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Jean-Jacques Netter

Faut-il réformer le capitalisme ?

 

 

Longtemps le capitalisme a régné sans rival. Miné par la crise, il semble reculer face à tous les modèles collaboratifs nés sur internet. Un nouveau monde émerge centré sur le partage. C’est pourquoi, il semble utile de faire régulièrement un tour d’horizon des livres qui essayent d’anticiper l’avenir du capitalisme. Les débats tournent autour de ceux qui veulent sa mort définitive. Ils se confrontent avec ceux qui veulent faire comme d’habitude évoluer le capitalisme. Les deux camps, au delà de l’idéologie,  sont déjà obligés de prendre en compte le capitalisme 4.0 qui est déjà totalement dominé par les GAFA.

 

Ceux qui veulent la mort du capitalisme

 

Une série de six documentaires, tournée dans vingt-deux pays par Ilan Ziv et diffusée sur Arte en 2014 a donné la parole à  Thomas Piketty et Robert Boyer Ils nous expliquent que  “Marx est  le plus grand penseur de son siècle”, que “L’aliénation par le travail commence avec les gens qui attendent le bus le matin”.  Tous ceux qui sont interviewés donnent le sentiment d’avoir mal digéré mai 68 et pas encore saisi que le communisme s’était effondré en 1989. Jean Tirole n’a même pas été invité ! Personne ne conteste que le capitalisme secrète des excès, mais ne jamais mentionner la source incroyable de prospérité que sa dynamique entraîne relève aujourd’hui de l’obscurantisme…

 

Les scandales entourant la gestion de grandes sociétés cotées se sont succédés depuis le début des années 2000 Dans le sillage de Enron, Worldcom et Parmalat,. Pour l’écrasante majorité des commentateurs, il s’agit là d’accidents isolés, certes fâcheux, mais ne pouvant remettre en cause les vertus d’un système dominé par la finance de marché. Pour Michel Aglietta et Antoine Rebérioux dans « Les dérives du capitalisme financier » ces scandales à répétition sont au contraire la marque des dérives de ce « capitalisme financier » qu’il faut combattre…

 

ll est temps de réfléchir à un monde libéré de la tyrannie capitaliste. C’est ce que propose ce livre de Jérôme Baschet « Adieux au capitalisme ». En prenant notamment appui sur les expérimentations sociales et politiques accumulées par l’insurrection et les communautés zapatistes, il prédit une « utopie réelle » de grande envergure. Cela consisterait à pratiquer une démocratie radicale d’autogouvernement et concevoir un nouveau mode de construction du monde. Le problème c’est que la plupart des idées défendues dans le livre ont notamment déjà été mises en pratique en URSS, à Cuba et au Venezuela. Elles  n’ont pourtant pas beaucoup amélioré le bien être des populations…

 

Doit-on revenir au capitalisme pour éviter les crises ?

 

Le capitalisme n’est rien d’autre qu’un processus d’apprentissage social pour allouer entre les différents individus ceux qui auront accès au capital et ceux qui n’y auront pas accès. Pour Charles Gave dans « Moi, Monsieur, je déteste le Capitalisme ! » le fait que plein de braves gens (acteurs, hommes de télévision ou de « culture » produisant des spectacles que personne ne va voir, syndicalistes, journalistes, professeurs de philosophie, religieux) répètent ce qu’avait dit avant eux Marx, Staline, Lénine, Hitler, Goebbels, Maurras, Pétain, Mussolini, Mao, Pol Pot, Castro, Chavez, Mélenchon… ne semble pas avoir pénétré leur cortex cérébral, tant ils semblent fiers de dire quelque chose d’imbécile…

 

Les principales causes de la crise résident dans l’action de l’Etat et des hommes politiques. Pascal Salin dans « Revenir au capitalisme pour éviter les crises », passe en revue les facteurs à l’origine de la chute de septembre 2008. Il y a d’abord la politique déstabilisatrice de la FED et de la BCE, car avant l’existence des banques centrales, il n’y avait pas de crises monétaires. Les crises économiques étaient d’ailleurs provoquées par les guerres (des Etats !), les épidémies ou bien les aléas de la météo. Les problèmes monétaires et financiers sont bien le résultat d’une faillite de l’Etat et non d’un dysfonctionnement du capitalisme et des marchés.

 

L’innovation est le moteur du capitalisme et du progrès en général. Les entrepreneurs sont les agents de ces innovations. Pour Joseph Schumpeter dans « Capitalisme, socialisme et démocratie », les inégalités et les turbulences sont un faible prix à payer pour assurer le progrès matériel.

 

La symbiose entre le capitalisme et la révolution de l’information assure aujourd’hui l’envahissement planétaire du capitalisme. On assiste à l’affrontement entre le capitalisme d’entreprise d’origine américaine et un capitalisme d’Etat né dans les pays émergents. Alain Cotta dans « L’hypercapitalisme mondial nouvelle féodalité » explique que la religion de l’argent devenue commune aux deux capitalismes actuels va faire évoluer l’adhésion de la grande majorité des citoyens dont la vie quotidienne sera transformée par les progrès de l’intelligence artificielle.

 

Faut-il faire évoluer le capitalisme ?

 

De nombreux acteurs au cœur du système appellent à mieux contrôler le fonctionnement du capitalisme. Poussée à l’extrême, la logique libérale choque, avec des bénéfices hors normes, des dirigeants et actionnaires sur-rémunérés. Vincent Beaufils, journaliste dans un article de Challenges « Les excès du capitalisme », décrit des profits qui ne cessent d’augmenter, des dividendes qui siphonnent les réserves, des cartels qui prospèrent et des fonds qui vampirisent l’industrie. Selon lui il ne faut donc pas compter sur les bons sentiments pour fixer les rémunérations des dirigeants…

 

Le capitalisme de connivence doit cesser. Il s’agit d’un système de défense et de création de rentes appuyé sur la capture de l’Etat par ceux qui bénéficient ou bénéficieront de ces rentes. Le système bancaire français a capturé l’Etat et sert des rentes conséquentes à ses dirigeants, qui tous viennent des plus hautes sphères du même Etat. Les politiques et les fonctionnaires ont bâti un système où des rentes sont servies à ceux qui savent exploiter au mieux le système.  Les syndicats, organisés en monopole depuis 1945 et qui ne représentent qu’environ 5 % des salariés Français ont un financement complètement opaque, car ils ont pris le contrôle d’un certain nombre de secteurs tous nationalisés (énergie, transports, éducation, santé).  Ce qui protège le faible, rappelle Charles Gave dans « Capitalisme de Connivence et Libéralisme » c’est la Loi, et non pas l’Etat.

 

Anne Lauvergeon est un très bon exemple de ce capitalisme de connivence. L’autopsie d’un désastre a été réalisée dans de nombreuses  enquêtes sur les volets les plus sulfureux du dossier Areva notamment : Hervé Guattegno et Philippe Basset dans Vanity Fair  « Olivier Fric le mari gênant d’Anne Lauvergeon » en 2015. Pascal Henry dans le magazine Pièces à conviction en 2016 sur France 3. La facture d’Areva c’est au bas mot 15 Md€ dont 10Md€ déjà perdus et 5Md€ de recapitalisation. L’achat d’Uramin pour 2,7Md€ est au coeur des investigations car elle a été organisée par Olivier Fric, le mari d’Anne Lauvergeon !

 

Et si le moyen le plus efficace pour sortir de la domination capitaliste était de se réapproprier le libéralisme ? Nous sommes persuadés de vivre la victoire du libéralisme. Pourtant, le capitalisme qui nous gouverne est profondément antilibéral. Valérie Charolles dans « Le libéralisme contre le capitalisme » dénonce la confusion entretenue dans le débat public entre les termes de ” libéralisme ” et de ” capitalisme ” et montre en quoi ces deux systèmes s’opposent radicalement. Il suffit de comparer les grands principes dont se réclame l’économie et les règles financières que nous appliquons au quotidien pour voir apparaître des contradictions flagrantes : le travail est la principale source de richesse pour les théoriciens du libéralisme, mais la ” masse salariale ” n’a tout simplement pas de valeur dans les comptes de nos entreprises ; le marché fonctionne sur le mode de la concentration et de la contrainte alors que la concurrence devrait justement garantir l’absence de position dominante. Quant à l’Etat, qui est censé corriger les inégalités les plus criantes causées par le système, il ne fait souvent qu’en amplifier les effets. Si nous ne voyons pas clairement cette différence, c’est que nous vivons l’économie sur le mode de l’idéologie, comme un ensemble de dogmes…

 

Le capitalisme se transforme en profondeur depuis le dernier quart du XXe siècle sous l’effet de la globalisation financière, des nouvelles technologies de l’information et de la communication. Dominique Plihon, militant altermondialiste et porte parole d’ATTAC dans « Le Nouveau Capitalisme »  montre que l’on assiste à l’émergence d’un nouveau capitalisme qui consacre le rôle dominant de la logique boursière. En France, ce passage au ” capitalisme actionnarial ” s’est effectué à un rythme accéléré à la suite des privatisations du système industriel et financier. L’emprise croissante de la finance internationale et le développement des technologies transforment selon lui, le fonctionnement des entreprises, fragilisent le salariat traditionnel et engendrent de nouvelles tensions, dont les crises économiques et financières du début du XXIe siècle sont l’une des manifestations…

 

L’économie réelle est sacrifiée sur les autels de la finance dérégulée et de l’austérité budgétaire. Gaël Giraud, économiste de Gauche, membre de l’École d’économie de Paris, jésuite, ancien élève de l’ENS-Ulm, docteur en mathématiques, diplômé de l’ENSAE et chercheur au CNRS a publié   « Vingt propositions pour réformer le capitalisme ».  Dès 2008, il avait proposé un vaste programme de réformes.  Depuis lors, le “plus jamais ça” du G20 s’est mué selon lui en reprise du « business as usual ». Trois ans plus tard, la récession gagne, la zone euro est en danger, les finances publiques asphyxiées, le secteur bancaire en faillite, pendant que les banques sont recapitalisées aux frais du contribuable. Son programme de réformes va de la transition énergétique et écologique au statut juridique de l’entreprise, de la titrisation au mandat de la Banque centrale européenne, du « social business » à la formation à l’éthique, des marchés de matières premières au droit des brevets, des prix de transfert à l’investissement socialement responsable.  Ce livre décrit l’utopie très fortement teintée d’idéologie d’une société sobre, définanciarisée et solidaire…

 

 

Le nouveau capitalisme 4.0

 

La révolution  des GAFA va tout changer dans de nombreux  business model. Philippe Escande dans « Bienvenue dans le capitalisme 3.0 » effectue un voyage dans le nouveau monde numérique. Google, Apple, Facebook et Amazon (GAFA) Uber et booking.com sont entrés dans le quotidien de centaines de millions d’êtres…

 

Marx a eu raison, pour le pire. Mais sans cesse le capitalisme renaît de ses cendres. La révolution se fait attendre. Sommes-nous arrivés à la fin de l’histoire ? Les rébellions ne sont-elles plus que les feux de paille d’un horizon sans joie ? Sommes-nous condamnés à assister au yo-yo boursier comme des spectateurs impuissants ? Denis Collin dans « Le cauchemar de Marx. Le capitalisme est-il une histoire sans fin ? » préfère ne pas s’y résoudre. Il montre comment, en soumettant la planète entière à sa loi, en transformant des milliards d’Indiens, de Chinois, d’Africains demain en prolétaires, en exploitant tous les champs possibles d’accumulation, le capitalisme prépare le moment où la logique de la plus-value s’effondrera bel et bien.

 

Ce qui s’est effondré en 2008 n’était pas simplement une banque ou un système financier, ni même un château de cartes construit sur une montagne de dettes… Pour Anatole Kaletsky dans « Capitalism 4.0 The birth of a new economy in the aftermath of crisis » ce qui s’est effondré ce jour-là, c’était toute une philosophie politique et un système économique. Le capitalisme mondial sera remplacé par un capitalisme qui sera également mondial.  Les qualités humaines qui sont au cœur du capitalisme: ambition, initiative, individualisme, esprit de compétition seront réorientées et redynamisées pour créer une nouvelle version du capitalisme qui sera finalement plus performante et productive que le système qu’il a remplacé.