2 March, 2020

Socialisme outre Atlantique…

Bien que titulaire de la double nationalité française, et américaine, et résident de longue date à New York, je me place aujourd’hui du point de vue de l’observateur européen, qui découvre avec effarement que le favori à ce stade du ticket démocrate pour la présidentielle du 3 Novembre 2020 aux États Unis, n’est autre que Bernie Sanders, qui se définit comme “ socialiste démocratique”.

Je dois avouer que j’ai un problème de définition, et Sanders n’aide pas beaucoup.

Presse de clarifier ce qu’il entend par cette qualification, il renie en partie ses attachements passés avec les Sandinistes du Nicaragua, et les communistes castristes.

Et cite les pays scandinaves, Danemark, Suède et Norvège.

Qui ne sont pas des pays socialistes.

S’agirait-il de “Social Démocratie”, programmes sociaux avancés, taxation élevée notamment sur les individus, rôle important des syndicats et des représentants du personnel dans la gestion des entreprises, mais propriété privée des entreprises, et libre marche des capitaux.

Plus protection des libertés.

Dans Libération, Laurent Joffrin lui aussi assimile Sanders aux sociaux-démocrates européens et ses propositions à une partie du programme mis en œuvre en 1945 par la coalition gaullo- socialo – communiste…

Ce n’est pas à mon sens une présentation exacte de la personnalité et des convictions réelles de Sanders, qui n’entend pas modifier le système, mais bien plutôt le renverser par une révolution, dans les urnes…Sans doute, car dimanche dernier dans l’émission 60’ Sanders est revenu sur le régime castriste pour ignorer les pelletons d’exécution de Che Guevara et l’emprisonnement des opposants pour ne retenir et louer que les politiques éducatives du régime cubain..

Cette maladresse ou provocation va lui coûter cher car elle est et sera exploitée d’abord par les 6 ou 7 candidats qui l’affrontent à la primaire, mais aussi et surtout par la Trump Pence Victory 2020, la machine qui rassemble le Republican National Committee, et les proches de Trump dont certains sont des membres de sa famille.

Les résultats des premiers caucus, et primaires, Iowa, New Hampshire, Nevada, bientôt South Carolina, plus certains sondages, le démontrent, une partie croissante des citoyens américains, 40%, et plus de 50% des jeunes de moins de 30 ans, considèrent qu’un régime “socialiste” est préférable à la libre entreprise et au capitalisme.

Ceci s’explique par une ignorance crasse de la réalité des expériences socialistes de par le monde.

Et une adhésion enthousiaste aux analyses biaisées de Thomas Piketty et de ses disciples français, qui pour certains, enseignent dans les universités américaines, où ils bénéficient de situations bien plus confortables qu’en Europe..

Thomas Philippon à NYU, et surtout Gabriel Zucman et Emmanuel Saez a UCLA Berkeley..

Refuse à Harvard, Zucman en coordination avec Saez est largement l’inspirateur des projets de taxation de la fortune, repris par le sénateur Elisabeth Warren, et Bernie Sanders.

Leur argumentation est fondée sur leur affirmation que le dixième d’un pour cent des contribuables américains – moins de 250000 personnes – avec une fortune moyenne de $70MM chacun – détiendrait 19,3% de la richesse totale – chiffres de 2018.

Ces analyses soutiennent les propositions de taxation accrue défendues par l’ensemble des candidats à l’investiture démocrate, et non pas seulement le courant dit “progressiste” de Sanders, Warren, mais aussi les supposés modérés, y compris l’ancien maire de New York Michael Bloomberg et le VP d’Obama, Joe Biden.

Ces taxations accrues financeraient des programmes tels que le “Green New Deal”, un pari quasi exclusif sur les énergies renouvelables, et la nationalisation du système de couverture des dépenses de santé, dite “Medicare for all”, endossée par Warren et Sanders, mais contestée par les autres candidats.

Qui soutiennent plutôt des extensions de l’ Affordable Care Act dit Obamacare.

Aussi l’annulation des dettes souscrites pour financer les études, une bombe financière en attente d’explosion, type la crise des sub primes…

Et maintenant une scolarisation gratuite dans la prime enfance annoncée récemment par Sanders.

Certes l’administration Trump n’est pas un modèle de rigueur budgétaire.

Les baisses d’impôts sur les sociétés n’ont pas été combinées avec des réductions de dépenses, mais bien plutôt avec un cumul bi partisan de programmes dits sociaux, chers à la gauche, et militaires endossés par les néo conservateurs dits “faucons”.

Auxquels s’ajoutent les hausses annuelles des programmes dits Medicare, Medicaid et Social Security, 63 ou 64% du budget fédéral, non soumis à appropriation par le Congrès.

Les programmes agressifs et démagogiques de Warren et Sanders contribueront encore à détériorer le déséquilibre budgétaire.

L’extension Medicare for all de Sanders n’est pas financée…

Ce dernier peut-il remporter la primaire démocrate ?

Cela est tout à fait envisageable, mais ne conduirait pas nécessairement à la naissance de l’Union des États Socialistes Américains…

Sanders peut gagner contre Trump si il y a une forte mobilisation des minorités dans les États identifiés préalablement.

Mais il est peu vraisemblable qu’il dispose d’une majorité à la Chambre, sous contrôle démocrate depuis 2018, et au Sénat républicain …

En revanche Trump peut avoir un effet d’entraînement, dit “coat tail”, et récupérer une majorité au Congrès.

Sollicité par un sondage très récent, une majorité des électeurs sans considération d’affiliation partisane, croit à la réélection de Trump, du fait de profondes divisions chez les démocrates, géographique, socio économique, sociétales et même religieuse.

Aussi du fait de l’absence de candidats tiers, 3 en 2016, qui avaient reçu au total 7 millions de votes.

Des démocrates dits centristes ne voteront pas Sanders,

Les électeurs de Sanders ou Warren auront de la peine à enregistrer un vote Bloomberg.

En dépit des proclamations de tribune sur la nécessité de faire de Trump un président d’un seul mandat.

L’Amérique est aussi protégé par un système électoral contesté car le gagnant du scrutin national n’est pas toujours le vainqueur au collège électoral , chaque État sauf le Maine, donnant l’intégralité de ses votes au gagnant avec un nombre de suffrages égal a la somme des sénateurs et représentants du dit État.

Ce fut le cas en 2000 pour Bush 43 contre Gore, en 2016 pour Trump ..

Et il est possible que ce phénomène se répète en 2020.

Comme le déclarait Benjamin Franklin après la Convention de Philadelphie, les Peres Fondateurs voulaient instituer une République, pas une démocratie.

Ceci demeure l’idéal de beaucoup d’Américains.

 

Auteur: Jean-Claude Gruffat

Jean-Claude Gruffat est, depuis avril 2011, en charge des relations globales avec les filiales de grands groupes européens chez CITIGROUP à New-York. Citigroup où il fût pendant 10 ans au préalable en charge de la gestion corporate and investment banking des équipes en France, en Belgique et au Luxembourg. De 2008 à 2011, il fut président de la chambre de Commerce Américaine. Il est Gouverneur de l'American Hospital à Paris Jean-Claude Gruffat est titulaire d'un doctorat d'Etat en Droit Public ainsi que d' une Maitrise de Science Politique de l’Université de Lyon. Il a également suivi en 1987 le Stanford Executive Program, GSB, Stanford University, Californie.

9 Commentaires

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  • Michael

    8 March 2020

    L’Union européenne comme système de pouvoirs s’apparente-elle plutôt à une République ou à une Démocratie,au delà du fait qu’elle n’est pas un Etat?

    Et la République française, est-elle en fait plutôt la Démocratie française? Où” vous avez juridiquement tort parce que vous êtes minoritaire” Laignel bien sûr en 1981…est-ce toujours vrai (pour autant que ça l’ait été à l’époque)?

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  • Kiwixar

    4 March 2020

    “Ceci s’explique par une ignorance crasse de la réalité des expériences socialistes de par le monde.”

    Ou bien par une connaissance intime des “bienfaits” du capitalisme de connivence, sauvage US, où les 1% du haut se gavent comme des gorets du socialisme de l’hélicoptère de la FED, du déluge de pognon de dingue inondant le complexe militaro-industriel… pendant que les 20% du bas crèvent dans le caniveau (pour ceux qui peuvent se payer un caniveau) et que les 30% au-dessus s’appauvrissent, ne peuvent pas se payer un toubib, de l’insuline à 800$ et doivent enchaîner 2 voire 3 boulots pour ne pas sombrer.

    La réalité des “expériences” socialistes (le raccourcissement et les lampadaires) est le seul message que les mal-comprenants semblent piger.

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    • Pierre 82

      4 March 2020

      “Mal nommer les choses c’est ajouter au malheur du monde”, avait dit Camus.
      Les marxistes, qui recherchent le malheur du monde (volontairement ou pas, la question reste ouverte), ont utilisé cette voie à leur profit.
      On est arrivé à un point où le capitalisme de connivence est appelé “capitalisme” ou même “libéralisme” (ultra, turbo, ou autre).
      Or, un être sensé ne peut pas être en faveur de ce capitalisme de connivence (qui consiste effectivement à voler les pauvres pour donner aux riches). Donc par glissement sémantique, un être sensé ne peut être libéral.
      Pendant ce temps-là, presque plus personne ne se réclame du “communisme”, car on sait que ce système est criminel. Et le mot “socialisme” a fleuri, qui dans la tête de beaucoup, signifie une gentille redistribution de ceux qui ont trop vers ceux qui n’ont pas assez. C’est mignon.
      Les marxistes ont définitivement gagné cette guerre-là. Imposer le socialisme aux jeunes est un jeu d’enfant, d’autant qu’ils ont le monopole de l’éducation nationale.
      Le mot “libéralisme” est devenu maudit, et s’en réclamer est devenu un exercice périlleux.
      Quosuque tandem?, aurait dit Cicéron.

    • JC Gruffat

      8 March 2020

      Le crony capitalism est un vrai sujet, il explique la passivité des grandes entreprises face aux progamnes délirants des candidats démocrates..

  • Anseaume

    3 March 2020

    Excellent !

    Pour un modeste lecteur comme moi, pouvez-vous SVP éclairer la différence entre démocratie et République ?

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    • J. C gruffat

      8 March 2020

      Bien sûr , excellente question, la république est un système équilibré de partage du pouvoir ou aucun des 3 pouvoirs, définis par Locke ou Montesquieu ne domine.
      La démocratie donne un pouvoir non partagé au vainqueur des élections, 50% plus.
      L’Amerique est un pays fédéral, ou les États equilibrent
      Le fédéral,, ou la Cour Suprême à une veritable autorité, ou le législatif a des pouvoirs importants, le budget, la politique étrangère par les appropriations budgétaires,..
      Ce système a été établi par les pères fondateurs de la déclaration d’indépendance et de la constitution pour éviter le retour à la monarchie absolue.

  • Hélipale

    3 March 2020

    Le socialisme est une maladie. Il faudrait enlever les droits politiques à toute personne se disant socialiste.

    Bernie Sanders est un authentique socialiste. Il croit et clame à la distribution de trucs «gratuits» en permanence et pour tout le monde.. Et il a dit à plusieurs reprises qu’il avait l’intention de nationaliser les systèmes de production. Et le Projet Veritas a mis au jour que nombre de Bernie Bros sont de vrais communistes, vantant les goulags, et disant qu’il faudrait prendre le pouvoir par les armes si cela ne fonctionnait pas par les urnes. En dépit de ces mises-à-jour Bernie Sanders n’a pas désavoué ces gens et ils font toujours partie de son équipe de campagne.

    De même, il incarne lui-même les problèmes du collectivisme:

    https://thefederalistpapers.org/opinion/bernie-sanders-asked-leave-hippie-commune-laziness

    Et monsieur ne se déplace pas avec moins de trois gulfstreams, y compris pour faire 100km:

    https://www.zerohedge.com/political/bernie-boards-wrong-private-jet-awkward-senior-moment

    C’est incroyable à quel point les élites caviars veulent imposer le socialisme au peuple, pendant que le peuple veut qu’on lui foute la paix. C’est quoi leur problème? Si ces gens s’ennuient, ils peuvent se mettre à bosser, et si ils s’intéressent vraiment à la condition de leurs pairs, ils peuvent créer un organisme de charité. Comme le disait Shafarevitch, ces gens sont mus par l’instinct de mort («Thanatos» selon l’expression de Freud) (voir à ce sujet l’ouvrage collectif coordonné par Soljénitsyne «Des voix sous les décombres», dans lequel il rappelle que les goulags ont fait 70 millions de morts – on peut prendre les chiffres officiels du parti et du gouvernement, qui ont été connus pour être des champions de la vérité, ou Soljénitsyne qui est un vil contre-révolutionnaire assoiffé se sang et qui mange des petits bébés tous les matins).

    Qui sera le gagnant de la primaire démocrate? Difficile à dire. Mais le parti est en train d’imploser. Bien des américains démocrates ne sont pas socialistes, et Bernie les répulse. Ils voteront Bloomberg ou Biden. De l’autre côté, il y a tous les coupeurs de têtes qui votent Bernie. Biden perdant la tête, j’avais cru que les modérés se rueraient sur Bloomberg-Hitlery; la victoire de Biden en Caroline du Sud montre que j’avais tort. Le gagnant de cette course sera donc probablement Biden, mais à peu de choses près. Et contrairement aux prédictions du visionnaire Krugmann, prix Nobel d’économie socialiste (oui, l’«économie socialiste» est un modèle dans lequel tout le monde finit soit par mourir de faim soit dans les goulags), le parti démocrate est en train d’imploser.

    Il est évident que Trump sera réélu, et largement.

    MAGA!

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    • JC Gruffat

      8 March 2020

      Tour dépendra des résultats dans une poignée d’Etats, Michigan, Wisconsin, North Carolina..
      Trump!les avaient gagnés en 2016.
      Tout dépendra du candidat démocrate, un socialiste ou un debile..
      Sanders ou Biden.

  • bibi

    2 March 2020

    En plus du Maine, il y a aussi le Nebraska ou les votes sont partagés.
    En 2008 Mc Cain avait remporté 4 des grands électeurs que compte le Nebraska et Obama 1.

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