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Jean-Jacques Netter

L’univers d’investissement des sociétés permettant de réduire l’empreinte carbone

 

 

L’univers d’investissement des sociétés permettant de réduire l’empreinte carbone

 

Le rejet de CO2 dans l’atmosphère n’est pas un problème nouveau. Dès 1896 Suante August Arrhenius, a construit scientifiquement l’hypothèse d’un effet de serre produit par le CO2 présent dans l’atmosphère. Le titre de son livre était « De l’influence de l’acide carbonique dans l’air sur la température au sol »…

 

La biosphère et les océans sont complètement dépassés par les événements.

 

Les émissions mondiales de gaz à effet de serre ont franchi en 2018 un nouveau record à 55,3 gigatonnes. Un américain émet en moyenne 18T de CO2 par an, un européen émet 8,1T et un habitant de la République Démocratique du Congo 100kg. Un chinois émet 6,1T. Plus de 60% des émissions globales de CO2 proviennent de l’énergie. L’agriculture serait responsable de 10 à 12% des émissions de gaz dans le monde. Le méthane est la deuxième source de changement climatique après le CO2.Son cycle est plus court mais son effet de serre est 25 fois plus puissant que le CO2. Il faudra donc utiliser plus d’énergies renouvelables dont le coût devient désormais compétitif par rapport aux énergies fossiles…

 

Le mois de juillet 2019 a été au niveau mondial le plus chaud jamais observé depuis le début des relevés systématiques au XIXème siècle. Or, l’humanité ne peut plus émettre que 800 milliards de tonnes de CO2, si on veut limiter la hausse des températures à 2 °C, alors qu’elle en a émis 2 200 milliards depuis le début de l’ère industrielle et continue au rythme de 40 milliards par an. Les émissions mondiales de gaz à effet de serre devraient diminuer de 7,6% par an entre 2020 et 2030 si l’on veut atteindre les objectifs fixés par les accords de Paris (+ 1,5% d’ici la fin du siècle)…

 

Tous ceux qui ne sont pas encore convaincus par la gravité de la situation peuvent lire le livre de John Brunner « Le troupeau aveugle ». Dans cette dystopie parue en 1972, l’auteur britannique raconte un monde où la Méditerranée est devenue une mer morte. Tout le monde souffre d’allergies. Les plages sont interdites, et parfois, dans les grandes villes, il pleut de l’acide. Le port du masque à gaz s’est répandu, l’eau du robinet est rarement potable. Les microbes, eux, triomphent, invulnérables. “Arrêtez, vous me faites mourir !” C’est le slogan du héros, Austin Train, qui a fondé le mouvement anti-pollution, et continue de lutter pour le salut de la Terre. Ce roman est une anticipation de la prise de conscience écologiste et un manifeste qui décline de façon quasi obsessionnelle les dérives liées à la pollution…

 

La gravité de la crise climatique nécessite des solutions simples et compréhensibles par tout le monde

 

Il faudrait donner un prix à la tonne de CO2 émise en l’ajoutant au prix de vente des produits carbonés. Les émetteurs devraient donc être taxés ou échanger des « permis de polluer ». La valeur de la tonne de CO2 (50€, 100€, 500€ ?) devrait être suffisamment élevée pour déclencher un « signal prix ». Il devra refléter le prix que nous accordons au bien être des générations futures. Christian Gollier dans son livre qu’il faut absolument lire, « Le climat après la fin du mois » propose que ce soit l’Etat qui fixe le prix, mais surtout qu’il laisse les acteurs trouver les bonnes solutions. Le problème est que imposer un prix mondial à des africains ou des indiens qui ont des revenus très bas est donc une vue de l’esprit. Il faut introduire des systèmes de redistribution innovants pour que cela fonctionne.

 

 

L’application politique est très compliquée

 

Les exemptions qui ont été accordées pour des raisons politiques notamment le secteur aérien responsable de 2,5% des émissions mondiales est une situation qui ne pourra plus être tolérée longtemps. Il y a aussi celles dont bénéficient en France les taxis, les agriculteurs ou les transporteurs maritimes. Elles brouillent notre politique climatique et la nécessité de contribuer à l’indispensable effort collectif.

 

En France, une taxe carbone a été créée en 2014. Son augmentation de 3 centimes début 2019 combinée à une augmentation de 50€ du chèque énergie au même moment avait pour effet de réduire le pouvoir d’achat de 20€ par an pour les ménages les plus modestes et 160€ pour les plus riches. Cela a déclenché le mouvement des Gilets Jaunes et obligé le gouvernement à céder en rase campagne. Ce qui a été frappant dans cette affaire est le manque de communication. On ne pouvait pas aborder la question de la taxe carbone sans aborder les consommations contraintes qui touche 60% de la population qui ne vivent pas dans les centres-villes…

 

L’Allemagne prévoit de supprimer toutes ses centrales nucléaires d’ici 2022, et ses centrales au charbon d’ici 2038. Elle perdra alors 43 % de sa production pilotable (donc garantie) par rapport à 2019. Cette politique en faveur des énergies renouvelables intermittentes, principalement l’énergie éolienne et l’énergie solaire, provoque une flambée des prix de l’électricité et un encombrement du réseau électrique lorsqu’il y a du vent et du soleil.

Le prix de l’électricité en Allemagne est déjà 45 % supérieur à la moyenne européenne pour les particuliers, et deux fois supérieurs à celui de la France. Les taxes « vertes » représentent désormais 54 % du prix de l’électricité pour les ménages. L’Allemagne a émis (en 2018) 15 % de plus de CO2 (866 millions de tonnes) que son objectif prévu en 2020 (750 millions de tonnes). Actuellement, elle n’a atteint que 39 % de sa prévision de réduction de consommation d’énergie primaire…

 

La Norvège espère atteindre la neutralité carbone dès 2030. Il lui faudra réduire de 35MT de C02 ses émissions d’ici 2035. Par contre, les coupes de forêt ont atteint un niveau record en 2018, compte tenu de la demande de papier pour remplacer le plastique. Cela limite l’absorption de CO2 par les forêts et pose un vrai problème…

 

L’écologie politico idéologique doit cesser

 

Des transformations sociétales et économiques majeures doivent avoir lieu au cours de la prochaine décennie pour compenser l’inaction du passé écrivent les auteurs du dernier rapport de l’ONU. Pour aller dans cette direction il faut cesser de pratiquer l’écologie politique idéologique incarnée notamment par Naomie Klein dans son livre « Tout peut changer. Capitalisme et changement climatique » Elle défend que le climat et le capitalisme se mènent une guerre dont il n’y aura qu’un seul survivant. D’après elle c’est le capitalisme qui est responsable du changement climatique. Il faut donc en priorité selon elle abattre le capitalisme ! L’essayiste Naomi Klein propose de revenir à la consommation telle qu’elle était au début des années 1970, ce qui se traduirait par une chute de 50% du pouvoir d’achat en moyenne…

 

Les économistes doivent avoir le courage de dire que cela aura un coût. Ce qui est sûr c’est que plus on attend plus cela coutera cher pour arriver à l’objectif de la neutralité carbone.

Les politiques n’ont pas eu le courage d’expliquer un certain nombre de choses comme la nécessité d’instaurer une taxe carbone. Chaque fois qu’on fait une réforme on doit faire attention à une éventuelle compensation des plus défavorisés. Il faut des critères, des mesures, des agences de notation fiables dans des domaines non financiers pour que l’on soit sûr que quand quelque chose est présenté comme vert c’est effectivement vert.

 

Le Groupe Intergouvernemental d’Experts sur l’Evolution du Climat (GIEC ) est une boite noire qui fixe les normes en matière de climatologie. Il dépend de l’Organisation Météorologique Mondiale (OMM) et du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE). On ne peut pas dire que les six rapports produits jusqu’à maintenant aient permis de faire avancer le sujet…

 

L’univers d’investissement des sociétés concernées

 

Le label Investissement Socialement Responsable (ISR) a été  décerné à 59 sociétés de gestion qui gèrent 321 fonds d’investissement pour un encours de 121Md€. Leur univers d’investissement est concentré sur des sociétés qui ont une stratégie pour réduire leur empreinte carbone. Les sociétés que l’on retrouve le plus souvent appartiennent à plusieurs secteurs :

 

1/ Les producteurs d’énergie

 

ERG est un opérateur italien produisant de l’énergie à partir de l’éolien (61%), de l’hydroélectrique (18%) du gaz naturel (16%) et du solaire (5%). Rendement de 4,1%

 

Energias de Portugal (EDP) est un des grands acteurs mondiaux de l’éolien

 

Vestas qui est une entreprise danoise spécialisée dans l’énergie éolienne

 

Siemens Gamesa est une société basée en Espagne spécialisée dans l’énergie éolienne

 

Neste est le leader mondial finlandais du carburant renouvelable. Il a lancé son produit Neste MY Renewable Diesel sur le marché suédois. Destiné aux secteurs des transports, ce biodiesel est élaboré à partir de 100 % de matières premières renouvelables, à savoir des résidus de graisses animales, des huiles végétales usagées, etc. En ce qui concerne les performances, Neste MY Renewable Diesel permet de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 90 % comparé au diesel traditionnel.

 

Scatec Solar est une société norvégienne qui construit développe et opére mondialement des installations solaires photovoltaiques.

 

NEL est une société norvégienne spécialisée dans les solutions de production stockage et distribution d’hydrogène à base d’énergie 100% renouvelable.

 

Goldwind est une société chinoise spécialisée dans l’énergie éolienne.

 

Innergex est une société canadienne qui se concentre sur l’énergie éolienne et solaire

 

Albioma est une société française spécialisée dans la biomasse et le solaire

 

Erex est une société japonaise spécialisée dans la biomasse

 

2/ Le recyclage

 

Tomra Systems est le leader mondial des machines à collecter les emballages usagés et à trier

 

Biffa est une société britannique spécialisée dans le traitement des déchets.

 

3/ Les équipementiers

 

Interxion est le leader européen des infrastructures d’interconnection avec 50 data centers dans 13 villes d’Europe

 

Knorr-Bremse est le leader mondial des systèmes de freinage ferroviaire avec 50% de part de marché.

 

DS Smith est une société britannique. Elle le leader européen de l’emballage en carton ondulé

 

AcuityBrands est une société américaine dédiée aux systèmes d’éclairage LED

 

Johnson Matthey est une société britannique. Elle est spécialisée dans la qualité de l’air, les éléments de batterie et les ressources naturelles

 

Les investisseurs qui ne souhaitent pas acheter ce type de valeurs directement peuvent bien évidemment acheter un fonds d’investissement spécialisé.