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René Girard décédait il y a deux ans, le 4 novembre 2015, à Stanford, dans cette ville des États-Unis où il a enseigné et travaillé. Son œuvre a tourné autour de deux concepts : le désir mimétique et la montée aux extrêmes, concepts qu’il n’a cessé d’approfondir et d’expliciter tout au long de sa vie. Cela n’a l’air de rien, mais il a bouleversé la compréhension de l’homme et du monde. Il a expliqué Les choses cachées depuis la fondation du monde (titre de l’un de ses livres). Son œuvre est à fragmentation lente : il faudra du temps pour qu’elle infuse les esprits et que l’on comprenne toutes les implications que cela suppose. Parce qu’il n’était ni marxiste ni existentialiste, parce qu’il n’a pas soutenu les grands criminels du XXe siècle, parce qu’il s’est converti au christianisme, il est ostensiblement boudé de l’université et de l’enseignement scolaire. Son œuvre magistrale a aussi abordé les questions de la géopolitique, notamment dans son Achevez Clausewitz (2007). Il a relu le traité De la Guerre à l’aune de la théorie mimétique pour en proposer une réévaluation intellectuelle.

 

Le sacrifice humain comme fait majeur

 

Ce que démontre René Girard c’est que le sacrifice est au cœur de toutes les cultures et de toutes les civilisations. Il n’y a pas un point du globe ni une culture dans le monde qui n’ait pas pratiqué les sacrifices, humains ou animaliers. Or cela n’est pas le fait du hasard. La société humaine repose sur le sacrifice. Il s’agit de charger une personne ou un groupe des maux de la cité et de le tuer pour rétablir la paix et la stabilité qui était perdue. C’est là le phénomène du bouc émissaire. Quand notre société s’en prend « aux riches » elle agit exactement comme les sociétés tribales et archaïques qui, elles-aussi, avaient leur bouc émissaire.

 

Le fait anthropologique majeur fut le passage du sacrifice humain au sacrifice animal, présenté dans la Bible par le sacrifice d’Abraham. Finalement, celui-ci ne tue pas Isaac, mais une brebis. Chez les Grecs, c’est Agamemnon qui ne sacrifie pas Iphigénie, mais une biche.

 

Le sacrifice humain se perpétue aujourd’hui dans les génocides. La plupart des sociétés modernes sont nées d’une guerre civile et d’un génocide. Guerre civile en Espagne et en France (la révolution), génocide en Turquie (Arméniens), en Chine et URSS (les opposants politiques), en Allemagne (les juifs) pour ne citer que les principaux. Ce n’est pas un accident de l’histoire. Sans génocide et sans guerre civile, ces sociétés n’auraient jamais pu voir le jour. Mais elles doivent justifier leur existence sur le sentiment de la pureté et de la bonté. Le génocide ne doit pas être un crime, mais un salut, une nécessité de tuer le mal pour faire advenir la société du bien. Raison pour laquelle elles ne peuvent pas reconnaître la réalité de ce génocide. Ce serait alors reconnaitre qu’elles ne sont pas nées sur le bien, mais sur le mal, qu’elles ne sont pas aussi pures qu’elles le prétendent, mais corrompues. Reconnaître le génocide, c’est détruire l’assise intellectuelle qui sert de fondement à ces sociétés.

Si l’on reconnaît que les communistes ont commis des crimes alors s’effondrent toute la mythologie communiste et ceux qui l’ont soutenue. Si l’on parle de génocide en Vendée alors c’est la pureté et la justification de la Révolution française qui s’ébranle. La réécriture de l’histoire est donc une nécessité pour la survivance des régimes en place.

 

Or ce qui transforme le monde c’est le christianisme. Lui aussi se fonde sur le sacrifice : celui du Christ crucifié. Mais ce sacrifice est dénoncé. Le bouc émissaire abattu était en fait innocent. L’homicide a eu lieu et il fut injuste. La mort du Christ révèle aux yeux du monde que le sacrifice est faussé et repose sur des conceptions erronées. C’est le voile du Temple qui se déchire. C’est le passage de l’archaïque au monde moderne : « Avec la Passion nous savons que les boucs émissaires sont innocents, la Passion a détruit le sacré en en révélant sa violence. »

 

Désir mimétique et montée aux extrêmes

 

Clausewitz a théorisé la montée aux extrêmes, c’est-à-dire le fait que deux armées soient prises dans un engrenage guerrier qui les pousse à développer toujours plus de violence pour déborder l’adversaire et le vaincre. René Girard a montré comment cette montée aux extrêmes se comprenait dans le cadre du désir mimétique : le combattant augmente sa puissance de feu et son adversaire l’imite en l’augmentant lui aussi. La guerre appelle la guerre, comme Napoléon qui a toujours couru derrière la paix, mais qui, finalement, a semé la guerre.

La montée aux extrêmes implique aussi la mobilisation de plus en plus de personne jusqu’à devenir totale. C’est parce qu’il répond aux humiliations du traité de Versailles qu’Hitler peut mobiliser tout un peuple derrière lui, c’est parce qu’il répond à l’invasion allemande que Staline coalise les Russes autour de lui, et c’est parce qu’il répond aux États-Unis que Ben Laden organise les attentats du 11 septembre. Ce n’est plus la guerre des spécialistes, mais la guerre du peuple.

La Révolution française invente le service militaire qui vise à fondre des personnes dans un moule collectiviste et planificateur. Il d’infuser une mentalité militariste et de souder un corps social autour d’un même ennemi. La guerre change de nature. Ce n’est plus lutter contre un adversaire qui nous attaque afin de rétablir la paix, c’est détruire l’adversaire totalement et entièrement. La guerre moderne, c’est le sacrifice humain appliqué à un peuple. Le peuple entier devient le bouc émissaire et le rétablissement de la paix ne pourra passer que par son élimination totale. Face à lui, tout le monde doit être mobilisé pour participer à la lapidation générale. Aucune voix discordante ne peut être tolérée, personne ne peut s’opposer et tout le monde doit jeter la première pierre. La liberté de penser et de réfléchir est donc abolie.

 

La guerre moderne : le temps de la guerre totale

 

Jusqu’au XVIIIe siècle, les temps de la guerre et de la paix sont bien marqués. La guerre est codifiée et ritualisée ; on sait quand on est dans la guerre, et quand on est dans la paix. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Guerre et paix se mélangent, comme se mêlent l’ordre et le désordre. La guerre n’est plus la continuation de la politique, comme le pensait Clausewitz, parce que la politique court toujours derrière la violence. Il n’y a plus de place pour une victoire relative : la victoire ne peut être que totale. Lorsque l’autre n’est plus seulement un adversaire occasionnel, mais un ennemi de nature, il n’est pas possible de s’entendre avec lui et de bâtir une paix d’équilibre. C’est la Révolution française qui transforme la guerre. Les révolutionnaires ne combattent pas contre des Autrichiens, des Prussiens ou des Anglais, ils combattent contre ceux qui s’opposent à la Révolution, c’est-à-dire contre des ennemis du genre humain. Le contre-révolutionnaire ne peut pas être vaincu : il doit être éradiqué. Il n’y a plus ni Autrichiens ni Anglais, il y a les révolutionnaires et les contre-révolutionnaires : la guerre devient idéologique, et cette guerre idéologique ne peut se solder que par la défaite totale de l’autre, qui passe par son éradication. De même en 1919, lors du traité de Versailles, il ne faut pas bâtir la paix, il faut éradiquer l’adversaire. Nous en sommes là aujourd’hui dans la guerre contre le terrorisme. Les djihadistes ne veulent pas conquérir un territoire, ils veulent éradiquer un adversaire de nature. Sauf que nous refusons de voir qu’ils pratiquent la guerre archaïque, celle du bouc émissaire et de l’idéologie. Nous refusons de le voir parce que nous refusons d’admettre que le religieux est présent dans toutes les civilisations. L’idéologie rationaliste nous aveugle.

 

La question de la guerre totale s’est posée de nouveau en 1943. Pie XII prône une paix des nations, Roosevelt ne transige pas sur la reddition sans condition. Ici s’opposent deux visions de la guerre, donc de la paix. La guerre des nations et la guerre des idéologies, la guerre normée et la guerre sacrificielle, mue par le désir mimétique. La reddition sans condition triomphe, elle conduit à la destruction de l’Allemagne, au bombardement des villes et aux meurtres des civils. Elle conduit aussi à la radicalisation de la guerre chez l’adversaire : puisque la négociation n’est pas possible, puisque l’entente n’est pas possible, alors la guerre doit être menée jusqu’au bout : pour éviter la défaite totale, il faut mener une guerre totale. L’agresseur devient l’agressé et peut donc justifier sa défense. Le désir mimétique distille la guerre dans les pensées et dans les actes, et la paix est dissoute des schémas mentaux et des pensées des hommes. Le juriste Carl Schmitt a évoqué cette « théologisation » de la guerre : l’ennemi devient un Mal à éradiquer, la guerre ne s’arrête que quand l’ennemi est complètement mort et non pas quand on arrive à un accord.

 

Le partisan et la fragmentation de la guerre

 

Avec Napoléon apparaît aussi le partisan (en Espagne), qui se bat de manière irrégulière contre des armées régulières. Le partisan fait entrer la guerre dans un autre domaine, celle de la lutte au corps à corps. Le partisan est le début du terrorisme : la guerre est partout, il attaque partout, avec des moyens totalement irréguliers. On sort des guerres conventionnelles pour aller vers des guerres réelles, le civil l’emporte sur le soldat. Les terroristes font l’inverse des sacrifices primitifs : au lieu de tuer des victimes pour en sauver d’autres ils se tuent eux-mêmes pour tuer d’autres personnes. Le droit de la guerre a disparu, on ne respecte plus l’adversaire, on n’a plus d’égard pour le prisonnier. La guerre en tant qu’institution a disparu, mais il y a des accès de violence à travers le monde. La guerre moderne signe le retour à l’archaïsme de la violence. En effaçant la religion, on a cru entrer dans la modernité rationnelle et asseoir la paix dans le monde. En réalité, en effaçant le sacrifice on efface ce qui contribue à asseoir la paix entre les nations, on empêche la paix de s’établir entre les peuples, et donc on rend la guerre omniprésente et infinie. C’est que, contrairement à ce que la modernité techniciste a voulu faire croire, si la religion est motrice de guerre, le christianisme est le ciment de la paix.

 

Le christianisme détruit le mythe et instaure la paix

 

Voilà, explique René Girard, comment fonctionnent les sociétés païennes. Et voilà d’où émerge et où arrive la nouveauté chrétienne. Dans le christianisme, l’agneau sacrifié, le bouc émissaire, c’est le Christ. Il est non seulement un homme innocent, mais il est Dieu, et Il accepte le sacrifice pour sauver les hommes. Ce sacrifice ne produit pas un nouveau mythe, un autre de plus, qui enferme les hommes dans le mensonge et dans la mort ; ce sacrifice déchire le rideau du Temple, il dévoile la vérité, il brise les mythes pour affirmer et la victoire du logos, de la raison, et celle de la vie. C’est le nouveau et le dernier sacrifice, celui qui brise le mensonge et la mort, celui qui tue le prince des ténèbres, Satan, qui tombe comme l’éclair. Le christianisme est ainsi une démystification. Il détruit les superstitions et les erreurs des mensonges des mythes.

 

Avec la Passion du Christ, nous savons désormais que les boucs-émissaires sont innocents, elle a détruit le sacré en en révélant sa violence. Le Christ a détruit l’ignorance et la superstition, il permet de voir la réalité, il permet d’accéder au savoir. Les ennemis du Christ associent le christianisme à une religion archaïque alors qu’en réalité c’est l’inverse : le christianisme démystifie les religions archaïques, il montre la vérité sur le bouc émissaire et sur le sacrifice mimétique, il nous oblige à penser le monde, il ouvre la porte du savoir. Il dévoile les religions archaïques en montrant le roi nu : ces personnes que l’on tue, et dont le meurtre est indispensable pour créer la nouvelle société et pour la maintenir, sont innocentes. Donc, cette société est bâtie sur le mensonge. Et l’erreur, loin de libérer l’homme, l’enferme dans l’esclavage de la mort. La violence finale ne vient pas de Dieu, mais des hommes eux-mêmes. Au cœur des conflits du monde, il y a le face-à-face entre la Passion et le religieux archaïque.

 

Les conditions de la paix

 

Pour éviter la guerre, l’homme doit éteindre le fonctionnement du désir mimétique et ainsi bloquer la montée aux extrêmes. Il ne peut le faire qu’en comprenant l’utilité et le sens du bouc émissaire, et en acceptant la vérité et la réalité des faits. Pour René Girard, c’est la Passion du Christ, sommet de la violence, qui permet d’éliminer la violence et de bâtir un monde de paix.

René Girard est un penseur de la liberté. Il a compris que pour bâtir la paix il fallait d’abord édifier le droit et reconnaître l’intégrité de la personne. Or l’unanimisme est ce qu’il y a de pire. On intègre désormais la guerre à la sécurité, voulant combattre un ennemi comme on combat une maladie. On pense que des textes de loi vont permettre de lutter contre le terrorisme et, surtout, on inscrit dans le droit la privation des libertés fondamentales, ce qui est une négation du droit. Le fait que l’état d’urgence soit désormais devenu la norme est gravissime. Le fait que ce texte ait été voté sans discussion et sans problème témoigne aussi d’une infection mentale de nos sociétés. C’est le retour au bouc émissaire : on montre l’erreur pour mieux cacher la vérité. Alors que pour établir la paix il faut aussi parfois savoir aller au contact et accepter de combattre, c’est-à-dire désigner l’ennemi et prendre les armes pour le chasser.

 

 

 

Auteur: Jean-Baptiste Noé

Jean-Baptiste Noé est historien et géopolitologue. Il est professeur d'histoire et d'économie dans un lycée parisien. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages : Géopolitique du Vatican. La puissance de l'influence (Puf, 2015), Le défi migratoire. L'Europe ébranlée (Bernard Giovanangeli, 2016) et, récemment, un ouvrage consacré à la liberté scolaire : Rebâtir l'école. Plaidoyer pour la liberté scolaire (Bernard Giovanangeli, 2017).

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16 Commentaires

  1. Belle construction intellectuelle: le christianisme comme alternance au sacrifice mimétique. Mais dans le concret historique, cette construction n’a jamais fonctionné.

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    • La théorie de la gravitation universelle est aussi une belle construction intellectuelle. Elle n’a, dans le concret historique, empêché aucun objet de tomber.
      Elle n’en a point un immense mérite, celui de décrire un phénomène tel qu’il est.
      Pareil pour la theorie mimétique. Elle n’empêche rien. Elle décrit nos comportements tels qu’ils sont.

      On peut bien sûr préfèrer ne pas savoir…

  2. Article intéressant !

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  3. La Guerre ne sert qu’aux limités d’esprit dont ils en associent le spectre de la religion comme justificatif en s’accaparant des ressources…

    Les limites de notre evolution est de prétendre que nous le sommes…

    Surprenante est la race humaine… Pathétique vraisemblablement…

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  4. La SOBORNOST’ ou conciliarité en russe est l’ordre de l’Esprit. Le mot russe « Sobornost’  » est supérieur sémantiquement car il véhicule le sens du rassemblement. La traduction latine « catholicité » ne fait sémantiquement référence de manière spontanée ni à la notion de concile, ni à celle du rassemblement, mais induit par cet élément du Crédo que l’Église doit être celle de Rome. La SOBORNOST’ fonde l’organisation humaine de la décision, où la parole est libre avant la prise de décision, lorsque les débats s’achèvent et que les anciens tranchent, et qui devient loi de tous. L’expression courante: « s’asseoir autour d’une table » évoque cette réalité ecclésiale… Le despotisme hiérarchique et les gens qui marchent au pas lui sont contraires. Car ils sont mus par la passion de l’esprit de domination, et qu’ils rassemblent par la pratique vétéro-testamentaire du sacrifice du bouc émissaire, si bien décrite par le regretté René Girard, où le sang du sacrifice ou l’expulsion est nécessaire à l’unité de ceux qui restent ainsi unis, jusqu’à la prochaine crise. Nous le comprenons mieux en observant la topologie CÉLESTE des trois dernières fêtes du cycle pascal orthodoxe de l’Ascension, de la Commémoration du Premier Concile Oecuménique, et de la Pentecôte, c’est-à-dire en identifiant leur lieu d’être. En effet, entre les deux fêtes de l’Ascension et de la Pentecôte, l’Église nous montre, lors de la Commémoration du Premier Concile Oecuménique, des évêques, Icônes Vivantes de l’ÉPISCOPAT de la nature humaine du Christ, réunis en Concile dans un temps où le Christ a déjà quitté la terre au Mont des Oliviers, et où le Saint-Esprit n’est pas encore descendu en langues de feu sur la tête des hommes à Jérusalem pour y fonder l’Église. Leur lieu d’être, de ces trois fêtes, ne peut être autre que le Ciel, où sont réunis en ce temps le Christ et l’Esprit. Les Évêques sont donc au Ciel de manière figurée, en leur esprit, comme obéissant à l’injonction liturgique faite aux fidèles de l’hymne des chérubins, qui exige d’abandonner toute préoccupation de ce monde. Ils en ont pleinement conscience, de leur lieu d’être céleste, car en exergue aux canons qu’ils proclament, de tous temps ils prennent toujours le soin d’écrire, « il a plu au Saint-Esprit et à nous, évêques réunis en concile », etc…. (de rédiger les canons qui suivent). La volonté ou esprit de domination ne permet pas cette dynamique de l’Esprit au sein des hommes réunis. Brassens chantait: « je n’aime pas les gens qui marchent au pas, le clairon qui sonne, etc…. ». « Je ne fais pourtant de tort à personne »… Il y a l’ordre des hommes de la terre, et l’ordre des hommes du Ciel. L’ordre du vieil Adam, et celui du nouvel Adam. Dieu, nous rappelle le Roi David dans son Psaume 50 de Repentance, n’a pas besoin des holocaustes des hommes, mais du sacrifice de leurs coeurs brisés, et c’est alors que s’érigent les murs de la Jérusalem Céleste. Ne pas comprendre cela est la maladie infantile de l’humanité.

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    • « n’a pas besoin des holocaustes des hommes, mais du sacrifice de leurs coeurs brisés »
      Soit d’une partie de soi et non d’un bouc émissaire.

      Je ne suis pas spécialiste mais selon moi c’est plus qu’un peu la même chose…
      Le but du Moloch est peut être pour ses organisateurs:
      -de gérer la surproduction ou un surplus d’offre
      (de natalité, de boeufs, récoltes, des vierges, une saignée, une guerre comme bon pour « la santé des peuples », de masse monétaire …) afin de redynamiser la demande/offre pour que tout rentre dans l’ordre après l’hiver

      -de reprendre politiquement le dessus sur le groupe désemparé. Spécialement en lui faisant faire parfois des choses contre nature (stratégie du choc N Klein).

      C’est la raison pour laquelle les indulgences étaient ou sont payantes.
      freud n’a rien inventé: il faut payer son « analyse » sinon elle fonctionne encore moins.
      C’est peut être aussi la raison de la vogue désespérée pour le satanisme chez chirac à F Hollande ou Obama clinton… Car le système est/était selon eux en bout de course.

      Sinon Marx n’a pas trop inventé non plus puisqu’il a pompé la dialectique trinitaire (sur Hegel ?). C’est un prélat ayant fait sa thèse sur Marx/Engel qui me l’a raconté:

      Le fils étant l’antithèse du capitalisme ou l’humanité pour prendre conscience (=prolétariat = le peuple juif; un grand père rabbin devenu protestant comme Hegel)
      A la fin , après une période de sacrifices, la synthèse par l’esprit sain=le communisme soit la réconciliation avec le père=le divin=le cosmos: c’est le grand soir.

      Le tout formant un moteur, dialectique. Comme les filles s’opposent naturellement à leur mère, le chiot testant son maître ou plus généralement les enfants leurs parents, les peuples leurs dirigeants ou plus généralement à leur Eglise etc…

      Ce sacrifice est peut être d’ailleurs un emblème de Napoleon sous la forme des abeilles de cannetille.
      Il me semble que malheureusement la fable des abeilles n’évoque pas l’apiculteur qui vient ex machina se servir chaque année selon une quantité bonne pour que tout reste dans l’ordre la saison d’après.

      Llyod blankfein (alias god’s work) ou francois hollande sont-ils de bons apiculteurs?
      La première connerie magistrale de Marx et Engel fut qu’ils pensaientt que cela allait advenir en France ou dans la Ruhr ou en angleterre.
      Cela a fonctionné dans la Russie agraire.
      Ce qui n’a donc pu pouvoir se faire qu’avec des puissances occultes ou des apiculteurs apatrides

  5. De nombreux esprits, et parmi les plus éminents, ne voulurent pas entendre Galilée lorsqu’il affirma que la terre était ronde et qu’elle tournait autour du soleil.

    De nombreux esprits et des plus éminents ne voulurent pas entendre parler des mesures d’hygiène préconisées par Semmelweis puis par Pasteur.

    Les exemples sont nombreux de ces rigidités de pensée, de ces incroyables et durables aveuglements.

    Aujourd’hui nombreux sont les esprits, et parmi les plus éminents, qui ne veulent pas entendre ce qu’affirme René Girard sur les vérités anthropologiques contenues dans les Écritures : le désir est mimétique, il guide nos actions et peut conduire au pire, la victime émissaire ne mérite pas son sort, etc.

    Pourtant, quels que soient les efforts que nous faisons pour fuir ce savoir, nous ne pouvons le nier, il nous oblige, il scelle notre responsabilité.

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  6. Les écrits de René et Gérard nous aident à comprendre que, dans un conflit, plus les adversaires sont persuadés de se distinguer l’un de l’autre, plus ils se ressemblent.

    Celui qui n’est pas impliqué dans le conflit n’a pas de difficulté à voir cette ressemblance.

    Quand on est impliqué soi-même, et là-bas tout autrement.

    Exemple vivant : les moyens que nous mettons en œuvre contre le terrorisme, s’apparentant eux-mêmes à du terrorisme, n’affaiblissent pas le terrorisme de l’adversaire, ils l’alimentent, et y ajoutent le nôtre.

    C’est tragique mais c’est ainsi. C’est d’autant plus tragique que nous voyons bien que c’est exactement ce qui se passe, et que nous le savons bien, depuis le temps.

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  7. Je fais partie des sceptiques de René Girard. Certes brillant, sa tendance à vouloir étendre le registre de sa découverte, le désir mimétique, à l’ensemble des sciences humaines l’emmène souvent trop loin, dans les brumes où seule retentit sa corne puissante et dérangeante, abolissant toute finesse, pensée abrasive qui ne souffre pas de concurrence.

    C’est ainsi qu’il procède dans son décevant « Achever Clausewitz », ouvrage dont le contenu aurait pu se borner, n’eut été l’appétit de l’académicien, à la longueur de son simple résumé comme le fait ici brillamment l’auteur de cet article.

    La pudeur et l’admiration que semblent ici lui vouer bien des membres de l’institut des libertés dont je ne saurais salir la belle entreprise invitent à me contenter, par soucis d’équité, d’indiquer l’article de l’un de ses plus féroces détracteurs, monsieur René Pommier :

    http://rene.pommier.free.fr/Girard00.htm

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    • Bonsoir

      Il conviendrait peut être de se demander si la découverte récente – environ 10 ans- des neurones miroirs vient appuyer ou infirmer la mimésis de R. Girard.

      Par ailleurs, Girard ne prétendait pas être le premier à avoir « tout compris »: dans Shakespeare ou les feux de l’envie, R. Girard montrait bien que Shakespeare avait parfaitement compris le mécanisme plusieurs siècles avant lui.
      J’ai pris la peine de lire l’article de R. Pommier: attaques ad hominem, emploi d’arguments d’autorité (ma thèse de doctorat…) aveu qu’il n’a pas pris le temps de lire toute l’oeuvre…. Ces procédés ne génèrent que des pamphlets et non des démonstrations.
      Ceci dit, il n’a pas tort de s’en prendre à l’espèce d’idolâtrie qui a remplacé l’ostracisme de principe dont fut d’abord victime R. Girard dans le milieu des doctorants français.
      Il faut dire que lorsqu’on se la pète en se croyant destiné à suivre les traces de Don Juan, que l’on prend un psychopathe criminel comme Sade comme nec plus ultra de la liberté du pervers narcissique, on ne doit pas trop apprécier de se voir comparer au sale môme qui pique une rage parce qu’il veut les cubes de son voisin!
      Cordialement.

    • D’une réponse de 20 lignes, effacée par la magie d’une connexion balbutiante, je ne garderai que ceci : vous avez fort bien identifié le texte de monsieur Pommier comme appartenant, de manière tout à fait volontaire, au genre du pamphlet.

      D’autre part et pour vous rejoindre quelque peu, je conçois fort bien qu’en comparaison de la cohue de mandarins marxisants plus intouchables qu’une statue de l’île de Pâques, les dégâts provoqués par les excès de René Girard apparaissent comme fort réduits et équilibrés par les apports intéressants, au moins du point de vue de la stimulation intellectuelle.

      Sous cet angle, je lui trouve bien des points communs avec l’attachant – et urticant – Michel Serres.

  8. Bonsoir M. Noé
    L’année 1905 peut être notée comme jalon de la fin du monde classique:
    en 1905 paraissent la théorie de la relativité restreinte et les premiers travaux de Freud sur l’inconscient sont publiés. Jusqu’alors, l’homme occidental se pensait au sommet du monde et de la création, n’ayant pas encore totalement assimilé les implications des travaux de Copernic, qui le faisaient déchoir du centre de l’univers et réglaient leur compte à l’harmonie des sphères héritée du monde des idéels de Platon. Darwin suivait en détrônant l’hominidé de son statut de créature « à part ». Einstein et Freud achevaient cette déconstruction que tous les artistes de l’époque exprimaient dans leurs oeuvres: le symbolistes, dans leur ensemble, annonçaient la fin du monde classique gréco-romain dans la composition de leurs tableaux. les futuristes puis les cubistes suivaient le mouvement. Les débuts de la guerre de 30 ans, en 1914 montraient l’entrée dans le chaos qui suit toute fin d’un monde. L’homme européen entré paysan et à cheval dans la guerre en sortit ouvrier en char d’assaut et en avion. Charlie Chaplin, dans les temps modernes , illustra parfaitement ce processus d’acculturation, le retour aux débordements de la turba et la régression vers l’animal de l’homme acculturé dont le monde s’effondre. Allégorie de la république de Weimar, qui voyait un peuple parangon des vertus industrielles sombrer dans la misère. Il en résultat ce que l’on sait: le national-socialisme renvoyait Kant et Goethe au saltus de la gaste forêt germanique avec le résultat que l’on sait. Et le mouvement ne s’acheva que par le sacrifice du bouc émissaire: le sjuisf et les tziganes représentant les deux énergies de la liberté: intellectuelle et physique, totalement opposées au totalitarisme de la chaîne de montage industrielle qui réduit l’homme à n’être qu’un simple rouage avec obligation d’être efficace, performant et rentable, ni plus ni moins qu’une came dans un moteur à explosion.
    Il n’est pas anodin que la paix soit revenue après cette extermination: le processus mis en lumière par René Girard est là…. Implacablement déroulé…
    l’avons nous compris, en avons-nous tiré la leçon?
    Le fait de qualifier encore Hitler de « mal absolu », du moins dans la culture des masses, me fait hélas dire que non!
    Cordialement

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  9. Quand une société s’en prend aux riches, pourquoi pas. Mais quand les riches s’en prennent à la société et s’enrichissent à ses dépens dans des proportions monstrueuses sur plusieurs décennies, cela n’implique-t-il pas d’explorer le concept plus largement?

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    • PLEASE!!!!!!!

    • S’en prendre aux riches en France, c’est lacérer les images de Pinault et de Bettencourt tout en pensant que derrière il y a son collègue d’entreprise « incompétent mais chanceux » qui peut se permettre des vacances à Megève ou s’acheter le bateau du week-end.

  10. Très juste, ce diable de désir mimétique que René Girard analyse jusqu’à le mener au retournement des valeurs par le Christ fait penser à l’histoire du « vilain petit Qatar ».
    C’est l’histoire vraie paraît-il de cet Emir qui arrive dans un aéroport occidental dans les années 70. Au contrôle de police il est mis de côté. Son passeport est considéré comme un faux grossier d’autant plus que c’est la même signature sous la mention titulaire et que celle sous l’autorité qui le délivre ! Le préposé lui dit presque en rigolant : ce pays n’existe pas.
    L’Emir en question était l’Emir du Qatar, le père de celui qui règne actuellement. Il s’est juré de tout faire pour que le Qatar existe et son fils continue de plus belle jusqu’à acheter 24 Rafales. C’est le début de l’existence du « vilain petit Qatar » copain de Kadhafi allant jusqu’à balancer des centaines de millions au Niger et au nord du Nigéria pour faire des mosquées et livrer avec des Antonov des milliers de tonnes d’armes à tous les cinglés du Sahara.

    Est-ce que tout est parti de cette baffe au propriétaire de la plus grande réserve gazière ? Combien de Rafales va coûter cette gaffe?

    Et si l’Emir, le fils, comprend, va-t-il lire Saint Augustin, son frère?

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