“L’épée est l’axe de l’Histoire” Charles de Gaulle

L’Europe, du moins dans sa partie occidentale a connu la paix depuis le début des années soixante, ce qui veut sans aucun doute dire que nous avons maintenu nos forces militaires dans un état de préparation constant et parfait si l’on en croit le vieux proverbe Romain « Si tu veux la paix, prépares la guerre »

. Il n’en est pourtant rien et tout le monde sait que les troupes françaises en état de combattre ne rempliraient pas le Stade de Saint-Denis.  Il n’en reste pas moins que nous venons de traverser soixante ans sans conflits… sans que nous n’ayons jamais préparé la guerre… Les Romains se seraient ils trompés ?

C’est ce que croient les européens convaincus.

Ils nous expliquent en effet que tout cela est normal et que nous devons cette longue période de paix à la « la construction européenne ». Et leur cri de ralliement est donc « l’Europe, c’est la paix «, ce qui m’a toujours fait sourire, et m’amène à rappeler une fois encore une vieille blague finlandaise : ‘ Dans un pays, il y a toujours une armée. Si ce n’est pas l’armée du pays, c’est l’armée du pays d’à côté «

Et les Finlandais savent de quoi ils parlent, ayant d’un côté la Suède qui fût la grande puissance impériale de l’Europe du Nord avant que d’être remplacée par la Russie, qui se trouve de l’autre côté de la Finlande ….

La seule explication à ce mystère est que nous n’avons eu la paix en Europe que  parce que s’y était installée l’armée du pays d’à côté, c’est-à-dire les forces des Etats-Unis d’Amérique.

Pour faire bref, ce ne sont pas les juristes de Bruxelles qui ont garanti la paix sur le vieux continent mais tout simplement le fait que les forces americaines ne soient jamais parties ni d’Allemagne ni d’Italie, ni de Grèce, ni de Belgique, ni de Grande-Bretagne et nous ont donc empêché de nous taper dessus, en nous protégeant au passage contre les chars soviétiques qui étaient à trois jours de Brest, comme chacun s’en souvient.

Certes, de Gaulle a expulsé les troupes américaines de France au début des années soixante, non sans que John Foster Dulles ne lui ait demandé s’il devait aussi réembarquer ceux qui étaient enterrés en Normandie, mais, sous « Sarkozy-l ‘Atlantique », comme il aimait à se faire appeler, nous avons rejoint le commandement unifié de l’Otan, mettant ainsi notre indépendance militaire à mal, sans d’ailleurs rien obtenir en échange. Cela ne fait jamais qu’une trahison de plus pour cet homme qui refusa les résultats du referendum et transférera la souveraineté politique de la France à l’Europe contre la volonté du peuple, tout en abandonnant notre souveraineté militaire aux USA pour faire bonne mesure …Et cerise sur le gâteau, il a fait sauter le verrou Lybie qui empêchait les Africains de se déverser chez nous. Et il parait que ce génie envisagerait de revenir à la politique, ce qui est vraiment une idée terrifiante…

La réalité géopolitique est donc toute simple et crève les yeux de celui qui veut bien ne pas se cacher la vérité : le grand projet politique de l’Europe a été d’organiser ce que l’on pourrait appeler « La Mort du Soldat » en créant une espèce d’ensemble mou où les nations en voie de disparition n’auraient plus besoin de soldats.

Si j’en juge par la citation que j’ai mise en exergue de ce petit papier, de Gaulle ne serait pas vraiment d’accord avec ce projet tant il croyait que l’épée que porte un soldat à son côté était l’axe du monde.

Loin de moi l’idée de faire dire à notre Général national ce qu’il n’a pas dit, mais je ne crois pas me tromper en affirmant qu’il pensait sans doute que le soldat était littéralement l’accoucheur de l’Histoire.

Et en disant cela, il aurait rejoint l’un des grands intellectuels de ma jeunesse, Georges Duby, professeur à Bordeaux, grand spécialiste du moyen âge qui écrivit il y a fort longtemps un livre remarquable « le chevalier, la femme et le prêtre » qui montre à quel point l’église a enfanté l’Europe moderne en s’appuyant sur l’alliance de la femme et du soldat pour créer la Nation.

Je me méfie des correspondances historiques qui peuvent être le fait du hasard, mais j’ai vraiment l’impression que quand le soldat disparait, la natalité s’écroule, un peu comme si les femmes se disaient qu’il n’y a plus personne pour défendre leurs enfants dans le futur et venaient à la conclusion qu’il ne fallait plus avoir d’enfants.

Sans soldats donc, plus d’enfants, plus d’avenir pour la Nation, plus de volonté de vivre ensemble, et les germes des guerres civiles commencent à apparaitre.

Avec le Soldat disparait le futur commun.

C’est ce que nous avons vu à la fin de la Grèce antique, pendant les derniers siècles de l’empire romain, à Venise à partir du XVII -ème siècle, c’est ce que nous voyons aujourd’hui avec le suicide programmé des ‘’Caucasiens en Europe » (Voir mon article sur « la peste blanche », sur ce site)

Et ici, je voudrais faire une distinction essentielle entre soldat et militaire.

Militaire est un métier, soldat est une vocation.

Personne ne parle des « militaires » de l’an II, chacun évoque les « soldats » de l’an II.

Personne n’a jamais dit de Leclerc, de Bigeard, de Massu, du Marechal Lannes, de Vercingétorix qu’ils étaient des « grands militaires » mais ils ont toujours été décrits comme de « grands soldats » par ceux qui les ont approchés.

Je peux me tromper bien sûr, mais je crois très profondément que le projet de détruire l’âme de la France, si tant est qu’une telle chose existe (ce que personne au gouvernement ne croit), implique de détruire le soldat, pour le remplacer par des techniciens de la Défense Nationale, un peu comme les professeurs de ma jeunesse aux lycées de Pau ou d’Auch (où j’ai ramé pour passer mon bac) ont été remplacé par des enseignants…ce qui a détruit l’école républicaine de mon enfance.

Être soldat, être professeur était une vocation.

Être militaire, être enseignant, une occupation…

Détruire le soldat, détruire le clerc, c’est à terme détruire le récit de l’histoire commune du peuple de France et donc la France.

Et c’est là le cœur du projet europeen que porte monsieur Macron.

Mais pourquoi le retour du soldat serait-il nécessaire ?

L’explication est simple : il me semble de plus en plus évident que l’Histoire, pleine de bruits et de fureur, se remet en route et qu’il va falloir que quelqu’un sorte Excalibur de son rocher.

Comme le disait Goethe » L’ombre des grands évènements à venir se profile toujours devant eux ». En termes simples, il me semble évident que nous retournons vers un temps où nous allons avoir de plus en plus besoin de soldats tant l’on peut déjà entendre la vibration sourde et profonde des conflits à venir.

Regardons les faits.

Le monde, comme je ne cesse de le répéter, est en train de se scinder en trois zones, la première autour des Etats-Unis d’Amérique, la deuxième autour de la Chine et la troisième autour de… rien du tout

Les deux premières zones ont des appareils militaires gigantesques, la troisième n’a… rien.

Qu’attendre du futur ?

  • Un affrontement militaire direct entre les deux zones militarisées apparait peu probable tant il risquerait de monter directement aux extrêmes (Clausewitz). Guerre impossible, paix improbable disait Raymond Aron.
  • Et donc, ces deux zones vont essayer d’entretenir des conflits de basse intensité aux frontières de la troisième zone, (Tchétchénie, Syrie, Afghanistan, Yémen …) tout en pourrissant autant que faire se peut la « volonté de vivre ensemble » des différents peuples européens. Le but ici n’est pas de faire tomber la troisième zone dans son escarcelle à soi, mais de l’empêcher de tomber chez l’adversaire.
  • Inutile de dire que dans cette troisième zone vont émerger non pas un mais deux partis de l’étranger, le premier cherchant à se vassaliser encore plus auprès des USA, le second expliquant que se rapprocher de la Russie (et donc de la Chine) est absolument indispensable.
  • Voilà qui promet des débats politiques intéressants à l’intérieur de chaque pays européen. Déjà on voit se profiler la rupture politique entre ceux qui veulent se rapprocher encore plus des USA (les europhiles, les globalistes) et ceux qui veulent se rapprocher de la Russie (les europhobes, nationalistes).
  • En bon citoyen que je suis, j’aimerais que se lève un parti représentant ceux qui aiment la France et de ce parti viendraient les soldats dont nous aurons besoin. Je n’en vois guère les prémisses quand je vois Versailles voter pour monsieur Macron, leur ennemi juré, ce qui va se confirmer lors des votes sociétaux sur la PMA et la GPA. Mais je crois que l’attente d’un tel mouvement est forte, très forte. Nous verrons bien…

Bref, l’Europe est et va devenir le champ de bataille des deux zones qui visent à l’hégémonie mondiale et ce dans tous les domaines, économiques, politiques, militaires …

Qui plus est, un conflit éternel et insoluble est en train de s’y transporter, celui du fameux « choc des civilisations » qu’avait fort bien prévu Huttington puisque le champ de bataille du conflit millénaire entre le monde musulman et le monde chrétien est en train de se déplacer du Moyen-Orient, où la souveraineté militaire occidentale l’avait placé, au cœur même du vieux monde européen lui-même où la démographie est en train de le ramener.

Ma conclusion politique est toute simple.

On est mal barrés.

En ce qui concerne notre cher et vieux pays, seul un retour de la vieille alliance entre le chevalier, la femme et le prêtre, sous la conduite du chevalier peut renverser le cours des choses.

J’ai des doutes.

Nous verrons bien, mais je crains qu’à 75 ans, je ne puisse pas voir la fin de l’histoire.

Ce qui me fait râler, tant elle sera surement passionnante.