https://institutdeslibertes.org/le-dollar-qui-monte-une-bonne-ou-une-mauvaise-nouvelle/
Charles Gave

Le dollar qui monte… une bonne ou une mauvaise nouvelle ?

En 2014,  je n’ai cessé de plaider pour que les lecteurs  de l’IDL se constituent des portefeuilles ” équilibrés”, 50 % dans des actions de leur choix, si possible aux USA ou en Asie et 50% en obligations longues de l’État Américain.Je constate avec satisfaction que les taux longs Américains sont passés de 4 % il y a un an à 2.75 % aujourd’hui, ce qui veut dire que l’obligation sous jacente est montée de plus de 35 % en dollars sur les 12 derniers mois,  tandis que le dollar montait également, en particulier vis à vis de l’Euro (+13 %), ce qui est bien.Une obligation longue Américaine est donc montée de plus de 50 % depuis un an en Euro, ce qui est convenable pour un placement prudent.

Quid de l’année qui vient ? Et le lecteur doit il garder ces positions ?

Une première remarque s’impose.

Si un lecteur avait établi ce portefeuille il y a un an en ayant l’autre moitié de son portefeuille dans l’indice de la bourse de Paris (le CAC) et s’il n’a rien touché depuis, il se retrouve aujourd’hui avec environ 65 % en obligations longues US  et 35 % en actions françaises, compte tenu de la stagnation du marché Français et de la hausse du cours des obligations couplée à la hausse du dollar.Son portefeuille sur l’année est donc monté de 25 % environ.Mais une répartition 65/35 ne constitue plus un portefeuille équilibré.

La première chose qu’il pourrait faire pour retrouver un équilibre serait de vendre une partie des obligations US, qui ont beaucoup monté, pour se retrouver à 50/50 en rachetant des actions française qui n’ont rien fait depuis un an.Ce serait là  une politique de placement parfaitement rationnelle et pourtant ce n’est pas celle que je vais recommander. L’instinct à ses raisons que la raison ignore…

Ma suggestion serait de ramener les positions obligataires US à 50 %, c’est à dire d’en vendre à  peu près un quart  et de garder le produit de cette vente en dollars ” cash”‘ en investissant dans un fonds de trésorerie en dollars US qui ne détiendrait que des papiers de l’État Américain (ou émis par des émetteurs AAA).

Le lecteur ne doit prendre AUCUN risque de signature.Voici pourquoi.

Je me trouve en effet devant un monde bizarre et qui m’effraie un peu.Tout semble indiquer que la monnaie US est en train de rentrer dans une hausse “structurelle”, comme en fait foi le graphique suivant.

graphiqueQuelques commentaires sur ce graphique.

L’Euro est en dessous de sa moyenne mobile à 7 ans, ce qui semble indiquer qu’il est dans une baisse structurelle puisque tous ceux qui ont emprunté des dollars dans les 7 dernières années  pour investir en euro sont en perte en moyenne aujourd’hui.

Je ne suis pas un analyste technique, mais je sais tirer des traits comme tout le monde, et il me semble que si le dollar «casse» 1.20, nous risquons de nous retrouver très vite à 1, voir en dessous à 0.8.

Quelques commentaires sur ce graphique.

L’Euro est en dessous de sa moyenne mobile à 7 ans, ce qui semble indiquer qu’il est dans une baisse structurelle puisque tous ceux qui ont emprunté des dollars dans les 7 dernières années  pour investir en euro sont en perte en moyenne aujourd’hui.Je ne suis pas un analyste technique, mais je sais tirer des traits comme tout le monde, et il me semble que si le dollar «casse» 1.20, nous risquons de nous retrouver très vite à 1, voir en dessous à 0.8.

Et le dollar est dans une configuration similaire contre la plupart des autres grandes monnaies, à l’exception du Yuan Chinois.Le dollar a donc probablement entamé une hausse structurelle.Ce qui m’amène  à poser la question suivante.Que se passera t’il  donc si le dollar continue à monter?

Il se passera deux choses.

  1. Toutes les entreprises qui sont en concurrence avec des sociétés dont les coûts sont en dollar US seront plus profitables, ce qui est une bonne nouvelle pour leurs actionnaires. Il en sera de même pour les sociétés non américaines ayant des cash flow positifs en dollars. D’où la nécessité d’avoir des actions présentant ces caractéristiques.
  1. Toutes les entités (États, Sociétés industrielles ou commerciales, particuliers) qui se sont endettés en dollar US dans le passé vont voir la charge de leur dette exploser à due concurrence de la hausse du taux de change de la monnaie US.

Et c’est que le bat blesse.

En effet, d’après le dernier rapport de la BRI (la banque centrale des banques centrales), le stock de dettes accumulées depuis une dizaine d’années par des emprunteurs en dollar non basés en dollar US serait de …$ 9 trillions, ce qui est gigantesque. Si le dollar se met à monter, la tentation de couvrir des positions qui sont en fait des positions “à  découvert” va devenir irrésistible, et plus le dollar montera, plus il faudra couvrir, vite.Certains ne pourront pas couvrir et feront faillite, ce qui fut le cas de beaucoup de pays dans des circonstances similaires en Amérique Latine dans les années 80,  ou dans un certain nombre de pays Asiatiques dans les années 90.Si ces gens ont emprunté des dollars en émettant des obligations, le détenteur de ces obligations prendra une claque et se retrouvera appauvri, ce qui n’est pas trop grave.

Si en revanche, les débiteurs qui ne peuvent rembourser ont emprunté auprès des banques , la perte sera supportée par les fonds propres de la banque et nous risquons de nous retrouver dans une nouvelle crise bancaire, accompagnée d’un effondrement des prêts nouveaux (les banques n’ayant plus assez de fonds propres pour émettre des prêts nouveaux et étant obligées de rappeler des prêts anciens) et donc nous aurons une accentuation des tendances à la récession dans les pays, dont la monnaie a commencé à s’écrouler tels le Brésil, l’Afrique du Sud,  la Russie, les pays pétroliers, l’Australie…. Et  ils vont donc exporter de la déflation dans le reste du monde  puisque tous ils vont vouloir  exporter plus en baissant leurs prix et importer moins ….

Ceux qui sont en concurrence avec eux vont voir leurs marges laminées, ceux qui leur vendaient des produits vont devoir baisser leurs prix très sérieusement et donc vont voir leurs profits baisser.

Voilà qui pourrait avoir un effet très désagréable sur les marchés des actions.

J’ai donc deux scénarios en face de moi.

Dans le premier, l’économie Américaine ” tire” le reste du monde, un peu comme elle l’a fait de 1998 à 2000 et dans ce cas, les marchés des actions montent, en particulier en dehors des USA, mais les taux longs remontent aux USA pour retourner vers 3. 5 %, leur niveau d’équilibre à long terme. D’où ma décision de ne pas rester 65 % en obligations longues…

Dans le second, la hausse du dollar devient incontrôlable et déclenche des faillites ici ou là,  et cela au milieu d’une nouvelle crise bancaire.Dans ce second cas, les taux longs US iraient faire un tour vers 1% où en dessous, ce qui voudrait dire que mes obligations longues monteraient à  nouveau très fortement et cette hausse me protégerait contre la baisse des actions.

En effet, dans ce second scénario, les marchés des actions seraient très vulnérables et baisseraient très fortement, et assez rapidement apparaîtraient des occasions d’achat sur les ” belles” valeurs, qu’il faudra savoir mettre à profit.

Mais pour cela il faudra avoir mis du cash en réserve…D’où les 20 % de cash.

Comme à l’accoutumée, je n’ai strictement aucune idée de ce qui va se passer, mais il me semble qu’un portefeuille adapté à un futur bien incertain aurait 40% en actions,40 % en obligations longues US et 20 % en CASH en dollars, provenant des prises de profit sur les obligations achetées il y a un an.Il s’agit la bien sur d’un portefeuille très défensif.

Il y a en effet des moments où il faut être agressif et des moments où il vaut mieux être prudent.A mon avis, le moment de la prudence est arrivé.Le risque que la demande de dollars soit très supérieure à l’offre de dollars est en effet loin d’être nul et donc mettre des dollars cash en réserve me paraît sage.Dans les marchés, il faut toujours essayer de répondre à la question: Y a  t’il plus d’argent que d’investisseurs ou plus d’investisseurs que d’argent?

Je crains que nous ne soyons dans le second cas.

Il s’agit rarement de moments plaisants.