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Jean-Jacques Netter

A quoi servent les intellectuels ?

 

 

 

La France est en phase de régression, parce que la vie intellectuelle suppose la liberté totale de critique et que cette liberté n’existe plus. On ne débat plus en France, on exécute.  Michèle Tribalat, Christophe Guilluy, Stephen Smith sont par exemple des intellectuels qui sont marginalisés par l’université lorsqu’ils abordent des thèmes comme l’islam et l’immigration. “On” reproche immédiatement à leurs thèses de faire le jeu des discours politiques d’extrême droite, ce à quoi Ils répondent qu’”on” s’attache à réduire leur légitimité plutôt qu’à contredire leurs arguments. De nombreuses  lois de censure ont fait leur apparition : loi Gayssot, loi sur la HALDE, lois dites « mémorielles »… qui exposent à l’amende ou à la prison ceux qui osent dire certaines vérités contraires à l’orthodoxie régnante. Voilà une sélection de livres qui permettent peut être de mieux appréhender le sujet.

 

L’aveuglement des intellectuels à l’égard des régimes communistes a été dénoncé dès 1955 par  Raymond Aron dans « L’opium des intellectuels ». Un essai devenu classique mais qui lui a valu d’être vilipendé en son temps. Sa rupture avec Sartre et Merleau Ponty est au centre du livre.

 

Le système des sciences humaines marxistes des années 70 a été très bien décrit dans par Jean Marie Benoist dans un article du Monde de 1977 au titre tout à fait lacanien « Avaries de la machine désirante ou avanies de la machine délirante ».  Gilles Deleuze est le satrape de l’Université de Vincennes dont le pouvoir s’effrite. Dans ses cours, en permanence, il traitait de “travail de cochon” l’écriture des autres. Les intellectuels de l’époque étaient peu nombreux pour  empêcher que le marxisme ne s’érige en monopole et en religion d’Etat, barbare et plus sanguinaire que le christianisme de l’inquisition.

 

L’aventure intellectuelle du demi-siècle écoulé se confond  en France avec l’épopée structuraliste . Tous les grands maîtres de la pensée ont été ses acteurs, soit parce qu’ils s’y rattachaient et alimentaient sa chronique : Althusser, Foucault, Barthes, Lacan, Lévi-Strauss, etc., soit au contraire parce qu’ils s’y opposaient et tentaient d’en dépasser l’influence-Sartre, notamment. En deux volumes synthétiques, François Dosse dans « Histoire du structuralisme » offre le tableau clinique du mouvement. Genèse et apogée, déclin et influence. Les sciences humaines dans tous leurs états. L’ethnologie, l’anthropologie, la sociologie, la science politique, la psychanalyse, l’histoire, la sémiologie… et la philosophie, sous l’emprise du signe et des structures. Ou comment la linguistique aura fécondé durablement le savoir d’une époque. En direct, on assiste à la naissance des figures épiques de la mythologie intellectuelle moderne et aux premiers débats qui ont accompagné la parution de travaux mémorables – Tristes Tropiques, Les Mots et les Choses, Sur Racine, Pour Marx, De la grammatologie, etc. On suit pas à pas les remaniements qui ont bouleversé durablement les conceptions classiques de l’homme, du social, du politique, du littéraire comme de l’histoire. On s’initie au renouvellement des concepts anciens, à l’élaboration des nouveaux. L’Histoire du structuralisme est nécessaire  pour découvrir et comprendre les arcanes de la pensée contemporaine

 

Le terrorisme intellectuel » été vilipendé par Jean Sévillia en 2000 dans un essai remarquable « Le terrorisme intellectuel » . Il critique les chiens de garde attachés à de mauvais maîtres: Staline, Mao, Ho Chi Minh, Castro, Pol Pot avant le génocide cambodgien… Cinquante années de désinformation qui raconte l’emprise d’une caste intellectuelle sur le débat public. Cela se manifeste par la persistance de l’intelligentsia dans l’erreur car elle est fascinée par l’utopie. D’où sa difficulté à comprendre la nation, la religion, l’histoire. Le système fonctionne à partir d’une domination fondée sur la disqualification systématique des contradicteurs.

 

Les intellectuels d’aujourdhui ne savent plus expliquer la grave crise politique que nous vivons. Premièrement, la France connaît aujourd’hui une crise politique qui dépasse très largement la simple méfiance à l’encontre des représentants et des institutions politiques. Les citoyens ne s’engagent plus, ne s’intéressent plus à la vie de la cité. Ils entendent vivre sans contrainte aucune. On assiste à l’apparition d’un individualisme consumériste qui a renversé les fondements politiques de la société. Deuxièmement, à ce constat interne, s’en ajoute un second, d’ordre externe, qui voit l’arrivée en Europe de populations de confession musulmane. Or, cette arrivée ne se fait pas de manière harmonieuse. Rappelons que sa réflexion prend place à la suite des journées du 7 et du 11 janvier 2015. Nous sommes donc en pleine profusion littéraire de l’ « après-Charlie ». Pour Pierre Manent l’auteur de  « Histoire intellectuelle du libéralisme » l’intégration ou même l’assimilation des musulmans est dépassée. La situation est telle aujourd’hui qu’il n’hésite pas à la qualifier d’état de

« guerre ». L’Europe, et surtout la France, se trouvent dans une position « défensive »…

 

L’intellectuel de gauche se meurt , c’est une bonne nouvelle explique Shlomo Sand dans « La fin de l’intellectuel français ». l’auteur descend en flamme Houellebecq, Finkielkraut, Zemmour, Onfray et Bernard-Henri Lévy tous mis dans le même sac… Une autre manière d’éclairer le monde est possible.  Mêlant souvenirs et analyses, il revisite une histoire qui, depuis l’affaire Dreyfus jusqu’à l’après-Charlie, lui apparaît comme celle d’une longue déchéance. Shlomo Sand, qui fut dans sa jeunesse un admirateur de Zola, Sartre et Camus, est aujourd’hui sidéré de constater la judéophobie et l’islamophobie de nos « élites », il jette sur la scène intellectuelle française un regard à la fois désabusé et sarcastique.

 

 

Le libéralisme est détestable aux yeux des intellectuels. C’est ce qu’a très bien décrit  Raymond Boudon en 2004 dans « Pourquoi les intellectuels n’aiment pas le libéralisme »

Pourquoi autant de malentendus autour du libéralisme, qui a pourtant démontré son intérêt politique, son efficacité économique et son importance historique ? Pourquoi tant d’intellectuels le rejettent-ils par principe ? Est-ce seulement parce qu’ils entendent exercer une fonction critique dans une société où triomphe le capitalisme ? Est-ce par ressentiment ? Cela n’explique pas tout… Et cela donne une décapante revue de détail des idées reçues qui encombrent nos débats depuis trente ans et plus, empoisonnent notre vie politique et sont à l’origine de graves effets pervers dans le domaine de la politique éducative, de la politique économique ou encore de la politique de lutte contre la délinquance.

 

Nombre d’experts et de penseurs français utilisent des schémas du passé, des logiciels de lecture guerre froide avec les bons d’un côté et les méchants de l’autre …Nous vivons dans un monde en recomposition. Le monde a cessé d’être bipolaire il y a vingt ans et peine encore à devenir multipolaire. Pascal Boniface, un des membres de gauche responsable dans son livre « Les intellectuels faussaires », accuse de démagogie les intellectuels qui déclenchent la montée d’un nouvel antisémitisme

 

Les intellectuels ont fait place dans les débats aux penseurs “sans œuvre”, aux experts et aux militants faisant preuve d’une intolérance croissante. Pierre Rosanvallon qui a été le compagnon de route de la deuxième gauche (=Rocard)a occupé une place centrale en France jusqu’à la chute du mur, montre bien cette évolution dans « Notre histoire intellectuelle et politique 1968-2018 ».

 

Les intellectuels ont la réputation d’être radicaux, élitistes, progressistes, anticonformistes, engagés politiquement et farouchement opposés au capitalisme. Il était intéressant de mettre en lumière les relations existantes entre ces différentes attitudes et d’en comprendre les origines. C’est que Diego Rios a fait dans son livre « La misère des intellectuels: pourquoi s’opposent-ils au capitalisme ? ». Il dresse un portrait qui remet en cause l’idée communément admise selon laquelle les intellectuels seraient les individus les mieux placés pour juger des questions de justice politique. La sociologie des intellectuels est curieusement peu développée notamment parce que les sociologues répugnent naturellement à prendre pour objet une catégorie sociale à laquelle ils appartiennent eux-mêmes. Les intellectuels en général et les sociologues en particulier se voient facilement échapper aux déterminismes sociaux auxquels ils asservissent généreusement les autres .

 

Le succès du populisme est le résultat de la diminution de l’influence des intellectuels. Le mot populiste sert à désigner ce que veut le peuple sans l’aide des intellectuels de gauche pour le définir.  Pour Roger Scruton dans « En France l’intellectuel de gauche est un prêtre sans Dieu » la droite voit dans l’héritage des remparts naturels au marché tout puissant. La gauche détruit par son activisme progressiste les dernières barrières qui s’opposaient encore au marché….