Idée fausse n°2 : « La dette de la France est artificielle, il suffit de ne pas la rembourser »

Les très mauvais arguments avancés par certains économistes et hommes politiques sontnombreux

 

« Les banques ont fait main basse sur les politiques publiques.La dette publique est la fille du néolibéralisme » Cette affirmation définitive a été proférée par François Chesnais qui est un économiste français, militant du Nouveau Parti Anticapitaliste. Il a été professeur associé à l’Université Paris 13 et fait partie du conseil scientifique d’Attac.

 

« Gommer la dette publique d’un coup chiche »est l’idée de Jacques Delpla  qui a proposé dans Challenges le 30/05/2013 une taxe de 17% sur les patrimoines s’appliquant au delà de 30 000€. Les deux chiffres sont magiques, car cela représentait à l’époque au montant de la dette.  Cet ISF généralisé soulagerait dit-il la jeune génération d’un fardeau paralysant. On peut s’étonner de cette proposition quand on sait que Jacques Delpla est professeur associé à l’école d’économie de Toulouse…

Il faut rappeler que l’Etat en France avait déjà inventé l’annulation pure et simple de sa dette le 30 septembre 1797. Ce qu’il en restait avait été transformé en un seul titre: la rente 5% perpétuelle, c’est-à-dire celle que l’on ne rembourse jamais !. Dans la mémoire collective cela est resté comme la première spoliation à très grande échelle de l’épargne par l’Etat.

 

« Les deux tiers de l’endettement sont dus aux cadeaux fiscauxaccordés depuis 2002 à une minorité de privilégiés ».La responsable de cette affirmation stupide est Martine Aubry dans Le Monde 13/08/2011. Dans le même registre on peut noter : « La réduction des déficits est une absurdité financière » nous a dit Arnaud Montebourg  dans Le Figaro du 29/08/2014

 

Depuis dix ans la dérive des comptes publics s’est emballée

 

Une dramatique culture de laxisme s’est installée en France.Au cours des trente dernières années la dette a augmenté chaque année en moyenne de 6% alors que la croissance économique était au mieux de 2%. Tout cela pour financer aux deux tiers de la redistribution, des allocations ou des prestations en tout genre. Il ne s’agit donc pas du tout de « cadeaux fait aux privilégiés ». Au lieu de travailler nous avons payé à crédit un modèle social à bout de souffle. La génération de mai 1968 n’a cessé de dénoncer la société de consommation, mais a trouvé le moyen de dépenser l’argent accumulé par leurs parents et d’endetter la France pour trois générations.

 

La dette française présente une vulnérabilité particulièredu fait de son financement à très court terme et de sa détention à 70% par des investisseurs étrangers et la BCE. Il n’y a plus aucun  prix de marché.  La spirale de la dette est un système à la Ponzi dans lequel il faut toujours emprunter plus pour payer les intérêts de l’argent qui a été emprunté…

 

.                                                                                                  La dette publique représente maintenant plus de 2000 Md€.Chaque ménage français portera donc sans le savoir près de 70 000€ de dette (soit trois fois et demie leur revenu annuel médian). Tout cela est dû à des années d’impéritie et surtout à l’illusion que le recours au déficit soutient la croissance. Les intérêts de cette dette sont devenus colossaux : autour de 50 Md€ soit largement plus que l’impôt sur le revenu, sans compter le remboursement du capital, ce qui va obliger la France à émettre plus 200Md€ de nouveaux emprunts chaque année. Si une entreprise ou un ménage agissait de la sorte on parlerait tout simplement de «cavalerie». La dette c’est la ruine des peuples hurlait-on déjà sous Louis XIV. Nous sommes sur cette voie là.

 

Depuis dix ans la dérive des comptes publics s’est emballée,faisant de la France le pays de l’Union Européenne dont le taux d’endettement a augmenté le plus vite. Cette dérive est d’autant plus préoccupante que les dépenses accumulées n’ont pas servi à renforcer notre potentiel de croissance, mais ont eu pour effet de reporter nos dépenses actuelles de santé et d’indemnisation du chômage sur les générations futures.

Le rapport Pébereau, intitulé « La France face à sa dette »a pourtant été publié en 2006. Ce rapport a fait grand bruit lors de sa remise au ministre. Il dressait un tableau lucide des failles de notre administration et de nos pratiques politiques et édictait vingt préconisations lumineuses pour en finir avec la spirale de la dette. Bien évidemment les gouvernements n’en ont tenu aucun compte.

 

Le rapport dette /PIB retenu à Maastricht était de 60%.La crise a révélé que l’on passait vite de 60% à 100% et qu’à ce niveau la gestion des budgets publics devenait très difficile. Il faut réduire la dette mais la question est de savoir à quelle vitesse. Il y a contradiction entre le court et le long terme. La solution idéale ce sont les mesures qui diminuent les dépenses à long terme sans nécessairement affecter la demande. Dans la plupart des cas, l’effet des mesures budgétaires nécessaires a de bonnes chances d’être négatif à court terme …

 

L’histoire montre bien que si l’endettement peut entraîner des effets positifs à la marge,il se solde la plupart du temps par une mise sous dépendance économique du débiteur. Cette constatation de simple bon sens est rappelée par Thomas Flichy de la Neuville et Olivier Hanne dans leur dernier livre « L’endettement ou le crépuscule des peuples »

 

La dette des collectivités locales n’a cessé d’augmenteret la Sécurité Sociale est droguée à la dette. Elle est en déficit chaque année depuis trente ans. La dette des hôpitaux publics n’est pas anecdotique, elle a triplé en 10 ans. La CADES (Caisse d’Amortissement de la Dette  Sociale) créée pour être temporaire par Alain Juppé en 1996, a été financée par la CRDS (Cotisation pour le Remboursement de la Dette Sociale). Elle porte une dette sociale qui représente maintenant 15% de la dette de l’état. C’est une dette composée seulement de déficit de fonctionnement. Autant dire que plus personne ne programme la fin de la Cades.

 

La dette grise est l’ensemble des sommes qui ont été reportées sur les générationsfutures.  Il faut donc rajouter aux 2000Md€ de dette de l’Etat une seconde dette de 2500Md€ qu’il faudra payer aux agents de l’Etat, des collectivités locales ou de la fonction hospitalière. Ces engagements à la charge du budget de l’Etat n’ont fait l’objet d’aucune provision…

 

Le problème de la dette de la France n’est pas une crise du capitalisme,  mais une crise des Etats qui ont pratiqué avec beaucoup d’allégresse le social-clientélisme qui consiste à acheter les voix des électeurs en émettant de la dette que nos enfants et nos petits enfants devront repayer. C’est une crise du dévoiement de nos systèmes politiques comme l’a décrit le 09/09/2011 Charles Gave dans « Crise du capitalisme et du libéralisme soyons sérieux »

 

La crise actuelle n’est pas une crise de la dette bancairemais une crise de la dette publique. On a demandé aux établissements de crédit d’acheter des obligations pour financer les Etats et la régulation a encouragé cela en décrétant que ces titres n’avaient pas à être pondérés et ce quelle que soit la solidité financière de l’émetteur.

 

La pensée keynésienne nous a appris le pilotage moderne de l’économiequi consistait à faire du déficit lorsque l’économie était déprimée à condition de rembourser les dettes cpntractées sitôt la croissance revenue. Mais on a très vite sombré dans l’idéologie en faisant croire que tout déficit allait automatiquement stimuler la croissance et créer des emplois. Le résultat est que depuis trente cinq ans on creuse les déficits au nom de la « relance »

 

L’endettement de la France est en revanche imputable aux Petits Hommes Gris (PHG)Ce sont les hommes politiques qui luttent contre l’existence des entrepreneurs qui sont leurs principaux concurrents… Ils nous expliquent que pour réduire les déficits, il faut malheureusement augmenter les impôts, car c’est de la bonne et saine gestion.  Partout où les PHG sévissent, la croissance économique s’évanouit, la rentabilité du capital baisse, le chômage augmente, les taux d’intérêt finissent par monter car le capital est gaspillé.

 

 

L’exemple canadien mériterait d’être expliqué et enseigné

 

Au Canada, Jean Chrétien a réinventé l’état en 1993.Dès son arrivée au pouvoir, le gouvernement libéral de Jean Chrétien s’attelle à la tâche. Le déficit budgétaire est à 7,5% du PIB, le ratio de dette publique sur PIB est près de 75% et plus de 100% si l’on inclut la dette des provinces. Pendant quatre ans le Canada se retrouve au régime sec. Les dépenses des ministères diminuent de 20 à 25%. Le nombre de postes dans la fonction publique fédérale baisse de 20% et les salaires des fonctionnaires sont gelés. Les transferts de l’état fédéral vers les provinces sont réduits d’un tiers dans le domaine de la santé de l’enseignement supérieur et des services sociaux… Les sacrifices sont payants car les finances publiques reviennent à l’équilibre dès 1998. Il a redessiné complètement les missions publiques autour de la compétitivité et de la solidarité. Le Canada a perdu son triple A en octobre 1992. C’était la conséquence de la dérive de ses finances publiques. Il faudra au pays Dix ans pour le reconquérir sans heurts ni drame social.

 

Il faut garder en mémoire le fait qu’en 1982, peu après l’élection de François Mitterrand la France a dû mendier auprès de l’Arabie Saoudite, les financements pour payer ses fonctionnaires. Nous sommes alors passés juste à côté du FMI. Si on ne s’inspire pas de rapidement de l’expérience c’est un événement qui pourrait bien se reproduire…