Dans le film Un idiot à Paris, Patouilloux, le maire bistrotier du village joué par Robert Dalban, proférait cette vérité incontournable, signée Michel Audiard : « Je suis ancien combattant, militant socialiste et bistrot. C’est te dire si, dans ma vie, j’en ai entendu des conneries. »
Je pense qu’en ce qui me concerne, je pourrais dire : « J’ai 83 ans, je suis économiste, catholique et électeur », et que donc j’en ai entendu encore plus que ce bon cafetier.
De plus, et je fais ici part au lecteur de mon expérience, pour des raisons qui m’échappent, quand arrive le moment sacré des élections, la quantité de conneries proférées par les candidats augmente de façon vertigineuse.
Mon but dans ce papier est d’en relever certaines et d’expliquer à chaque fois pourquoi l’idée proférée est d’une bêtise confondante. Je ne pense pas pouvoir les relever toutes, car « à l’impossible, nul n’est tenu ».
Stupidité numéro un : « Je ne peux pas proposer de sortir de l’euro, car cela m’empêcherait d’être élu », qu’il faut coupler à la stupidité numéro deux, que je dois proférer avec un joli mouvement de menton : « Il faut réindustrialiser la France. »
En réalité, les deux propositions sont logiquement incompatibles, comme le montre le graphique 1 ci-dessous.
Graphique 1 – Production industrielle depuis 1972 (base 100 en 1992). Source : Institut des Libertés.
Remarques
- En ce qui concerne la production industrielle, la Grande-Bretagne a fait mieux que la France, mais aussi mieux que l’Allemagne, depuis la sortie du Royaume-Uni du SME en 1992.
- Les trois plus fortes hausses de production industrielle sont le fait de pays qui ont une monnaie indépendante : la Suède, la Suisse et la Grande-Bretagne. Les trois perdants sont dans l’euro : l’Italie, la France et, ô surprise (mais pas pour moi), l’Allemagne.
- Quand toutes les monnaies étaient indépendantes, les indices de production industrielle convergeaient naturellement. Depuis l’euro, ils divergent. Un système qui diverge naturellement est explosif.
La principale cause de la désindustrialisation de l’Europe de Bruxelles est donc l’euro. L’Europe qui n’est pas dans l’euro va très bien.
Et donc, la personne qui dit dans la même phrase qu’il faut réindustrialiser notre pays ET rester dans l’euro et dans l’Europe est soit un vendu, soit bête comme un âne qui recule, soit, plus probablement, les deux à la fois.
Mais il faut empêcher cette vérité d’être connue.
L’acharnement thérapeutique qui porte sur ce pauvre instrument monétaire entraîne automatiquement l’interdiction d’évoquer le sujet, imposée à tous les candidats par notre cher État profond.
Faute de quoi, ils ne seront jamais invités à parler par les « journalistes officiels ».
Ne sont donc invités que ceux qui acceptent de mentir.
Dans un pays libre, la campagne électorale devrait porter uniquement sur la récupération de notre souveraineté, vendue à l’encan sans que le peuple ait été consulté. Prétendre que l’on pourrait régler les problèmes économiques et sociaux de notre pays sans récupérer toutes nos souverainetés est en fait l’âme même du mensonge qui nous tue.
Stupidité numéro trois.
« Une entreprise qui gagne de l’argent ne peut pas licencier. »
J’ai entendu une haute responsable de la CGT proférer cette énormité.
Prenons un exemple.
Je suis un artisan et j’embauche un jeune qui me coûte 100 et qui me rapporte 140.
Je le garde et j’embauche un deuxième jeune qui me coûte 100 et qui me rapporte 90.
Au total, mes deux employés me coûtent 200 et me rapportent 230, pour un profit de 30.
Mais je suis complètement idiot si je ne vire pas celui qui ne rapporte que 90, puisque mon profit, après l’avoir viré, sera de 40.
Une entreprise se gère à la marge et non pas à la moyenne.
L’entrepreneur qui ne virerait pas celui qui ne couvre pas son salaire sera moins efficace que son concurrent et se retrouvera en faillite en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire.
C’est la grande découverte des économistes autrichiens au XIXe siècle.
Ce que peut faire l’entrepreneur à l’âme sociale, c’est virer celui qui ne rapporte que 90 et augmenter celui qui rapporte 140, ou mieux encore l’associer à ses affaires.
Cela peut paraître inhumain, mais ce qui assure la survie de l’entreprise, ce n’est pas le nombre d’employés qu’elle a mais les profits qu’elle dégage.
Le but de l’entreprise est de survivre.
Pour ce faire, elle doit dégager des excédents et la seule façon de le faire est de gérer à la marge et non pas à la moyenne.
Stupidité numéro quatre.
« Augmenter les dividendes quand le chômage augmente devrait être interdit. »
J’ai entendu un haut responsable du RN tenir ce discours imbécile.
Variante du même discours : chaque entreprise qui distribue des dividendes au lieu d’investir prouve qu’elle a fait trop de profits, qui devraient donc être capturés par les pouvoirs publics.
Autre variante : ne peuvent verser des dividendes que les entreprises qui suivent les diktats écologiques.
Première remarque. Une entreprise appartient à ses actionnaires et à personne d’autre.
Le droit de propriété est constitutionnellement reconnu, et rien n’autorise un politique incapable de gérer une baraque à frites à intervenir dans la gestion des entreprises, sauf si elles sont détenues par l’État.
On a vu leur talent à l’œuvre avec la façon dont ils gèrent notre pays depuis cinquante ans.
Les entreprises qui versent des dividendes en les augmentant ont souvent une caractéristique commune : les profits à l’origine de ces dividendes ont été réalisés en dehors de France, par des filiales étrangères.
Ces dividendes ont été proposés par le Président, votés par le Conseil d’Administration et validés par l’Assemblée générale.
Ces entreprises ont souvent des actionnaires étrangers qui, dans certains cas, peuvent être majoritaires.
En Suède, en 1992, pendant la faillite de l’État suédois, les grandes entreprises locales avaient fait savoir au pouvoir politique que, si les technocrates socialistes à l’origine de la faillite du pays continuaient à leur casser les pieds, eh bien, leurs sièges sociaux seraient transférés à Londres et leurs impôts payés au Royaume-Uni.
Je crois comprendre qu’une cotation de Total à New York est dans les tuyaux, puisque la cotation à Paris entraîne une décote de 30 % entre le cours de Total et celui de ses principaux concurrents anglo-saxons…
Deuxième remarque, beaucoup plus grave.
Les entreprises de taille importante sont souvent gérées avec un objectif minimum de rentabilité pour leurs investissements futurs, mettons 12 % par an.
Et donc, si une entreprise ne trouve pas d’investissement dans son secteur qui rapporte 12 % ou plus, elle va rendre leur argent aux actionnaires, soit en leur payant des dividendes, soit en rachetant dans le marché leurs propres titres.
En cherchant à empêcher ce mécanisme, les crétins de service à l’Assemblée nationale forceraient le capital investi dans des activités où la rentabilité marginale du capital baisse à rester dans ces activités, et l’empêcheraient d’aller vers des secteurs en croissance.
Le rôle de l’État n’est pas de « flécher les investissements », mais de permettre au capital d’aller facilement des secteurs où la rentabilité marginale du capital est en baisse vers les secteurs où elle est en hausse.
Depuis quarante ans, nos hommes politiques de droite comme de gauche font tout pour empêcher cette libre circulation, et c’est ce qui nous mène à l’inéluctable faillite qui nous attend.
Stupidité numéro cinq : bloquer les prix, bloquer les marges…
Une guerre fait monter les prix du pétrole.
Dans cette guerre, des raffineries sont détruites et les prix des produits raffinés explosent à la hausse, ce qui veut dire que les marges des raffineries s’envolent, avec le cours de Total.
Que fait un homme politique intelligent ?
Il remercie le patron de Total, M. Pouyanné, d’avoir été capable de livrer du pétrole à notre pays alors que la pénurie mondiale guette, il le félicite d’avoir maintenu pendant des années en France des raffineries qui perdaient de l’argent, et il baisse les impôts sur les carburants pour atténuer le choc sur les consommateurs français.
Que fait l’homme politique de base et de basse extraction en France qui a détruit notre indépendance énergétique au profit de l’Allemagne ?
Il utilise l’augmentation automatique des impôts sur le diesel pour dépenser un peu plus d’argent pour sa réélection, et convoque M. Pouyanné devant une commission de farceurs à l’Assemblée ou au Sénat pour l’en rendre responsable et l’insulter devant la France entière.
Conclusion
Depuis Mitterrand, ce pays a été gouverné par des menteurs, et cet homme, qui est à l’origine de tous nos désastres, a convaincu tous les hommes politiques que, pour l’emporter, il fallait non seulement mentir, mais éliminer tous ceux qui portaient en eux une vérité différente.
Et donc, tous les candidats à qui j’ai pu parler depuis trente ans me disent : si je dis la vérité, je ne serai jamais élu.
Ce qui veut dire que, pour chacun d’entre eux, être élu est plus important que de dire la vérité.
Et c’est de cette réalité que nous crevons.


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