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Au-delà de la droite : l’espoir

On a gagné la bataille culturelle, qu’ils disaient. Qui ? Les droitards, qui souvent n’avaient jamais fait l’effort d’ouvrir le moindre livre, et surtout pas ceux de Gramsci qui par ailleurs sont très peu traduits et trouvables en langue française, ce qui fait un excellent détecteur de cuistres d’ailleurs.

Il faut faire du gramscisme de droite, qu’ils disaient, et on avait beau leur répéter que lorsqu’on veut gagner une bataille sous-marine, il n’y a aucun intérêt à le clamer sur tous les toits, ils n’écoutaient pas. La furtivité et l’intelligence semblaient toujours leur échapper. Alors, que faire ? Que faire de cette génération à la nuque raide, qui compte sans cesse sur les autres pour penser à sa place ?

Ce n’est certainement pas en consommant les gras produits bien lourds de chez Bolloré qu’on risque de sauver son âme, la France et la planète en même temps. Ce n’est certainement pas en s’abêtissant devant des tutos de droitardés sur youtube qu’on va percer le sens de l’existence et imaginer le salut du monde. La vérité, c’est que rien de ce qui se dit de droite aujourd’hui, de Rachida Dati à Marine Le Pen en passant par Éric Zemmour et Marion Maréchal, n’a la moindre idée de l’héritage qui lui est tombé sur le dos, ni même s’il en prenait connaissance ne saurait comment le faire fructifier. Nous allons donc essayer de leur souffler quelques idées, et de leur suggérer le discours qu’il faudrait tenir, si l’on voulait vraiment gagner.

Pour commencer, il faut cesser de croire en l’idée simple et vague de « démocratie » : c’est un terme qui en soi n’a pas de sens, tant que l’o n’a pas défini le peuple. Démocratie locale, tout le monde est pour, parce qu’il s’agit de régler des problèmes simples et immédiats. La démocratie nationale, telle qu’elle es pratiquée aujourd’hui avec le suffrage universel généralement direct est en revanche un leurre : outre que le « peuple » se soustrait d plus en plus à son devoir civique, on lui demande de se prononcer sur des sujets qui le dépassent de très loin. Notons que la France est le seul pays occidental tempéré à conférer si directement tant d pouvoir du peuple au président de la République. Nostalgie du roi, certaunement, mais qui nécessite de multiples réformes.

Un peuple européen ? Foin. L’Europe politique, telle qu’elle fut rêvée, a échoué. Ce n’était pas qu’elle ne fût un beau projet, mais c’est qu’il a vite déraillé vers un cauchemar où l’absurde le dispute au tyrannique.

L’Europe aurait dû se mettre au service des patries, comme un parapluie quand tombe l’averse ; au contraire, elle est devenue la finalité et le commencement de toute politique, préemptant des souverainetés et des pouvoirs qui ne lui appartenaient pas. Alors que les Anciens le savaient déjà, la

démocratie ne peut être que celle des petites entités, celle des libertés concrètes, immédiates et défendables. Comme en de nombreuses autres matières, en politique, small is beautiful. Les empires durent peu, les territoires demeurent, parce que c’est à eux que l’homme tient charnellement.

Ce monstre bureaucratique que tous les peuples se sont mis d’accord pour haïr doit être renversé avant qu’il ait tué jusqu’à l’idée de civilisation européenne. Une civilisation qui a pu se faire dans la douleur, dans les guerres et dans le sang parfois, mais qui a accouché pourtant de l’un des plus formidables trésors de l’humanité. Sur ses assises grecques et romaines, surélevées avec le concours de tous ses peuples, l’Europe est ce chaudron où une chrétienté bouillonnante a élaboré la liberté et la dignité de l’homme. Cela, on ne peut, moins que jamais, se permettre de le perdre.

La constitution de l’Europe doit évidemment se fonder sur un projet politique responsable, crédible

et conforme aux intentions des Pères fondateurs. Cette Constitution européenne doit tout d’abord retrouver le sens de la mesure, la recherche de l’harmonie. C’est pourquoi il nous apparaît évident que l’Europe politique doit se limiter à 5 ou 6 pays et respecter scrupuleusement le principe de subsidiarité. La poursuite de la construction européenne doit s’inspirer de la méthode de la Confédération helvétique, faite de respect de l’enracinement et de l’adhésion des citoyens.

Quant à l’Europe économique, elle devrait se composer de pays ayant un niveau de développement similaire, ce afin d’éviter les tensions internes, le dumping social et fiscal et la concurrence déloyale.

Enfin doit s’affirmer l’Europe culturelle qui « de l’Atlantique à l’Oural » veille au respect des fondements de la civilisation européenne et à son rayonnement.

Car nous ne voulons pas que l’Europe se réduise à une Europe de la consommation, de la technique,

à cette Europe des robots dont parlait Bernanos. Pour nous la civilisation européenne est ce qui nous

rassemble, elle est ce creuset où se sont forgées deux valeurs fondamentales : la dignité de la personne et la liberté politique. Ces valeurs inventées par les Anciens et le christianisme, nous avons le devoir de les affirmer contre la folie du monde. Nous sommes inspirés par l’anthropologie

chrétienne, certainement. Nous croyons, mais c’est surtout l’histoire qui le croit à travers nous, que la destinée de la France s’est construite dans sa foi et sa religion, qu’il ne peut en être autrement.

L’oublier ? Alors, la France n’est plus la France. Parce que c’est cette culture-ci, cette communauté-là qui ont fait ce pays, elles qui lui ont infusé ses vertus, quand bien même on a cherché à les retourner contre elles. C’est là le ferment de la liberté. Heureux comme Dieu en France, toutes les nations persécutées du monde le savent, sauf les Français. En quoi nous nous élevons contre la fausse laïcité, celle qui a cours depuis 1905, non pour conjoindre les pouvoirs, mais au contraire pour les laisser respirer paisiblement chacun de son côté. La respiration du monde tient à l’harmonie de ces deux mouvements, celui du temporel et celui du spirituel. En casser un, c’est provoquer l’asphyxie. Il y a une lutte perpétuelle entre ces deux autorités nécessaires, mais de leur lutte même vit la société. Aujourd’hui, l’on se croit apaisé simplement parce que l’on a sombré dans le coma profond. Le combat a cessé seulement faute de combattants : les instituteurs et les curés ont disparu ensemble, comme des lames rouillées par le temps et que l’inutilité de leur combat ont dissoutes. Et l’islam ne tarde pas à nous reposer la question de notre âme. Une chose est certaine : la charia ne sera jamais notre constitution. Le salut ne viendra pas de l’usage des moyens de ce monde, mais plutôt de la trouée que nous pourrons y faire, vers les buts supérieurs de la personne humaine. Nous proposons de cesser de nous considérer comme ces animaux que l’on appelle consommateurs.

Dans cette famille des familles qu’est une patrie, il faut du temps et le lent passage des siècles pour harmoniser les modes de vie. On peut certainement recourir à l’État, puissante machine dominatrice, pour organiser tout cela, et c’est ce que croyaient les partisans apeurés du Léviathan il y a quatre siècles. Nous savons, hélas, nous voyons, combien ce subterfuge est, plus qu’un remède, un poison. La liberté se prend, et elle se prend lorsque l’on sait qu’en faire. Nous croyons fermement qu’à une culture de vie aujourd’hui s’oppose une culture de mort. C’est celle qui nous fait croire les maîtres absolus de nos existences, et même de celle des autres, depuis ces embryons dont on se débarrasse en masse jusqu’à ces vieux et ces infirmes dont on éteint la lumière quand on a jugé leur dignité perdue.

L’ordre naturel a été complètement bouleversé par le prométhéisme que notre science et notre technique ont édifié. À croire que tout nous est possible, une seule chose est maintenant devenue impossible, contester le sens de cette histoire de l’outrepassement des limites. « L’humanisme qui a entièrement perdu son héritage chrétien, est incapable de tenir bon dans cette compétition », écrivait Soljenitsyne dans Le Déclin du courage. Cette compétition pour garder sa liberté et son identité, autrefois, des hommes libres étaient prêts à mourir par millions pour elle ; aujourd’hui le déclin du courage et de la volonté est tel que l’on n’accepterait de perdre sa vie pour aucune cause qui nous dépasse.

Le matérialisme gave les corps et endort les âmes. Or Renan le savait, les victoires comme les défaites sont avant tout spirituelles. Et pourtant, il nous est possible, à nous, citoyens libres, et parce que justement nous voulons être ces hommes-là, de restaurer collectivement le respect, l’autorité, la décence. Notre pays a déjà échappé à deux totalitarismes. Aujourd’hui, face à ceux qui viennent, nous voulons être la relève. Nous ne sommes pas encore mûrs pour l’esclavage : ce que pensait Leclerc en 1942, au plus profond de la défaite, nous le pensons aussi aujourd’hui. Le temps qui vient ne sera pas celui du salafisme et du djihadisme mondialisé. Nous ne sommes pas le peuple qui voile ses femmes et asservit les consciences. Nous venons d’une autre civilisation, celle des hommes libres. La France possède des puissantes forces spirituelles intérieures, elle l’a montré au cours des siècles. Son histoire est faite de rebonds, de redressements, de refondations, inattendus, impossibles, impétueux. Nous sommes les héritiers de cette grande histoire. Nous sommes l’avant-garde de la nouvelle France.

Nous avons surmonté le désespoir. Mieux : nous portons l’espérance. Celle que la France rentre à nouveau dans l’Histoire, qu’elle redevienne une nation ayant quelque chose de singulier à dire et à proposer au monde. Le printemps des consciences commence