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Jean-Jacques Netter

« L’État Stratège » fait malheureusement sa réapparition

Nous sommes dans une ère d’argent magique. La BCE et la Banque de France détiennent ensemble 481Md€ de titres français. Cela représente le cinquième de l’ensemble de la dette publique de la France. Les banques centrales achètent maintenant de la dette émise par les entreprises car les gouvernements ont perdu toutes leurs contraintes en matière de financement. Rappelons que c’est la France qui a inventé en 1797 « La banqueroute des deux tiers ». Appliqué à la situation actuelle, cela consisterait à dire aux porteurs d’obligations d’État qu’ils peuvent faire pour commencer un trait sur les deux tiers de leur créance. Pour le reste on leur donnerait un bout de papier qui représenterait de la dette perpétuelle sans date de remboursement prévue ! Nul doute que les détenteurs d’assurance vie seraient ravis puisque l’essentiel de l’actif des contrats en Euro sont des obligations d’État.

 

La dette est le reflet d’un monde étrange où l’on crée de l’argent qui n’est la contrepartie d’aucune valeur réelle. Pour le moment, les étrangers prêtent à la France, car ils ont encore confiance dans la capacité du système fiscal à faire payer le contribuable. Au-delà, le surendettement perpétuel de la France enchaîne les générations futures.

 

La crise du Covid risque de tuer plus de PME que d’êtres humains. Elle va faire baisser l’investissement et pousser vers la faillite de nombreuses PME. La confiance et l’ordre public sont plus importants que l’argent pour la relance. A force de tirer la sonnette d’alarme du chômage on incite les français à sur épargner au risque d’amplifier les difficultés redoutées. C’est le danger des prophéties autoréalisatrices.

La crise actuelle risque d’être bien plus violente que ne le serait l’éclatement de l’Euro

 

« L’état stratège » fait sa réapparition. Une euphorie jacobine prophétise la renaissance du centralisme républicain.  La France renoue avec son péché mignon : l’économie administrée

Sans laver la crasse bureaucratique et administrative et réformer profondément ses mécanismes de fonctionnement, l’État stratège restera une illusion. A force d’être à la fois actionnaire, banquier, client, fournisseur régulateur l’État se retrouve au centre de conflits d’intérêts permanents. La SNCF étant un bon exemple… Les trains en Italie avec trois compagnies qui se font concurrence fonctionnent beaucoup mieux qu’en France et deux d’entre elles sont bénéficiaires !

On peut avoir des doutes sur la façon dont les 100 Md€ seront distribués, car il s’agit « en même temps » de faire de la relance et de « repeindre la France en vert » comme le préconise M Piketty.  D’ailleurs François Bayrou qui souffle toujours avec le vent, s’engoufre dans la brèche de l’écologie politique . Le maire de Pau vient de décider que dans sa ville, il remplacerait les tondeuses à gazon par des chèvres et des brebis. On est donc un peu préoccupé qu’il ait été nommé Haut Commissaire au Plan ….

 

 

 

Les actifs anti fragiles devraient remplacer les obligations classiques dans les portefeuilles

 

Pour remplacer les obligations, les investisseurs ont besoin de les remplacer par des actifs anti-fragiles qui pourront leur permettre de construire leur portefeuille de façon équilibrée. Les actifs censés appartenir à cette catégorie sont :

 

1/ L’or. Un marché haussier est enclenché sur cette matière première qui comme d’habitude fonctionne de façon quasi religieuse. Comme beaucoup de mines ont été fermées il sera difficile de faire face à une forte augmentation de la demande. Mais il faut se souvenir que quand les gouvernements volent les rentiers, l’or monte. Le métal jaune a toujours constitué une protection contre la folie des banques centrales.

 

2/ Les énergies alternatives destinées à satisfaire l’activisme des verts. Il aboutit à privilégier les solutions qui ne sont pas les plus performantes. Pour installer une éolienne, il faut par exemple réaliser d’importants terrassements qui utilisent du fioul, du béton, des mâts, des pales en acier etc… Tout cela émet beaucoup de C02. L’explication du succès de cette filière est simple : avec une priorité d’accès au réseau électrique, une garantie de recette de la part de l’Etat et le pouvoir donné aux maires pour le choix des candidats,  l’éolien est devenu le plus prospère de nos secteurs économiques !

 

3/ Les big tech US représentent avec les GAFAM maintenant 20% de la valeur du marché d’actions américain. La seule capitalisation d’Apple est désormais supérieure à celle de l’ensemble des sociétés du CAC 40. Le comportement de la technologie va dépendre surtout de facteurs politiques. Les Etats Unis ont choisi le champ de bataille de la technologie (Huawei, WeChat, Tik Tok…) dans leur affrontement avec la Chine. Le nouveau champ pourrait être le financier en interdisant à une liste de banques l’accès au marché financier en dollar….

 

4/ Les obligations chinoises en RMB vont continuer à être demandées car le seul pays à ne pas pratiquer l’euthanasie du rentier, c’est aujourd’hui la Chine car les taux réels sont supérieurs aux taux courts. Hong Kong doit donc absolument être un succès pour Ci Xi Ping. C’est un environnement qui incite à détenir des obligations chinoises dans son portefeuille. Le 10 ans chinois est appelé à remplacer le 10 ans américain.

 

5/ Les actions chinoises dont les investisseurs étrangers ne détiennent que 4% de la capitalisation (contre 24% au Japon) devraient voir leur pourcentage augmenter dans les portefeuilles internationaux.

 

Pourtant la Chine a plusieurs faiblesses :

1/ Elle a une forte dépendance par rapport au pétrole car elle en produits 5MbJ alors qu’elle en consomme 16MbJ. Cela explique que tous les pays qui souffrent de sanctions américaines (Russie, Iran, Venezuela…) font des accords de livraison de pétrole avec la Chine payables  en RMB.

2/ Elle ne produit pas assez de semiconducteurs. Juste le tiers de ses besoins. Mais les semiconducteurs américains sont produits en grande partie à Taiwan.

3/ L’internationalisation du RMB est trop lente, ce qui rend la Chine très dépendante du Dollar américain. Les matières premières sont cotées en dollars. La Chine importe 400/450 Md$ de matières premières. Comme seulement 1,9% du commerce mondial est traité en RMB, l’Amérique devrait laisser baisser le dollar.

 

Ces faiblesses méritent d’être relativisées car de nombreuses interdépendances existent entre les deux pays. Les entreprises américaines ont investi 500 Md$ en Chine où elles réalisent 600 Md$ de CA. Parallèlement de nombreux investissements chinois ont été réalisés aux US États Unis.

 

Parmi les autres variables à surveiller on peut citer : 

 

La forte appréciation de l’Euro depuis le mois de mai. C’est bien sûr une mauvaise nouvelle pour les exportatrices européennes. Cela ne profite pourtant pas aux valeurs domestiques car l’effet demande est plus important que l’effet change. Le mouvement qui se produit est plus dû à la réduction de la prime de risque

 

Le pétrole qui pourrait remonter a partir de la zone des 40$.  La Chine a fait des stocks comme elle le fait chaque fois que le prix du baril baisse significativement.

 

La vélocité de la monnaie qui s’effondre car il y a stérilisation des liquidités pour renforcer l’épargne…

 

Les élections présidentielles du 3 novembre prochain qui seront également déterminante pour le comportement du marché américain. En ce qui concerne Donald Trump, beaucoup d’électeurs pourraient se conformer au vieux dicton « Better the devil you know than the devil you don’t know”. Il a des chances d’être réélu. Le mérite de Trump est de nommer clairement l’ennemi des démocraties occidentales et de le combattre. Pour Joe Biden, on peut constater jusqu’à maintenant une grande indulgence des médias américains à son égard.