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Charles Gave

Réfléchissons, encore, un peu.

 

J’ai décidé de reprendre un article que j’avais écrit il y a prés de quatre ans consacré aux comptes courants américains. J’ai mis l’article de l’époque en italique, à la fin de cette publication en mettant à jour le graphique.

Depuis que cet article a été publié, le dollar est passé de 1.37 à 1.07, l’indice de la bourse de New-York de 1700 à  2400 tandis que les taux longs aux USA passaient de 3 % a 1.5 % avant de remonter à 2.50 % aujourd’hui.  Pendant la même période, le CAC montait de 10 %, tandis que le rendement sur les obligations d’état passait  de 2% à 1%.

Et donc quiconque a surreprésenté dans ses actifs les « cash-flows positifs en dollar » (ma recommandation de l’époque) a fait beaucoup mieux que s’il était resté en France. Quatre ans cela peut paraitre très long mais
cela prouve surtout ce que je ne cesse de dire : l’investisseur de base gagne plus d’argent en restant assis qu’en bougeant comme un fou. Ou comme le dit plaisamment le proverbe boursier : On gagne plus d’argent avec son derrière qu’avec sa tète.

Je pense que l’élection de monsieur Trump devrait amener chacun  des lecteurs de l’IDL à relire l’article de 2013 et à se poser des questions sur l’évolution à venir des comptes courants US et sur les conséquences que cette évolution va avoir sur le reste du monde en général et sur leur portefeuille en particulier.

Certaines des questions que je posais à l’époque ont  déjà eu un début de réponse (hausse du dollar, baisse des taux aux USA, baisse du pétrole, émergence du Renminbi, problèmes en Russie etc.…)

D’autres restent en suspens : sort du moyen orient, protection militaire de l’Europe (survie de l’Otan ou pas), balance militaire en Asie, sort du commerce international …

Mais la vraie question est la suivante : Que va-t’il arriver au dollar ?

Le nouveau Président veut ramener la balance commerciale des Etats-Unis à l’équilibre. Ce qui veut dire en termes clairs que s’il réussissait les dollars devraient devenir de plus en plus rares et que ceux qui en ont emprunté vont donc se retrouver dans une situation très difficile s’ils n’ont pas de cash flow en dollar.  Et c’est ce que monsieur Trump veut organiser, même s’il ne s’en rend pas compte.

Et donc, aussi curieux que cela paraisse, l’élection de monsieur Trump rend plus élevée la probabilité d’une crise financière dans les mois qui viennent, surtout si le nouveau Président devient franchement protectionniste.

Si le cycle à venir était normal, logiquement chacun devrait vendre aujourd’hui ses positions en actions et en obligations US et utiliser les dollars ainsi libérés pour accumuler des actifs de bonne qualité en Europe ou en Asie. En effet, le dollar est surévalué, les actions US sont surévaluées par rapport à tous les autres marchés dans le monde et pour les obligations il en est de même.

Mais si monsieur Trump change les règles du jeu, penser que nous sommes dans un cycle normal pourrait se révéler très couteux. Il faut se souvenir par exemple que la grande crise de 1929 a vraiment accéléré quand les banques américaines ont rappelé tous les prêts qu’elles avaient consenties à l’Allemagne ou à l’Autriche dans la décennie précédente, entrainant la faillite des banques autrichiennes et allemandes.

Et donc je ne suis pas sur que les règles qui ont présidées au fonctionnement du monde depuis la seconde guerre mondiale soient encore valables…

Et  du coup je conseille à tous les lecteurs de réfléchir un bon coup et le cas échéant de communiquer leurs réflexions à tous les autres lecteurs du site. Réfléchir à plusieurs est souvent plus profitable que de réfléchir tout seul, même si la décision reste individuelle. Comme le disait Clemenceau, toute décision doit être prise par un nombre impair de gens, et trois c’est déjà trop.   

 

 

Article de 2013

Rien n’est plus pénible que de réfléchir tout seul dans son coin, surtout quand une période est aussi agitée que celle que nous traversons. La tentation dans ces moments là  est plutôt de réagir à tout événement, important ou pas, et avec violence, plutôt que de réfléchir…

Or, plus  les événements apparaissent insensés, moins il faut réagir et plus il faut réfléchir.

Mais qu’est que veut dire « réfléchir » en pratique?

Une chose toute simple: Il faut s’efforcer de faire le tri entre le bruit et les tendances de fond, et pour y arriver, bien sur, il faut s’extraire de l’esclavage du quotidien.

L’une des façons de procéder est de « repérer » une variable essentielle dans le système économique dont il est à peu prés certain qu’elle va connaitre des changements fondamentaux et d’essayer de comprendre  quelles seront les conséquences  logiques des changements qui vont l’affecter.

Dans cet esprit, il me semble que le moment est venu de consacrer un article à l’une de ces variables, les comptes courants Américains.

Qu’est que « les comptes courants », va me demander le non initié ? 

La réponse est simple: c’est tout simplement la différence comptable entre ce qu’un pays achète et  vend à l’étranger. Autrefois, cela s’appelait la balance commerciale. Et peu de choses ont autant d’impact sur le monde que l’évolution des comptes courants Américains, comme le démontre le graphique ci joint.

Je vais d’abord expliquer la construction du graphique, puis les raisons qui en font un outil très important dans une politique de placement, pour terminer par un essai d’analyse de son évolution (probable) à venir.

Commençons par la construction de notre graphique.

  1. Je prends la statistique des comptes courants Américains telle qu’elle est publiée et je divise le chiffre par le PIB US pour calculer le déficit ou le surplus extérieur des Etats-Unis en pourcentage de la richesse créée chaque année dans ce pays, pour pouvoir comparer le déficit ou le surplus à   d’autres périodes dans l’histoire des 60 dernières années.
  2. Je calcule la variationde ce ratio sur les 12 derniers mois, en termes absolus.

iii.            Je l’inverse, ce qui veut dire que si les comptes courants Américains se sont améliorés depuis un an de 1 % du PIB, le point correspondant sera à +1 % (en dessous de zéro) sur l’échelle de gauche, s’ils se sont détériorés nous serons à -1 (au dessus de zéro).

 

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A ce point, la deuxième question que le lecteur doit se poser doit être : Mais pourquoi est-ce si important?

Pour y répondre, il faut faire un petit détour pour expliquer ce qu’est une monnaie de réserve. Les Etats-Unis contrôlent la monnaie de  réserve mondiale, le dollar ce qui veut tout simplement dire qu’ils sont le seul pays au monde à ne pas avoir de contrainte du commerce extérieur.

Et donc, quand les USA ont un déficit extérieur, ils le soldent en envoyant  des  DOLLARS sur le compte des créditeurs. Et ces dollars deviennent des réserves de change pour les autres pays qui se mettent à commercer entre eux en utilisant ces mêmes dollars. Quand la Corée du Sud commerce avec la Thaïlande (par exemple),  les comptes sont soldés en dollars US.

Le déficit extérieur Américain est donc la source principale de liquidités pour le commerce mondial, un peu comme une banque centrale l’est pour un pays.

Et donc si les comptes extérieurs US  se « détériorent », le déficit commercial Américain devient plus important, ce qui est une très bonne nouvelle pour le reste du monde qui se met à croitre très fortement, n’ayant aucun problème de déficit extérieur puisque les USA ont un déficit.

Pour faire simple, les US importent plus qu’ils n’exportent et en contrepartie exportent du cash (de la liquidité), ce qui fait que tout le monde est à l’aise et que l’on peut attendre des marchés haussiers un peu partout.

Par contre, si les comptes US « s’améliorent », cela veut dire que les Etats Unis importent moins (première mauvaise nouvelle), exportent plus (deuxième mauvaise nouvelle, la concurrence est rude) et envoient  moins d’argent à l’étranger qu’un an plus tôt (troisième mauvaise nouvelle).

Et donc TOUTES les grandes crises économiques et financières se sont produites quand les comtes courants Américains « s’amélioraient  »  de plus d’un demi point du PIB d’année en année.

Et cela pour une raison très simple: certains emprunteurs en dollar (souvent des pays) ne réussissaient plus à  se procurer les dollars dont ils auraient besoin pour servir leurs dettes et donc  se mettaient à faire faillite (voir certains noms sur le graphique).

Or les comptes courants Américains vont s’améliorer de façon inéluctable dans les 3 ans qui viennent  et ceci sous l’effet de trois forces:

  • L’hyper compétitivité du Dollar US,  dont le taux de change est grotesquement sous évalué aujourd’hui.
  • La révolution énergétique en cours qui va rendre les USA indépendants énergétiquement assez vite (ce qui correspond à la moitié de leur déficit extérieur actuel).
  • La robotisation du travail qui a bien commencé dans le monde entier mais surtout en Chine, ce qui va amener les entreprises Américaines à fermer leurs usines en Chine pour les rouvrir aux USA.

Sous l’effet de ces trois tendances lourdes on peut « craindre » que les comptes courants Américains ne deviennent EXCEDENTAIRES à relativement court terme pour la première fois depuis 1971 (début des changes flottants).

Et là le monde va rentrer dans une situation complètement nouvelle qui devrait amener tout un chacun à se poser nombre de questions.

  • Allons-nous avoir une grave crise financière dans les trimestres qui viennent? 
  • Qui va procurer de la Liquidité en quantité suffisante au commerce international ?
  • D’ou va venir l’argent pour solder les dettes du passé en dollar ?
  • Allons-nous rentrer durablement dans une pénurie DURABLE de dollar?
  • Ce qui impliquerait une hausse formidable, à venir, de la monnaie US, mettant encore plus en danger les pays déjà endettés dans cette monnaie?
  • D’autres monnaies de règlements du commerce international vont-elles émerger? (On espérait l’Euro et ce sera sans doute le Renminbi)
  • Que va-t’il se passer au Moyen Orient si le prix du pétrole s’écroule, ce qui parait probable ?
  • Si les USA deviennent auto suffisants énergétiquement, pourquoi devraient-ils continuer à conserver des forces militaires importantes en Europe et au Moyen Orient ?
  • Et s’ils s’en vont, qui va protéger l’Europe militairement?
  • Que va- t’il se passer en Russie si le pétrole s’écroule ?
  • etc.…

A toutes ces questions je n’ai pas de réponse, ce qui ne m’empêche pas de réfléchir à des réponses possibles.

Maïs  en attendant d’en apprendre un peu plus, je sais une chose avec certitude: tout investissement qui va me donner des cash flow positifs en dollar US pendant les années qui viennent va beaucoup, beaucoup monter et me donner de profondes satisfactions financières, ce qui est déjà quelque chose.

Et donc j’attends paisiblement  avec une large part de mon portefeuille constituée, et depuis bien longtemps, d’actifs qui présentent cette caractéristique.

Ce qui me permet de réfléchir.