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Extrait de « 8 leçons d’histoire économique » de Jean-Marc Daniel

La monnaie est à bien des égards un des phénomènes les plus commentés et les plus mystérieux de la réflexion économique.

Assez curieusement, malgré la multitude de travaux la concernant les économistes sont incapables de définir correctement la monnaie. On peut lui donner des fonctions qui sont au nombre de trois. On peut lui donner une apparence initiale qui est l’or puisque à l’origine à la quantité de monnaie en circulation correspond à une quantité d’or. Mais on ne peut aller au déla.

Les fonctions de la monnaie sont :

 

- de permettre l’échange de façon pratique, le troc étant peu commode

-       d’associer à chaque bien un prix

-       de conserver dans le temps du pouvoir d’achat, l’expression d’une valeur.

 

La transmission dans le temps d’une valeur est aussi une fonction de l’épargne.

Pour faire la différence entre la monnaie et l’épargne, on considère que la monnaie circule tandis que l’épargne attend : est monétaire ce qui change facilement de main , est épargne ce qui est immobile. Pour faire cette différence, on choisit conventionnellement une durée d’immobilisation.

Historiquement parlant, un titre financier qui ne change pas de main dans les trois mois est une forme d’épargne. En revanche, un titre financier dont l’échéance et la rotation interviennent avant trois mois est de la monnaie. Cette distinction conventionnelle se réfère aux pratiques financières anglaises du XVIII. Trois mois, c’était la durée minimale des emprunts au trésor britannique de l’époque, et qui disait alors monnaie et finance, disait déjà Londres et Angleterre. En fait, cette césure montre la difficulté à définir correctement la monnaie et par voie de conséquence en mesurer la quantité émise.

Les fonctions identifiées ci –dessus ne sont remises en question par aucun économiste. Et pour cause : cette typologie a été établie par Aristote lui même. Pour définir et comprendre la monnaie, on pourrait, par delà ces fonctions, se référer à l’étymologie.

Le mot monnaie vient de la déesse romaine Junon moneta, épouse de Jupiter, le roi des dieux, Junon a le pouvoir de voir l’avenir, ce qui se dit moneta en latin (en français prémonitoire est le mot qui en est directement issu). Il se trouve que les autorités romaines ont installé dans le temple de Junon l’atelier de fabrication  des pièces qui furent de ce fait qualifiées de monétaires. Le mot désigne donc à l’origine le lieu de fabrication et non la nature même des objets monétaires. Au départ, ces objets sont principalement de métaux et singulièrement des métaux qui brillent comme l’or ou l’argent.

Les eaux du pactole

L’inventeur de la monnaie, au sens actuel du terme, est le roi de Lydie du nom de Gynes qui en 687 av JC substitue au lingots d’or des morceaux d’électrum (alliage naturel d’or et d’argent) auxquels ont été données une forme et un poids constants. La lydie est un royaume d’Asie mineure dont le territoire est aujourd’hui situé en Turquie. Sa capitale est Sardes. Si le roi dispose de tant de métaux précieux, c’est que la fleuve qui travers Sarde en regorge. Ce fleuve s’appelle le Pactole et donnera son nom à tout trésor un peu consistant. Pactole est en fait un nom propre si bien que jusqu’au début su XX em siècles , les écrivains l’orthographient avec une majuscule.

La monnaie emblématique de la fin de l’empire romain s’appelle le solidus. Elle est émise par Constantin à partir de 310. A cette date, Constantin s’apprête à partir à la conquête du pouvoir impérial. Il réside à Trèves, si bien que la première monnaie à avoir eu une réputation de pérennité et comme son nom l’indique de robustesse est née en Allemagne (pas très loin de la Bundesbank).

Cette monnaie représente l’équivalent de 4,5 grammes d’or. Elle se substitue à l’ancienne pièce, l’aureus, définie sous Auguste. A l’origine l’aureus pèse 8 grammes d’or. Quand Constantin décide de battre monnaie, il n’y a plus que 5,4 grammes d’or dans les aurei. Dioclétien qui est l’empereur de 284 à 305 a plongé l’Empire dans l’inflation. Il a multiplié les pièces de monnaie pour couvrir le déficit budgétaire de l’Empire. Confronté à un effondrement des rentrées fiscales, Dioclétien réorganise les finances de l’Empire en sacrifiant le fiscus puis monétise le bronze pour payer ses dépenses. La confiance en la monnaie disparaît et le troc tend à se généraliser sur toute la surface de l’Empire. Dans la partie de l’économie restée monétaire, l’inflation s’installe.

 

Constantin décide de rompre avec ces pratiques. Il se convainc assez vite qu’il faut rétablir la confiance dans la monnaie. Il opère une dernière dévaluation et prend l’engagement de stabiliser le taux du solidus et de lutter contre la hausse des prix. Il joue sur l’ambiguïté du nom qu’il donne à sa nouvelle monnaie qui, pour le Romains évoque à la fois la stabilité et le soleil (sol en latin). Comment ne pas penser au soleil quand on voit une piéce d’or ?

S’étant emparé de l’ensemble du pouvoir dans l’Empire en 313, Constantin fait du Solidus la monnaie impériale. Il accompagne sa réforme monétaire d’une politique de déflation par la baisse des dépenses publiques. Devenu la monnaie de Constantinople et de l’Empire byzantin, le solidus ne sera plus dévalué jusqu’au XI siècle. Il devient un étalon monétaire d’une telle importance que tout le monde la recherche ; La sagesse populaire va en garder la trace, longtemps en français, la monnaie que le peuple reconnaît s’appelle le sol que le XIX transformera en sou.

Et la population de réclamer à ses dirigeants « des sous. ».

 

 

Sur le sujet de la monnaie voir aussi :

http://institutdeslibertes.org/la-monnaie-ce-bien-commun/)  par Charles Gave

 

 

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5 Comments

  1. david dit :

    Cet article m’apprend on est quand même arrivé a avoir de l’inflation avec une monnaie « or ».
    réduire le poids des pièces il fallait y penser :)

    Dans un cadre plus général, l’inflation ne me semble pas incompatible avec une monnaie or, si il y a plus d’or en circulation de que marchandises disponibles, les prix devraient logiquement monter

  2. FaLLaWa dit :

    Bonjour, interessant article mais je suis decu que vous ne glissiez pas un mot a propos des bitcoins, dont l’existence et le developpement fulgurant souleve d’interessantes reflexions sur la nature de la monnaie.

    • idlibertes dit :

      Cher Fallawa,

      vous noterez qu’on évoque aussi assez le louis d’or, le florin, la pound, le dollar, le yen, je pourrai continuer un moment. Cet article est historique; le bitcoin n’a absolument rien à faire dans cet article.

  3. Gerald Muller dit :

    Intéressant, ces rappels historiques.Néanmoins, cela ne décrit nullement la « fiat money » d’aujourd’hui dont une définition pourrait être: la seule monnaie dans laquelle un citoyen peut s’acquitter de ses impôts et amendes. A partir de cette définition, on voit à quel point la monnaie et l’état qui reçoit ses impôts dans cette monnaie sont liés. Inexorablement.
    Il est clair également que l’état doit payer dans cette monnaie, donc dépenser pour que les citoyens puissent payer leurs impôts avec.

    • idlibertes dit :

      Cher gérald,

      Encore une fois, cet article n’a pas pour titre « Tout ce que la monnaie peut être » ou même « Définition de la monnaie ». La monnaie, sa vie , son oeuvre, ce sera pour les 30 prochaines années.

      Bien à vous,

      Idl

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