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Quand en octobre 1917 les bolcheviks se sont emparés du pouvoir, la plupart des observateurs européens n’imaginaient pas les causes nombreuses que ce nouveau régime allait provoquer. La révolution d’octobre était dans la continuité de celle de février, qui avait renversé un tsar affaibli que personne ne semblait vraiment regretter.

La lecture des chroniques diplomatiques de Jacques Bainville publiées au cours de cette année montre que cet historien, très au fait de la Russie, analyse l’événement d’octobre dans sa continuité. Ce n’est que plus tard que cet événement a été perçu comme une rupture, quand il est apparu aux yeux de tous que ce n’était pas seulement un nouveau régime qui avait pris le pouvoir, mais aussi une nouvelle idéologie.

Les conséquences géopolitiques de l’arrivée du communisme furent multiples. En Europe, il contribua à l’arrivée au pouvoir du nazisme et du fascisme. Ces idéologies s’inscrivent dans l’histoire particulière de l’Allemagne et de l’Italie, mais elles se sont aussi développées à cause de la peur du communisme propagée dans certaines couches de la population. Populations qui n’ont pas vu, d’ailleurs, que le fond de ces idéologies était le même, à savoir le socialisme. C’est cette « guerre civile européenne » qu’a analysée l’historien allemand Ernst Nolte, dans un ouvrage qui fit beaucoup de bruits dans le monde intellectuel allemand. L’irruption du bolchévisme a donc fracturé l’Europe dès les années 1920.

C’est une Europe coupée en deux qui a surgi de la Seconde Guerre mondiale, la partie ouest se rattachant irrémédiablement aux États-Unis pour éviter d’être mangé par Moscou. Là aussi, la peur de l’invasion communiste, réelle quoiqu’amplifiée, a eu des répercussions géopolitiques : la construction européenne d’une part, l’inféodation aux États-Unis d’autre part. De l’autre côté du mur, c’est la peur agitée de l’invasion américaine qui a servi de justification à Moscou pour contrôler les territoires occupés. Le communisme provoqua une rupture artificielle et nouvelle entre Europe de l’Est et Europe de l’Ouest, qui demeure encore aujourd’hui dans les esprits. C’est aussi une des conséquences de la fin de l’empire autrichien, qui a laissé l’Europe centrale avec un ventre mou.

 

La terre du milieu de Mackinder

 

La Guerre froide a donné lieu à une intense pensée géopolitique dans le monde anglo-saxon, alors même qu’il fut interdit de l’employer à l’université française parce que le concept fut assimilé au nazisme. Pour les Américains, la Guerre froide semblait en effet valider les thèses d’Halford Mackinder (1861-1947). Cet amiral anglais et professeur de géographie à Oxford c’était fait connaître par un article dans le Geographical journal de 1904. Il y développait le concept géopolitique de centre géographique. Pour lui, c’est autour du pivot (le heartland) que s’articulent toutes les dynamiques géopolitiques de la planète. Ce pivot c’est l’Eurasie, qui est tenue par la Russie, et que l’Angleterre n’arrive pas à atteindre.

Pour ceinturer le heartland, il faut tenir les coastlands, c’est-à-dire contrôler les territoires autour de la Russie. En 1904, l’Angleterre était ennemie de l’empire russe, l’empêchant notamment de contrôler les détroits et d’arriver à la Méditerranée. Londres encerclait Saint-Pétersbourg en contrôlant les Indes, en étant présent en Chine et en luttant en Afghanistan. Mackinder, en bon marin, ne cessait de rappeler le rôle essentiel de la marine pour la domination mondiale. Il s’agissait aussi d’empêcher l’alliance de l’Allemagne et de la Russie, qui permettrait le contrôle des terres intérieures, la constitution d’une zone inattaquable de défense et la mise en commun d’immenses ressources. Couper à tout prix l’Allemagne de la Russie passait par un traité d’alliance conclu avec les tsars (la triple entente) pour contrebalancer la Triple alliance. Mackinder s’inquiéta lorsqu’en 1939 Hitler et Staline s’allièrent par un traité dont les clauses secrètes allaient beaucoup plus loin que la simple non-agression. De même lorsqu’en 1945, Moscou mis la main sur une grande partie de l’ancien empire allemand : Pologne et Allemagne de l’Est. Mais l’histoire nous montre que les alliances terrestres ont toujours échoué jusqu’à présent. Napoléon, Hitler, Staline : tous ont tenté cette alliance et tous l’ont brisée.

 

Le containment de Kennan

 

L’Américain Georges Kennan, diplomate et journaliste, reprit la thèse de Mackinder pour l’actualiser face à la guerre froide naissante. C’est à lui que l’on doit la définition du containment, qui servit de doctrine à quasiment tous les présidents américains jusqu’à Ronald Reagan. En juin 1947, sous le pseudonyme de X, il écrivit un article, The Sources of Soviet Conduct (Les sources de la conduite soviétique). Il y explique la politique étrangère de Staline comme une combinaison de l’idéologie marxiste-léniniste, qui prône la défaite des forces capitalistes à travers le monde, et sa propre détermination à utiliser la notion d’« encerclement capitaliste » comme feuille de vigne pour légitimer son embrigadement de la société soviétique et consolider son pouvoir. Il est donc nécessaire, selon Kennan, que les États-Unis répliquent par une politique d’endiguement destinée à contenir l’expansionnisme soviétique. C’est le fameux principe du containment. Cet endiguement doit se faire en tenant les côtes pour éviter que la centralité soviétique ne se diffuser vers l’Europe et l’Asie.

Il faut donc mettre en place des contre-forces au pouvoir soviétique. Beaucoup pensent que les contre-forces sont militaires, ce qui n’est pas l’esprit de Kennan. Pour lui, elles sont politiques. L’URSS ne cherche pas à prendre les pays par la force, mais par l’intrusion des partis politiques, notamment en Europe. Il faut donc résister sur ce point, et les États-Unis doivent développer les résistances politiques aux Soviétiques. C’était très bien vu de la part de Kennan qui a compris que la Guerre froide était une guerre subversive et intellectuelle et qu’elle se gagnerait donc sur ce terrain-là.

 

Quand le communisme s’étend là où on ne l’attend pas

 

Karl Marx ne pensait pas possible que la Russie se livre au communisme. Lénine et Staline limitaient leurs regards vers l’Europe ; c’est finalement en Asie que le communisme se diffusa. La Mongolie, dès 1917, la Chine, puis la Corée et l’Indochine. Il y laissa son lot de morts, que les manuels scolaires français d’aujourd’hui se gardent bien d’évoquer. En Afrique, il accompagna les indépendances pour soutenir des dictatures socialistes, ce qui acheva de ruiner des pays déjà fragiles. En Amérique latine il provoqua la réaction américaine et le soutien à des dictatures militaires qui ne furent guère préférables. En 1980, le monde non communiste est beaucoup moins étendu que les pays qui s’y rattachent. Les observateurs pouvaient donc légitimement parier sur sa victoire.

 

Logiques nationales contre logiques idéologiques

 

Le communisme a recouvert du manteau de l’idéologie l’ensemble des conflits qui se sont tenus durant la Guerre froide. Le monde était finalement plus simple à penser. Pourtant, des failles dans l’unanimité ont commencé à se faire jour. C’est Tito qui refuse la mainmise de Moscou et qui se fait excommunier par le Politburo. Se faire traiter de titiste dans les années 1970 n’était pas un titre gratifiant. En Asie, on voit la Chine et l’URSS rompre leurs relations et se faire la guerre sur le fleuve Amour. Dans la péninsule indochinoise, l’URSS soutient le Vietnam et la Chine le Cambodge. La logique nationale reprend le dessus sur la logique idéologique. En Afrique, on analysa souvent les conflits comme l’affrontement entre les rouges et les bleus, alors que l’ethnicité et les failles historiques les expliquaient plus surement. Au Moyen-Orient, on découvre désormais que l’islamisme couvait sous la cendre.

 

En Europe de l’Est, ce sont les peuples et les nations qui se sont levés contre le communisme et qui ont permis de le faire tomber. Des hommes de force et de culture comme Vaclav Havel, Jean-Paul II, le père Popieluszko, Soljenitsyne. Ces hommes avaient compris le projet destructeur du marxisme qui visait d’abord à s’en prendre à l’homme, dans sa culture et son être, pour en faire un pion au service du régime. L’un des livres les plus émouvants qu’il m’a été donné de lire ces dernières années est Le bal après la tempête. Un livre très peu connu écrit par un Espagnol et traduit en français. José Miguel Cejas a interrogé des dizaines de dissidents soviétiques des pays baltes et il raconte leur histoire dans ce livre. On y découvre que les tortures et les arrestations ont duré jusqu’en 1991, et donc que le communisme conciliant n’a jamais existé. Ce livre est le témoignage de mères de famille, d’ouvriers, de musiciens, de prêtres qui ont lutté de façon anonyme contre l’idéologie. En plus d’un système concentrationnaire massif, le communisme a réalisé la servitude volontaire et quotidienne qu’Étienne de la Boétie décrivait déjà au XVIe siècle.

C’est le réveil des peuples qui a abattu le communisme en Europe, mais celui-ci survit encore en Amérique latine et en Asie.

 

La faillite intellectuelle de la France

 

Dans L’étrange défaite, Marc Bloch essayait de comprendre les causes de la défaite surprenante de la France en 1940. Pour les historiens du début des années 2000, c’est un autre sujet qui s’annonce ardu : comprendre pourquoi des hommes, qualifiés d’intellectuels, ont pu défendre avec autant de passion et de force le communisme. Aujourd’hui encore, cette idéologie est globalement considérée comme bonne. On impute ses erreurs à Staline, le stalinisme, ce qui fut un très beau coup politique de Khrouchtchev : imputer les crimes du communisme à Staline pour laver le communisme de ses crimes. Cette erreur est toujours présente dans les manuels scolaires qui parlent du stalinisme et rarement du communisme et qui évoquent la fin du système totalitaire en 1953 (mort de Staline), omettant que celui-ci se prolonge jusqu’en 1991. Un tel aveuglement est non seulement un objet d’histoire, mais aussi un sujet d’inquiétude pour le présent. Il se poursuit quant à l’incapacité à penser et à comprendre l’islamisme et des mouvements culturels qui touchent certaines parties du monde. C’est le refus du réel, l’enfermement dans l’idéologie, qui fait que l’on peut encore parler de commémoration pour évoquer un événement qui a déclenché la mort de dizaines de millions de personnes.

 

 

 

 

 

 

Auteur: Jean-Baptiste Noé

Jean-Baptiste Noé est historien et géopolitologue. Il est professeur d'histoire et d'économie dans un lycée parisien. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages : Géopolitique du Vatican. La puissance de l'influence (Puf, 2015), Le défi migratoire. L'Europe ébranlée (Bernard Giovanangeli, 2016) et, récemment, un ouvrage consacré à la liberté scolaire : Rebâtir l'école. Plaidoyer pour la liberté scolaire (Bernard Giovanangeli, 2017).

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53 Commentaires

  1. @Lycande
    Cher Monsieur,
    Avec l’accord d’IDL, je vais continuer ici notre relatif hors-sujet 😉
    Décidément, ce support n’est pas le plus approprié pour mettre des nuances, moi en tout cas j’y arrive très mal (ou alors pas du tout). « Simples », c’était pour apprécier des réponses à des questions précises et ponctuelles.

    La valeur de l’individu a été, je crois, pour la première fois mise en valeur par Socrate. Vous avez raison de remarquer que l’individualisme est plutôt l’exception que la règle, et que nous nous fourvoyons à cet égard de par notre appartenance à une culture pour laquelle l’individu est essentiel. Mais il s’agit tout de même de LA culture qui a amené les bases de la civilisation contemporaine, qu’elle a imposé (par la force ou pas) à l’ensemble des peuples et il faut bien avouer que sans ce foutu individualisme rien de tout cela n’aurait été possible (les Chinois avaient inventé la poudre et l’imprimerie bien avant, mais sans impact social, par exemple). Ensuite, il y a là un ensemble de facteurs qui ont contribué à ce dénouement. La civilisation grecque, aussi rayonnante qu’elle a pu l’être, et même avec l’appui militaire et organisationnel romain, n’était pas la norme sur l’ensemble de l’espace européen avant la christianisation. Voilà pourquoi je préfère une expression de type « civilisations européennes » – plus ambigu, mais moins ciblé que « judéo-chrétienne », terme qui occulte les apports fondamentaux grec et romain.

    Je suis d’accord avec vous sur le caractère très impropre des classifications des mouvements politiques. Toutefois, il faut bien avoir un langage commun pour se comprendre et, pour l’instant, cette classification linéaire est la seule généralement acceptée et reconnue. De manière très simpliste, pour moi l’extrême droite correspond à un retour à la pureté des origines (raison pour laquelle je trouve le terme « islamo-fascisme » très approprié pour ces fous d’Allah qui nous entourent), tandis que l’extrême gauche est la fuite en avant vers un progressisme absolu (et absolutiste, d’ailleurs). Je note également que les extrêmes se rejoignent et que, pour les exemples les plus connus, les partis d’extrême droite européens sont nés de mouvements de gauche (extrême, mais pas forcément).
    Je comprends votre argumentaire avec les Juifs vus comme ennemi de classe, on peut voir là les réflexes intellectuels d’un extrémiste de gauche. Toutefois, la recherche de la pureté originelle amène Hitler sur d’autres chemins qu’un Marx ou Lénine.
    De toute manière, mon propos d’origine était de dire « blanc bonnet et bonnet blanc » et je maintiens.

    Je vous donne raison globalement sur les rastignacs sans idéologie. D’ailleurs, on dit toujours que les qualités requises pour obtenir le pouvoir ne sont pas du tout les mêmes que celles nécessaires pour gérer le pouvoir.
    J’arrive là au sujet le plus délicat de notre échange, la « foi » des meneurs des mouvements totalitaires (gauche ou droite, c’est indifférent). Je ne conteste pas l’existence de cette « foi ». Mais l’exemple du frère de Lénine est justement très bon, car cela a servi de leçon à Lénine, qui n’a pas voulu prendre des risques inconsidérés. Il ne s’est donc pas placé dans une posture de Jésus, contrairement à d’autres révolutionnaires russes idéalistes de l’époque, qui ont été écartés par ce même Lénine (idéaliste aussi, mais pas trop).

    D’ailleurs, le parallèle avec Jésus est particulièrement intéressant. Si on considère Jésus comme étalon de meneur qui a la foi, on observe que les constructeurs(*) d’idéologies totalitaires n’ont pas eu la même démarche que lui, de faire don de leur personne à la cause. Et pour cause, ils avaient, outre la « foi » dans leurs idéaux respectifs, la foi dans leur propre personne.
    (*)Cette formulation me fait penser au terme « constructiviste », qui fait finalement toute la différence: les idéologues totalitaires (fondateurs de religions, en fait) ont tous été constructivistes. Leur vision du monde était basée sur le besoin premier de construire un « homme nouveau », soit en revenant à des origines idéalisées, soit en allant vers un idéal futur tout aussi idéalisé. Tandis que Jésus ne l’était pas du tout, constructiviste. Enfin, j’écris « Jésus », mais je pense « christianisme ». Et voici pourquoi cette fichue religion est toujours là, à côté de nous, deux mille ans après, malgré la durée de vie moyenne de 70 ans des institutions humaines. Je rappellerais, dans ce contexte, Rome ou, plus près de nous, les USA.

    Vous semblez donner du crédit à Marx dans son analyse de la société de son époque. Peut-être. Mais il n’a pas été capable de comprendre la capacité de cette société à s’auto-réguler sans un apport extérieur d’ordre purement religieux. Si on peut reprocher quelque chose à Marx, c’est la mise sur la place publique de la haine en tant que moteur social, ainsi que l’avènement du constructivisme.
    J’ai d’ailleurs clairement l’impression que tous les politiques européens contemporains s’en réclament, de ce constructivisme. Ils sont les seuls à savoir et comprendre ce dont nos sociétés ont besoin, quelles sont les attitudes acceptables en société, etc, etc.
    Bien sûr, la plupart d’entre eux ne pensent qu’à leur pomme, mais je crois qu' »en même temps » ils sont intimement convaincus que leur approche constructiviste (et collectiviste/étatiste, pour le cas particulier de la France) est la seule possible. Question d’éducation? Réflexe de caste? Je me demande…
    En tout cas, tout ceci me fait penser à un autre auteur que j’apprécie particulièrement, Asimov. Sa « Fondation » était censée réduire le millénaire de chaos qui se profilait. Quelle « Fondation » serions-nous capables de mettre en place à notre époque où la barbarie revient, sur tous les plans?

    Bien à vous.

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    • La France n’est pas un cas particulier tous les pays de l’OCDE sont collectivistes-étatistes.
      Il suffit de regarder le niveau astronomique des dépenses publiques qui dans tous les pays de l’OCDE dépasse le tiers du PIB.
      La France est juste un cas extrême, mais dans tous les pays de l’OCDE vous avez au moins la moitié des des points clés du manifeste du parti communiste qui sont réalisés.
      Impôt progressif.
      Ecole obligatoire et payée par l’impôt.
      Centralisation du crédit.
      Entreprise d’état.
      Politique d’état agricole et industrielle.
      Centralisation du transport.

      Nous vivons dans un monde tellement communiste que l’on ne s’en rend même plus compte.

    • @bibi
      La France se trouve quand même en haut de l’affiche, « cas extrême » comme vous le dites très bien.
      Pour le cas particulier de l’impôt progressif, je vous invite à lire l’article suivant sur un site ami (j’espère): https://www.contrepoints.org/2017/11/28/304151-progressivite-de-limpot-lescroquerie-morale.
      Mais le principe s’applique pas mal aux autres exemples que vous donnez et l’explication se trouve plus dans les rastignacs qui ont occupé tout l’espace politique que dans une quelconque approche idéologique.
      N’empêche que, dans l’absolu et sans prendre en compte les raisons profondes des uns et des autres, le socialisme a gagné la bataille des idées dans le monde occidental. Toutefois, dégradation du niveau de vie aidant, de plus en plus de gens commencent à réaliser qu’il y a un loup. Et le temps arrivera où les raisons seront comprises. Il faut continuer à déployer le discours libéral, c’est comme l’eau sur la roche.

    • Merci.

      Le mieux est l’ennemi du bien. Ce support a l’avantage d’etre et d’exister. Il pourrait être mieux, mais il pourrait aussi ne pas exister. (Concernant «Le mieux est l’ennemi du bien», cela s’applique aux milléniums à faire advenir.)

      Vous soulevez un point intéressant sur les Grecs anciens. D’une part, leur philosophie (stoïque) n’était pas contre l’individualisme. Pour autant que je sache, elle ne prônait pas le holisme, le groupe au détriment de l’individu. Ni une sorte d’individualisme débridé. La moralité de leur cosmologie n’impliquait pas la relation au groupe (à ma connaissance). Leur philosophie disait que chacun avait un place dans le cosmos, un rôle, et qu’il devait le trouver et le retrouver. C’est l’objet de l’Odyssée d’Ulysse qui doit retrouver sa place au sein du cosmos en tant que roi d’Ithaque. C’est le «Connais-toi toi-même» écrit sur un rocher à Delphes près de la Pythie: connais ta place et ton rôle au sein du cosmos. Mais ce rôle n’est déterminé de façon terrestre, mais bien de façon céleste (le cosmos); je dois donc reconnaître une véritable proximité avec la théologie judéo-chrétienne. Usuellement, la Grèce antique est reconnue pour son apport dans l’esprit critique; mais je reconnais que celui-ci une conséquence de l’individualité civique. L’esprit critique vient du fait qu’un individu puisse penser et dire «Je ne suis pas d’accord.», ce qui est impensable dans une société induite par le sacré. Si pour des raisons de stabilité du groupe, etc., la critique aurait été interdite. Petite digression: il semblerait que cet individualisme provienne du fait qu’ils fussent un peuple des mers (compétition, concurrence entre eux, pour sélection les meilleurs éléments; cette compétition/concurrence impliquant de fait un culte de l’individu).
      Ensuite, du fait que la théologie grecque antique permettait l’individualisme et le holisme, les deux modèles ont pu exister: Athènes et Spartes. Spartes et la République de Platon sont des modèles de communisme, d’eugénisme, d’aristocratie, etc., qui font toujours pâlir d’envie un bon nombre de personnes (hélas). Et la démocratie athénienne est effectivement née parce que la société civile était individualiste.
      Et effectivement, Socrate me semble également un parfait représentant de cette éthique (il pense par lui-même et invite les autres à penser par eux-mêmes).
      Je vous rejoins donc sur ce point.

      Ensuite, d’une part, l’Occident me semble une unique civilisation (vosu dites «les civilisations européennes»). Malgré la haine de certains, la Russie fait partie de notre civilisation. Idem pour l’Allemagne, malgré les doutes que certains peuvent exprimer.
      Cependant, si les apports grecs et romains sont fondamentaux, ils ne me semblent pas essentiels. Déjà, on ne peut pas dire que la France ait beaucoup repris de l’esprit Romain (elle a repris le code justinien puis elle fait sa tambouille à qui mieux mieux avec). Car tout est contenu dans le christianisme. Je crois en l’idée de Girard: la crucifixion de Jésus fut l’impulsion de la quête systématique pour le savoir (une impulsion de vie ☺). Ainsi, si il n’y aurait pas eu les grecs, je crois nous aurions de toutes façons développé une science. Certes, cela aurait été plus long de repartir de zéro (ou presque). Si nous avons repris les écrits d’Aristote, c’est bien parce que il y avait une soif de savoir; et ceux-ci nous ont permis de nous hisser sur des épaules de géants. Idem pour le droit. Le système juridique romain était formidable, mais du fait de cette même quête systématique pour la justice temporelle cette fois-ci, nous aurions développé un autre système équivalent. J’en suis convaincu. Il suffit de voir que d’autres pays ont développé des systèmes de justice (en Chine par exemple), sans être aussi sophistiqué que le système Romain, il est certain. À nouveau, un droit est un avantage économique formidable, mais pas crucial (cf. France vs Angleterre). Et d’ailleurs, l’Angleterre a développé un droit endogène dont la pratique est très proche du droit romain (la «common law»). Si le rêve d’Alcuin de créer une Nouvelle Athènes s’est réalisé, celui de la Nouvelle Rome ne s’est clairement pas réalisé en France.
      Toutefois, petit écart, sans Rome, le christianisme aurait moins bien voyagé et aurait mis plus de temps à se transmettre. St Pierre serait peut-être resté à Antioche et aurait créé l’Église catholique d’Antioche (ou de Persépolis? qui sait). De même, sans l’effondrement de Rome, je ne vois pas comment la doctrine thomiste aurait pu voir le jour. Car la doctrine thomiste est spécifique au catholicisme, à l’Église Romaine, toutes les autres étant augustiniennes. En effet, pour autant que je sache, le thomisme en tant que tel n’apparaît pas dans les Évangiles; mon avis est qu’il est une conséquence de l’effondrement de Rome, et ce qui donna l’impulsion à l’Église Romaine de la «réparer», de reconstruire cette civilisation. Or l’augustinisme est insuffisant pour reconstruire une civilisation; ou, quelque part, le thomiste est la charité chrétienne appliquée au niveau d’une civilisation. En cela, j’ai même envie de dire que nous sommes la «civilisation catholique», et même la «civilisation thomiste».
      Et il me semble effectivement que nous avons encore des progrès à faire au plan organisationnel intérieur, à prendre exemple sur Rome et la common law. D’ailleurs, si l’IDL existe, c’est bien parce que la France a une tradition étatique et non libérale.

      Concernant le langage commun pour se comprendre, c’est bien tout le problème. Combien de fois les gens parlent-ils de notion ou de concept sans les définir? Parce que, bien souvent, eux-même en sont incapables. Et quand on leur demande, on a le droit à des «il ne connait même pas X, il le fait exprès», etc. Exemple: la première fois qu’une féministe m’a parlé de la théorie du genre sans introduction – mais quel charabia! – on ne se comprenait pas du tout parce que des mots avec un autre sens que sens commun, ce qui me rendait pour le moins perplexe. D’autant plus qu’il y a une volonté expresse de faire changer le sens des mots. De façon générale, le langage commun n’est, hélas, pas si commun, surtout dans le monde des idées.

      Concernant le terme « islamo-fascisme », il me semble que c’est un pléonasme dans le cas du sunnisme. Toutefois, je conviens que la redondance a du bon. Toutefois, je ne vois pas où la pureté des origines intervient dans ce cas précis. Puisque le but n’a pas encore été atteint: soumettre le monde. Si il s’agit du fait d’être orthodoxe, alors il y a aussi les marxistes orthodoxes.
      Ne m’en veuillez pas, mais votre définition de la droite et de la gauche me parle peu. Pour ma part, je dirais que, à gauche, on trouve des mouvements où le social est la fin (Marx, Proudhon, Keynes, le jacobinisme, Maurras, etc.); et, à droite, on trouve le reste: les économistes, les nationalistes, les traditionalistes-conservateurs, les royalistes, les bonapartistes, etc. Et il y a les inclassables, parce que détenant la vérité: les cathos. ☺

      Concernant les juifs en URSS, juste avant sa mort, après s’être attaqué aux médecins, Lénine (à moins que ce ne fusse Staline?) avait prévu de s’attaquer aux juifs. Donc, sur ce chemin, Lénine ou Hitler, c’est pareil.
      En cela, je vous rejoins. Dans la mise-en-pratique, il y a peu de différences. Mon point initial disait que leurs différences résidaient dans leur théologie, et en particulier la description du millénium à faire advenir. Plus que ça: tous les totalitarismes se ressemblent. Je suis entièrement d’accord avec vous. La seule différence est dans le but théologique à atteindre.

      Concernant votre maxime concernant l’obtention et la gestion, je ne la connaissais pas. Mais c’est généralement la différence faite entre le président-fondateur et le directeur-général.

      Concernant le frère de Lénine, notons qu’il ne s’est pas placé en position de martyr. Il a raté un attentat contre le tsar Alexandre III, il s’est fait attraper, puis fusiller. Il est évident que cela a mis du plomb dans la tête de tous les révolutionnaires en herbe, en particulier de Lénine. Mais Lénine s’est aussi fait attraper après la révolution ratée de 1905 à St Petersbourg. Sauf que Nicolas II était trop chrétien (comme Louis XVI, comme Louis-Philippe Ier). Lénine fut exilé en Sibérie, d’où il sortit libre, alla rejoindre la Suisse puis l’Allemagne (pendant que son compère Trotsky le sanglant vivait une vie de milliardaire à New York… Ah hem.).

      Concernant le parallèle avec Jésus, je suis en désaccord avec vous. Marx lui-même a dit qu’il avait donné toute sa vie à son œuvre. À nouveau, le grand frère de Lénine en est mort. En mourir ou mettre sa vie à risque est la même chose. Parce que, quand on met sa vie en jeu, on ne connait pas l’issue a priori. On est donc prêt à accepter l’issue fatale dans le but que la fin se réalise. Si leur personne était plus importante que la fin (comme un rastignac de base), ils ne seraient jamais mis à risque, à découvert.

      Concernant l’homme nouveau. L’homme nouveau est une théorie uniquement rousseau-jacobiniste. Elle n’existe pas dans le nazisme (la Sainte Grande Nation Allemande existait déjà). Elle n’existe pas dans le mussolinisme (la nation italienne existait déjà). Elle n’existe pas dans le communiste (le communiste veut créer une classe sociale unique; cela dit, ce rêve méconnait la nature humaine et la nature des sociétés humaines; mais il écrit nulle part qu’il faille changer l’homme). Je suis donc en désaccord avec vous sur ce point.

      Concernant le constructivisme. Le constructivisme effectivement atteint toutes les théologies dont le millénium est terrestre. Parce que il faut bien le réaliser ce millénium! ☺
      Et le constructivisme est aussi mal typiquement français. Le peuple d’ingénieurs que sont les français a engendré un mouvement qui s’appelle le st-simonisme. C’est pas compliqué: le temporel peut être parfaitement planifié (l’économie) et le spatial peut être organisé (la société). En cela, le constructivisme exista avant Marx (St Simon et sa théorie date du début du XIXe siècle). Mais, même avant Marx, les pères pélerins du Mayflower en débarquant à Portmouth, NH, en 1620 ont créé un communisme; et Thanks-Giving fête la fin du régime communisme après avoir, comme d’habitude, crever de faim (Qui a dit que l’histoire se repète?). D’ailleurs, le constructivisme provient du «rationalisme constructiviste» des révolutionnaires français (1789 donc), critiqué par Kant, Burke, et Hayek. Le constructivisme spatial ou temporel existèrent avant Marx et existeront après Marx. Et c’est une maladie très française, due à son histoire étatique. Je suis donc en désaccord avec vous sur ce point.

      Concernant Marx, oui, tout à fait, je donne énormément de crédit à son analyse social. Et aussi à sa tentative d’analyse économique. Et, effectivement, Marx a commis l’erreur de dire que la violence était un moyen acceptable afin de faire advenir son millénium. J’ai la faiblesse de croire qu’il ne se rendait pas compte des conséquences de son feu vert (il aurait dit à Engels qu’il n’était pas marxiste).
      Cela dit, il y a quand même une question intéressante: quand l’adversaire recourt à la violence contre nous, de quoi avons-nous le droit? Par exemple, en ce moment, les dénis de démocratie. Quand le peuple vote «non» et que les dirigeants décident que le peuple l’aura quand même? Quand on se fait agresser en permanence par ces nouvelles «richesses pour la France», on a le droit de faire quoi?
      C’est une authentique question de ma part, et non une question rhétorique.

      Pour finir avec votre parallèle d’Asimov… Voilà une bien longue question.
      Je reprends les idées d’Erick Hoffer:
      – Il faut d’abord définir exactement où aller, ce que nous voulons, ce que nous proposons. Un nouveau Rousseau ou Marx. Et non, l’ultra-néo-libéralisme ne séduit personne (hormis le capitalisme de connivence cosmopolite et transnational). Certainement pas en France. Il faut arriver avec une _vision_. Quand on veut vendre quelque chose, ce n’est pas avec des détails techniques qu’on vend quelque chose, mais avec une vision. Je crois qu’il faut définir et proposer un tout cohérent. Le droit et sa refonte sont des idées que je ne peux qu’approuver. Cependant, on ne va attirer que des micro-populations sur le sujet. Vous en parlez au boucher lambda, il trouvera ça très bien, mais globalement, il s’en fout. Il faut bien comprendre que nous sommes tous occupés à nous débattre avec nos propres vies. Et puis, essayez d’expliquer à votre boucher que une refonte du droit permettra d’édifier une Nouvelle Rome, il vous regardera avec des yeux de merlans-frits. Sans aller jusqu’au boucher, j’ai encore eu une discussion récemment avec un maurrassien ayant une éducation d’ingénieur; impossible de lui faire comprendre l’importance, la puissance, du droit; pour lui, Rome était la disciple militaire, une autre Sparte-Teutonie, point. Donc essayer de vendre (en France) «il faut instaurer un droit libéral» revient à aller se battre contre les moulins comme Don Quichotte. Ainsi, si la mission de l’IDL est la promotion de l’instauration d’un droit libéral en France (ce que j’approuve), je pense que nous avons besoin d’aller au-delà: définir une vision cohérente.
      – Une fois que nous avons une vision, alors nous pouvons commencer à aller prêcher. Et si cette vision est suffisamment vendeuse, alors apparaîtront un Robespierre (un pape) et un Danton (la mise-en-œuvre), ou un Lénine (qui cumule les deux). C’est le moment crucial. C’est le moment méta-politique. C’est là où les théories de Gramsci et de Quinet doivent être appliquées. Les arts, les médias, etc. C’est là où aussi il faut savoir s’organiser. S’inspirer effectivement de ce que décrit Lénine dans «Que faire?».
      – Enfin, l’entrée en politique.

      Tout cela dit, c’est à nous de rendre le monde meilleur. C’est sur nos épaules. Et, aussi petite que soit la contribution, l’important est l’epsilon soit _strictement_ positif. Comme le dit Soljénitsyne, parfois, quand un caillou tombe dans un torrent, son cour change.

      Et puis, il y a déjà quelque chose de formidable et plein d’espoir qui se fait aujourd’hui: l’école créée par Philippe Nemo.

      Bien à vous.

    • Cher ami,

      Je suis épaté par votre érudition (et vous n’êtes pas le seul, d’ailleurs…) Je sais que je ne sais rien, mais à ce point…😀 J’avoue que souvent je ne retiens que les grandes lignes d’un concept et le reste c’est faire usage de mon intuition et des associations d’idées pour aboutir à mes opinions.
      Bien sûr que je suis très content que ce site existe, d’abord parce que j’ai l’occasion de lire des choses très intéressantes et ensuite parce que je peux échanger avec des gens ayant des connaissances, des idées qui m’apportent. Mais je reviens à la charge, pour un échange ce mécanisme n’est pas parfait. Nous sommes partis d’une phrase et maintenant nous avons plusieurs points de détail, presque tous partis du sujet de départ, qui demandent éclaircissement ou prise de position. Ce qui fait que les textes deviennent longs, hétérogènes et assez difficiles à suivre.

      Je vois que vous avez une énorme estime pour le christianisme et pour Marx. Et je ne les mets pas dans le même sac 😉

      Déjà, concernant la Grèce, vous avez raison de mentionner le voyage d’Ulysse, qui est bien antérieur à Socrate. Et votre profondeur d’analyse, comment dire… chapeau! Ce que je me demande est pourquoi l’influence de la culture grecque, présente au Moyen-Orient depuis plus de trois siècles à l’époque du Christ, n’aurait eu aucune influence sur la structuration du christianisme? Lorsque les Evangiles ont été écrites en grec, cela me semble inévitable.
      Je ne dis pas que le symbole de culture de vie apporté par le Christ ne soit pas fondamental, mais il me semble que ce concept n’était pas totalement étranger aux Grecs et aux Romains (ici, bizarrement, j’ai une pensée pour Léonidas à Thermopyles, malgré la fin).
      Vous avez raison de considérer que l’Occident soit une seule culture, j’utilise le pluriel pour bien montrer les nombreuses facettes de cette culture « occidentale ». A ce sujet, je trouve qu’il y a une contradiction dans vos propos, ou alors il y a quelque chose que j’ai mal compris.
      Je suis d’accord que les Russes fassent partie de l’Occident (et pour les Allemands, de mon point de vue la question ne se pose même pas). Mais alors ça ne se marie pas très bien avec votre paragraphe suivant, où vous parlez de « civilisation catholique ». Je ne joue pas sur les mots, vu que les Russes (comme les autres peuples de l’Est) sont orthodoxes, mais je sais pertinemment que le concept de liberté individuelle n’a pas la même portée en territoire orthodoxe, car l’Eglise n’en a pas la même interprétation. D’ailleurs, nous avons pu, au cours de l’histoire, constater à de nombreuses reprises un caractère bien plus conservateur à l’Est qu’à l’Ouest.

      Au sujet des « origines » (pour l’extrême droite): dans le cas des islamistes, il s’agit de l’origine de l’espèce (de l’Homme), vue par le prisme de leur livre saint. Peut-être tordu comme argumentaire, mais dans ma compréhension ça va dans le même sens.
      Pour ce qui est de la distinction gauche-droite, c’est vrai que la gauche est généralement définie par le côté social. Et moi j’associe la droite à l’identité, au conservatisme. Dans ce système de valeurs, les libéraux ne sont pas foncièrement de droite (voir Bastiat, ou les libéraux allemands et leurs alliances à géométrie variable, ainsi que plein d’autres exemples). Dans mon intervention précédente à ce sujet, j’évoquais seulement les extrêmes, ce qui exagère forcément les traits.
      Obtention-gestion: le problème avec les politiques, c’est qu’un président-fondateur n’a pas vocation à devenir DG.

      Et on arrive à Marx. Si on peut tranquillement considérer qu’il était un « allumé », un fanatique, ma première remarque est qu’il a vécu de sa passion – que vouloir de plus de la vie? De plus, il n’a jamais mis en danger sa propre vie, à ma connaissance… Et il n’a pas vraiment essayé de voir son utopie réalisée de son vivant, il était un théoricien, pas un praticien.
      Le frère de Lénine aussi, on peut le considérer comme un fanatique, un jusqu’au-boutiste. Mais il n’a pas assumé la direction des opérations, je ne crois pas qu’il avait l’étoffe d’un dirigeant. (pour les médecins et les Juifs, c’était Staline)
      Ceux-là, ceux qui se croient investis d’une mission, font attention à leur petite personne, vu que sans elle la mission serait mise en péril (à leurs yeux).
      Marx n’a rien inventé, nous sommes d’accord. St Simon l’a précédé, entre autres. On peut croire qu’il ne s’est pas rendu compte de la gravité de ses prises de position, mais c’est également vrai pour la majeure partie de ceux qui, aujourd’hui, considèrent le communisme comme un avenir souhaitable, et je parle ici de gens bien intentionnés. Mais comme s’est lui qui a mis en place la doctrine qui a abouti à des centaines de millions de morts, il faut bien lui laisser l’honneur de la responsabilité principale pour ce désastre.
      Je dois ajouter que, ayant vécu la chose de l’intérieur, j’ai un parti-pris négatif sur tout ce qui touche au communisme. Et Marx ne peut pas faire exception.
      Pour finir sur le constructivisme, est-ce que je me suis mal exprimé (ça serait pas nouveau)? Ce n’est pas le constructivisme qui est communiste, c’est le communisme qui est constructiviste. Comme tous les totalitarismes, effectivement.

      Pour ce qui est du concept d' »homme nouveau », est-ce qu’il y a une question de terminologie? Lebensborn dans l’Allemagne nazie a été une réalité historique, et cela n’a pas concerné forcément des « Allemands » au sens premier, mais des « aryens » au sens large. Moi je ressens ça comme une tentative de purifier l’espèce, de construire un « homme nouveau ».
      Dans tous les régimes communistes, les centres de rééducation aussi sont une réalité historique et leur but était déclaré ouvertement.

      Asimov: moi je lance une petite phrase innocente et vous voyez derrière toute une construction (qui était bien là, mais que j’avais moi-même du mal à expliciter). Je suis tout à fait d’accord avec votre analyse, la première chose à faire est de proposer une vision. Tout le reste ne peut venir qu’après – et ce sont des affaires techniques plus qu’autre chose. Mais je préfère croire qu’il n’y est nul besoin d’hommes providentiels, à chaque fois qu’ils se sont pointés ça a fini en bain de sang…
      Votre question pas du tout rhétorique: c’est la bonne question. Question qu’on aurait même pas à se poser dans un Etat digne de ce nom. Car la question n’existerait pas, ces affaires seraient réglées naturellement par l’Etat, de par ses fonctions régaliennes. Seulement, l’Etat français se mêle de tout, sauf de ce qui le regarde… Alors ma réponse à votre question est que les citoyens doivent se ré-approprier l’Etat. Et ce, au plus vite. Comment? Je ne sais pas vraiment, il faut d’abord répondre à la question au-dessus (la vision).

      Désolé, je tente à chaque fois d’expliciter mes propos, pas forcément par esprit de contradiction, mais principalement parce que j’ai l’impression de ne pas avoir assez bien présenté mes opinions au départ. Et j’ai l’impression que ça s’arrange pas vraiment…

      Bien à vous.

    • Merci, c’est aimable. Je n’ai aucun mérite – je ne fais que répéter ce que je lis. Et tenter de comprendre mon monde et à l’améliorer en discutant, par exemple, avec vous.

      Globalement, je suis d’accord avec vous.

      Je comprends bien votre mode de raisonnement. J’essaye de faire de même puisque ma mémoire n’est malheureusement pas aussi performante que je le souhaiterais. En outre, je pense également qu’il s’agit du moyen de comprendre un concept – faire une décomposition en composantes principales (un «développement limité»): quel est l’inducteur d’ordre 0? Quel est celui d’ordre 1? Éventuellement, la composante d’ordre 2? Ainsi, une mémoire imparfaite est potentiellement une bénédiction puisque elle nous oblige à tenter de comprendre, d’analyser, de décomposer la notion au lieu de la mémoriser par cœur.

      Je rejoins votre description des imperfections du présent support.

      Concernant le thomisme, je vois votre point. Malheureusement, je ne connais pas suffisamment l’Église Orthodoxe pour être affirmatif. Mais il ne semble pas improbable que, une fois l’impulsion thomiste donnée, l’esprit thomiste se soit répandu dans les autres variantes du christianisme. Là, une étude sur l’influence de l’Église de Rome sur l’Église de Byzance et des éventuelles évolutions de l’orthodoxie serait bienvenue. Au pire, voyant les bienfaits à l’ouest, les populations orthodoxes ont simplement pu copier les pratiques des catholiques (par exemple, les universités: à quel moment sont-elles apparues en pays orthodoxes? Par qui? Y a-t-il eu des monastères de type bénédictin ou cistercien?)
      Pour le protestantisme, la scission eut lieu après que le thomisme devint la doctrine officielle.

      Comme vous, je ne mets pas le christianisme et Marx dans le même sac. Je ne les considère pas au même niveau, ni comparable.

      Concernant l’influence grecque les terres de Canaan, Judée, Samarie, et Galilée, il est certain qu’elle a eu lieu. Il faudrait retrouver les prénoms donnés aux enfants juifs de l’époque (des références me manquent). Ensuite, j’avoue mon ignorance, mais il serait intéressant de connaître la place des érudits non-religieux dans la société israëliennes de l’époque, et, si cette classe existait, quel était son impact sur le reste de la société. Pour autant que je sache, la société israëlienne était peu docile et obéissante face à l’ordre Romain, restait compacte et s’intégrait peu; et cette société était composée principalement de trois classes: les commerçants, les religieux, et le reste du peuple (éleveurs, pêcheur, agriculteurs, autre?). Ainsi, de mon point de vue peu érudit en la matière, cette société me paraît plutôt hermétique aux autres cultures (à la culture grecque en autre). Quoiqu’il en soit, il faudrait faire une étude systématique de l’Ancien Testament et y retrouver l’individualité. Néanmoins l’esprit critique (spirituel) était autorisé: c’était le rôle des prophètes (les «avortons juifs» selon Nietzsche). Cela dit, la Nouvelle Alliance a été explicitée par Jésus (les parures extérieures ne comptent pas, Dieu ne regarde que ton âme à toi — «Dieu ne sait compter que jusqu’à un»). Et cet esprit critique était d’ordre spirituel – si la science n’était pas incompatible, elle n’avait pas l’impulsion qui faisait qu’elle était recherchée, ou simplement valorisée. Enfin, dans les Évangiles, on ne retrouve rien de grec. La langue grecque a effectivement pu avoir un impact sur l’écriture des Évangiles, puisque le fond est porté par la forme; mais justement, l’avantage de Jésus était que ses paraboles étaient simples; donc, si impact il y a eu, il me paraît moindre du fait de l’absence de complexité du fonds.

      Concernant la culture de vie chez les Grecs, elle était clairement différente, puisque ils pratiquaient l’infanticide et la limitation de la population. Pour Léonidas aux Thermopyles, il me semble que c’était la défense de la civilisation grecque, un holisme qui s’appelle du nationalisme; il s’est battu pour la survie du groupe. Quant aux Romains, je ne vois pas en quoi. Leur seule et gigantesque innovation fut la forme de leur droit. Cependant, reste à définir proprement «culture de vie».

      Concernant Marx, certes, il n’était pas un homme d’action. Cependant, il faut comprendre les alternatives auxquelles il faisait face dans sa vie. Au lieu de passer sa vie à écrire le Kapital, il aurait pu rester confortablement éditeur en chef d’un journal allemand, voire devenir un nouvel Hegel pour le Kaiser. Il a eu des coûts d’opportunité. Or, malgré toutes les autres opportunités, il a choisi la voie incomfortable. Et, pour revenir au point initial, Marx n’était ni un homme d’action ni un homme d’État. Il n’aurait jamais pu être Lénine ou Staline ou Hitler. Il a été ce qu’il pouvait être: un écrivan, un homme de lettres, un prophète. Comme vous le dites, il était un théoricien et non un praticien. Néanmoins, entre Mammon et sa foi, il a choisi sa foi. Judas ne peut en dire autant.

      Entre Marx et les cocos actuels, il y a un monde. En particulier, il y a eu le XXe siècle. En 1850, qui aurait pu prédire le XXe siècle et ses horreurs? Qui aurait pu prédire ce que fut l’URSS dans les faits?

      Concernant les lebensborns, je vous concède votre point. Également pour les centres de rééducation. À la seule différence que Robespierre déclara à la Convention que le peuple le dégoûtait.

      Merci.

      Et Noël approche.
      Bonnes fêtes de fin d’année.

    • Sans la doctrine thomiste, il me paraît probable que notre civilisation eusse été une Nouvelle Grèce, avec les nations passant des cités grecques aux pays européens.

      La crucifixion étant une impulsion pour le savoir en tant que justice et moyen de réparer, de rendre le monde moins mauvais.
      Allant au-delà, la chute de Rome fut une impulsion pour le savoir en tant que moyen civilisateur, en tant que progrès, en tant que moyen de construire, en tant que reconstruire la civilisation, en tant que rendre le monde meilleur.
      Ainsi, sans cette 2e impulsion, la civilisation occidentale se serait sans doute arrêtée à ce qu’était l’Europe en 1700 (États-nations consolidés et sans révolution scientifique).

      Pourriez-vous expliciter votre point concernant l’individualisme au sein de l’orthodoxie?

      Aussi, concernant le bolchévisme, nous avons l’homme de lettre (Marx), l’homme fanatique d’action et d’État (Lénine). Il nous manque une dernière composante: le financement (composante que nous oublions souvent de regarder). Qui a financé ce coup d’État? Sans ce financement, le coup d’État d’octobre 1917 n’aurait pas eu lieu. De plus, il serait décédé en juillet 1918. D’abjects adorateurs de Mammon originaires de Wall Street financèrent les bolcheviks. Et ils subventionnèrent l’URSS pendant son existence. En ce qui me concerne, les mots me manquent pour exprimer le dédain, le dégoût, le mépris que j’éprouve à leur endroit.

      Enfin, je reviens à la question des «chances pour la France». Notamment, le fait de concilier espace de paix et charité, sujet qui me turlupine.
      Tout d’abord, nous ne pouvons pas accepter le multi-culturalisme. Celui-ce met en danger notre espace de paix. Mettre en danger ce dernier relève du suicide. Il ne s’agit clairement pas d’être mono-ethnique ou mono-racial, mais clairement mono-culturel: nous sommes un peuple, une nation, et nous avons besoin d’un espace de paix pour exister et pour que chaque français puisse accomplir sa mission spirituelle. Le multi-culturalisme a deux variantes: la mosaïque et l’uniformisation. La mosaïque est un danger puisque telle culture demandera son autonomie et son indépendance; elle n’est pas acceptable puisque il s’agit, dans les faits, d’une conquête. L’uniformisation signifie la fusion de toutes les cultures en une nouvelle culture tierce (au contraire de la mosaïque qui préserve chaque culture); elle n’est donc pas acceptable non plus puisqu’elle la culture française disparaït et se fond dans une nouvelle. Le multi-culturalisme met en danger notre espace de paix et n’est donc pas acceptable. L’homogénéité doit être culturelle, nationale, et non raciale ou ethnique.

      Néanmoins, il faut être ouvert à toute personne qui a l’esprit français, dont la «France coule dans ses veines». Or, aujourd’hui, l’état de la France est tel que aucune personne honorable et raisonnable ne souhaite y venir; et en plus, ceux qui y sont nés s’en vont. C’est-à-dire que l’état actuel de la France ne permet ni d’accueillir ni de préserver les français. En outre, en devenant laide, toutes les personnes qui ont l’esprit français sans le savoir, qui ont la France qui coule dans leurs veines sans le savoir, ne le découvrirons pas du fait de la laideur actuelle de la France. L’état actuel de la France, la laideur actuelle de la France, éloigne tous les français de celle-ci.

      De même, il faudrait que chaque français puisse aider un co-national si il le veut; malheureusement, ce n’est pas possible aujourd’hui. Il faudrait aussi que chaque français puisse venir en aide à tout individu à travers le monde.

      Concernant les réfugiés, le problème est que la cause des réfugiés est structurelle. Et on ne peut accueillir ceux-ci structurellement (cela revient à du multi-culturalisme). Il faut absolument trouver un autre moyen pour les aider.

      Je suis fort tracassé. Nous avons beaucoup de problèmes, peu de personnes bienveillantes qui cherchent à faire avancer des solutions, et même des adorateurs de Mammon sont indifférents envers nous, même qui pensent qu’ils peuvent se permettre de nous perdre, de nous passer en pertes et profits, et voire malveillants à notre égard. L’exapiration prend demeure en mon sein.

      Amicalement,

  2. c’est un plaisir de vous lire, un peu d’oxygène dans cette image planétaire des systèmes et de leurs histoires

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  3. Bonsoir M. Noé
    Pour une fois, je ne suis pas d’accord avec certaines de vos propositions. Tout d’abord, je pense désormais que le national socialisme ne devrait pas être considéré comme propre à l’Allemagne et le fascisme comme propre à l’Italie: du point de vue d’un Chinois, ou d’un Indien, cela concerne l’ Europe et le socialisme soviétique comme le national socialisme ou le fascisme ont été produits par des « penseurs » européens issus de la civilisation européenne. C’est désagréable à admettre, mais c’est ainsi. 1914-1945 a été une guerre civile européenne.
    Ensuite la similarité apparente entre le national socialisme et le communisme cache une différence de fond: la national socialisme est une régression vers les pulsions animales, que l’on peut suivre selon le processus décrit par R. Girard. Avec l’épisode « turba » qui se cherche un bouc émissaire intervenant lors de la république de Weimar. Le socialisme soviétique lui se rapportait plutôt à une sorte d’eschatologie matérialiste.
    Quand à l’étrange défaite de 1940,on peut y voir une répétition de ces batailles qui ont changé l’histoire du fait de la qualité des généraux – comme par exemple la bataille de Yarmuk… Plus sombrement, si l’on se rappelle les travaux de Guillaumin sur la Commune qui aboutissait à l’hypothèse que le gouvernement d’alors avait laissé faire les Allemands pour se débarrasser du problème communard, il est possible d’examiner la défaite de 40 sous le même angle ( je n’ai aucun élément pour appuyer cette thèse.)
    Lorsque Oliver Stone demanda à Vladimir Poutine son explication du pourquoi de l’effacement de la France, de l’Angleterre et de l’Allemagne comme puissances de premier plan, celui-ci aurait répondu: « C’est simple :la première et la seconde guerre mondiale! Ce n’est pas compliqué à comprendre! »
    Comme le dit Régis Debray, nous sommes désormais des gallo-ricains. Des vassaux.
    Ceci dit, votre rappel du « Grand Jeu » est bienvenu. On peut trouver le texte facilement sur internet.
    Sur le rapport- de force- entre les puissances continentales et les puissances maritimes, cela pourrait s’exprimer dans le très ancien rapport entre l’eau et la montagne: shan shui; et un chinois pourrait vous dire: on gère l’immuable avec le changement et le changement avec l’immuable.
    Cordialement
    Cordialement.

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  4. « L’opium des intellectuels « , de Raymond ARON , livre remarquable , datant je crois de 1954, n’a pas pris une ride (a été réédité récemment). Tout y est sur l’aveuglement de nos « élites » intellectuelles (universités , journalisme , arts)…des années 50 et 60 et plus.
    On nous disait (je suis né en 1946) qu’il valait mieux avoir tort avec Sartre (résistant à la terrasse du Café de Flore et promu de ce fait(?)justicier épurateur à la libération) , que raison avec ARON, rare personnalité lucide persévérant seul ou presque contre tous ces années là .

    La France c’était (c’est encore?) une sorte d’ URSS molle .

    Une fois de plus , de là…. NOE émerge brillamment .

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  5. Merci encore pour ces réflexions qui aident à un meilleur entendement de ce qui fut et qui nous attend. Le cas Lénine n’est pas un personnage inconnu dans l’histoire. Il rejoint les caractériels dangereux de la dimension des Robespierre, Hitler, Kadhafi et il fut comme les Allemands l’ont bien compris une arme éventuelle. La Russie me fait penser à la Mer Noire avant la remontée du niveau de la mer. Séparée longtemps de la Mer Méditerranée un jour le niveau monte avec la fonte des glaciers. De même et subitement après 1905, puis la grande guerre, le seuil de l’insupportable arrive et c’est le franchissement au point que c’est le sauve-qui-peut pour tous. L’eau arrive en cataracte et c’est un cataclysme. L’enzyme introduite par wagon plombé du train Zürich-Sassnitz fait tout exploser. Ainsi comme en France, un pouvoir mou indécis, amateur de bon mots, arrivé là par défaut car absolument pas fait pour le pouvoir, n’arrivant pas à nommer les causes, bafouilleur incapable de lire un papier, laisse un boulevard aux totalitaires qui peuvent massacrer. La Russie fut ainsi violée comme l’Allemagne avec les réparations (cf Keynes). Les viols sont différents mais c’est une brutalité qui arrive en pleine figure des peuples et les torture au point qu’il vont attraper le premier fou simpliste et obsessionnel venu présenter un bouc. La Russie était si protégée avec son stomate de Saint Petersburg, sa police, son administration qui décidait de tout, ses moujiks si héroïques et crédules car analphabètes que lorsque la modernité arriva avec ce chemin de fer des français (non-payé) traversant l’immensité en répandant des nouveautés incroyables, ils tombèrent dans la nasse. Depuis le siècle des lumières les Européens de l’ouest avait digéré la modernité en 150 ans. Elle arrivait en Russie en faisant exploser la grille de Saint Petersburg en une fraction d’espace-temps amenant des socio et psychopathes enragés. Le peuple russe fut violé et il n’y avait aucune gendarmerie à l’horizon! Effectivement c’est vers 60-70 ans que chacun comprend mieux car alors l’espace-temps offre un référentiel plus correct. En 1985 -87 l’URSS mourait pile à l’heure et la Russie sortait enfin du déni.

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  6. Effectivement dans quel pays sommes-nous? Il y a tant de professeurs d’Universités, d’agrégés, de hauts-fonctionnaires, de politiques et de ministres voire premiers ministres, d’émissions de télévision gauchiste faisant la procès continuels de l’horrible capitalisme sur des chaînes financées par l’impôt dont le syndicats majoritaire est rouge profond, d’artistes si bons personnellement mais avec des « comint-out » publics télévisés à la pol-pot, bref tout ces gens de talent préfèrent et c’est clair, le socialisme qui est une infirmité intellectuelle grave. A quoi servent ces concours à l’ambiance « Germinal » à la Zola pour donner à cette nation une élite non seulement imbécile en économie mais surtout comme vous le soulignez aussi ayant nié les premiers graves crimes contre l’humanité ? En effet le socialisme précède le nazisme et perpétra les plus graves crimes avec les premières purges abominables dès le début avec Lénine puis de Staline avec Holodomor bien avant l’horreur hitlérienne vis à vis des Juifs. Et le pouvoir en France confie les plus haut-postes à ces infirmes du raisonnement et de la probité intellectuelle pour éduquer la jeunesse tout en les décorant! Quelle Ersatz-Elite jusqu’en mai 201

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    • 2017 ? Excuses

  7. Bonjour

    Pourquoi cet aveuglement des élites du régime? A t-on oublié que la révolution soviétique a été qualifiée de fille de la révolution française ? Il est courant que les mères s’aveuglent sur les défauts de leurs filles.
    Quand à l’attrait du communisme, comme perspective eschatologique pour une grande partie de la population, il suffit de revoir Métropolis ou Les Temps modernes pour le comprendre.

    A propos, l’interview récente d’un des fondateurs de Facebook est assez édifiante. Il révèle qu’ils ont sciemment exploité une faille psychologique du cerveau humain pour réussir, sans vergogne. Et entre autres, il rappelle, à propos des recherches sur l’immortalité, dont il serait un des premiers bénéficiaires grâce à ses milliards, une remarque attribuée à Warren Buffet: donnez nous quelques centaines d’années supplémentaires à nous autres milliardaires et alors là vous verrez ce qu’est vraiment l’inégalité de répartition des richesses! Nous ne sommesplus très loin de Zardoz (de John Boorman) nanard assez croquignolle dans sa forme, mais qui me semble de plus en plus prophétique sur le fond.
    Par ailleurs, il faut se demander s’il existerait un socialisme ou même un communisme sans le christianisme auparavant: comment concilier la notion de fraternité et de charité avec l’impératif de tout piétiner pour avoir la meilleure part à l’auge ? (cf Léon Bloy.) Martin Luther ( je crois) avait trouvé l’astuce théologique permettant de concilier les deux. Ceux qui ont la chance de toucher des dividendes ou des bonus de Monsanto lui doivent beaucoup!
    Il subsiste une différence fondamentale entre le socialisme soviétique et le national socialisme: ce dernier manifeste la régression vers les pulsions animales suite à une destruction de culture; ceci fut fort bien imagé par Chaplin ( processus re-décrit plus tard par R. Girard ) dans les Temps modernes: Charlot, acculturé puis réduit à l’état de rouage dans une chaîne de production soumise à la rentabilité au profit des actionnaires retourne à l’animal. D’ailleurs le nazisme rejeta violemment le christianisme , ce qui fit qu’il sombra dans le crime contre l’humanité.
    le communisme aussi rejeta la religion en raison de la collusion de classe et par volonté « animale » d’universalisme totalitaire.
    Cordialement.

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    • « le communisme aussi rejeta la religion en raison de la collusion de classe et par volonté « animale » d’universalisme totalitaire. »
      La différence fondamentale entre communisme et nazisme reste donc à prouver…
      Déni de l’individu, retour aux pulsions « animales », horizon indépassable (et inatteignable, d’ailleurs), etc, etc. Les points communs sont innombrables.

    • La difference entre le communisme et le nazisme reside dans le millenium a atteindre:
      – nazisme: la sainte nation allemande
      – communisme: le peuple avec une classe unique

      Dans les moyens, les deux se sont autorisees a tout pour faire advenir le millenium (tres probablement du au fait que ces milleniums sont terrestres).

      En particulier le fait de devenir des Etats policiers afin de controler l’interieur, d’ou le totalitarisme.

      Elles ne sont pas les seules. On peut aussi y faire rentrer le mahometisme orthodoxe (la, le millenium est aussi terrestre contrairement à ce que on pourrait croire au premier abord).

    • Vous voulez dire qu’il y a une différence entre la ferme où les cochons sont chefs, avec les chiens comme bras armé, et une autre ferme où les chefs seraient, disons, des moutons, avec des aigles comme bras armé? Eh ben, quelle grosse différence ça fait pour les poules et les ânes…
      Je ne vous rejoins pas tout à fait sur le verbe « devenir », car à mon avis cela fait partie intégrante du projet d’origine, dans tous les cas de figure.
      Je lisais récemment un essai sur les parallèles (et différences) entre « politiquement correct » et religion, voire néo-marxisme. Très instructif. Toute idéologie qui prétend détenir la vérité absolue est destinée à devenir totalitaire. On y est.

    • Cher monsieur,

      J’adhere a votre analogie animaliere. Cependant, cela est effectivement vrai pour tous ceux dont le millenium est terrestre et qui s’autorise a tout pour le faire advenir. Comme vous le dites justement, le politiquement-correct est une arme comme une autre (entierement d’accord avec vous a ce sujet).

      En revanche, je n’ai pas saisi le sens de votre paragraphe sur le « devenir ».

      Enfin, nous pensons tous detenir la verite. Chacun d’entre nous pense detenir la verite, consciemment ou inconsciemment. Meme si untel dit penser ne pas detenir la verite, il est oblige d’avoir une verite pour vivre et pour faire ses choix; en disant cela, une telle personne dit simplement qu’elle n’est pas omnisciente et qu’elle est faillible (acceptation de son humanite donc).
      La difference provient de leur rapport a autrui et des moyens qu’ils s’autorisent face a autrui:
      – Certains sont intolerants, sans etre proselytes. C’est le cas du nazisme (le fait d’etre allemand est un critere difficile a satisfaire car terrestre; en cela, une telle societe est fermee; au contraire du fait d’etre francais, dont les criteres sont celestes; d’ou le fait que la definition de Renan peut paraitre la definition d’une religion).
      – Certains sont intolerants tout en etant proselytes. C’est le cas du communisme. Et du mahometisme orthodoxe.

      En particulier, qu’est-ce la tolerance? C’est le fait d’accepter que d’autres aient une verite differente (la faillibilite implique donc la tolerance). Les nazis etaient moins intolerants que les cocos ou les soldats d’Allah, car les nazis etaient intolerants a l’interieur, mais pas a l’exterieur. Les cocos et les soldats d’Allah sont intolrants a l’interieur et a l’exterieur.

      Cela dit, etre tolerant ne veut pas dire accepter l’etranger chez soi. On conoit que l’etranger, celui qui est mu par une verite differente, puisse exister. Mais on aimerait aussi pouvoir vivre en paix. Donc chacun chez soi. Au contraire du nazisme qui nie le droit a l’existence de l’etranger; le nazisme n’etait pas proslyte (du fait de son critere d’appartenance qui est d’essence terrestre), tolerait les autres a l’exterieur, mais les considerait d’une dignite inferieure, entre l’allemand et les animaux; en cela, le reste du monde etait une contrainte terrestre, naturelle, mais surlequel la sainte nation allemande avait tous les droits.

      Certes, nous sommes dans les nuances, et je reconnais que mon expression n’est pas forcment claire, mais ces nuances sont importantes, tres importantes. Nous pouvons detenir une verite, etre tolerants, et vouloir vivre en paix dans notre espace de paix – ce n’est pas incompatible, mutuellement exclusif. (A vrai dire, il me semble que accepter l’etranger chez soi est un suicide puisque cela detruit l’espace de paix.)

      Notons aussi que seul le christianisme fait la distinction entre l’Eglise et l’Etat, entre le spirituel et le temporel (entre la verite celeste et la verite terrestre). Pour tous les autres, les deux sont fusionnes (en particulier chez ceux sont le millenium est terrestre).

    • Notons aussi que seul le christianisme fait la distinction entre l’Eglise et l’Etat, entre le spirituel et le temporel, entre la verite celeste et la verite terrestre, entre la religion et la nation.

    • Très intéressant votre développement. Je reviendrai. Pour l’instant, une petite précision. Vous disiez:
      « En particulier le fait de devenir des Etats policiers afin de controler l’interieur, d’ou le totalitarisme. »
      Voici le sens de mon paragraphe avec « devenir » 😉
      Quant à l’analogie animalière, je suis juste un fan inconditionnel d’Orwell. Chacun ses défauts 🙂

    • Nous n’avions pas du tout deviné. #cochonnapoleon

    • @idl
      Je marquais simplement mon absence de mérite sur la question et j’en profitais pour un petit clin d’oeil pas du tout hors sujet.
      @Lycande
      Je ne serais pas aussi affirmatif que vous quant au non-prosélytisme des nazis. En fait, mon emploi de ce terme est plus une paresse qu’autre chose, j’ai toujours beaucoup de mal à les distinguer des fascistes italiens ou autres fascistes de l’époque (Hongrois, Roumains, etc). Je pense aux alliances nouées un peu partout en Europe (de Norvège en Espagne et en Roumanie, en passant par la Hongrie, la France et j’en passe). Et aussi au respect jamais caché pour les Anglais (parce que germaniques? je ne saurais pas le dire).
      Il est normal que l’extrême droite retourne vers les « racines » et adopte les approches racialistes du XIX-ème siècle, tandis que l’extrême gauche « progressiste » récupère le discours « moderne » de Marx (même s’il est né également au XIX-ème) qui prône la « lutte des classes ». Mais, en fait, quelle est la différence? Les deux nient l’individualité des gens et les renvoient à leurs origines, seulement les critères pour déterminer ces origines changent.
      Oui, je sais, la « gôche » a gagné la bataille des idées, elle a dû mieux comprendre les réflexions de Gramsci. Mais le fait de répéter ad nauseam un mensonge n’en a jamais fait une vérité.

    • Cher ami,

      Je suis effectivement en désaccord sur le fait que les nazis auraient été prosélytes. Cela va contre leur essence même. Moi, par exemple, sans être juif, je n’aurais pu être allemand selon leurs critères. Ils ne cherchaient à faire devenir le monde entier allemand. Non, les gens comme moi faisaient simplement partie de la faune, comme le chat, le chien, et le poisson. Seuls les allemands bons et purs auraient pu accéder au millénium.
      Ensuite, oui, ils ne sont pas pour autant idiots. Ils ne sont pas partis bille-en-tête «Nous VS The World», défaite certaine et assurée. Et oui, ils ont cherché des alliés. Ce n’est pas pour autant qu’ils considéraient ces alliés comme des égaux. Croyez-vous que Hitler appréciait Staline? Et réciproquement? Et pourtant, l’un comme l’autre ont établi le fameux pacte Molotov-Ribentropp. (Et alors que Staline avait lu «Mein Kampf», dans lequel, est-il besoin de le rappeler, Hitler décrivait précisément ses objectifs, en particulier de s’emparer du grenier à grain qu’était l’Ukraine puis d’annihiler les russes afin d’installer la sainte nation allemande dans l’anneau d’or. Donc Staline était parfaitement au courant des intentions ultimes d’Hitler lorsque le pacte fut conclu.)
      Faut-il aussi rappeler que Rudolf Hess (vice-Führer) s’auto-parachuta seul en Écosse en 1942 afin de conclure une trêve avec les anglais pour faire la guerre à Staline (sur l’idée que deux fronts n’étaient pas soutenables).
      Le plan d’Hitler était simple: 1. la grande Allemagne (sudètes, anschluss, etc.), 2. la Pologne, 3. la France, 4. l’Angleterre, 5. l’Ukraine (le blé) et la Roumanie (le pétrole), 6. Moscou.
      Les ennemis de mes ennemis sont mes amis.

      Pour revenir au prosélytisme, c’était en revanche le cas du communisme: ils voulaient intégrer le monde entier dans leur millénium, que chaque personne devienne communisme. À nouveau, à l’opposé, je ne serai jamais un bon et pur allemand – cela est impossible.

      En revanche, le «respect jamais caché pour les Anglais» m’est inconnu. Il me semble ne jamais avoir rien lu sur ce sujet. À quoi faites-vous référence?

      Aussi, vous avez l’air de dire que le totalitarisme est une fin en soi. Pas du tout d’accord. Je crois que le totalitarisme est un moyen afin de faire advenir le millénium. Le totalitarisme vient simplement du fait qu’il y a des ennemis à l’accomplissement de ce millénium (curieusement!), et ce même parmi les vrais bons purs allemands (Stauffenberg). Simplement, c’est une question de survie. Sans contrôle total de la société civile, il pourrait y avoir des voix dissidentes qui freineraient voire arrêteraient le millénium, ou même prônerait l’avènement d’un autre millénium (ici, je suis faible, car pour quelles raisons les porteurs du millénium (les vrais croyants) seraient forcément fanatiques et intolérants? Car, comme le montre l’Église catholique, un vrai croyant n’est pas forcément ni fanatique ni intolérant – mais il est vrai que son millénium est céleste.).

      Également, je ne comprends pas votre paragraphe «Il est normal que l’extrême droite retourne vers les « racines » et adopte les approches racialistes du XIX-ème siècle, tandis que l’extrême gauche « progressiste » récupère le discours « moderne » de Marx (même s’il est né également au XIX-ème) qui prône la « lutte des classes »».
      À quoi faites-vous référence?

      Ensuite, je suis d’accord sur le fait que l’approche des deux est holiste: ce qui compte est l’accomplissement du millénium, et si il faut sacrifier quelques bons et purs allemands (beaucoup?), alors ainsi soit-il.
      Autre chose: existe-t-il une autre religion hormis le judéo-christianisme qui prône l’individualisme?

      En revanche, je ne comprends pas votre idée sur «les deux (…) les renvoient à leurs origines»? À quoi faites-vous référence?

      Ensuite, il est tout à fait certain que la gauche a mis-en-œuvre Gramsci. Dans ce cas, il me semble que c’est à nous de partir en méta-politique. Si la gauche a appliqué Gramsci, c’est bien parce que ils sont intolérants et prosélytes. Ils sont de vrais croyants animés d’une flamme pour accomplir leur millénium, millénium qui doit advenir coûte que coûte, parce que c’est le Bien, et que eux le savent, même si, nous, nous ne le savons pas.
      A contrario, ceux qui ne sont pas gauchos, sont tolérants, dociles, et pacifiques. Louis XVI s’est laissé tuer. Louis-Philippe Ier s’est laissé abdiquer. Napoléon III a relâché son emprise politique au fur et à mesure ce qui entraîna la dépêche d’Ems. L’un des camps est pacifique et l’autre est prêt à recourir (et a recouru) à la violence. On se pose vraiment la question de l’issue? «Ah oui, la gauche est reine, je ne comprends pas.» Est-ce bien sérieux?
      Nous n’avons pas à appliquer le programme de Gramsci qui est de l’agression, de la violence et de la contrainte – au contraire, nous devons le rejeter car nous n’avons aucune ambition d’asservir l’autre. Juste à affirmer qui nous sommes. Et à créer notre propre élite qui nous représentera, avoir nos propres arts, presses, médias, et écoles (voire notre propre administration).

      Et si répéter un mensonge n’a jamais changer la vérité absolue, cela change effectivement la vérité inter-subjective. Comme on peut l’observer, les méthodes de Gramsci sont très efficaces.

    • «respect jamais caché pour les Anglais»

      wallis simpson est une espionne / amie de ribbentrop.
      lacroix riz le dit, regardez o\u ils se sont mariés.

      il ne faut pas confondre le « nazisme » de la guerre avec le nazisme d’avant guerre:
      Staline ne pouvait vivre sans faire la guerre à l’allemagne, parce que le communisme est un ponzi ,comme daech, (financé aussi par l’epargant français via les emprunts russes ainsi que toutes la classe poltiques+banques de l’époque)

      L’Allemagne pouvait économiquement vivre sans la guerre (cf sa balance commerciale)

    • Même si ce n’est pas l’endroit idéal pour ce genre d’échange, et qu’il y déjà quelque jours qui sont passées, je vais essayer de répondre. Je commence avec les choses simples.
      Le respect pour les Anglais? Regardez le traitement réservé aux prisonniers. Rappelez-vous le nombre de fois qu’un armistice avec l’Angleterre a été envisagé, et l’humiliation n’était pas au menu. La démarche de Hess, effectivement… etc.
      « Discours racialiste »: la supériorité de la race blanche a été puissamment théorisé au XIXe, avec à la clé des expositions qui montraient les peuples inférieurs, pour confirmation, si le doute aurait encore hanté certains esprits. Une vraie base scientifique avait été construite, les racistes en herbe genre Hitler avaient le terrain bien préparé, la population était très ouverte à ce genre de discours.
      « Les deux renvoient aux origines »: l’extrême droite renvoie l’individu à son origine ethnique (raciale), tandis que l’extrême gauche le renvoie à son origine de classe (sociale). Les deux nient l’individualité des gens, seules les masses comptent, et surtout les origines.
      Je crois que nous avons un désaccord de fond. Pour moi, l’idéologie est (pour les meneurs) un simple moyen (mais très puissant) pour argumenter la mise en place d’un système totalitaire. Car le pouvoir est, pour les humains, un moteur d’une force insoupçonnable… Le millénium est juste un rêve qu’on vend aux masses pour les convaincre de déléguer le pouvoir à qui de droit. Pour avoir vécu de l’intérieur ce « rêve », je peux vous dire que (sauf possible exception que je n’ai pas eu l’honneur de connaître) les dirigeants étaient des pragmatiques qui ne s’intéressaient qu’à leur bien propre et personnel.
      Chaque voix dissonante représente un danger pour la pérennité de leur pouvoir, c’est aussi simple que ça. « 1984 » offre, de ce point de vue, une explication exceptionnelle, d’autant plus qu’elle vient de la part de quelqu’un qui se considérait « de gauche ». Il n’est plus question de millénium, qui est devenu une question tout à fait subsidiaire.
      Quant au prosélytisme du communisme, il est « internationaliste », oui, mais pas prosélyte à l’intérieur. Le « bourgeois » est l’ennemi de classe qu’il faut écraser, détruire, pas le convertir. En écoutant le discours de gauche aujourd’hui, on observe aisément que rien n’a changé: le « riche » est le diable incarné (à partir de 4k€ pour Hollande, par exemple). Au contraire, tout Allemand était censé devenir nazi (un peu prosélyte, non?).

    • Au contraire, si l’IDL n’y voit pas d’inconvénient, je trouve que c’est un très bon endroit pour rencontrer des gens intéressants, discuter, échanger, s’enrichir et progresser. En espérant néanmoins que cela ne soit pas trop simple pour vous. 😉

      Je conviens effectivement de bien de vos points. Les nazis ne considéraient pas tous les peuples comme équivalents les uns aux autres. Les français (dans ma famille) furent bien traités. Nous savons que ce fut aussi le cas des anglais.

      Maintenant, je comprends votre paragraphe sur les «origines». Là où j’ai une différence avec vous est dans votre définition de l’extrême droite et de l’extrême gauche. Hitler était-il à l’extrême droite ou à l’extrême gauche? Pire que ça: sa désignation des juifs comme boucs-émissaires était d’origine sociale; il s’agit de l’antisémistisme classique de gauche, théorisé par Drumond en France; le juif était à la fois un ennemi de classe et un ennemi de race. Cela dit, il théorisa effectivement que la race allemande était le summun.

      Un problème ici est la réduction de la diversité politique à la linéarité. Pourquoi identifier toutes les extrêmes droites à des nazis? Pourquoi identifier toutes les extrêmes gauches à des soviets (ceci est une «généralisation» ou un «amalgame»)? Quelle est la définition de «extrême gauche» ou de «extrême droite»? La classification mono-dimensionnelle classique de la politique me paraît pauvre, simpliste, et inexacte.

      Aussi, je suis tout à fait d’accord avec vous que le nazisme et le communiste sont holistes. Plus que ça, à nouveau, je crois que seul le judéo-christianisme est individualiste. L’individualisme est l’exception, et non la règle. Cela nous paraît la règle du fait de notre culture chrétienne.

      Effectivement, nous avons un désaccord de fond sur le totalitarisme en tant que fin ou moyen. Je vous invite à lire l’ouvrage d’Erick Hoffer, «The True Believer»:

      https://www.amazon.fr/True-Believer-Thoughts-Nature-Movements/dp/0060505915/

      De mon point de vue, cela dépend de la maturation du mouvement. Le bolchevisme ou le nazisme ne seraient jamais nés si les meneurs n’étaient pas des authentiques croyants. C’est beaucoup trop risqué. Quand on est carriériste ou ambitieux (pléonasme), on est risque-averse; on ne risque pas sa vie pour devenir dictateur et asservir les foules. Ces gens-là saisissent les opportunités quand elles se présentent; ou, si ce n’est pas trop risqué, essayent éventuellement de favoriser leur propre cause (elles vont avec le flot; pour une analogie de marché, elles investissent dans l’indice, et essayent de surperformer l’indice). Au contraire, le grand frère de Lénine, Alexandre Ilitch Oulianov risqua sa vie et la perdit. Quand on met sa propre vie en jeu, c’est bien qu’on est un authentique croyant dans le millénium. Et c’est justement parce que ces gens ont la foi que icelle est communicative, qu’ils arrivent allumer le feu dans les foules, à les conduire, à les manipuler. Un carriériste-ambitieux est, a contrario, un adepte du politiquement correct, du discours fade; son but n’est non pas de marquer des points, mais de ne pas faire d’erreur. En cela, pour revenir au totalitarisme, icelui est mis en place par ces authentiques croyants quand ceux-ci s’emparent du pouvoir afin de s’assurer de le conserver et de faire advenir le millénium; à sa mise-en-place, le totalitarisme est clairement un moyen, la fin étant le millénium.
      Ensuite, une fois le mouvement au pouvoir, celui-ci a besoin d’une administration et d’administrateurs. Et si le nouveau régime politique est perçu comme stable, alors tous les carriéristes-ambitieux viennent frapper à la porte. Et alors ils peuplent cette nouvelle administration. Et eux, bien entendu, ne sont pas des croyants du millénium (ils sont des croyants en leur propre plénitude). Et ils sont très contents de trouver le totalitarisme à leur arrivée, qu’ils trouvent très pratique pour éliminer leurs adversaires et assurer leurs petites fins. Dans cette deuxième étape du mouvement, alors là oui, je vous suis complètement, le remplacement de la population des croyants par les carriéristes-ambitieux (les rastignacs) fait changer le totalitarisme d’un moyen vers une fin. C’était exactement la vision de Soljénitsyne envers Lénine et Staline: un croyant et un bandit.
      Notons que Hitler avait bien identifié ce risque en fermant les adhésions au parti nazi pendant trois ans.
      Notons aussi que, une fois tous les authentiques croyants éteints, le ciment du système politique devient le carriérisme et l’ambition, donc la corruption, la connivence, etc. Autrement dit, le ciment est très fragile. Les dirigeants essaieront de perpétuer le système autant que faire se peut (notamment avec la promotion de la croyance officielle auprès du peuple afin de l’amadouer, de le neutraliser), mais le seul moyen réel de le continuer est l’usage de la force, de la violence (gestapo, stasi, loubianka). La perpétuation du système dépendra de l’étendue de la détermination des dirigeants à rester en place. À cet effet, l’effondrement de l’URSS est fascinant: bien entendu cela ne s’est pas produit sans violence, mais celle-ci était minime au regard de l’événement historique dont il s’agissait; pour l’essentiel, les apparatchiks n’ont pas résisté (ils étaient sans doute occuper à se préparer une retraite au chaud quelque part).
      Par ailleurs, cela rejoint la théorie de Charles Gave qu’une institution humaine dure 70 ans. Les fondateurs sont habités par une vision. La 2e génération n’est pas habitée par la vision, mais la respecte, et l’institution s’est remplie de carriéristes-ambitieux-rastignacs. À la troisième génération, l’institution se dissout du fait que la deuxième génération a été incapable de transmettre la vision du fait qu’ils n’étaient pas habités par elle.

      En ce qui concerne l’ouvrage d’Orwell, il s’agit d’un livre dans la lignée de celui d’Huxley. Il décrit en partie le millénium d’une partie la classe dirigeante américaine: l’asservissement de la masse humaine comme outil. Et, de mon point de vue, la police de la pensée qu’il décrit est le département qualité de ces «outils»: il faut détecter les éléments non conformes et les éliminer.

      Enfin, je concède votre point sur le prosélytisme du communisme. Toutefois, je me permets de distinguer le stade de maturation du communisme en question. Si on en est au communisme dont les dirigeants sont des carriéristes-ambitieux-rastignacs, alors oui, tout à fait, ils utilisent n’importe quel ennemi (bouc-émissaire) afin de susciter un esprit de corps dans le troupeau, et de les détourner de la réalité. En l’espèce, la théorie officielle leur fournit ce bouc-émissaire. Et comme Soljénitsyne le décrit très bien, après tout son temps passé dans les goulags, il pensait que ces fameux ennemis n’existaient pas dans la réalité.
      Pour revenir à la théorie originelle de Marx, il me semble qu’elle est tout à fait pertinente. C’est exactement ce que vous décrivez. Des rastignacs pour qui le peuple n’est rien, un moyen au mieux. Marx dénonçait la même chose que vous. Et, effectivement, là où la théorie communiste pêche, c’est bien dans son ignorance des structures sociales et de la nature humaine. De facto, tout groupe humain se structure et se retrouve avec une élite et une classe dirigeante. Idem, concernant la nature humaine: de facto, des carriéristes-ambitieux-rastignacs naîtront toujours, jusqu’à la fin des temps. Et ces deux points-là n’ont effectivement pas été adressés par la théorie. Et je crois que Lénine s’en est rendu compte une fois au pouvoir (il fallait bien peupler sa nouvelle administration).
      Et d’ailleurs, c’est bien le point que rencontre Trump: le personnel de l’administration ne change pas.
      Et, au contraire, ce fut le point où les jacobins furent très forts: ils épurèrent l’administration!

      De même en ce qui concerne les «discours de gauche aujourd’hui». Ils sont prononcés par des carriéristes-ambitieux-rastignacs, dont le principal inducteur est l’envie. Ils sont de facto a-politiques et a-patrides. Fabius a lui-même dit que l’erreur de sa vie fut d’avoir choisi la gauche. Et Mitterrand est passé des croix-de-feu à la gauche. Au contraire, Chirac du trotskysme à la droite. Ils utilisent simplement des idéologies pré-existantes, surfent dessus, pour laisser leur ambition s’épanouir. D’ailleurs, ils sont tous bien incapables de soutenir un discours théorique. La force de Chirac fut décrite par De Villiers dans son livre: un bon vivant sympathique doté d’une énergie inépuisable.
      Hollande est l’archétype du rastignac. Une fois président, il a dit «j’ai réussi ma vie»; le carriériste qui est arrivé à l’apothéose de son ambition.
      Idem avec Sarkozy. Une fois arrivé au pouvoir, le feu s’est éteint. Certes, il s’ennivra littéralement de l’ivresse du pouvoir. Mais, aujourd’hui, il est mort à l’intérieur. Et ce monsieur avait lui-même exprimé son choix: «la France est à droite». Ce n’était donc certainement pas par conviction, mais bien par ambition.
      Dans toutes les formations actuelles, il n’y a aucun authentique croyant; ceux-ci sont épurés dès que possible.

      Quant au «prosélytisme» nazi, il était réservé aux allemands. Moi, je n’aurais jamais pu intégrer leur millénium. Et, à vrai dire, ils ne faisaient aucun prosélytisme stricto sensu: tous les allemands faisaient de facto parti du millénium, et on ne leur demandait pas leur avis. Il fallait juste épurer les éléments malades comme Stauffenberg.

      Merci.

      Bien à vous.

    • D’ailleurs, cher monsieur, j’ai cru comprendre que vous seriez d’origine roumaine.

      Quelle est votre opinion au sujet de cet article traitant de l’independance de la Transylvanie:

      http://www.zerohedge.com/news/2017-11-26/forget-about-catalonia-and-brexit-next-european-black-swan-could-be-transylvania

      Et d’ailleurs, on peut y contempler cette triste carte, qui aurait fait le bonheur de Richelieu, et confirmant les ecrits de Charles Gave au sujet du demantelement de l’Autriche-Hongrie, id est le 2nd diktat:

      http://www.zerohedge.com/sites/default/files/images/user3303/imageroot/2017/11/25/20171126_trans2_0.jpg

    • Avec le retard de rigueur (pas évident de voir des nouvelles publications sur les articles anciens), je vois vos dernières interventions. Pour ce qui est du sujet majeur de nos échanges, je sens que mes interventions manquent de nuance. Dans le sens que oui, effectivement, les meneurs des premières heures (Lénine, Hitler) ne manquent pas de « foi ». Mais je n’ai jamais cru en leur foi absolue et désintéressée dans leurs délires. Je reviendrai.
      Pour ce qui est de la Roumanie maintenant. Enfin, de la Transylvanie plus exactement. Le risque d’un démantèlement de la Roumanie à cause de la minorité hongroise me semble très proche de zéro. Même en 1918, comme on peut le voir dans l’article (dont la carte est construite de manière assez biaisée à mon avis), la majorité de la population était roumaine, et le rapport est aujourd’hui encore plus en défaveur des Hongrois. Qui plus est, les seules régions à majorité hongroise se trouvent à l’extrême est de la Transylvanie, très loin de toute frontière commune avec la Hongrie. Orbàn est à la recherche de voix, clairement (car les ethniques Hongrois des pays voisins peuvent facilement acquérir la nationalité hongroise, et nombre d’entre eux l’ont fait). Je suis désolé pour ZeroHedge, mais leur « analyse » dans ce cas précis est au ras des pâquerettes.
      Mais, il y a quand même un « mais ». La politique en Roumanie est troublée par de la corruption de très haut niveau (bon, je peux dire que ce n’est pas très différent en France, mais les méthodes et la visibilité de ces manières ne sont pas les mêmes). Et la Transylvanie est le berceau des votes « de droite » (à lire pour l’initiative privée, pour l’intégration – économique et culturelle – européenne, etc, pour un Etat de droit, en gros) qui se sont fait avoir de manière quasi-systématique depuis la chute du communisme. Cette région relativement riche (avec la capitale et quelques autres grandes villes avec une économie dynamique, comme Iassy ou Constanta) paie littéralement pour les départements les plus pauvres, qui ne bénéficient pas directement de ces aides, mais enrichissent des barons locaux et entretiennent un assistanat que la France pourrait envier.
      Si les décisions politiques au plus haut niveau deviennent de manière trop évidente orientées et contraires à l’intérêt général, la fracture interne qui existe actuellement dans la société roumaine entre actifs et assistés pourrait se traduire également sur la carte. J’y crois très moyennement, mais cela me semble bien plus probable qu’une sécession des régions peuplées par la minorité hongroise.
      Pour l’anecdote, le Président actuel de la Roumanie (élu au suffrage universel, mais avec moins de pouvoirs que le français) appartient à la minorité allemande, qui est présente en Transylvanie depuis un millénaire et qui représentait 3% de la population au siècle dernier. L’ouverture des frontières après la chute du communisme a vu la majeure partie de cette minorité partir en Allemagne, maintenant leur nombre est en dessous de cinquante mille, je crois. Ceci pour dire que les Roumains ne sont pas foncièrement racistes ou xénophobes, comme la propagande hongroise tente de le faire croire.

    • Avec un retard plus significatif encore,

      Merci beaucoup pour votre très intéressant regard intérieur sur le sujet. Celui-ci va dans le sens mes préjugés extérieurs.

      En ce qui concerne la Hongrie, n’ayant aucun lien avec celle-ci, je dois bien avouer que je n’avais même pas perçu sa propagande. La chose qui me plaît chez Orban est son discours identitaire, son bras de fer avec l’EURSS, et sa guerre ouverte contre Soros. Je suis ignorant du reste.

      À la défense de ZeroHedge, il serait au contraire suspicieux de mettre dans la cible à chaque coup. Et il est bien difficile d’être omniscient. C’est bien le point: apprendre, se renseigner, comprendre, essayer de progresser, etc. Ils ont republié un article qui leur avait paru être de valeur; le pire aurait peut être été de ne rien republier et de rester dans le néant.

    • @Lycande
      Cher Monsieur,
      Orbàn se déclare lui-même « illibéral ». Rien que pour ça et je suis sceptique à son égard. Je trouve qu’il est un populiste qui surfe sur la vague, et la vague anti-UE est particulièrement forte de nos jours. Tant mieux pour ceux qui mènent ce combat, mais c’est juste un concours de circonstances, à mon avis.
      Pour ce qui est de la propagande hongroise, elle est faite surtout auprès des instances internationales et des très puissants de ce monde. Comme exemple, très récemment la Hongrie a menacé de bloquer l’entrée de la Roumanie dans l’OCDE pour une sombre histoire de financement d’un lycée de langue hongroise en Transylvanie. Je ne connais pas les détails de l’affaire, mais je trouve l’argument disproportionné. Et les prises de position comme celle dans l’article que vous avez proposé sont légion, notamment au niveau UE. Avec des accusations de racisme contre les autorités roumaines pour appuyer les demandes d’autonomie renforcée. Quand ceux qui partent des territoires en question sont surtout les ethniques Roumains…

    • Rien que pour le fait d’être «populiste» (donc d’écouter le peuple), Orbàn mériterait une médaille. 🙂

      Et, effectivement, je ne fais pas vraiment partie des puissants de ce monde.

      Et merci pour votre point, très intéressant.

      Par ailleurs, j’ai aperçu un entrefilet comme quoi il y aurait des manifestations en Roumanie. Savez-vous de quoi il s’agit?

    • Désolé, encore un malentendu… « Populiste » pour moi ne veut pas dire qu’il écoute le peuple, mais seulement qu’il lui dit ce qu’il a envie d’entendre. Sans que cela soit forcément suivi d’actes.
      Quant à la Roumanie, c’est plus ou moins la même histoire qu’en début de l’année. Un parlement tout aussi légitime que Macron (élu ric-rac fin 2016, suite à une abstention record, avec moins de 20% des inscrits) a décidé de tuer toute justice indépendante. Justice qui, contrairement à la France, connaît la responsabilité individuelle (plusieurs magistrats ont été inculpés et condamnés récemment).
      La différence avec janvier-février étant que maintenant l’étau se resserre autour du président du parti majoritaire, déjà condamné pour fraude électorale (et donc inéligible à un poste exécutif en Roumanie) et poursuivi dans plusieurs dossiers, dont un avec des fonds européens qui a peu de chances d’être étouffé.
      Il y a, à la pelle, des modifications en urgence des règlements des Chambres pour empêcher l’opposition de s’opposer, des changements majeurs dans les lois d’organisation de la justice pour soumettre les juges au politique, des changements dans le Code Pénal pour libérer plus facilement les infracteurs (quelques milliers ont été de fait amnistiés ces derniers mois, pour le grand bonheur de la population), j’en passe et des meilleures.
      Il y a une certaine lassitude qui s’installe dans la population, mais leurs manoeuvres sont tellement cousues de fil blanc que ça dépasse la lassitude…
      Il y a qui comparent cette évolution avec celle de la Hongrie après la prise du pouvoir par Orbàn, mais je doute. Orbàn et les siens ont, outre la volonté de garder le pouvoir, une vision de la société (avec laquelle nous pouvons être d’accord ou pas) et ils agissent en conséquence, tandis que les Roumains ne s’intéressent qu’à leurs soucis personnels de court terme (à part le pouvoir et l’enrichissement personnel, bien sûr). Et cela se voit de plus en plus.

  8. Parler d’idéologie est une chose.
    Mais rechercher qui l’a semée, entretenue, instrumentalisée nourrie, dévoyée est certes bien plus dérageant, mais bien plus profitable.
    Surtout pour qui veut comprendre son succès. Et à fortiori, pour qui l’estime injustifié.

    – Entre un LÉNINE venant de SUISSE dans son train plombé traversant l’ALLEMAGNE.
    – un TROTSKI au passeport AMÉRICAIN* venant tous frais payés des USA,
    faudrait quand même relativiser l’importance du bien fondé de l’idéologie dans le déroulement du processus.

    Rappelons quand même que cette idéologie fut imposée par une incroyable sauvagerie au et envers le peuple… par TROTSKY!!!

    L’adhésion au communisme fut surtout contrainte, ou le fait de gens intéressés par une plus-value.
    Dans ce contexte, l’idéologie a-t-elle vraiment de l’importance?

    Et si en fait, cette idéologie n’était que l’indispensable pendant d’un capitalisme dévoyé?
    …Et véritable miroir aux alouettes pour intelligentsia.

    * Voir bio Wikipédia Trotski ref/note N° 13

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    • Il parait que l’histoire du train plombé est une légende…

      Voici une anecdote que je trouve la meilleure pour comprendre ce cirque puisque tout a commencé à la Révolution française (« la mère de tous les.. » avant cela Fenelon , encore avant Spartacus?).
      Une révolution qui porte bien son nom car une révolution ne permet que le retour à l’état initial et dont la commémoration par Mitterand a été pensée depuis le palais de l’Elysée entre deux Chardonne.
      Un hôtel que Napoléon voulait absolument.

      Je me souviens qu’à la cité de la villette avaient été réalisés pour l’occasion des tas de briques siglées 1789 bastille…
      J’avais vu le défilé -d’ailleurs dégueulasse- en Angleterre : ils étaient atterrés. LOL.
      Je me souviens aussi des chants à l’ecole primaire sur les aristocrates « ah ça ira on les pendra », alors que l’ENA tenait déjà le pays en 1989…

      De même Macron souhaite fêter mai 1968…

      Sur la terre du milieu de Mackinder, -mais aussi sur le retour à l’état initial!-, l’un des plus beau objet que j’ai jamais vu (en photo) est l’épée du GLE Eblé.
      L’épée a peut être servi à faire les pontons sur la Berezina. Il faut savoir qu’il y a là bas des dizaines d’armées enterrées les unes sur les autres.
      Pour un retour à l’état initial. Puisque toutes ont fait l’aller et le retour. Y compris donc des allemands sous Hitler alors qu’il savait cela.

      Cette épée m’a fait le même effet qu’une photo des Romanov (ou une relique de Marie Antoinette).

      Et c’est grâce à cette épée que j’ai compris que Merkel & Obama allait entamer leur chute face à Moscou début 2015. Comme hitler en son temps.
      Même Gerald Celente avait dit +-« les Russes vous attendrons jusqu’à bouffer des graines de tournesol »

      Aujourd’hui la Russie est débarrassée, nous sommes du mauvais côté du mur.

  9. Très bel article !

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  10. très bon article.

    Deux remarques :
    je confirme l’aveuglement des manuels scolaires et la mise en avant de Staline et non du communisme en tant que tel.
    Parmi les livres les plus émouvants (et dont la lecture devrait figurer dans les programmes scolaires), je ne saurai trop recommander « L’élimination » de Rithy Panh

    Dans un autre ordre d’idée, merci d’avoir mentionné les conséquences de la dislocation de l’Autriche-Hongrie (événement dans lequel la France a une lourde responsabilité). A quand un article pour examiner en détail ce bouleversement majeur ?

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    • Il me semble que, de manière générale, on analyse la situation de l’Autriche-Hongrie seulement par le prisme de l’Autriche qui, du Tyrol à la Galice, a eu une approche plutôt civilisée et apaisée de la question des minorités nationales. Et on oublie que, depuis 1867, il s’agissait d’une structure duale, dans laquelle le Parlement de Budapest avait le contrôle sur la moitié du territoire.
      Pour des raisons historiques et culturelles assez profondes, l’attitude des Hongrois a été bien différente, la plupart des minorités sous leur coupe étant assez clairement opprimées et bridées. Je donne pour seul exemple le choix fait par la minorité allemande de Transylvanie, en 1918, de soutenir le rattachement de la Transylvanie à la Roumanie plutôt que sont maintien à l’intérieur de la Hongrie.
      On peut débattre sur la manière dont les nouveaux pays ont été accueillis, sur l’inefficacité de la SN, sur l’aveuglement des Français ou des Anglais face à la menace Soviétique – où je donne encore l’exemple de la Roumanie, qui a tué dans l’oeuf la République Soviétique de Hongrie en 1919, pour se faire remonter les bretelles par la France et l’Angleterre, jusqu’à être exclue de la conférence de paix (sans oublier bien sûr la Pologne et son miracle de la Vistule)…
      Non, le démantèlement de l’Autriche-Hongrie était à mon avis inévitable, c’est la suite qui a été très mal gérée.

    • Pour l’Autriche-Hongrie, j’y travaille. Mais le sujet est si riche et complexe que je ne cesse de l’approfondir avant de pouvoir le publier.

    • Oui pour l’Autriche-Hongrie, vous pouvez nous parler de Béla Kohn.

    • Il semble que mon précédent commentaire soit passé à la trappe…
      Brièvement, je reprends: L’Autriche-Hongrie a été l’Autriche (avec l’actuelle Autriche, la Tchéquie, le Tyrol et la Galice), mais aussi la Hongrie, avec ses possessions « historiques » (la Slovaquie, la Transylvanie, la Croatie, la Voïvodine…) Et le traitement de la question « nationale » n’a été pas du tout comparable des deux côtés de la monarchie.
      Béla Kun? Belle histoire, celle d’un Etat communiste en plein coeur de l’Europe, tentative détruite dans l’oeuf par la Roumanie. Et grande preuve de l’aveuglement des pays occidentaux (déjà…), qui n’ont pas voulu laisser la Roumanie faire et qui le lui ont fait payer par la suite.

    •  » …l’aveuglement des manuels scolaires… »
      Euh … Guillaume_rc … « l’aveuglement » ?… ou la volonté délibéré de désinformer ?
      N’était-ce pas plutôt que le système scolaire et affidés, était partie prenante de cette idéologie ?

  11. L’idéologie communiste se poursuit en effet sous des formes diverses; l’une d’elles est cette paranoïa de l’égalité, si présente chez nous, qui est plutôt de « l’aigalitarite aigûe » et qui permet à des hommes comme Piketty d’avoir autant de succès.

    Répondre
    • Tout à fait d’accord. Ce communiste qui se permet de donner des leçons de morale à Macron à propos de sa politique fiscale !

  12. Je ne vois qu’ un seul avantage à la victoire du communisme en Russie….On sait que dans la réalité celà ne marche pas.

    Répondre
    • Mais visiblement tout le monde ne semble pas encore l’avoir compris.

    • Ceci étant il n’était nullement besoin de l’expérimenter pour le savoir. Nombre d’auteurs et d’économistes avaient relevé la fumisterie de la pensée marxiste.

    • Notamment :
      Paul Leroy-Beaulieu (1843-1916), gave warning in his important work, Collectivism (1885):
      « How can liberty exist in a society in which everyone would be an employee of the state brigaded in squadrons from which there would be no escape, dependent upon a system of official classification for promotion, and for all the amenities of life! . . . The employee (and all would be employees) would the slave, not of the state, which is merely an abstraction, but of the politicians who possessed themselves of power.

      A heavy yoke would be imposed upon all, and since no free printing presses would exist, it would be impossible to obtain publicity for criticism or for grievances without consent of the government. The press censure exercised in [Imperial] Russia would be liberty itself compared to that which would be the inevitable accompaniment of collectivism . . . A tyranny such as has never been hitherto experienced, would close all mouths and bend all necks. »

    • Lors des dernières élections présidentielles (mai 2017 et non pas octobre 1917!) un candidat qui prône le « bolivarisme » qui n’est autre chose que du communisme a obtenu près de 20% des suffrages en … France alors que cette idéologie a mis le Venezuela, pays potentiellement le plus riche au monde, en faillite!
      Il y en a qui enterrent le communisme un peu vite!

    • Le communisme c’est le socialisme en action. Son rôle historique est peut-être d’avoir détruit les vieilles sociétés traditionnelles d’Asie et de permettre ainsi le triomphe mondial du capitalisme.

      L’Union indienne en est un parfait exemple en creux. Le socialisme soft y a été incapable de réduire le système des castes qu’un pouvoir communiste aurait impitoyablement éradiqué. Les Indes qui devraient être parmi les premières
      puissances mondiales en a hérité un retard économique et politique d’au moins un demi siècle.

  13. Je ne compte pas les collègues qui tiennent encore le discours qu’au fond, c’est une belle idée… Au fond et sans l’exprimer, ils pensent toujours que la marche vers l’égalité demeure le sens de l’histoire.

    Précisons que parmi eux, beaucoup se pensent « de droite »…

    Vous me direz que c’est un moindre mal…

    Répondre
    • Vous êtes au « parlement européen »?

    • Une belle idée ?

      Dès le XIX° siècle, Clemenceau disait « Le socialisme c’est un rêve de caserne ».

    • Clemenceau:
      « Sa femme ayant une liaison avec son jeune secrétaire précepteur des enfants, il fait constater l’adultère et l’envoie brutalement quinze jours dans la prison Saint-Lazare pour adultère (alors qu’il a eu lui-même de nombreuses liaisons féminines, on lui en attribue environ 800) »

      =>Clemenceau = ?

      Le communisme c’est un peu comme Daech (ou les 35heures) des scenarios pourris ressortis politiquement d’une bibliothèque qui ont:
      en France fait oublier les scandales (Panama, emprunts Russes ponzi…), datant de Clemenceau
      en Allemagne fermé un second front.
      pour les US se servir sur l’europe et la Russie…

      En fait le communisme est juste un outil pour des puissances étrangères à la Russie. Et il est devenu ingérable comme Daech. Sauf pour le deep state qui en a bien profité.

      Sinon, j’évoque l’union européenne car mein kampf (si l’on remplace les « aryens » par les « aristocrates » de Nietzsche) est un livre à 90% en réaction au marxisme.
      Et, hormis pour ses industriels à court terme évidemment, la politique de Merkel est la négation puérile de Mein kampf.
      Si A n’a pas fonctionné alors je fais non A.

      Merkel & l’union européenne sont communistes.

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