialistes Américains…

Sanders peut gagner contre Trump si il y a une forte mobilisation des minorités dans les États identifiés préalablement.

Mais il est peu vraisemblable qu’il dispose d’une majorité à la Chambre, sous contrôle démocrate depuis 2018, et au Sénat républicain …

En revanche Trump peut avoir un effet d’entraînement, dit “coat tail”, et récupérer une majorité au Congrès.

Sollicité par un sondage très récent, une majorité des électeurs sans considération d’affiliation partisane, croit à la réélection de Trump, du fait de profondes divisions chez les démocrates, géographique, socio économique, sociétales et même religieuse.

Aussi du fait de l’absence de candidats tiers, 3 en 2016, qui avaient reçu au total 7 millions de votes.

Des démocrates dits centristes ne voteront pas Sanders,

Les électeurs de Sanders ou Warren auront de la peine à enregistrer un vote Bloomberg.

En dépit des proclamations de tribune sur la nécessité de faire de Trump un président d’un seul mandat.

L’Amérique est aussi protégé par un système électoral contesté car le gagnant du scrutin national n’est pas toujours le vainqueur au collège électoral , chaque État sauf le Maine, donnant l’intégralité de ses votes au gagnant avec un nombre de suffrages égal a la somme des sénateurs et représentants du dit État.

Ce fut le cas en 2000 pour Bush 43 contre Gore, en 2016 pour Trump ..

Et il est possible que ce phénomène se répète en 2020.

Comme le déclarait Benjamin Franklin après la Convention de Philadelphie, les Peres Fondateurs voulaient instituer une République, pas une démocratie.

Ceci demeure l’idéal de beaucoup d’Américains.