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Jean-Jacques Netter

Le populisme est devenu un mot valise qui comporte de multiples facettes

En France, l’événement fondateur de la poussée populiste a été la victoire du non  au référendum de 2005 sur le projet de traité constitutionnel européen.  Bien qu’il ait été rejeté à plus de 55% par la France métropolitaine,  cela n’a pas empêché 92% des parlementaires de ne pas tenir compte de l’avis des français en votant une loi autorisant la ratification du traité… !

Depuis 2005 le même scénario se répète. L’Europe est devenue un Léviathan sourd aux aspirations des peuples. La droite dit de voter oui, la gauche dit de voter oui, tous les grands medias disent de voter oui et le peuple dit non. Les représentants à la Commission ou au Parlement donnent l’impression d’être totalement inaptes à écouter qui que ce soit.  Ils préfèrent nous donner des leçons en nous expliquant ce que nous devons penser, ce en quoi nous devons croire et surtout ce que nous devons espérer: un monde sans frontières, sans peuples, enfin libéré des vieilles traditions, débarrassé des vieilles identités et surtout peuplés de citoyens du monde…. !

La montée, depuis 15 ans, de mouvements dits « populistes » ne se présente donc  nullement comme le simple prolongement des actions et des doctrines de « l’extrême droite » traditionnelle. Le croire serait s’exposer à se trouver à chaque instant pris à contre pied. Dans une Europe vieillissante, inquiète de son appauvrissement démographique, le populisme joue sur le désir de sécurité et la peur de l’immigration. Il se présente comme une défense du patrimoine immatériel, c’est-à-dire un « style de vie»,  aussi bien que matériel…

Qu’ont en commun Marine Le Pen, Donald Trump, Viktor Orban, Beppe Grillo, tous régulièrement qualifiés de populistes? Pas grand chose, car les populismes ne se ressemblent pas forcément.  La critique des élites suffit-elle à définir le populisme? Le populisme a-t-il une couleur politique? Doit-on exclure les populistes du débat démocratique ou au contraire leur répondre pied à pied? Les populismes menacent dans tous les cas, la toujours fragile démocratie, qui semble aujourd’hui, plus que jamais, à la peine.

Plus l’Etat est impuissant, plus le pouvoir politique perd de sa légitimité. A ce moment là,  le risque de sécession du peuple est réel. C’est aux citoyens de se saisir du pouvoir sans quoi  tout le pouvoir reviendra aux marchés. Tout le problème est que le mot populisme fait aujourd’hui partie des mots qui sont usés jusqu’à la corde dévitalisés, piégés…

Les classes moyennes se sentent méprisées par les élites

A l’âge de la mondialisation, de l’ouverture des frontières et du triomphe d’un individualisme consumériste, le peuple apparait comme une forme politique désuète voire obsolète. Emporté par les naufrages du nationalisme, du communisme et plus généralement, la fin des grands récits et des affrontements idéologiques qui ont structuré les XIXe et XXe siècles. Le peuple démocratique, celui de la communauté des citoyens souverains, semble avoir tenu bon jusqu’à aujourd’hui, mais il est dévoré de toutes parts par la passion de l’individualisme.

Une démocratie qui utilise le concept de populisme pour lutter contre des opinions contraires montre bien qu’elle manque à sa vocation de liberté. Quand les élites découvrent que le peuple ne les suit plus, quand ils s’aperçoivent que le peuple juge qu’ils vont trop loin et n’a envie de se sacrifier ni pour l’humanité, ni pour le règne du concept, alors les élites progressistes veulent passer au dessus du peuple..

C’est tout à fait le sens des propos tenus par Bernard-Henri Lévy au moment du Brexit.  Il avait écrit dans le Monde que le Brexit, était la victoire non du peuple mais du populisme. Non de la démocratie mais de la démagogie. Que les nains de Jardin allaient selon lui remplacer Michel-Ange, car le vote des britanniques incarnait la victoire du souverainisme le plus sombre…

L’Europe est menacée des mêmes rigidités que l’URSS d’antan. Les élites sont coupées de la base comme l’était à l’époque “la Nomenklatura” soviétique. Les multiples comités qui peuplent les entreprises et les administrations n’ont rien à envier aux “Soviets”. Nous assistons à la mort des élites ou plus prosaïquement à la disparition de la classe dominante telle que Marx l’avait mise en scène.  La communauté se dissout. Elle réunissait les détenteurs de tous les pouvoirs, politiques, économiques, médiatiques, intellectuels. Ce n’est pas simplement l’effet du populisme, dont le marqueur idéologique demeure la haine à l’égard de « ceux d’en-haut ». C’est évidemment le résultat des lâchetés et des faux pas des élites elles-mêmes. Mais c’est surtout le résultat d’une société “hyperdémocratique”, dirigée par l’opinion et les médias…

Les classes moyennes se sentent méprisées par les élites nomades vivant dans un monde postnational. Les électeurs sont face à des élites confinés dans des discussions de salon. Les élites sont coupées des réalités françaises. A force d’occulter les problèmes posés par une immigration de masse extra européenne, les bien pensants de droite comme de gauche ont pratiqué un déni idéologique. D’où la triste débâcle politique à laquelle nous assistons.

Le populisme est le terreau sur lequel prospère la haine des riches. La guerre à la finance des uns faisant échos au culte des frontières et à la stigmatisation des immigrés des autres et tous communiant dans la détestation des entreprises, du capitalisme et du marché. Le grand responsable étant toujours   bien évidemment « la vague de mondialisation libérale »…

Le Front National a délaissé son discours sécuritaire au profit d’un gaucho-lepénisme

Le Front National  est devenu une sorte de boulangisme qui pratique  la sacralisation de l’identité nationale contre les forces coalisées de la finance, de la technocratie bruxelloise et d’un prétendu gouvernement mondial. Présidé par Marine Le Pen depuis janvier 2011, il est condamné à demeurer enveloppé dans le clair obscur de son ambigüité. Il n’en sortirait qu’à ses dépens..

Le Gaucho-lepénisme intègre parfaitement le vocabulaire socialiste. Marine Le Pen s’engageait à défendre « notre modèle social, nos services publics, nos retraites ». Elle dénonçait « le recul de la laïcité » tout en fustigeant le mondialisme, l’immigration et l’islam, annonçant « l’inversion des flux » affirmant que « la solidarité nationale devait être réservée aux nationaux », le tout devenant possible grâce à un « état fort » qu’elle promettait de diriger « d’une main de fer ».  Le FN  a basculé du nationalisme identitaire du père, vers le nationalisme républicain de la fille, plutôt proche du chevènementisme…

Le discours sécuritaire qui aurait du rester au cœur du débat légitime des idées a été délaissé.  Pourtant, le peuple se  pose de bonnes questions sur l’islam, l’immigration, le communautarisme, l’assistanat. Marine Le Pen lui a apporté de mauvaises réponses. Le peuple voit très bien qu’il  assiste à une immigration incontrôlée entraînant le phénomène politique le plus important et le plus cataclysmique de toute l’histoire de notre pays : le changement de peuple.

La gauche a abandonné le peuple

La gauche a masqué sa décomposition et son impuissance par un discours incantatoire, écartelé entre modernisme «tendance» et surmoi radical issu de son vieux complexe envers son aile révolutionnaire. Sa langue politiquement correcte, a aggravé la fracture avec un peuple de plus en plus déboussolé face à la «barbarie douce» d’une mondialisation qui s’impose d’autant plus qu’il n’y a plus de grand projet à lui opposer. Cette décomposition s’inscrit dans des évolutions de la société française qui ont mis à mal les anciennes figures de l’engagement politique.

Faute d’avoir pu réaliser une révolution sociale le Parti Socialiste a fait une révolution sociétale. Le PS ne représentant plus que la bourgeoisie bobo ainsi que toutes les victimes passées ou présentes du racisme et du colonialisme. Curieusement les intellectuels se sont rapprochés du peuple réel, à mesure que le PS s’en éloignait.

Ce n’est pas le monde qui se « droitise »  mais les peuples qui réagissent à la “gauchisation” du monde. Alors que c’est la gauche républicaine qui a accompli la colonisation au nom du progrès et de la civilisation, ce sont les gens de gauche d’aujourd’hui qui se posent en anticolonialistes. L’engagement notion un peu galvaudée dès l’après guerre est passée à droite avec armes et bagages

Le socialisme moderne a abandonné le peuple. La gauche n’a plus que le goût de gouverner pour les minorités, de stigmaniser le transhumanisme comme “l’ultime religion du capital” et de peindre la Suède en “Corée du Nord du libéralisme culturel

La France Insoumise  est devenue anti-allemande

La majorité des bas salaires a renoncé à la gauche pour les défendre. Et pourtant, le « peuple » n’a pas disparu, mais il a suffi qu’il change pour le rendre invisible à ceux qui sont censés se préoccuper de son sort. Un fait est établi : ce peuple oublié va de plus en plus mal. C’est lui qui alimente depuis des années la poussée continue du Front national et de La France Insoumise.

Pour Mélenchon l’ennemi  c’est  l’Allemagne. Elle est devenue l’enfant de la finance dérégulée et d’un pays qui s’est voué à elle.  Cette alliance est en train de modeler, selon lui, l’Europe à sa main.

Le “vivre ensemble” est devenu une expression inepte et indécente. Elle camoufle l’apartheid des cultures. Ce n’est qu’une blague sanglante. Pour permettre au migrant de conserver ses racines, on somme le pays d’accueil de renoncer aux siennes. L’islamisme contraste avec l’immigration du passé. Il y ajoute la détestation du pays hôte. Ce communautarisme est partout une immense faillite…

La droite doit expliquer que la  crise de l’islam est beaucoup plus grave que celle de l’Euro

Le peuple à l’impression d’être colonisée par des arabo-musulman. Le peuple français « indigène » risque de disparaître submergé par des hordes d’immigrants. Aujourd’hui la haine du blanc, du Français, de l’Européen, de l’Occidental, du juif, du sioniste ou du chrétien est présentée par les islamistes comme une guerre sainte contre les mécréants.

La bataille finale, pour les plus fanatiques sera effroyable. Elle s’achèvera, selon eux,  par l’écrasement des ennemis de l’islam. La France est aujourd’hui prise entre le marteau du multiculturalisme et l’enclume de l’islamisme. Le totalitarisme salafiste empoisonne toutes les cités françaises. La crise migratoire non maitrisée est donc beaucoup plus grave que la crise de la zone Euro.

La religion des droits de l’homme est mortelle pour les peuples européens invités à faire place à d’autres peuples, à d’autres civilisations. La rencontre des droits de l’homme et de l’Islam évoque celle du nitrate et de la glycérine. L’islamisme est le totalitarisme de notre siècle, ce n’est pas une religion de paix et d’amour. Le législateur c’est Dieu pas l’homme. Les islamistes ont réussi à poser en France la première pierre d’un joug totalitaire qu’ils ont construit ailleurs par la coercition et la terreur.  Le combat islamiste pour normaliser le port de l’uniforme salafiste est devenu une technique de marquage qui permet d’identifier les non-adhérents à l’idéologie islamiste…

La question de l’islamisme modéré est donc caduque.  Les islamo-gauchistes veulent  accorder à l’islam ce qui a été accordé au catholicisme. La violence perpétrée en milieu scolaire montre bien la décrépitude déjà grande des valeurs qui fondent la République et assurent « l’intégration » des nouveaux citoyens et de leurs enfants. L’occident a toujours pensé que l’islam allait se moderniser. Or ce qu’il fait c’est l’inverse. Il faut avoir conscience que l’objectif de l’islamisme est d’islamiser la société moderne…

La droite doit sortir de sa paresse intellectuelle, de sa  cécité volontaire, de sa  lâcheté face à l’islamisme. La gauche sectaire a fait fuir les intellectuels. La droite doit les accueillir en défendant ses valeurs. Le « macronisme et de droite et de gauche » est pour le moment totalement inconséquent sur le sujet. Il pourrait, a minima, rappeler que la forte redistribution dans un pays comme la France, repose sur un sentiment de solidarité et de communauté nationale qui se conjugue très mal avec une ouverture trop large aux étrangers…