18 May, 2022

Guerre culturelle : gagner la bataille du milieu

Les trois cents dernières années ont été le théâtre, en France et plus généralement en Europe et en occident, d’une lutte entre deux conceptions du monde, chacune déclinée en de multiples combinaisons, mais qui globalement peuvent se définir ainsi : ou bien « l’homme est né libre et partout il est dans les fers » (Rousseau) et, partant, il faut le rendre libre à nouveau ; ou bien, quoique perfectible, il est l’héritier d’une civilisation dont le droit naturel est l’épine dorsale, et dont il possède autant la jouissance qu’il lui est assujetti par des devoirs. En gros, la gauche et la droite.

Dans cette guerre, et guerre à mort, c’est bien entendu le second camp auquel nous nous rallions, avec d’autant plus de décision qu’il est, au moins depuis soixante ans, le camp blessé, le camp vaincu. Momentanément, espérons-nous.

Reste que la bataille promet d’être féroce, et qu’elle a déjà commencé, qu’elle est sans cesse recommencée. Quoique le communisme, qui maintint sous sa botte politique la moitié de l’Europe, et sous sa férule d’instituteur grincheux l’autre moitié, et qui était l’avant-garde de ce qui se nomme le progressisme ait été défait, l’hydre de gauche gigote encore avec force. Et même, débarrassée de cette tête sombre et violente qu’était le communisme, peut-être a-t-elle encore gagné en force, démultipliant ses attaques. Aujourd’hui, elle ne prétend plus guère combattre la marchandise et la domination du capital, dont elle s’accommode généralement fort bien ; mais elle prétend combattre d’autres inégalités, qu’elle a généralement inventées et qu’elle a persuadées au bon peuple, comme la domination de l’homme sur la femme, celle du blanc sur les autres « races », celle du couple normal sur les relations homosexuelles, transsexuelles, bisexuelles et on ne sait quoi d’autre, celle de l’humain sur l’animal, ou encore celle du maître sur l’élève. C’est à ça qu’il nous faut répondre, non seulement en résistant, mais surtout en contre-attaquant, et en la dépassant dans la proposition d’un monde enviable. Il faut donner envie, et c’est peut-être là que nous sommes le plus faible.

On peut schématiquement imaginer trois fronts culturels sur lesquels lutter : la sous-culture, avec ses codes jeunes et adolescents ; la culture de l’honnête homme ; et la haute culture. Malgré les apparences, la droite a depuis quelques années remporté de nombreuses victoires dans le champ de la première et de la dernière. La sous-culture, aujourd’hui largement envahie de codes internets, est largement occupée par ce que les Américains nomment « l’alt-right » dont les forums ou l’art du même touchent une grande partie de la jeunesse. La haute culture, elle, est pour prendre un exemple français incarnée par un Michel Houellebecq, dont les romans atteignent des sommets de vente, quoiqu’ils soient fondés sur une critique féroce de la modernité. Hélas, les gens les achètent certainement, les lisent peut-être, mais n’en gardent guère.

La culture du milieu est, elle, entièrement tenue par le camp de la gauche, en témoignent les productions de Netflix. Elle est la plus puissante, la plus largement diffusée logiquement, et pourtant la droite, par paresse, par incapacité ou parce que la forteresse est difficilement prenable, n’y pénètre pas. C’est ici précisément qu’il faut concentrer notre feu.

C’est cette frange de population, qui a en France de 25 à 60 ans, qui est urbaine et plutôt éduquée, qu’il faut toucher. C’est celle qui a auparavant subi l’existentialisme sartrien, le rock américain, « fait Mai 68 », bien écouté ses gentils professeurs de gauche à l’école, lu les cent meilleurs livres de Télérama, et cru qu’Obama sauverait le monde.

Sans appartenir à l’élite, ce ventre mou de nos pays se sent cependant assez loin du peuple pour le mépriser. N’ayant jamais réfléchi plus loin que les bons sentiments, il est persuadé d’appartenir naturellement au camp du bien. Il croit à l’Union européenne pacificatrice et à la nécessité des « migrations ».

C’est lui qu’il s’agit de toucher, et pour cela (presque) tous les moyens sont bons. Il s’agit de lui donner envie d’aimer conserver ce qu’il a reçu. Il s’agit de lui montrer où se trouvent l’intelligence et le beau. C’est une longue marche qui commence.

Auteur: idlibertes

Profession de foi de IdL: *Je suis libéral, c'est à dire partisan de la liberté individuelle comme valeur fondamentale. *Je ne crois pas que libéralisme soit une une théorie économique mais plutôt une théorie de comment appliquer le Droit au capitalisme pour que ce dernier fonctionne à la satisfaction générale. *Le libéralisme est une théorie philosophique appliquée au Droit, et pas à l'Economie qui vient très loin derrière dans les préoccupations de Constant, Tocqueville , Bastiat, Raymond Aron, Jean-François Revel et bien d'autres; *Le but suprême pour les libéraux que nous incarnons étant que le Droit empêche les gros de faire du mal aux petits,les petits de massacrer les gros mais surtout, l'Etat d'enquiquiner tout le monde.

12 Commentaires

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  • Rey Lescure

    5 June 2022

    Une profession de foi qui me convient parfaitement: merci et merci pour votre site, une chance de vous avoir découvert…..grâce à internet !
    J’ai 91 ans….il était temps.

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  • Thibaut

    20 May 2022

    La gauche a l’avantage de proposer un rêve et de susciter la passion de l’envie. Nous espérons le vrai et le bien. C’est beaucoup plus difficile et exigeant. C’est donc plus dur à vendre ou faire aimer. Cela exige de refuser la peur, condition sine qua non de la liberté. Vaste programme. Qui mérite tous les sacrifices. Nous avons la chance d’avoir un exemple qui l’a déjà fait pour nous. La vérité triomphe toujours. C’est parfois lent. Mais nous y arrivons. La panique s’empare de nos adversaires, ils veulent confisquer plus que nos votes, nos consciences. Nous sommes tous des petits Soljenitsyne à notre échelle.

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  • Meduse

    19 May 2022

    La droite la gauche pour ma part cela n’a jamais existé c’est une construction manipulatrice d’un model conceptuel pour amuser et manipuler les peuples une vision d’énarque dégénérée qui ne court que pour ses intérêt propre le peuple a longtemps crue à cette dicotomie gauche ou droite au bon plaisir de ceux qui ont la bonne place ou s’enrichissent avec l’argent publique ou enrichissent leur copains ..

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    • Frank Deljeune

      19 May 2022

      Faut pas exagérer. Mais c’est vrai que c’est réducteur, très réducteur, et que cela ne correspond plus au clivage politique d’aujourd’hui.

  • Meduse

    19 May 2022

    Et si simplement, il y avais ceux qui défendent une idée de l’identité des peuples et de leur culture et d’autres qui prône le mélange dés races et religion aux mixer …
    L’entre soi politique et ou parisien voir européens aux affaires qui ne sont que des reproductions familles dynastique qui n’ont de cesse de donner des hochets et des mots (Staline disait faite leur Maher les mots, ils adopteront les idées et idéologies) aux différents peuples et monter une theatrocratie et un théâtre d’ombre pour désorienté les peuples les asservir bref.. les mener la ou ils veulent que ils aillent. … voir le cirque avec l’Ukraine actuellement..

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  • Gabriel

    19 May 2022

    L’être humain ne nait pas libre, il est l’hériter terrestre de toutes une lignée d’ancêtres en ce monde…il n’est qu’un “peut-être” qui accomplira plus ou moins son chemin de vie terrestre, et pour certains une voie spirituelle supra-humaine selon ses capacités et son potentiel… à l’école de la vraie vie et de la conscience, cad par et vers une sincérité totale. S’il y parvient, c’est la Liberté et la Libération. Il vit dans l’éternité tout en étant présent encore à son corps terrestre en ce monde, sans aucun attachement; il y devient une pure main terrestre de la divine présence.

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  • Frank Deljeune

    19 May 2022

    Je pense que ce que l’on appelait jadis, la “droite” et la “gauche” sont.simultanément en déliquescence, par perte du sens esthétique de l’existence au profit d’un consumérisme forcené qui s’est accaparé toutes les valeurs. On ne peut reproduire aujourd’hui, les liens qui existaient entre, par exemple Drieul la Rlochelle et Aragon. Le surréalisme a été englouti après mai 68 par le sirupeux tropisme écologique, tarte à la crème inventée par Bertrand de Jouvenel à la fin des années soixante pour faire disparaître le marxisme et unir la gauche et la droite dans un commun désir d’une automobile électrique, en même temps qu’il faisait obstruction à toute possibilité de dialogue, entre deux mondes désormais disjoints, entre celui de Voltaire et celui de Rousseau.

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  • Bilibin

    19 May 2022

    Il semble que le vent de la culture soit doucement en train de tourner, en bonne partie en suivant l’adage “get woke, go broke”.
    Ou pour reprendre une formule plus connue “money talks, people listen”

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  • texmik

    19 May 2022

    constats et synthèse impeccables , hélas….

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  • James Fenimore

    19 May 2022

    On connaît tous ces prototypes de l’abrutissement organisé depuis cinquante ans ; le petit prof de province, le petit notable, le petit bourgeois ; ils sont tellement empoisonnés d’idéologie que même quand on leur met le nez dans ce qu’on imagine, ils sentent une agréable odeur de violette… Un vieux parisien bobo de 60 ans jeté soudainement porte de Clignancourt trouvera le moyen de vous dire que Paris n’a pas changé, que la France “a toujours été une terre d’immigration”, que les aimables visiteurs qui se livrent à leur petit commerce sont finalement une chance pour l’occident, etc. Il n’y a pas grand-chose à faire, malheureusement. Une chose que nous ont rappelée l’élection et la réélection de Macron, c’est que la propagande à coups de pioche et de marteaux, ça marche parfaitement sur le troupeau !

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  • Philippe

    18 May 2022

    Le message du droit naturel ( Edmund Buke – Josè Ortega Y Gasset – Julien Benda – Léo Strauss – Raymond Aron – Jean-François Revel – Jean-Marie Benoist – Pierre Boutang ) est effacé avec soin par les médias et surtout par la classe politique, son administration , le ” deep state ” à la française . La voie est donc libre pour que la contre-culture ( Mai 68 et ses sbires Deleuze-Guattari – Foucault – Bourdieu ) et la consommation de masse de distractions ( effluves de cultures ) tiennent la doxa dominante . Faute de médias grand public capables de délivrer ce message critique du droit naturel , on en est réduit a des feintes, des compromissions , des trahisons permanentes .L’exemple du Figaro est pitoyable . La culture est orpheline de Malraux et de De Gaulle . Apres ces deux géants ce sont les pitres , les imposteurs , les jacasseurs qui tiennent le micro…

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    • Frank Deljeune

      19 May 2022

      Je pense que ce que l’on appelait jadis, la “droite” et la “gauche” sont.simultanément en déliquescence, par perte du sens esthétique de l’existence au profit d’un consumérisme forcené qui s’est accaparé toutes les valeurs. On ne peut reproduire aujourd’hui, les liens qui existaient entre, par exemple Drieul la Rlochelle et Aragon. Le surréalisme a été englouti après mai 68 par le sirupeux tropisme écologique, tarte à la crème inventée par Bertrand de Jouvenel à la fin des années soixante pour faire disparaître le marxisme et unir la gauche et la droite dans un commun désir d’une automobile électrique, en même temps qu’il faisait obstruction à toute possibilité de dialogue, entre deux mondes désormais disjoints, entre celui de Voltaire et celui de Rousseau.

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