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Denis Ettighoffer

Notre Etat, tel Cronos, mange ses enfants

Comment vivre dans un Etat juge et parti, gourmand de l’argent gagné par ses nationaux jusqu’à les écœurer !? Comment respecter un Etat qui n’hésite pas à rompre un contrat qui tout à coup ne lui convient plus.

La dénonciation de la concession des portiques pour le relevé des Ecotaxes avec des millions perdus et des centaines de chômeurs supplémentaires, celle de la concession des autoroutes supposée être, soudain, un eldorado financier perdu, ne sont que les affaires les plus visibles dans l’actualité du moment. Les promesses non tenues, les contrats léonins sources de chicanes invraisemblables, les commandes remisent en cause sans pouvoir obtenir de simples compensations, le droit du travail bafoué quand ce n’est pas le droit tout court. Il faut être un familier des couloirs des pouvoirs pour avoir une vision globale des nombreux manquements à la confiance auxquels un Etat de droit ne devrait pas déroger.

Les citoyens, entreprises et contribuables sont piégés dans le maquis de la multiplication et des modifications des lois. Lois toujours plus favorables à un Etat tout puissant et impécunieux, partenaire sans parole qui traumatise inutilement le corps social et économique depuis des années. Pour cela le gouvernement n’a jamais hésité à tordre le cou à des lois édictées quelques années et mêmes des mois auparavant. Les modifications permanentes des lois fiscales ou des politiques du logement ainsi que l’invention permanente de taxes nouvelles sont devenues historiques, tout comme la complexité des règlementations du travail et des salaires. Ce mouvement brownien aux multiples effets pervers a pris une telle ampleur que le gouvernement a du faire voter une loi – encore une !- (sic) qui engage l’Etat à abandonner l’utilisation (scandaleuse !) de la rétroactivité pour changer des règles qui lui apparaissaient, à un moment, moins favorables pour lui-même. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, cette loi n’est pas pour rendre service à nos entreprises, ni aux contribuables, non; c’est parce que les pouvoirs publics ont réalisé la mauvaise image de marque que cela donnait de la France alors que de plus en plus de sièges sociaux déménageaient à l’étranger. Une promesse dont je doute qu’elle tiendra longtemps. Dans une économie administrée on ne change pas une addiction qui, de plus, n’est jamais sanctionnée.

Mais si l’Etat sans foi ni loi est un mauvais perdant, il sait aussi tirer le meilleur parti de sa force… heu, comment dire ?… de persuasion. Nous sommes quelques-uns à n’avoir pas oublié que les 35 heures, réservées dans un premier temps aux secteurs concurrentiels, ont été octroyées ensuite au secteur public, ce qui a permis de constater l’embarras de responsables au Ministère du Travail où l’on pratiquait depuis longtemps les … 32 heures ! La gauche y a vu une manière indirecte d’offrir un avantage à sa clientèle électorale sans en mesurer l’impact sur les organisations concernées. Voyez-la rétropédaler maintenant qu’elle a réalisé les effets pervers des comptes d’épargne temps octroyés généreusement. Voici les mêmes, de retour avec le compte pénibilité. Les fonctionnaires et assimilés vont réclamer leur dû… Songez aux personnels hospitaliers, eux aussi ont des métiers pénibles et pourquoi pas d’autres !? Imaginez maintenant les effets des décomptes correspondants tout aussi généreux qui vont venir compléter des régimes spéciaux déjà inéquitables. Des régimes spéciaux datant des années 40, à la fin de la guerre et qui devaient, selon les pouvoirs publics de l’époque, rester « provisoires ». Là encore Paroles…  Paroles! Des régimes qui puisent de plus en plus dans les caisses des retraités du régime général mises désormais en danger. Partout le constat est le même, la sphère publique et assimilée, clientèle privilégiée de certains élus et membres du gouvernement, capte de plus en plus de richesses au détriment de la sphère privée[1]. Bien que plus productive, celle-ci s’anémie, ne peut plus investir, réduit le nombre de salariés et les met en situation sans cesse plus précaire. Tous ceux qui le peuvent tentent de se sauver en délocalisant ou en entrant d’une façon ou d’une autre dans cette sphère de la France protégée sans réaliser que cela enfonce encore plus la barque de nos finances.

Je suis absolument convaincu qu’une grande majorité de français n’a absolument pas conscience de l’impitoyable chasse des grosses têtes de Bercy pour alimenter le monstre étatique qu’est devenu notre Etat, qui tel Cronos, mange ses enfants. À la fin du troisième trimestre 2014, la dette publique de la France s’établissait selon l’Insee à 2031,5 milliards d’euros, soit une hausse de 96 milliards en un an[2]. Cette année encore, et malgré la très faible inflation, c’est la progression des tarifs des services publics (Poste- Gaz- EDF- Transports urbain – SNCF) qui pèsera sur le porte-monnaie des ménages. L’engagement de Bercy (un de plus) de ne plus augmenter les impôts aura simplement été contourné par l’augmentation des tarifs des services publics. Et, contrairement à ses promesses, ce monstre qu’est la sphère publique augmente encore ses effectifs malgré la disette alors que les comptes du pays continuent à se dégrader, comme l’emploi, d’ailleurs ! Tous les serments de rigueur et d’économies n’ont apparemment engagé que ceux qui y ont cru. Et tout le monde trinque. Lorsque les pouvoirs public annoncent qu’ils vont réduire leur délais de paiement aux entreprises, leurs services trouvent comme astuce de retarder, par toutes sortes de mauvaises raisons, la date de rendez-vous de la réception des travaux ou des études commandées qui lance le délai du règlement. Du coup, il augmente plus qu’il ne se réduit !

Je ne crois pas que cela soit une démarche « anti Etat » que de refuser l’immiscion croissante des pouvoirs publics dans les affaires privées. Je ne crois pas « anti-fonctionnaires » de remettre en question des situations de monopoles de services de l’Etat qui font concurrence aux entreprises privées dans de multiples domaines. Je ne crois pas que cela soit « anti démocratique» que de dénoncer le refus des élus de remettre en question les statuts de la fonction publique datant d’une autre époque, surtout en ces temps de vaches maigres. Enfin, je ne crois pas malsain de clarifier et réajuster les modèles économiques de l’Etat providence inventés il y a plus d’un demi-siècle. Imaginez un instant que d’autres pans de nos activités sociales et économiques soient restées en l’état, figées depuis les années 40 : où croyez-vous qu’en serait votre France, Messieurs les « Toujours plus » !? Au final, qui acceptera de plaider pour une loi sur la subsidiarité qui donnerait au secteur privé le droit de supplanter un service public chaque fois qu’il lui est possible de le fournir à coût et efficacité au moins équivalente !?

 

 

[1]Les activités de la sphère publique pèsent désormais 57% du PIB contre 52% en 2007

[2] Notre dette a triplé en vingt ans (680 milliards en 1995) et dou­blé en dix ans (1 025 milliards en 2003). Elle s’élève aujourd’hui à 30 770 euros par habi­tant, contre 12 000 euros en 1995. En pourcentage du PIB, la dette publique atteint 95,2%. On peut y trouver une explication en étudiant l’écart des dépenses publiques entre la France et de l’Allemagne