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La réflexion autour du concept de Nation a retrouvé, dans l’actualité, une nouvelle modernité. Le nationalisme ambiant des périodes d’avant-guerre, en particulier d’avant la première guerre mondiale a fait écrire récemment à Alain Finkielkraut dans « l’identité malheureuse » qu’il existait une certaine idée romantique dans le nationalisme du début du 20 me siècle.Depuis, coupable du génocide des juifs et du crime colonialiste, l’Europe, écrit-il, est devenue méfiante, à raison, envers toute forme de romantisme nationaliste et craint aujourd’hui, l’identité nationale comme la peste.

Mais peur de quoi ? Du concept de Nation ?

C’est un poncif que de citer le célèbre discours d’Ernest Renan de 1882 à la Sorbonne mais il existe peu de perception aussi claire et pragmatique sur ce concept. (Pragmatique aura exclu Barres).

Depuis la fin de l’Empire romain, ou, mieux, depuis la dislocation de l’Empire de Charlemagne, l’Europe occidentale s’est divisée en nations, dont quelques-unes, à certaines époques, ont cherché à exercer une hégémonie sur les autres, sans jamais y réussir d’une manière durable.Les nations, entendues de cette manière, sont quelque chose d’assez nouveau dans l’histoire et l’Empire romain quant à lui, fut bien plus près d’être une patrie.C’est l’invasion germanique qui introduisît dans le monde le principe qui, plus tard, a servi de base à l’existence des nationalités .

La nation moderne est donc un résultat historique amené par une série de faits convergeant dans le même sens. Tantôt l’unité a été réalisée par une dynastie, comme c’est le cas pour la France ; tantôt elle l’a été par la volonté directe des provinces, comme c’est le cas pour la Hollande, la Suisse, la Belgique ; tantôt par un esprit général, tardivement vainqueur des caprices de la féodalité, comme c’est le cas pour l’Italie et l’Allemagne.Le Siècle des Lumières a permis de recentrer une certaine idée de l’homme, après des siècles d’abaissement, au respect de lui-même, à l’idée de ses droits. Les mots de patrie et de citoyen ont repris leur sens. Avec la révolution française, il a fallu se rendre à l’évidence qu’une nation pouvait donc exister en dehors d’un principe dynastique.

Alors serait-ce la race qui définit la Nation ? Pour Ernest Renan, autant le principe des nations est juste et légitime, autant celui du droit primordial des races est étroit et plein de danger pour le véritable progrès. La considération ethnographique n’a donc été pour rien dans la constitution des nations modernes .La France est celtique, ibérique, germanique. L’Allemagne est germanique, celtique et slave. La vérité est qu’il n’y a pas de race pure et que faire reposer la politique sur l’analyse ethnographique, c’est la faire porter sur une chimère.La conscience instinctive qui a présidé à la confection de la carte d’Europe n’a tenu aucun compte de la race.

Alors le fait de parler la même langue ? A cela, Renan rétorque que la Suisse fonctionne avec la langue Italienne, Française et Allemande et que, malgré la variété de ces idiomes, la volonté de vivre ensemble des Suisse est un fait bien plus important qu’une similitude souvent obtenue par des vexations.

L’appartenance à une même religion serait alors peut être une piste ?

Pas vraiment, car si à l’origine, la religion tenait à l’existence même du groupe social, de nos jours, la situation est parfaitement claire : Il n’y a plus de masses croyant d’une manière uniforme. Chacun croit et pratique à sa guise, ce qu’il peut, comme il veut. Il n’y a plus de religion d’État.

On se tourne alors vers la communauté d’intérêt ? Certes, la communauté d’intérêt est sans nul doute un lien puissant entre les hommes mais les intérêts, cependant, suffisent-ils à faire une nation ? Assurément non. La communauté des intérêts fait les traités de commerce. Il y a dans la nationalité un côté de sentiment ; elle est âme et corps à la fois ; un Zollverein n’est pas une patrie.

Reste donc la Géographie : la Géographie fait- elle la Nation ?

Pour Renan,la géographie est un des facteurs essentiels de l’histoire mais la terre n’est que cela. La terre fournit le substratum, le champ de la lutte et du travail ; l’homme fournit l’âme. L’homme est tout dans la formation de cette chose sacrée qu’on appelle un peuple. Rien de matériel n’y suffit. Une nation est un principe spirituel, résultant des complications profondes de l’histoire, une famille spirituelle, non un groupe déterminé par la configuration du sol.

 

Alors, qu’est-ce qu’une Nation ?

Une nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n’en font qu’une, constituent cette âme, ce principe spirituel. L’une est dans le passé, l’autre dans le présent. L’une est la possession en commun d’un riche legs de souvenirs ; l’autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis.

La Nation, comme l’individu, est l’aboutissant d’un long passé d’efforts, de sacrifices et de dévouements. Le culte des ancêtres est de tous le plus légitime ; les ancêtres nous ont faits ce que nous sommes. Un passé héroïque, des grands hommes, de la gloire (j’entends de la véritable), voilà le capital social sur lequel on assied une idée nationale. Avoir des gloires communes dans le passé, une volonté commune dans le présent ; avoir fait de grandes choses ensemble, vouloir en faire encore, voilà les conditions essentielles pour être un peuple.Une nation est donc une grande solidarité, constituée par le sentiment des sacrifices qu’on a faits et de ceux qu’on est disposé à faire encore.

L’homme n’est esclave ni de sa race, ni de sa langue, ni de sa religion, ni du cours des fleuves, ni de la direction des chaînes de montagnes. Une grande agrégation d’hommes, saine d’esprit et chaude de cœur, crée une conscience morale qui s’appelle une nation. Tant que cette conscience morale prouve sa force par les sacrifices qu’exige l’abdication de l’individu au profit d’une communauté, elle est légitime, elle a le droit d’exister.

 

« Consentement », « volonté » , voici des mots acceptables pour le lecteur libéral qui tendraient même à réconcilier la vision du nationalisme de Renan avec nos propres intuitions. Certains argumenteront surement qu’il est aussi question d’une « abdication de l’individu », cette même notion de l’individu que Barres qualifiait de « moi individuel ». Ainsi, pour Barres, nous perdrions tous un »moi individuel » au profit d’un moi collectif. Certes, mais par choix. Une donnée du libre arbitre.

Après tout, l’homme nait seul et meurt seul mais doit-il vraiment vivre seul tout le long du parcours pour faire preuve d’un véritable esprit libéral combatif luttant contre toute perte d’individualité?

Auteur: Emmanuelle Gave

Emmanuelle Gave est titulaire d'un DEA de Droit des AFFAIRES de PARIS II (Assas), ainsi qu'un LL.M de Duke University. Lauréate du barreau de Paris, elle prête serment en 1996. Elle est Directrice Exécutive de L'Institut des Libertés depuis janvier 2012.

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23 Commentaires

  1. Article généraliste très intéressant.
    Et en ce qui nous concerne plus précisément en tant que français ?

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  2. Bonjour,

    Un excellent exemple est celui de la Suisse : il n’y a pas de race suisse, il n’y a pas de religion suisse, il n’y a pas de langue suisse. Il n’y a rien de Suisse… sauf la Suisse !
    Le simple fait de la part des Helvètes d’être, de se sentir, et de vouloir demeurer Suisse fait d’eux une authentique nation. Il n’y a pas besoin d’autres motivations. Lesquelles autres motivations peuvent être les bienvenues dans la démarche intellectuelle qui construit et alimente la notion de nation mais elles ne sont pas l’essence de la nation.
    L’essence de la nation est de vouloir en être une, quelles que soient les conditions humaines ( historiques notamment ) et physiques ( géographiques ) qui donne naissance à sa fondation, et assure sa pérennité.

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    • Cher Monsieur,

      Je crois que vous êtes d’accord avec Renan. La nation est à l’état ce que la grâce est à la beauté. Un « je ne sais quoi »:-)

  3. Cette question est essentielle car il ne peut y a voir de souveraineté sans nation. et c’est à mon sens bien là la grande arnaque du projet d’union politique Européenne. On y fait la loi mais au nom de qui ? Existe-t-il une nation Europénne au sens ou les Européens veulent ils vivre dans une même nation. Pendant longtemps je me suis dit que non. Et puis je me rappelle mes 20 ans. A cette époque j’avais envie de vivre dans le même espace que les autres Européens. Mais quel espace ? Et la seconde question quelle organisation des pouvoirs, car là point de séparation ou seulement d’apparat.

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  4. Je me permets de saluer cet article, qui est une véritable respiration pour l’esprit!
    Il est rare que je sois totalement en phase avec un article, aussi brillant soit-il.
    Cependant, devant la rigueur intellectuelle, la clarté et la sincérité du propos, je m’incline bien volontiers. Néanmoins, chère Madame Gave, tout ceci n’est pas nouveau chez vous et vous commencez à nous habituer à l’excellence!

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    • Merci beaucoup.
      Un lundi matin, c’est plus que jamais appréciable 🙂

    • Ne me remerciez pas Madame. Il nous appartient, à nous français (surtout ceux de la nouvelle génération), de manifester notre estime à la seule élite qui vaille; à savoir celle qui incarne une véritable espérance pour notre nation. Donc merci à vous et à tous ceux qui participent à cette aventure!

  5. Peut on être citoyen Français et ne pas parler le français?

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    • A ce stade de notre développement en tant que Nation, je dirais non. En revanche, théoriquement, une nation peut avoir plusieurs langues d’orgie si tel est la donne voulue par tous dans sa création.

  6. De ce célèbre texte de Renan on omet presque toujours ceci : « Les nations ne sont pas quelque chose d’éternel. Elles ont commencé, elles finiront. La confédération européenne, probablement, les remplacera. ». Les seules nations européennes qui semblent encore robustes sont les monarchies nordiques…même l’imperturbable monarchie britannique fait problème…quant à nous !

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  7. Bonjour,

    Vision franco-française.

    Pour les Allemands,c’est la notion de race qui déterminait si on est volkisch ou pas. pour les Ju*fs aussi d’une certaine manière, on ne l’est que si Maman l’est ou alors il faut faire tout un machin.

    Pour les musulmans, c’est une pure question de foi.

    Pour l’ex-Yougoslavie, la différence entre un croate et un serbe est l’alphabet et la religion.

    Pour la Belgique, c’était le catholicisme qui différenciait le Flammand du Hollandais.

    La religion et la race ou origine familiale est bien un facteur déterminant que cela plaise ou non aux Français.
    « Des musulmans peuvent-ils être français ?
    Exceptionnellement oui, généralement non. »

    Charles de Foucauld.
    http://www.pointsdereperes.com/articles/charlesdefoucauld-a-renebazin

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    • bonjour,

      oh mon dieu, Renan serait donc franco français? On nous aurait menti! Mon Dieu, encore une fois, on nous cache tout on ne nous dit rien.

      Une autre porte ouverte à enfoncer?

    • Quand, je parle du pain, je parle des différents types de pains et du pain en général, si je veux parler du pain français, j’intitule mon article « La baguette ».

      Ensuite, vous esquivez habilement les faits dérangeants.

      La France est une nation de RACE BLANCHE à majorité bien que d’autres races y soient possibles, de RELIGION CHRETIENNE, catholique et légèrement protestant bien que des Juifs, Musulmans, athées et autres en font partie et de culture greco-romaine et aussi un territoire.

      Même si il y a effectivement un « roman national », 300 000 noirs animistes qui décideraient de se l’approprier dans une île du Pacifique, cela ne serait pas la France.

      Ensuite NIER que la race n’a joué aucun rôle, il est mort avant les années 30, on peut l’excuser mais vous …

      Pour la langue, est turc celui qui le parle.

      La géographie, « The land and the mens ».

      Les Anglais sont-ils anti-européens parce que c’est leur âme ou leur âme est-elle ainsi parce que leur géographie la prédétermine de la sorte ?

      Les Américains étaient-ils isolationnistes parce qu’ils étaient des « libertariens » ou parce qu’ils étaient à 6000 kms de l’Europe ?

      Les Européens du Sud sont-ils « oisifs » de par leur âme ou à cause du climat ?

      Les habitants des climats rudes le sont-ils à cause de leur âme ou l’âpreté du climat ?

      La religion : Isra*l, Etat des Ju*fs, tout Ju*f doit accomplir son service militaire et Daesh, Etat des musulmans ou prétendus de la sorte. Serbie, Croatie, même langue, même race mais les uns étant catholiques, les autres orthodoxes.

  8. Un sage disait que le sentiment national est ce qu’il y a de plus nôble, car « la nation est son corps et la religion son esprit ».

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  9. Madame,
    Merci beaucoup pour ce billet qui nous incite à réfléchir, en cette difficile période, à ce que nous n’aurions pas dû autant négliger au cours des quatre dernières décennies.

    Le mot nation vient du latin nascio ou natio, qui signifie naître et qui désignait les petits d’une même portée. Il a signifié aussi, par extension, un groupe humain de la même origine ou dont le trait commun est la conscience d’une appartenance à un même groupe.

    Quant au Général de Gaulle, il disait de la nation France : « C’est très bien qu’il y ait des Français jaunes, des Français noirs, des Français bruns. Ils montrent que la France est ouverte à toutes les races et qu’elle a une vocation universelle. Mais à condition qu’ils restent une petite minorité. Sinon, la France ne serait plus la France. Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne. »

    Les critères que vous avez énoncés : la race, la langue, la religion et la géographie (je laisse de coté la communauté d’intérêt, car je considère que c’est plus une résultante qu’un élément constitutif) m’apparaissent donc tous indispensables pour constituer une nation, même si chacun pris séparément n’est pas suffisant et n’est pas monolithique (toujours cette notion d’équilibre essentielle à la vie et à la bonne compréhension de la réalité d’un moment ; la sagesse asiatique évoque le Yin et de Yang).

    J’avoue ma perplexité philosophique quant à l’usage des termes « âme » et « principe spirituel », même si je comprends que l’une serait la possession en commun d’un passé et l’autre une volonté de continuer à vivre ensemble (bref, une mobilisation de la pensée et de l’esprit qui reconnaissent un collectif à sauvegarder et éventuellement à aimer).

    Ce que je trouve intéressant dans votre article c’est que vous expliquez qu’identité collective et libéralisme ne sont pas du tout incompatibles, voire antinomiques, alors que les dérives économiques de ces dernières décennies nous inciteraient à penser, et beaucoup le pensent effectivement, que le libéralisme, confondu avec le capitalisme étatique de connivence, est un dissolvant des identités collectives.

    En revanche, me permettrez-vous de ne pas partager votre passage sur « les Lumières qui auraient permis de recentrer une certaine idée de l’homme, après des siècles d’abaissement » ? De mon point de vue, ça aurait mérité une plume plus prudente et une plus grande prise en compte de ce que le christianisme nous a apporté.

    Je terminerai en avouant que les religieux de la République française, dans son idéologie d’origine révolutionnaire toujours perceptible dans les moments non consensuels, affaiblissent mon désir de vouloir vivre ensemble. Je ne parviendrai jamais à passer en pertes et profits le génocide vendéen et la fameuse Terreur révolutionnaire qui est un élément constitutif et non un accident historique; à la faveur de la situation économique, financière et géopolitique actuelle, elle pourrait bien renaître, bien sûr, sous des formes différentes.

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    • Cher monsieur,

      Merci pour votre réflexion.
      Pour revenir sur votre première question, le fait que Nation et Libéralisme soient compatibles,c’est justement une des perceptions de Renan. Pour lui, appartenir à une nation relève d’un choix positif et individuel .
      or, si l’on constate quelque chose dans notre société, c’est bien l’absolu infantilisation de la société ou tout choix individuel est progressivement ôté. A force de normer les comportements, il est facile de se mouvoir sans avoir à réfléchir et même le vote citoyen n’est guère un challenge. Les idées? de quoi parle t-on ?

      Est ce donc un hasard si la Nation se retrouve une peau de chagrin puisque de facto, personne ne choisit plus rien. On avance mollement .

      Et quand des malheurs surviennent, on se tourne vers l’Etat et des débordements d’émotions en guise de gestion.

      En ce qui concerne votre second point de vue, vous avez raison. Le christianisme est une religion qui a reconnu à l’homme son libre arbitre. En revanche, force est de constater qu’en terme d’application politique, il faut attendre l’abbé Seyes pour entrevoir le début d’une notion de choix individuel face à la Nation. Devant Dieu, tous les hommes ont toujours été égaux. En revanche, il faut bien constater que ces sains principes ont mis du temps à trouver leurs applications , par un étrange phénomène….

      Les religieux de la république sont par essence, des personnes étrangères à la notion de choix. En cela, ils sont évidemment complètement arriéré face à cette pensée.

      On méprise souvent l ‘assimilation américaine, à tort. Car, dans les cérémonies de nationalité, il est demandé de prêter serment et cette volonté affichée, le fait de dire, la parole, cela a une portée sur l’homme.

      Depuis Mai 68, le renversement idéologique a renversé le schéma du choix par celui de l’acceptation. On ne demande plus à personne de choisir d’être Français, on demande aux autres d’être tolérant envers « les différences ».
      Mais pourquoi cette honte devant le choix?

  10. Si les vieilles nations européennes comme la France, l’Espagne ou l’Angleterre le sont indubitablement, il y a beaucoup de doutes sur des pays comme la Syrie, l’Irak ou la Jordanie, qui sont des créations de l’Angleterre (et un peu de la France) il y a à peine un siècle. Il n’est pas étonnant dès lors que l’idée même de leur imposer une démocratie ne fonctionne pas et conduise au chaos que l’on voit aujourd’hui. Il n’en va pas de même de l’Egypte qui est, elle, une vraie nation.

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  11. C’est toujours passionnant de vous suivre dans vos arabesques intellectuelles.
    Intuitivement, je perçois la Nation comme la famille qui n’est pas de chair. Mais c’est bon de poser les outils 5 minutes et réfléchir à ce thème crucial.

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  12. C’est la religion qui « cimente » un peuple. Constantin et Clovis ont tout compris.
    Les maux de la France outre Rousseau, les Lumières.

    « La philosophie, qui préparait la ruine du christianisme, et le christianisme qui proscrivait l’esprit d’examen » – Thérèse philosophe (ouvrage libertin) – Boyer d’Argens. – Clairvoyant, car il est mort en 1771.

    ²Des économistes du dernier siècle vantaient dans une société la moderne philosophie.
    –Quel bien a-t-elle donc fait?… demanda une dame.
    –Les philosophes, Madame, répondit d’Alembert, ont abattu la forêt des préjugés.
    –Je ne suis plus surprise, répliqua cette dame en riant, que vous nous débitiez tant de fagots.

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  13. La distinction entre « nation » et « etat » complique la donne. Le passe peut etre commun et partage, mais le desir de vivre ensemble peut changer.
    Un exemple recent est celui de la Catalogne. Les Catalans se considerent une nation et maintenant revendiquent un etat. Idem pour les Ecossais.
    Pour les Catalans, la langue est le facteur le plus important dans leurs revendications. C’est la raison principale invoquee par mes voisins a Barcelone. Pourtant leur passe se confond avec celui de la peninsule Iberique. Leurs valeurs sont semblables a celles de l’Espagne et des democraties Europeennes.
    « nation et nationalisme ne sont plus des termes adequats pour definir et moins encore pour analyser les entites politiques proposees sous ces termes ni meme les sentiments qu’ils recouvraient jadis  » ( Eric Hobsbawn. Nations et Nationalisme).

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    • Cher vieux dinosaure, l’état est la forme administrative qu’à pris l’expression de la Nation mais ce sont deux choses distinctes pour un constitutionnaliste. Je ne pense pas que la langue, pas plus que la géographie soient des facteurs déterminants.

  14. Chère Madame,

    Ce que vous écrivez est très juste et d’un grand niveau intellectuel.
    Plus simplement, pour aimer une nation, il faut « s’y reconnaitre dedans », aimer les valeurs qu’elle représente, c’est un peu un « affectio societatis ». Si on aime son pays, on accepte de payer ses impots, on accepte ses lois etc… . L’ennui c’est que de plus en plus de français ne se reconnaissent pas dans la France actuelle, tellement elle a changé, tellement il y a de lois, tellement l’administration les ennuie, alors que beaucoup de valeurs morales disparaissent (solidarité nationale, mais aussi intergénérationnelle…).
    Bien cordialement

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    • Cher Monsieur,

      Je suis d’accord que l’affectio societatis, qui est une notion utilisée en droit des sociétés devrait être plus souvent pensée dans l’architecture de nos cités. Ce que l’on appelle le vivre ensemble désormais fait plus souvent appel à la tolerance là ou pour être constructif, il serait plus heureux de faire ressortir le choix positif.
      Le travail n’est pas tant d’accepter autrui, qu’autrui cherche aussi vraiment à faire corps avec ce pays.

      La ou nous devrions dans une nation vivre un mariage choisi, nous nous retrouvons plus dans une situation de famille recomposée avec des beaux enfants qui ne veulent pas de parler.
      Légiférer n’est effectivement pas la solution.

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