https://institutdeslibertes.org/et-si-on-confiait-la-gestion-de-la-sncf-et-de-la-ratp-a-carlos-ghosn/
Jean-Jacques Netter

Et si on confiait la gestion de la SNCF et de la RATP à Carlos Ghosn ?

Les commentaires de la majorité des journaux français sur la conférence de presse de Carlos Ghosn tenue la semaine dernière depuis Beyrouth sont honteux (notamment ceux du Courrier Picard et des Dernières Nouvelles d’Alsace…). Ils sont tombés dans les clichés du « patron voyou, rapace, dictateur, faisant preuve d’un cynisme et d’une arrogance insupportable…. ». En France on sait qu’on apprécie peu les patrons qui créent de la valeur pour leur entreprise et surtout qu’ils soient rémunérés selon des critères internationaux. Le problème c’est que Carlos Ghosn est considéré comme un grand dirigeant, redresseur d’entreprises, notamment de Nissan qui était au bord de la faillite en 1999. Il doit avoir du talent puisque ce qu’il a fait à la tête des entreprises qu’il a dirigées a fait l’objet de pas moins 17 livres de management et qu’un conseiller de Barack Obama lui a proposé au plus fort de la crise de venir diriger General Motors sur la base de 25M$ par an hors intéressement.

 

Certes on devrait passer en revue et éventuellement juger toutes les accusations qui pèsent sur lui (deux pour revenus différés non encaissés mais pas déclarés aux autorités nippones, deux pour abus de confiance). Cela devrait être fait dans le cadre d’un procès équitable, ce qui n’est pas tout à fait le cas comme on a pu le voir de la justice nippone.

 

Il faut remettre toute l’affaire dans son contexte. Les dirigeants de Nissan ont toujours eu du mal à reconnaitre qu’ils avaient été sauvés par un étranger. C’est de plus Emmanuel Macron, quand il était à Bercy, qui a organisé en 2015 la montée de l’Etat au capital de Renault en empruntant des titres au moment de l’assemblée et en instituant un droit de vote double sans même prévenir le président du groupe. Carlos Ghosn ne voulait pas à l’époque de fusion entre les deux entités Renault et Nissan, d’autant plus qu’il commençait à s’occuper personnellement de Mitsubishi. L’intervention d’Emmanuel Macron a créé encore plus de défiance de la part du management de Nissan.  C’est encore l’Etat qui a nommé Thiérry Bolloré aux commandes de Renault pour l’évincer 9 mois plus tard. C’est toujours l’Etat qui dans le cadre du rapprochement envisagé avec FCA a imposé sa position négative au conseil d’administration de Renault alors qu’il ne possédait que deux administrateurs, les quatorze autre ayant voté pour l’opération.

 

Les performances de l’Etat stratège et actionnaire gérant des groupes industriels ne sont plus à démontrer après les échecs enregistrées sur la Compagnie Générale d’Electricité/Alcatel, Pechiney,  Arcelor, Thomson et plus récemment Alstom. La vente d’Alstom à la General Electric est un scandale d’Etat affirme le journaliste Jean Michel Quatrepoint dans son livre “Alstom scandale d’Etat” : on est dans le pire du libéralisme et du socialisme avec des dirigeants qui nous ont plongé dans le grand bain de la mondialisation avec en guise de bouée un petit canard alors que les autres avaient des palmes et un tuba.  A cause des interventions permanentes de l’Etat, la désindustrialisation touche plus fortement la France. On en est maintenant à seulement 10% de notre PIB contre 24% en Allemagne et 22% en Suisse. Les fonctionnaires dans leur grande majorité n’ont pas les compétences pour évoluer dans des écosystèmes composés de technologies, de services, d’intelligence dans les réseaux et de production manufacturière.

 

Le meilleur exemple de mauvaise gestion de l’Etat est probablement celui d’Areva qui était au firmament de l’industrie nucléaire quand la gestion du groupe a été confiée à Anne Lauvergeon en 2001.  Le Corps des Mines mettait enfin la main sur une pièce essentielle du puzzle qui lui permettrait de prendre le contrôle de la filière nucléaire. Pendant ce temps Olivier Fric, son mari, menait discrètement ses affaires personnelles en Suisse. Aujourd’hui la justice s’interroge sur son rôle dans le rachat en 2007 de la société minière Uramin qui aura été selon Hervé Guattegno de Vanity Fair (01/08/2017), le plus mauvais investissement et le plus contesté de sa femme à la tête d’Areva.  Le fiasco de cette opération portant sur 2,5Md€ aurait même été dissimulée pendant un temps à l’Etat. D’après Emmanuel Fansten dans « Areva et Anne Lauvergeon. Les dessous d’un scandale d’Etat » c’est une opération trouble sur laquelle aurait spéculé Olivier Fric. Malgré tous ces faits accablants qui ont été racontés amplement dans les media, la justice française n’a pas avancé beaucoup…

 

Carlos Ghosn avait réussi à transformer une entreprise qui s’appelait il n’y a pas si longtemps la Régie Renault, totalement sous emprise de la CGT, en un des premiers groupes mondiaux de l’automobile. Ce serait probablement une bonne idée de lui demander de prendre la tête d’une société holding qui contrôlerait deux filiales : la SNCF et la RATP. Il connait bien le secteur des « mobilités » et il suffirait de baser la société aux Pays Bas pour pouvoir le rémunérer au prix du marché. On peut être à peu près sûr que ces deux sociétés redeviendraient rapidement tout à fait performantes grâce à sa gestion!