Idée Fausse n°3 : L’avenir de l’Europe est dans le fédéralisme…

 

 

Dans la perspective des prochaines élections européennes nous poursuivons notre série destinée à passer en revue « Le Guide des Idées Fausses ». ». Cette semaine nous traitons L’Idée fausse n°3 qui est « L’avenir de l’Europe est dans le fédéralisme ». Nos avons déjà abordé l’Idée fausse n°1 : « Il faut faire payer les riches » et l’ Idée fausse n°2 : « La dette de la France est artificielle, il suffit de ne pas la rembourser »

Il s’agit de présenter les livres qu’il faudrait idéalement avoir lus avant d’exprimer une opinion : Toutes les idées exprimées ne sont pas forcément les nôtres, mais elles permettent de nourrir le débat qui fait cruellement défaut en cette époque d’exclusion des opinions de l’autre, systématiquement sacrifiées sur l’autel du politiquement correct.

 

L’Europe ne doit pas devenir une Europe fédérale

 

Le jour où nous avons créé l’Euro, nous aurions pris un billet sans retour vers le fédéralisme Telle est la position défendue par des hommes et des femmes qui se situent au centre de l’échiquier politique, notamment par Jean Arthuis ancien ministre de l’économie et des finances.  Dans son livre « L’Europe dernière chance pour la France » il est clairement pour une Europe fédérale à 28. Valéry Giscard d’Estaing raconte dans son livre « Europa. La dernière chance de l’Europe » comment le vieux continent peut redevenir une grande puissance si à côté d’une Europe à 28, on crée “Europa” qui rassemblerait un groupe de pays en nombre plus restreint autour d’un vrai projet politique….

Tout le problème pour Hubert Védrine dans « Sauver l’Europe » est que les peuples veulent à la fois de la croissance et Erasmus pour tous, mais ils veulent garder leur identité, leur souveraineté et avoir plus de sécurité.

 

La seule Union Européenne viable, c’est l’Europe des Nations

 

Le modèle multiculturel de l’Europe a été imposé depuis Jean Monnet et Robert Schumann par des gens plus ou moins hostiles à l’identité traditionnelle de leurs pays respectifs. Ce qu’ils ont présenté comme un accueil aux nouveaux arrivés était, le plus souvent, un rejet de leur propre héritage. Roger Scruton chef de file anglais d’une tendance conservatrice qui s’est éloignée du thatcherisme, montre bien dans son livre « La seule Union Européenne, c’est l’Europe des Nations » que ceux qui résistent au fédéralisme sont dénoncés comme racistes et xénophobes – une façon de les exclure du débat. On commence tout juste à reconnaître dans les statistiques françaises qu’il existe un pourcentage conséquent d’élèves musulmans dans les écoles françaises. En revanche, selon lui, le débat n’a pas été encore abordé sur la tolérance qui a été accordée aux musulmans par tous les gouvernements français et qui n’a pas eu de contrepartie. Ceux qui en profitent, en l’occurrence les prêcheurs dans les mosquées, ne sont eux tolérants en rien. Pourtant, on ne peut toujours pas parler ouvertement de l’islam et de ses effet sur l’esprit des jeunes sans risquer d’être immédiatement accusé « d’islamophobie » – maladie étrange qui s’est diffusée inexplicablement dans tous les pays de l’Ouest.

 

Est ce que l’Union Européenne doit revenir au Saint-Empire romain germanique, vaste ensemble qui au Moyen Age avait pour centre l’Allemagne autour de laquelle étaient groupés des territoires italiens, francophones, flamands et slaves. Le roi d’Allemagne se prétendait le chef séculier de l’Europe Occidentale.

Il est toutefois injuste d’accuser les allemands. Ils ne voulaient pas d’intégration monétaire avant d’avoir réalisé l’harmonisation économique et budgétaire. Ce sont les dirigeants français de l’époque qui ont insisté. Jean Louis Harouel, professeur à Paris explique dans  « Revenir à la Nation » que le refus de l’indifférenciation n’a rien à voir avec la haine de l’autre. Il met ensuite en garde contre les communautarismes qui dissolvent le lien national

 

Il n’y a plus d’ordre à sauver, il faut en refaire un écrivait  en 1931 Pierre Drieu la Rochelle dans « L’Europe contre les patries » Drieu allait se demander sans répit où le destin menait l’Europe que les conséquences de la guerre plongeaient dans le désordre. Dans « Genève ou Moscou ». Drieu sera dès lors, plus que jamais, conscient de cette nécessité d’unité européenne. Européiste, il règle son compte à l’arrogance allemande, au dédain anglais, à la bohême italienne, à l’isolement espagnol, aux antiquités autrichiennes….

 

Emmanuel Macron n’a rien saisi de l’attachement des gens à leur nation protectrice malmenée par la mondialisation Pour Ivan Rioufol dans  « La nouvelle révolution française acte 1 », le Président de la République a déclenché une pluie d’obus contre le nationalisme de ceux qui n’adhéreraient pas à son idée de “souveraineté européenne”. Il ne fait qu’exacerber les incompréhensions entre la France d’en haut et la France d’en bas. Le système technocratique est contesté. Il ne cesse de suggérer une continuité entre l’extrême droite et la montée actuelle de l’antisémitisme. Le pouvoir est bien placé pour voir que ce rejet s’épanouit majoritairement dans les cités musulmanes et à l’extrême gauche. Macron ne cesse de ménager l’islamisme qui est le vrai danger pour la France et l’Europe.

 

 

Les origines de l’Europe sont des racines chrétiennes

 

La référence aux « racines chrétiennes » de l’Europe a été refusée par Jacques Chirac.  Entre 2002 et 2006, les discussions autour du projet de Constitution européenne ont donné lieu à une aigre controverse dans les médias et la classe politique. Philippe Nemo dans « Les racines chrétiennes de l’Europe et leur dénégation » rappelle que la question était de savoir si, dans le préambule de la Constitution, parmi les éléments donnés comme constitutifs de l’identité européenne et justifiant qu’on cherchât à réaliser une unité politique du continent, il fallait ou non citer le christianisme. Demandée instamment par de nombreuses voix, cette référence aux « racines chrétiennes » de l’Europe n’impliquait évidemment aucune sorte d’obligation d’accepter la religion chrétienne comme un dogme officiel de l’Union, ni d’admettre que les Églises eussent une place organique au sein des institutions européennes en contradiction avec le principe de laïcité. Or, cette mention fut finalement retirée à la demande insistante de la France ou plutôt de celui qui, à l’époque, était en principe fondé à parler en son nom, le président Chirac. Cela fut fait malgré la désapprobation de la plupart des autres pays européens. Mais, soutenu par un ministre belge « libre penseur » (comme on dit encore outre-Quiévrain), le président français s’obstina et obtint gain de cause contre des partenaires européens agacés et lassés de cette opposition inattendue.

 

L’Europe, lorsqu’il s’est agi de définir son identité, a très tôt été rapportée à une double origine, grecque et juive. C’est, sous la plume des historiens des Lumières comme des romantiques du siècle dernier, la célèbre opposition entre Athènes et Jérusalem. Rémi Brague a repris à nouveau la question de l’identité, dans « Europe la voie romaine » en s’intéressant à la latinité de l’Europe. Le propre de l’Europe pour lui c’est une appropriation de ce qui lui est étranger. Historiquement, philosophiquement, l’Europe prend, en effet, sa source hors d’elle. À partir d’emprunts à d’autres civilisations, la voie romaine a opéré une synthèse fondatrice de la première unité culturelle qui fut le premier espace européen. Au point que, aujourd’hui encore, définir l’Europe, c’est marquer comment elle se distingue de ce qui n’est pas elle par son caractère originairement latin.

 

L’Europe n’a pas vocation à devenir l’Eurabie

 

Plusieurs générations de dirigeants politiques ont modifié nos sociétés sans le consentement et contre le souhait des peuples. Douglas Murray qui est un peu le Eric Zemmour britannique défend cette thèse dans son livre « The strange death of Europe: immigration, identity, islam ». Il est resté près de vingt semaines dans le top 10 des meilleurs ventes du Sunday Times. Il y décrit les conséquences mortifères de l’immigration incontrôlée dans une Europe en voie de désintégration.

 

L’Europe est en train de mourir d’un projet idéologique, « Le Mondialisme Immigrationniste Marchand », facilité par la trahison de ses élites politiques, économiques, judiciaires, médiatiques. Pour Jean Yves Le Gallou dans « Immigration: la catastrophe. Que faire ? » cette trahison explique quarante ans de mensonges, d’omerta, d’impuissance à traiter le problème malgré les promesses. Énarque, inspecteur général de l’administration, ancien élu régional et européen, Jean-Yves Le Gallou développe à partir d’un constat accablant une analyse sans concession. Mais non sans espoir : notre patrie, notre continent, notre civilisation peuvent encore s’en sortir. A condition de changer radicalement de modèle. Ici, c’est de courage qu’il va falloir faire preuve.

 

« L’Europe n’est plus l’Europe, c’est l’Eurabie », tel était le titre du livre d’Oriane Fallaci. L’Europe est en train de devenir une colonie de l’Islam, où l’invasion ne se réalise pas que de manière physique. La soumission aux envahisseurs a empoisonné la démocratie, avec des conséquences évidentes pour la liberté de pensée, et pour le concept même de liberté ». De Les mots, « envahisseurs », « invasion », « colonie », « Eurabie », sont profondément et immensément politiquement incorrects ; et d’aucuns seraient tentés de croire que c’est son ton, ses mots, et pas forcément son message, qui lui ont attiré les foudres des juges de Bergame et qui l’ont rendue radioactive aux yeux de l’élite culturelle européenne

 

L’islam va transformer la France et l’Europe telle est l’opinion de Christopher Caldwell dans « Une révolution sous nos yeux. Comment l’islam va transformer la France et l’Europe » 2011) Livre important et provoquant : le meilleur exposé à ce jour de la position des pessimistes sur l’immigration musulmane en Europe

 

L’Europe fait preuve de cécité volontaire et de lâcheté face à l’islamisme. La gauche sectaire fait fuir les intellectuels. Pour comprendre l’égarement de notre début de siècle, il faut lire l’essai d’Alexandre Laignel Lavastine,« La pensée égarée. Islamisme, populisme, antisémitisme: essai sur les penchants suicidaires de l’Europe » explore plus d’une décennie de « trahison des clercs ». Les intellectuels d camp du bien sont passés maîtres dans l’art de s’aveugler. En ne se concentrant que sur l’extrême droite, bien-pensants et mal-pensants, qui s’imaginent croiser le fer, ne voient pas qu’ils ne cessent de faire monter ensemble les deux plus grands périls de l’époque : le national-populisme d’un côté, l’islamisme de l’autre L’européen est désemparé par son basculement dans la mondialisation et le musulman, hanté par sa grandeur perdue. Là réside l’explosive nouveauté de notre temps.

 

Nous lèguerons à nos enfants un monde de cendres si nous ne renouons pas avec la part lumineuse de la culture européenne. Ivan Krastev dans « Le destin de l’Europe » estime que l’Europe est en route vers l’abîme. L’arrivée massive de réfugiés est selon lui,  pour l’Europe la principale menace. Les réfugiés seront les révolutionnaires du XXIème siècle. L’Union Européenne pourrait connaître alors le même destin funeste que celui de l’empire des Habsbourg. Un tel processus pourrait provoquer l’effondrement des démocraties libérales de la périphérie de l’Europe.

 

L’Europe vieillit et se dépeuple. L’Afrique déborde de jeunes et de vie. Une migration de masse va se produire. Son ampleur et ses conditions constituent l’un des plus grands défis du XXIème  siècle. Guidé par la rationalité des faits, Stephen Smith Grand reporter spécialiste de l’Afrique explique dans son essai « La ruée vers l’Europe », pourquoi il est urgent d’arbitrer entre intérêts et idéaux. La force de la pression migratoire va soumettre l’Europe à une épreuve sans précédent, au risque de consommer la déchirure entre ses élites cosmopolites et ses populistes nativistes. L’État-providence sans frontières est une illusion ruineuse. Vouloir faire de la Méditerranée une «  forteresse Europe  » en érigeant autour du continent de l’opulence et de la sécurité sociale des remparts – des grillages, un mur d’argent, une rançon versée aux États policiers en première ligne pour endiguer le flot – corrompt les valeurs européennes.

François Héran, titulaire de la chaire “Migrations et Sociétés” du Collège de France déconstruit la thèse de Stephen Smith dans “La Ruée vers l’Europe”.  Il y écrit que les travaux de Smith sont “sans valeur scientifique” et l’accuse de “nourrir le fantasme de l’envahissement du nord par le sud” et surtout “de caresser l’opinion publique dans le sens de ses peurs”.

 

Le “vivre ensemble” n’est qu’une fiction médiatique masquant mal des tensions identitaires souvent violentes. Pour Mathieu Bock-Côté dans « L’antifascisme médiatique radicalise la vie politique » la peur de devenir étranger chez soi hante l’Europe occidentale. Dans une époque tourmentée, il est normal qu’un peuple réclame des frontières correspondant à la fonction protectrice du politique et défende son identité à travers laquelle il exprime son droit à la continuité historique.