https://institutdeslibertes.org/eh-oui-je-suis-un-financier/
Charles Gave

Eh oui, je suis un financier…

Depuis deux ans environ, il m’arrive d’être interviewé par des gens de bonne volonté (Planetes 360, Grand -Angle, Sud Radio et quelques autres) et à ma grande surprise, ces interviews sont ensuite regardées par des dizaines, voire des centaines de milliers de gens dont j’ignore tout. Et du coup, pour mieux les connaitre, je lis les commentaires que certains d’entre eux mettent après l’émission sur le site du diffuseur et parfois j’y réponds, en particulier sur le site de l’IDL.

Certains, et j’ose même dire, la plupart sont plutôt aimables, divers, et apportent une pierre au débat. Mais il y a un commentaire qui revient à chaque interview ou presque, toujours le même, et qui s’adresse plutôt aux autres lecteurs qu’à moi et le voici : « Comment pouvez-vous vous intéresser à ce qu’écrit cet homme, c’est un financier ».Et cette remarque me laisse toujours perplexe. Pourquoi un financier n’aurait ‘il pas droit à la parole ? Et qu’est ce qui permet à ces gens, qui écrivent pour la plupart sous pseudonyme, de décider qui a droit à la parole et qui n’y a pas droit ? Après tout, personne n’est obligé par quiconque d’aller sur le site de l’IDL ou de regarder mes interviews…

Et donc, comme d’habitude, quand je perçois qu’une idée dangereuse se glisse dans le débat, je vais essayer d’expliquer pourquoi elle est fausse et pour cela je vais revenir à une notion essentielle en économie et qui est la suivante : comment le système économique fondé sur la liberté individuelle crée-t-il de la VALEUR.

Cette création de valeur suppose que soient réunis au même endroit et en même temps trois choses.

  1. Du capital, résultat d’une épargne qui a eu lieu
  2. Du travail, fourni par la population capable de travailler.
  3. Un individu, généralement appelé « entrepreneur », qui réussit à combiner capital et travail pour en tirer un produit ou un service qui se vendra, espère-t ’il, à un prix supérieur aux coûts du capital et du travail qu’il a utilisé, et cette différence s’appelle le PROFIT, mot et concepts abominables, mais sans lesquels nous serions encore en train de mourir à trente ans, faute de nourriture et de vêtement.

Résumons-nous : Pour que la prospérité existe il faut trois choses, du capital, du travail et un chef d’orchestre.

Et ici, il me faut dire quelque chose qui ne va pas me faire beaucoup d’amis : du travail, il y en a toujours eu et il y en aura toujours, jusqu’à ce que l’homme disparaisse de la Terre.

En revanche, à tout-moment, la quantité de capital est toujours insuffisante puisque la somme des désirs et des besoins de la population est par nature infinie.  Il faut donc rationner le capital pour qu’il aille le plus possible à ceux qui en feront le meilleur usage et qui donc seront capables de faire croitre la quantité de capital dans le système, ce qui est la condition sine qua non pour qu’il y ait une hausse générale du niveau de vie. Et comme me le disait l’un de mes professeurs d’économie à Toulouse il y a cinquante ans, quand il s’agit de rationner il n’y a que deux techniques :

  1. La main invisible d’Adam Smith
  2. Le grand coup de pied dans le derrière de Joseph Staline

En termes simples, cela veut dire que soit l’on rationne par le PRIX soit l’on rationne par L’INTERVENTION ETATIQUE

Voyons à quoi sert un financier dans les deux cas.

Rationnement par le prix.

Le prix pour le capital s’appelle le taux d’intérêt et ce taux d’intérêt sert à me compenser contre l’incertitude du futur.

Le prix, quand il se forme sans intervention étatique, est par définition celui où la demande d’épargne égale l’offre d’épargne.

En tant que financier, je prends ce prix comme une donnée (je ne fais aucun jugement de valeur sur son niveau, trop haut trop bas…) et je vais regarder la rentabilité marginale du capital pour chaque entrepreneur, une notion hélas trop méconnue et que je vais essayer d’expliquer maintenant.

Prenons un petit entrepreneur qui embauche un salarié à 100. Ce salarié lui rapporte 130. Du coup, il en embauche un deuxième qui lui rapporte 110 et tout content il en embauche un troisième qui lui rapporte 80. La rentabilité moyenne de mon entrepreneur sera 30 +10 -20=20 /300 =6.66% ce qui apparait comme satisfaisant et cependant il est complètement idiot s’il garde le troisième puisqu’il perd de l’argent avec lui.

C’est pourquoi, chaque fois que je lis dans un journal que telle ou telle entreprise débauche alors qu’elle fait des profits, j’ai un grand moment de lassitude. Les entreprises pour ne pas gaspiller le capital, doivent gérer à la MARGE et non pas à la moyenne et seules les entreprises qui pratiquent cette discipline méritent mon épargne. La concurrence est un système Darwinien et il est certes nécessaire de protéger autant que faire se peut les individus contre la dureté de ce système, mais cela ne doit JAMAIS se faire au prix de la destruction de capital qui amène partout et toujours à un appauvrissement généralisé.

Dans le fond, je fais exactement ce que le Christ me dit de faire dans la parabole des talents dans les Évangiles. Le maitre s’en va pour un long voyage et confie son capital à trois serviteurs. Au premier il en confie quatre, au deuxième deux et au dernier un.

Première remarque, il ne confie pas la même somme à tout le monde…

Quand le Maitre revient, le premier lui en rend huit, le deuxième quatre (ils ont travaillé, ont pris des risques et ont donc eu une rentabilité marginale du capital satisfaisante). Quant au troisième qui a enterré son talent et donc n’a pris aucun risque, il dit au Maitre « Je sais que tu es dur, j’ai donc enterré mon talent. Le voici, je ne te dois rien «

Et le Maitre l’envoie aussitôt en enfer tout en donnant son talent au premier en accompagnant cet acte d’une phrase mystérieuse pour beaucoup « Car à ceux qui ont reçu beaucoup, il sera donné encore plus », qui n’est cependant qu’une définition parfaitement claire de la rentabilité marginale du capital. Ceux qui investissent en fonction de la rentabilité marginale auront automatiquement accès à de plus en plus de capital et donc contribueront massivement au bien commun. Ceux qui enterrent leur talent ou pire encore le gaspille sont les seuls et vrais salauds. ….

Le financier est donc celui qui essaye sans cesse de comparer la rentabilité marginale du capital avec le cout de l’emprunt, ce qui est épouvantablement difficile. C’est un métier à haut risque et je dis souvent que cela revient à travailler dans le « cœur nucléaire » du capitalisme où chacun met sa peau en danger sans cesse tant les possibilités d’irradiation y sont fréquentes. Une vie de travail peut être détruite en très peu de temps par une erreur intellectuelle ou une faute d’attention. Je le sais d’autant plus que j’ai été moi-même irradié et qu’il m’a fallu beaucoup, beaucoup de temps pour récupérer.

Et donc mon métier de financier consiste à repérer les endroits où la rentabilité du capital monte, pour y investir l’argent que je retire à ceux qui commencent à le gaspiller. Et ce faisant, je rends un service éminent à la communauté. Dans le monde géré par des marchés libres et où travaillent des individus libres également, seuls peuvent emprunter ceux qui ont une rentabilité marginale du capital supérieure aux taux d’intérêts, ce qui revient à dire que l’endettement ne peut pas monter structurellement. Dans ce monde, la dette reste une source de financement accessoire.

Ce qui n’est pas le cas lorsque le capital est attribué à grands coups de pieds dans le derrière.

Rationnement par l’État.

De façon générale, l’état est le pire investisseur qui soit puisqu’il n’a jamais entendu parler ni de rentabilité marginale du capital ni de rentabilité moyenne. En termes clairs, le capitalisme fonctionne grâce à ce que Schumpeter appelait la « création destructrice » et dans l’état, il n’y aucune destruction et encore moins de création. Et donc, comme des activités perpétuellement en pertes sont maintenues en vie, cela veut dire trois choses.

  • Un état en déficit détruit structurellement du capital, et donc dans ce pays, le niveau de vie ne peut que baisser.
  • La deuxième est que cela ne peut se faire que par l’émission de dettes dont la somme ne peut que monter au travers du temps, ce qui fragilise le système au travers du temps.
  • Et la troisième, que cette dette doit être émise à un faux prix, faute de quoi les taux d’intérêts devraient monter à toute allure pour freiner cette boulimie de capital, ce qui foutrait en l’air la partie toujours plus restreinte de l’économie qui reste dans des mains privées puisque le cout marginal du capital ne cesserait de monter.

Ce que je dis ici est très simple : L’état est par nature destructeur net de capital et donc, plus son poids dans l’économie augmente, plus les déficits budgétaires sont élevés et moins il y a de capital disponible pour le secteur privé et du coup la croissance économique ne peut que baisser et le chômage monter.

Mais les taux d’intérêts anormalement bas ont un effet secondaire bien pire encore, car ces taux bas donnent naissance à une catégorie de gens que le peuple assimile aux financiers et qui ne le sont en rien, puisque ce sont des pilleurs d’épaves.

Je m’explique.

Imaginons que les taux d’intérêts soient à 0 %, ce qui permet à l’État de spolier les épargnants comme je l’ai montré la semaine dernière. Mais ces taux bas permettent aussi à de grands brigands qui ont accès à des capacités d’emprunts illimitées de spolier les entrepreneurs existants, et voici comment.

Imaginons qu’une entreprise « pépère », telle un petit hôtel familial dans une station de ski rapporte 4 % par an et ne cherche pas vraiment à se développer. Si les taux courts sont au niveau de la rentabilité marginale du capital (voir plus haut) ils seront aux alentours de 5 % par an et personne n’aura l’idée d’emprunter à 5 % pour racheter quelque chose qui rapporte du 4 %.

Mais tout change si les taux sont à 0 % ou à 1 %, car cela devient rentable d’emprunter pour acheter l’hôtel. Et des sociétés se constituent très rapidement, toutes soutenues par les grandes banques pour acheter l’hôtel en question à deux ou trois fois sa valeur. Les propriétaires vendent et partent s’installer au Portugal ou en Belgique tandis que les nouveaux propriétaires qui doivent servir et rembourser la dette commencent à mettre à la porte la moitié des employés et/ou à baisser leurs salaires.

La dette augmente dans l’économie sans que les capacités de production augmentent en contrepartie, la fragilité de l’économie s’accroit, le niveau de vie des employés baisse et il n’y a pas un hôtel de plus ou une machine-outil de plus. Il y a eu juste un transfert de propriété de la classe entrepreneuriale à la classe des pilleurs d’épaves, et c’est tout. Du coup, les riches, c’est-à-dire ceux qui ont déjà des actifs à donner en garantie aux banques deviennent plus riches et les pauvres deviennent plus pauvres puisque le stock de capital diminue, ce qui veut dire qu’à terme la productivité du capital et du travail s’effondrent et donc le niveau de vie de ceux qui n’ont que leur travail à offrir.

Ces pilleurs d’épaves ne sont en rien des financiers, puisque leur enrichissement n’est pas la contrepartie d’un risque qu’ils auraient pris mais le résultat du fait que les autorités suivent une politique qui leur permet de s’enrichir sans prendre de risque tant ils bâtissent des structures qui leur permettent de tout garder si ça marche et de faire porter les pertes aux banques si ça ne marche pas. Cela n’a RIEN à voir avec le capitalisme et tout à voir avec le grand banditisme.

C’est ce que j’ai appelé dans des papiers précédents « le capitalisme de connivence », qui n’est qu’une forme moderne du vol à la tire. Cela me rappelle une histoire qui est arrivée à une personne de ma connaissance, héritier d’une grande fortune française, grand chasseur devant l’éternel et qui voulait mettre un lion à son tableau de chasse. Il partit en Afrique du Sud ou existe un trafic florissant d’élevages de lions en captivité, que l’on fait sortir de leurs cages quand un grand chasseur blanc se présente et que l’on dispose devant le chasseur dans la savane. La pauvre bête, voyant un homme devant elle se dit que l’heure de son déjeuner est arrivée et se précipite toute contente vers la créature qui le nourrit habituellement… et prend une balle entre les deux yeux, ce qui permet une fort belle photo. Inutile de dire que j’ai en horreur ce genre de personnes qui sont au vrai chasseur ce qu’est un voleur par rapport à un financier.

Financier je suis, financier je resterai. Et j’attends avec impatience le moment ou ces pilleurs d’épaves ne pourront plus nuire. Et je conclurai en disant une chose : quiconque milite pour des taux d’intérêts déterminés par le gouvernement et non par le marché est soit un salaud, soit un idiot, et peut-être les deux à la fois. Et le pire est que ces malfaisants ne seront jamais jugés puisque qu’ils n’ont rien fait d’illégal. Et c’est pour cela que je vous dis d’investir votre capital en Asie, voir aux USA où les conseils d’un financier peuvent encore servir à quelque chose mais certainement pas en Europe, tant il est vrai que mes pilleurs d’épaves y sont au pouvoir.

J’en arrive à me demander si l’Euro n’a pas été créée pour aider cette bande de brigands dans leurs malversations. Mais cela serait penser qu’ils comprennent quelque chose à l’économie, ce qui est leur faire beaucoup trop d’honneur.