21 May, 2020

Carmaux : socialisme donc pauvreté

Parmi les thèmes et les analyses de la géopolitique, il y a ceux de la pauvreté, du développement, des ressources et de leurs usages. La question est celle du rapport entre déterminisme et volontarisme et celle du rapport entre les territoires et ce qu’en font les hommes. Le détour par l’histoire économique permet d’appréhender ces rapports. La ville de Carmaux dans le Tarn (81) en est un bon exemple. Ancienne ville industrielle construite autour de l’extraction minière du charbon, Carmaux s’est développé à partir du XIXe siècle, avant de péricliter dans les années 1970 conséquemment à la fermeture des puits. C’est aujourd’hui une ville pauvre, au taux de chômage élevé, au prix immobilier faible (ce qui montre que le territoire est répulsif) dont une traversée du centre-ville permet d’observer une litanie de boutiques fermées et de devantures délabrées. Les friches industrielles des anciens bâtiments miniers sont encore observables, partiellement détruits, partiellement gagnés par la nature. La messe semble dite : Carmaux a été victime de la mondialisation et de la concurrence internationale qui a provoqué fermeture des mines, désindustrialisation et pauvreté.

 

Mais Carmaux est aussi le laboratoire français du socialisme. C’est là que s’est installé un jeune professeur de philosophie né dans le sud du département, Jean Jaurès, qui après un passage par le parti républicain classique a pris sa carte au parti socialiste et s’est fait élire député dans la circonscription de Carmaux. La ville est l’une des premières à avoir élu un maire socialiste, parti qui dirige la mairie sans discontinuer depuis 1892. Comme toutes les villes socialistes, on observe depuis une petite dizaine d’années une poussée du front national, mais pas encore assez puissante pour prendre la ville. Une immense statue de Jean Jaurès trône au centre d’une place qui porte son nom. Les noms des rues et des bâtiments illustrent l’histoire du socialisme. C’est à Carmaux que François Mitterrand a commencé sa campagne électorale de 1981. Plus tard, François Hollande avait expliqué que si Ségolène Royal avait perdu en 2007, c’est parce qu’elle n’était pas venue à Carmaux. Lui-même s’y est rendu lors de sa campagne victorieuse de 2012. Venir à Carmaux, s’est se rattacher au vrai socialisme, au monde ouvrier, aux espoirs de la gauche.

 

Mais derrière l’histoire officielle se découvre une autre histoire, qui montre un autre visage de la ville. Carmaux est le fruit de deux traditions : celle du socialisme, incarné par Jaurès et Mitterrand, et celle du capitalisme paternaliste, incarné par la famille Solages.

 

Une ville fondée par une famille

 

Venue du Rouergue, un premier Solages a commencé à organiser l’exploitation de la houille sous le règne de Louis XV. Ayant obtenu une concession royale et un anoblissement, il a développé l’activité industrielle de ce petit village, autour de la houille et du travail du verre (verrerie), qui nécessite un combustible puissant et à bas prix. La famille Solages est ensuite devenue propriétaire des mines et n’a cessé de développer d’un côté l’activité industrielle, de l’autre l’activité sociale. Fortement marqué par le catholicisme social, le marquis Ludovic de Solages a rencontré le pape Léon XIII, l’auteur de l’encyclique Rerum novarum, dont il a essayé d’appliquer les principes dans sa ville. Une grande partie de Carmaux a été construite sous son impulsion. Des logements pour les ouvriers, maisonnette simple, avec jardin et confort moderne pour l’époque, insérée dans un parc ; hôpital pour soigner les mineurs et leur famille ; bains-douches, parcs, jardins et grands bassins, pour l’hygiène et le soin des corps ; écoles, gratuites pour les enfants, confiées à des congrégations religieuses ; églises ; bâtiments administratifs des mines. À cela s’est ajoutée la création de mutuelles, de caisses de secours et de caisses de retraite, afin de venir en aide aux veuves, aux familles blessées et aux ouvriers indigents. Et bien sûr, comme dans de nombreux endroits en France, le soutien apporté au sport qui, dans le Sud-Ouest, rime avec rugby. Le club de Carmaux a connu son apogée en 1951 en devenant champion de France et en inscrivant son nom sur le bouclier de Brennus.

 

Les deux hommes illustrent bien les deux traditions françaises. D’un côté le socialisme révolutionnaire idéaliste, qui croit à la transformation sociale par la loi ; de l’autre l’entrepreneuriat et l’action économique, qui voit dans le progrès technique le moyen du progrès social.

 

Les nationalisations d’après-guerre

 

Les mines de Carmaux ont été nationalisées après la Seconde Guerre mondiale et intégrées dans la société nationale des houillères d’Aquitaine. Les Solages ont été expropriés et plus rien dans la ville ne mentionne leur histoire : ni nom de rue, ni monument, ni plaque.

Aux charmantes maisons ouvrières, sobres et bien agencées, la mairie socialiste a répondu, dans les années 1970, par l’édification de barres HLM en centre-ville qui ont défiguré celui-ci et qui sont aujourd’hui d’une grande laideur. Cet exemple illustre parfaitement la démonstration de Philippe Nemo dans son Esthétique de la liberté : la liberté produit du beau, le socialisme produit de la laideur. Les mines ont commencé à péricliter dans les années 1960, puis à fermer dans les années 1970. Dans un entretien accordé à La Dépêche du Midi au moment de la nationalisation, Thibaut de Solages, le dernier propriétaire des mines, expliquait que le charbon de celles-ci était en train s’épuiser, qu’il n’était pas de bonne qualité, que les mines arrêteraient de fonctionner d’ici vingt ans et qu’il fallait donc dès maintenant penser à la reconversion économique. Ce qu’il annonçait là en 1947, c’est exactement ce qui s’est passé.

 

Ce qui signifie qu’une autre histoire était possible et que la désindustrialisation, avec son lot de chômage et de pauvreté, n’était pas une finalité. Imaginons que les mines n’aient pas été nationalisées et que la famille Solages soit restée à la tête de l’entreprise, on peut penser qu’ils auraient cherché à diversifier l’activité économique et à assurer une transition entre l’industrie minière et une autre industrie. Thibaut de Solages avait lui-même investi dans plusieurs sociétés aéronautiques, en lien avec le pôle de Toulouse, qui commençait à prendre de l’ampleur. En 1962, à Castres, un pharmacien alors inconnu, Pierre Fabre, commençait à développer son activité pharmaceutique, qui est aujourd’hui le troisième groupe pharmaceutique français. On aurait très bien pu imaginer une connexion entre les laboratoires Fabre de Castres, l’aéronautique de Toulouse et le tissu industriel de Carmaux. Une autre histoire économique était donc possible.

 

Dans les années 1970, Michelin avait proposé d’ouvrir une usine de pneus à Carmaux et d’embaucher des mineurs afin de les reconvertir. La CGT s’opposa à la venue de cette usine, craignant de perdre sa main mise sur la ville et sur le monde ouvrier. Pas de reconversion donc, mais du chômage.

 

Corruption et connivence

 

Lorsque j’étais enfant, j’ai souvent entendu dire que telle personne avait eu un emploi parce qu’elle « avait la carte » et je me suis souvent demandé qu’elle était cette mystérieuse carte qu’il fallait avoir pour décrocher un emploi, un logement ou un autre service utile. Il s’agissait de la carte du parti socialiste qui, dans cette région, ouvre bien des portes, et notamment les subventions publiques. Les années 1990 ont notamment été marquées par la faillite d’un groupe agro-alimentaire de fabrication de cassoulet, installé sur la commune grâce à de généreuses aides publiques, bénéficiant de marchés publics de restauration léonins et finançant une partie des campagnes électorales du coin. Le problème de la corruption, c’est que non seulement elle brûle de l’argent public, mais qu’elle assure des postes aux gens médiocres, bloquants ainsi l’ascension et le développement possible d’entrepreneurs, qui n’ont pas d’autre choix que d’aller ailleurs. Cela empêche donc le développement de la région. La pauvreté et la misère deviennent une rente politique à exploiter. Si jamais la ville se développait, la population serait modifiée et donc le corps électoral, ce qui ferait sauter les rentes de situation politique.

 

Après la fermeture des mines, il a été décidé d’acheter la paix sociale en créant une mine à ciel ouvert : La Découverte. Un immense trou fut creusé, de 230 mètres de profondeur et 1 300 mètres de diamètre, qui engloutit des millions et dont ne sortit presque pas de charbon. Puis le trou fut reconverti en parc de loisirs en 2003. Un investissement de 66 millions d’euros, qui accueillit une étape de contre-la-montre lors du Tour de France 2003. Les visiteurs ne se pressèrent pas aux portillons du parc et celui-ci fit faillite à son tour.

 

La région ne manque pourtant pas d’atouts, entre Massif central et bassin toulousain. L’ouverture d’une route nationale à deux voix entre Rodez, Albi et Toulouse a permis de désenclaver la zone et de la relier aux réseaux de communication. C’était la première chose à faire, dès les années 1970, pour permettre le renouveau économique de la région. C’est là que l’argent public aurait dû être dépensé en priorité, non dans le maintien d’une activité de charbonnage dépassée.

 

Toutes ces régions pauvres croulent sous l’argent public, le gaspillage, la corruption. Ce que l’on appelle pudiquement du nom de « socialisme ». Une idéologie qui continue à avoir ses admirateurs, dont on cherche pourtant les fruits positifs, quand les entrepreneurs et les créateurs d’entreprise, qui eux œuvrent réellement pour le progrès social et l’amélioration des conditions de vie, sont oubliés.

 

 

 

 

 

 

Auteur: Jean-Baptiste Noé

Jean-Baptiste Noé est docteur en histoire économique. Il est directeur d'Orbis. Ecole de géopolitique. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages : Géopolitique du Vatican. La puissance de l'influence (Puf, 2015), Le défi migratoire. L'Europe ébranlée (2016) et, récemment, un ouvrage consacré à la Monarchie de Juillet : La parenthèse libérale. Dix-huit années qui ont changé la France (2018).

25 Commentaires

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  • Kamembert

    6 June 2020

    Soyons factuels, la belle route qui devait apporter plus de flux entre Toulouse et Rodez n’est toujours pas achevée… tout comme le TGV qui ne relie toujours pas Toulouse à la capitale non plus !
    Sur la pauvreté, vous avez cent fois raison : le socialisme c’est le partage de la misère.
    Carmaux est une ville qui n’a de cesse de s’effondrer : l’immobilier n’y vaut pas tripette, la ville est comme abandonnée mais cela vaut aussi pour sa cousine aveyronnaise, Decazeville. La nationalisation de 1946 aura précipité le déclin : les convois ferroviaires se feront de plus en plus rares et l’idéologie socialiste ira jusqu’à faire de cette ruine économique un exemple et ruinant encore plus la région par des artifices idéologiques qui devaient faire de ces lieux une zone touristique incomparable : tout l’argent injecté a bel et bien disparu et aura entraîné plus bas encore une ville qui n’est plus que l’ombre de ce qu’elle fut !

    Depuis que le contournement de la ville existe, plus personne n’entre dans Carmaux, plus personne ; les bien immobiliers deviennent invendables, même à vil prix.

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  • Blondin

    27 May 2020

    Votre rapprochement entre socialisme et laideur me rappelle le projet d’enfouissement du centre de traitement des déchets à Ivry sur Seine.
    Projet bloqué définitivement par le maire (communiste faut-il le préciser ?) avec cet argument massue : “dans une ville ouvrière, je veux qu’il y ait des cheminées d’usine” !

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  • Steve

    26 May 2020

    Bonjour M. Noé.
    Démonstration pertinente! L’inverse est aussi vrai: des familles industrielles incompétentes qui refusent de moderniser l’outil de travail pour conserver les dividendes et disparaissent aussi laissant des régions fragilisées, je peux vous en citer – dans le nord-
    Pour e qu’il en va des politiques, je cite l’économiste J.C Werrebroucke: les entrepreneurs politiques de gauche achètent leurs voix avec des emplois subventionnés, ceux de droite avec des réductions d’impôts!
    La bonne politique, désormais, c’est d’abord celle qui permet d’être réélu; s’il y a des bénéfices secondaires pour le pays c’est bien aussi.
    Cordialement.
    La question essentielle vous dirait Charles, c’est l’allocation du capital. Et il est difficile, sinon cruel, d’exiger de gens qu’ils scient eux même la branche sur laquelle nous avons fortement contribué à les asseoir. Ce serait à nous de le faire, et sans laisser personne dans la détresse.
    Cordialement

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  • Armel Besançon

    25 May 2020

    Article très intéressant, merci! Cependant, vous critiquez Jaures sans nuances, et c’est dommage car on ne s’en sortira pas sans l’émancipation du peuple mieux éduqué qu’au siècle dernier: c’est aussi à cela qu’oeuvrait Jaures. Voir le livre de Frédéric Laloux sur une approche du travail où chacun est responsable et autonome. Libre de mettre son amour en action loin des tendances centralisatrices des organisations modernes qui cherchent un contrôle et une maîtrise totale. Perdant ainsi de vue que le travail est comme la société: vivante et donc avec une part d imprévisibilité.

    Je me réjouis que les événements actuels nous aident à en prendre conscience.

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    • Kamembert

      6 June 2020

      Tout ce que vous dites provient de la légende ! Artifices, gonflements de poitrine, roucoulades, … Mais rien n’y fait. Carmaux est un échec total, je dis bien total.
      Vous ne faites que proroger l’idéologie qui a mené à cette perte.
      Certes, il est facile de dire que les conditions de travail ont été améliorées mais était-ce bien du à ce sieur ? Les patrons avaient intérêt à conserver leurs employés près de la mines, à obtenir des extractions conséquentes, comme partout ailleurs.
      Votre peuple “mieux éduqué” reste un ramassis d’âmes humaines en perdition courant derrière les derniers gadgets, se vautrant dans des canapés en se gorgeant de bière, avalant chips et cacahuètes…
      Etes vous donc si sûr de vous que ce peuple ait tant progressé ?
      Je le conteste et il est simple de le démontrer : les conditions actuelles de nos vies ankylosées ne semblent pas beaucoup inquiéter vos nouveaux héros…

  • Moshe Boughanim

    25 May 2020

    Je vous ai posé une question sur le bleu d’Albi, avez-vous vu ?

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    • Jean-Baptiste Noé

      25 May 2020

      Il s’agit d’un bleu obtenu par le pastel, fleur jaune cultivée dans la région jusqu’au XVIIe siècle. Il a ensuite été concurrencé par le bleu indigo venant d’Inde, moins cher et plus facile à travailler. Ce qui a mis un terme à l’industrie du pastel.

    • Moshé

      25 May 2020

      Mais les murs et plafonds intérieurs de la cathédrale, magnifique cathédrale sont bleus !
      On m’avait dit que ce bleu datait de la construction de la cathédrale, soit du 15ème siècle, que ce bleu était spécifique à cette époque en rapport avec la production du “bleu d’Albi”, donc ce que vous dites est en contradiction avec ce que j’avais entendu sur place, ensuite, je m’étais à nouveau pencher sur ce bleu et n’ai jamais eu d’explication convaincante et logique ?

      D’où mes questions !!

      Merci

    • Steve

      27 May 2020

      Bonjour
      le bleu d’Albi, tiré d’isatis tinctoria, n’est autre que la guède! Cette plante et la couleur qui en est tirée est connue depuis des temps très reculés. Il y a une abondante littérature grecque et latine sur ce sujet. les Bretons s’en servaient pour se teindre le corps pour la bataille. Jules César en parle.
      A Rome, l’indigo valait plus cher que la guède ou bleu pastel car il était importé d’asie. Films qui montrent quelques exemples: Braveheart – les scots, ou Centurion – le clan du phoque, des pictes, est teint en bleu pour la guerre.
      Cordialement.

    • Kamembert

      6 June 2020

      Voici la réponse : le bleu dont vous parlez orne de nombreux édifices de la région. Il trouve son origine dans la culture du pastel, une plante dont on tire ce bleu. La durée d’exploitation fut courte mais engendra des richesses qui ont donné des légendes qui continuent aujourd’hui de circuler.
      La fleur est formée en “cocagnes” s’apparentant à des boules. Cela a donné le pays de Cocagne qui forme un triangle de Réalmont à Sorrèze puis Bessières.
      Le pays de cocagne n’est pas un pays imaginaire comme certains esprits voudraient que nous le pensions ! Cela est du aux fortunes qui ont été réalisées en un si court laps de temps. (hôtels particuliers toulousains Assézat, …) Cherchez, vous trouverez.
      Albi est en dehors de la zone de production tout comme Toulouse mais ces deux villes ont bénéficié très largement des retombées économiques.

      * si vous souhaitez en savoir plus, je vous propose de vous tourner vers le château musée de Magrin qui reste le témoin privilégié d’une époque où entreprendre faisait encore rêver…

  • Ockham

    24 May 2020

    Magnifique exemple. La collusion joyeuse entre des fonctionnaires à vie qui font de la politique avec des fonctionnaires syndicalistes payés sur impôts via le gâchis de la formation pour renflouer des syndicalistes marxistes qui s’opposent à tout en coulant toute initiative “des riches” c’est à dire des non encartés c’est un mode de gouvernement en France ! Vive la CAF !

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    • Moshe Boughanim

      24 May 2020

      CAF = 42% de migrants !

  • Moshe Boughanim

    24 May 2020

    Dans un système socialiste il y a deux composants principaux ;

    1). Des fonctionnaires technocrates
    2). Des travailleurs

    Désormais, mieux vaut avoir des copains afin de rentrer quelque part dans une administration !

    Il y a aussi des goulags, d’ailleurs l’Europe a beaucoup de retard en matière de goulags, mais qu’ils le sachent, sans goulag, pas de socialisme !

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  • Dominique

    23 May 2020

    Très bel exposé sur les méfaits du socialisme.

    On retrouve cette désertification en Lorraine, où les mines de fer et de houille ont été fermées il y a longtemps avec la différence que la jeunesse actuelle peut aller travailler en Allemagne. Ce qu’elle fait. J’ai récemment été stupéfait de voir la ville de Freyming-Merlenbach vidée de ses commerces et de ses habitants : les beaux immeubles sont vides, seuls quelques banques, le pharmacien, l’inévitable laboratoire d’analyses, une agence immobilière, un boulanger et une patisserie subsistent, avec d’improbables ateliers de piercing … Et une municipalité qui ne fait rien pour aider les artisans et les pme qui survivent en périphérie où seules de grandes enseignes commerciales se sont installées dans un unique centre commercial. Evidemment la municipalité fait réaliser ( avec quel argent ? ) des projets inutiles et coûteux : une immense mairie et une grandiose médiathèque… Les jeunes ménages, qui travaillent en Allemagne pour la plupart, profitent un temps de loyers aux prix très bas puis quittent la ville. Et tous les nombreux pavilions construits à proximité de la ville par les HBL Houillères du bassin de Lorraine sont maintenant occupés par des familles marghrébines qui vivent, m’a-t-on assuré, d’allocations.
    Carmeaux est emblématique, mais c’est aussi le sort de très nombreux anciens bassins d’emplois en France.

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  • Jean-Francois STEVENET

    22 May 2020

    Juste, factuel et inspiré. Parfaite connaissance des ressorts profonds à l’origine des phases successives d’un développement industriel mêlant sens du risque et humanisme à une époque versus copinage politique sans envergure mâtiné d’absence totale et volontaire de connaissances des règles économiques contemporaines.
    Chacun peut voir la force du mythe Jaurés, volontairement instrumentalisé pour entretenir un électoralisme court-termiste, puis devant l’échec ….se disculper à peu de frais en invoquant la dureté des temps alors qu’il ne s’agit que d’incompétence et de manque total d’anticipation. Remerciements à l’auteur pour cette très juste mise en perspective.
    Comment peut-on imaginer résister en France face au rouleau compresseur chinois, plus largement asiatique, et US, sans un minimum de respect pour les organisations sociétales qui réussissent, en Asie et Europe, ailleurs aussi, via ce mix détonant qui associe ardeur au travail, gout du risque maitrisé, formation de qualité et connaissance des langues qui permettent d’aborder aisément le vaste monde ? Beaucoup trop ont perdu le sens de l’effort et se réfugient dans une médiocrité quotidienne assistée, sans futur au train où vont les choses. Une évidence pour qui voyage un peu.

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  • jean michel Espinasse

    21 May 2020

    Merci pour cet article sur Carmaux ville proche de mon enfance . Elle fait mal au cœur , pauvre et triste architecturalement. Les millions d or noir finissaient ils dans les investissements immobiliers parisiens du baron Haussman à cause du chemin de fer ? Lorsqu’ a Albi Cordes ou Castres les bâtiments sont de merveilleuses mémoires de leur prospérité manufacturières.

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    • Jean-Baptiste Noé

      22 May 2020

      A Albi et Cordes, un grand nombre de beaux bâtiments sont d’époque médiévale. On les doit notamment à l’industrie du pastel. A Carmaux, il y avait le château des Solages, incendié lors d’une grève. L’ancien hôpital, aujourd’hui centre culturel, est intéressant et bien fait. Les parcs sont la principale réussite architecturale. Pour le reste, ce sont des maisons de ville. Mais on y trouve malgré tout de belles façades.

    • Moshe Boughanim

      24 May 2020

      Si vous avez des informations sur le bleu d’Albi, bienvenu !

      Ville magnifique, région magique !

    • Kamembert

      6 June 2020

      Nombre de constructions sont antérieures à la venue du Pastel ! C’est le cas de la cathédrale, même si l’inauguration de 1480 tombe par hasard dans ces créneaux. La cathédrale a été initiée, tout comme les fortifications alentours, dès 666 (ça ne s’invente pas !) puis 1240 époque où la production de pastel alla croissante.
      Par contre, pour Cordes il n’en va pas de même : la bastide a directement bénéficié de l’engouement pour la couleur bleue qui jusque là restait ignorée et donc peu utilisée.

  • Passim

    21 May 2020

    Cet excellent billet est à la fois source de plaisir et de désespérance. Combien de temps cela fait-il que tout est dit, et en vain ?

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  • zelectron

    21 May 2020

    Le socialisme n’a pas marché. C’est parce qu’on n’a pas été assez loin dans le socialisme. Mais le gouvernement français actuel s’en charge avec les résultats qu’on attendais : encore pire !

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  • Geneviève Boyer

    21 May 2020

    Cher monsieur Noé, le dernier paragraphe de votre article me fait penser à votre ancien article “La ceinture islamique occitane” : en effet, ce sont les penseurs de Terra Nova qui ont incité la socalie à remplacer, pour garder la main-mise sur l’électorat, les population ouvrières se détournant de “la gauche” par l’immigration musulmane, les “quartiers” croulant sous le gaspillage d’argent public et la corruption.

    Répondre
    • Jean-Baptiste Noé

      22 May 2020

      Oui, il y a un lien en effet. Comme dans le 93 et le 94. Une population est remplacée par une autre pour maintenir sa rente électorale.

  • Ribus

    21 May 2020

    Petit détail de l’histoire de « cap découverte » : le projet fut impulsé par un certain Paul Quilès, ponte socialiste bien connu et toujours à ce jour, maire de Cordes-sur-Ciel, petite commune au nord d’Albi et donc pas très loin de Carmaux, prospère grâce au tourisme généré par sa cité médiévale. Bel exemple de solidarité et d’humanisme : pour les socialistes, la pauvreté c’est pour les autres, pas pour eux.

    Répondre
    • Jean-Baptiste Noé

      22 May 2020

      Très belle ville Cordes-sur-Ciel. Très délabrée dans les années 1970-1980, elle a été entièrement restaurée depuis.

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