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Jean-Jacques Netter

Il faut sauver le vrai libéralisme

 

 

Aujourd’hui c’est le libéralisme qui tient lieu de bouc émissaire pour tout ce qui ne va pas. Même Emmanuel Macron s’en prend à « l’Europe ultralibérale… ouverte à tous les vents… qui ne permet plus aux classes moyennes de bien vivre … ». Pour la majorité des citoyens, en revanche,  le rejet du libéralisme réside dans les erreurs politiques graves et démagogiques de nos instances dirigeantes aussi bien de droite que de gauche. Charles Gavedans « Libéral mais non coupable »avait pointé dès 2009, le dévoiement des systèmes bancaires et financiers, ainsi que l’incompétence de certains économistes. Le libéralisme présenté comme uniquement favorable aux riches et avant tout dirigé contre les pauvres ne correspondait pas du tout à la réalité, car il est avant tout une doctrine de la liberté selon laquelle tout le monde est égal devant la loi, même et surtout l’Etat…

 

L’économie de la connivenceentre un patronat protectionniste et un Etat interventionniste doit être dénoncée. Ce n’est pas la France qui est ultralibérale, mais elle est ultraétatiste, car près de 57% de ses dépenses publiques transitent par l’Etat, contre 46% pour la moyenne des pays membres de l’UE. Pour Jean Marc Danieldans « La concurrence contre la rente »,il faut lancer un plaidoyer libéral en faveur de la croissance économique, du pouvoir d’achat et de la réduction de pauvreté. Un système n’est juste que si les plus défavorisés améliorent leur niveau de vie. Depuis vingt ans en France, ce n’est pas le cas.  Par contre, dans tous les pays qui ont  renforcé la concurrence et la discipline budgétaire, cela a eu pour effet d’améliorer la croissance et d’améliorer le sort des personnes qui en étaient exclues…

 

La droite classique française est anti libérale

 

« Le libéralisme a fait plus de morts que le communisme »nous a même dit un jour Jacques Chirac dans un moment d‘égarement (Rapporté par le Figaro en 2001). La droite classique française est anti-libérale, comme le monde médiatique et éducatif, avec qui elle partage l’antiaméricanisme systématique de toute une partie de la société française.

 

Au nom d’un utopique « modèle social français», celui que « le monde entier nous envie », toujours selon le même Jacques Chirac, des générations de politiques se sont pratiquement moqués de notre pays et l’ont transformé en un musée de l’étatisme dans un monde de libertés. Victimes de l’autisme idéologique, soutenus par des médias complaisants, les hommes politiques, souvent conseillés par des énarques, se sont entêtés à préserver ce

« modèle » de chômage et de déclin économique. Pour Pascal Salindans « Français n’ayez pas peur du libéralisme », la réduction du temps de travail, le partage du travail et donc la pénurie d’offres d’emplois, la redistribution des richesses inexistantes, sont autant de mesures anachroniques qui n’ont contribué qu’à la survie d’une caste de décideurs et à l’apparition de la vraie fracture sociale, entre la catégorie des protégés du système étatique et celle de ceux qui prennent des risques et qui créent des richesses…

 

C’est d’ailleurs Alexandre Sanguinetti,dans « L’erreur dramatique nommée libéralisme » qui expliquait que le système giscardien reposait sur une erreur dramatique nommée libéralisme,celle là-même qui causa la perte de la monarchie de juillet ! Pour l’orateur gaulliste, qui s’opposait brillamment à Georges Marchais, le secrétaire général du Parti Communiste Français, le libéralisme était nationalement haïssable, parce que s’il pouvait convenir à un tempérament scandinave, anglo-saxon ou germanique, il ne collait pas avec un vieux pays catholique et latin comme la France…

 

De Gaulle est allé trop loin avec les communistes nous ditEric Brunet  dans « L’obsession gaulliste. Alain, François, Nicolas, Marine et les autres ». Tant que l’Etat Providence héritage gaulliste n’aura pas été remis en question, le libéralisme restera un leurre. Les gaullistes le protègent comme un fétiche et la gauche comme un totem. Le pacte « gaullo résistancialiste » est pourtant le creuset des drames hexagonaux: l’Etat nurserie, la surpuissance des syndicats, le paritarisme, la formation professionnelle, l’énarchie, l’interventionnisme public et les milliard gaspillés. Tout cela avec 22% de la population active qui sont fonctionnaires, alors que la moyenne européenne se situe autour de 15%

 

La France est réellement devenue une fabrique de pauvres. Lorsque ceux qui ont suivi un parcours sans faute se retrouvent eux aussi laissés au bord de la route ou partent chercher meilleure fortune à l’étranger, le doute n’est plus permis. Ce n’est pas le libéralisme sauvage qui est coupable, Il y a autre chose. Simone Waplerdans « La fabrique de pauvres. Comment ne pas vous faire prendre dans l’engrenage »rappelle que plus de la moitié des Français craignent de basculer un jour dans la précarité. Ils n’ont pas tort, tout au moins pour ceux qui vivent soumis à la concurrence ou ceux qui n’ont pour seul revenu que leur retraite. La précarité désigne l’incertitude, la crainte d’une situation qui ne serait plus « acceptable », c’est l’antichambre de la pauvreté.

 

La jeunesse conservatrice d’aujourd’hui a l’individualisme et le libéralisme en horreur. Selon Alexandre de Vitrydans son dernier livre « Sous les pavés, la droite », elle n’est plus du tout dégoûtée par le Rassemblement National, qui pour la première fois sait qu’il peut compter sur le soutien d’une part massive des jeunes de notre pays…

 

La majorité des intellectuels déteste le libéralisme

 

Le libéralisme est détestable aux yeux des intellectuels.Ils encombrent nos débats depuis trente ans et empoisonnent notre vie politique. Pour Raymond Boudondans « Pourquoi les intellectuels n’aiment pas le libéralisme », ils sont à l’origine des graves effets pervers dans le domaine de la politique éducative, de la politique économique ou encore de la politique de lutte contre la délinquance. Les accusations portées à l’encontre du libéralisme(égoïsme, individualisme outrancier, précarité salariale, pauvreté, inégalités, etc…) sont injustes et il faudrait « réhabiliter le libéralisme comme option politique crédible.  Le libéralisme, a pourtant démontré tout son intérêt politique et surtout son efficacité économique…

 

L’ancienne utopie communiste a laissé la place à l’islamisme et aux extrémistes. Certains pouvaient penser que la gauche allait changer le monde. Pour Enzo Traversodans « Les nouveaux visages du fascisme », c’est le monde qui a changé la gauche…

 

 

 

Les élites gagnées par le mauvais libéralisme

 

Gauche et droite se flattent d’être à la fois libérales et socialesalors que nos énarques s’enrichissent en devenant des vedettes du CAC 40, nos cadres profitent des 35 heures et nos pauvres ont le smic et le RSA… Dans le sillage des affaires Enron, Worldcom et Parmalat et aujourd’hui Renault, les scandales entourant la gestion de grandes sociétés cotées se sont succédés depuis le début des années 2000. Pour l’écrasante majorité des commentateurs, il s’agit là d’accidents isolés, certes fâcheux, mais ne pouvant remettre en cause les vertus d’un système dominé par la finance de marché. Selon Michel Agliettaet Antoine Rebérioux, dans « Les dérives du capitalisme financier »,ces scandales à répétition sont au contraire la marque des dérives de ce « capitalisme financier ». Le vrai libéralisme devra clairement traiter ce sujet souvent décrit comme celui des « patrons voyous »…

 

Au lieu de s’assagir après la crise de 2008, la finance mondiale est repartie de plus belle. Le système a gardé les mêmes objectifs de rendement sur capitaux alors que les taux d’intérêt se sont effondrés. On a fait porter aux salariés la charge de l’ajustement. Comme le décrit très bien Patrick Artusdans « Et si les salariés se révoltaient »,on vit maintenant dans l’inflation zéro sauf pour les profits et les rémunérations des dirigeants. La désindustrialisation, et la bipolarisation du travail ont rongé les classes moyennes , creusé les inégalités et fait le lit du populisme. La solution ce serait selon lui un “capitalisme européen” qui résisterait à l’hégémonie financière anglo saxon…

 

Le succès d’Emmanuel Macron à l’élection présidentiellea permis à la classe politique de découvrir le vide politique sur lequel elle reposait. La démocratie a bien fonctionné puisqu’elle a écarté tous les partis sans solutions Selon Eric Le Boucherdans « Le vide politique derrière le procès en démocratie »   Les Républicains et le Parti Socialiste se déchirent sur toutes les grandes questions: le fédéralisme européen, le libéralisme, le social, l’islam. Le vide vient d’un manque de travail sur tous ces sujets.

D’Asie en Amérique, le monde accélère. L’Europe s’arrête. Et la France recule. Affirmant mener une orgueilleuse « résistance à la mondialisation et au libéralisme », le pouvoir politique a cédé aux corporatismes. L’immobilisme ruine le pays et met un jeune sur quatre au chômage. Pourquoi la France va-t-elle si mal quand d’autres pays s’en sortent explique encore Eric Le Boucherdans son livre « Economiquement incorrect ».

 

Qui commence par Kouchner finit toujours par Macron nous ditJean Claude Michéadans « Le loup dans la bergerie socialiste ».Le peuple est abandonné par la gauche. Il est clair qu’une forme de société qui tend à noyer toutes les valeurs morales dans “les eaux gacées du calcul égoïste” est forcément incapable de fixer d’elle-même la moindre limite à ses propres débordements. La gauche a fait entrer « le loup de Wall Street » dans la bergerie du socialisme…

 

Une “poutouisation des esprits”due aux multiples erreurs économiques de François Hollande ont eu pour conséquence une sorte d’infantilisation d’une population sensible aux diatribes contre le marché. D’après Pierre-Antoine Delhommaisdans « La poutouisation des esprits », cela aurait achevé de convaincre une majorité de français d’essayer le libéralisme. D’où selon lui l’élection d’Emmanuel Macron président Schumpeterien…

 

 

 

La seule forme de pensée qui soit conforme aux évangiles c’est le libéralisme nous rappelle  Charles Gavedans son essai « Un libéral nommé Jésus. Parabole économique ».  Il croit plus que jamais que l’honneur du libéralisme a toujours été de protéger les libertés civiques et économiques contre l’empiètement constant du pouvoir politique. Pour bien comprendre que le libéralisme n’a rien à voir avec « le renard dans le poulailler qui dévore les poules les unes après les autres » Il faut lire sa dernière interview dans Le Tempsde Genève « Charles Gave, le libéral qui veut défendre les petites gens » (https://www.letemps.ch/economie/charles-gave-liberal-veut-defendre-petites-gens)

 

 

Sans sauvetage du vrai libéralisme nous assisterons à la « siliconisation du monde »

 

L’accompagnement permanent de nos existences par les algorithmes n’aura rien d’un paradis. Si on laisse le big data industrialiser nos vies, on va assister à l’avènement du libéralisme économique. Des compagnies d’assurance proposent déjà des formules dont le coût varie en fonction du comportement de chaque client. Eric Sadindans « La siliconisation du monde. L’irrésistible expansion du libéralisme numérique »nous invite clairement à résister à ce libéralisme numérique.

Nous devons affirmer haut et fort que cette limite ne doit pas être dépassée, sinon l’économie numérique va remodeler le capitalisme. L’accès aux choses va devenir plus important que leur possession. Les logiciels open source, le partage, les réseaux sociaux sont déjà une forme de socialisme.Kevin Kellymontre bien dans « Acheter de l’intelligence artificielle »que nous sommes surveillés de façon asymétrique. Il faut aller vers ce qu’elle appelle la “coveillance”, c’est-à-dire surveiller ceux qui nous surveillent. Si on veut éviter d’aller dans cette direction il faut vraiment sauver le vrai libéralisme pour protéger la Liberté…