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Charles Gave

Reagan versus Keynes ou pourquoi il ne faut confondre déficit et dépenses étatiques

Comme tout bon intellectuel digne de ce nom, je dois confesser que je suis sujet à des “idées fixes” qui reviennent fréquemment et que j’ai du mal à chasser.L’une de ces obsessions (outre l’Euro) est bien sur le désastre représenté par les politiques Keynésiennes suivies avec beaucoup de constance un peu partout dans le monde depuis des lustres, et toujours avec les mêmes effets désastreux. Voila qui m’agace. Que les hommes politiques recommencent encore et toujours à  faire les mêmes erreurs est … irritant.Mais là où j’ai tendance à m’énerver, c’est quand des confrères économistes (qui eux ne peuvent pas ne pas savoir) m’expliquent la bouche en cœur que Reagan a suivi une politique “Keynésienne” après son élection de 1980 puisque disent-ils  “le déficit budgétaire US a augmenté pendant les deux premières années de son mandat”. Las, je suis donc, encore et toujours.

C’est ce qui m’amène à écrire ce papier, pour une fois de plus remettre les pendules à l’heure et expliquer ce qu’est ou ce que n’est pas une politique Keynésienne.

Toute politique Keynésienne repose en termes simple sur deux postulats:

1.Un accroissement des dépenses de l’Etat est nécessaire et cela n’a rien à voir avec un déficit budgétaire. L’accroissement du poids de l’Etat dans l’économie génèrerait des effets multiplicateurs qui relanceraient l’activité.  C’est la fameuse relance par la consommation chère à toute la classe politique Française de Gauche comme de Droite depuis 1973.

2.Cet accroissement des dépenses de l’Etat doit être facilité par des taux d’intérêts anormalement bas. Des taux d’intérêts bas ou encore mieux négatifs en termes réels permettent ce que Keynes appelait  « l’euthanasie du rentier” et donc autorisent  l’économie à croitre de nouveau puisque le rentier a la fâcheuse habitude de dissimuler ses pièces d’or dans son matelas à la place de joyeusement les faire circuler, ou encore mieux d’emprunter comme devrait le faire tout bon citoyen. Voyez-vous, ce qui crée la récession, ce n’est pas le gaspillage public ou la sur taxation, mais l’excès d’épargne auquel se livre la bourgeoisie…

Hausse des dépenses de l’Etat en pourcentage du PIB+ taux réels négatifs, voila donc quels sont les DEUX critères de toute politique Keynésienne et ils doivent être présents tous les deux en même temps pour qu’une politique puisse être légitimement libellée Keynésienne.

 

Question:  quand donc avons nous eu cette combinaison aux USA?

Depuis 1965, nous avons eu DEUX grandes périodes Keynésiennes aux États-Unis , si l’on retient les deux critères mentionnés plus haut.

  • Celle allant de 1965 à 1980  et se terminant avec Reagan et Volker
  • Celle qui a commencé en 2002 et qui  s’est peut être arrêtée en 2012 avec l’élection d’une majorité Républicaine à la chambre des Représentants, ce qui a bloqué net la hausse des dépenses.

En effet pendant ces deux périodes nous avons eu à la fois des taux réels négatifs ET une hausse du poids de l’Etat dans l’économie, comme en fait foi le graphique suivant.

croissance eco et Keynes

 

Les périodes hachurées vertes correspondent aux  moments ou les taux d’intérêts réels (courts) étaient négatifs. Par exemple,  la hausse des prix était à 7 % et les taux courts à 5 %, pour un rendement après inflation ( dit « REEL ») de -2 %. Aujourd’hui, la hausse des prix aux USA est aux environ de 1.5 % par an et les taux  courts sont à zéro, ce qui veut dire que le déposant perd 1. 5 % de son capital par an (la fameuse “euthanasie du rentier”), ce qui devrait, d’après monsieur Keynes le forcer à dépenser son argent toutes affaires cessantes et donc “relancer la croissance”… Relancer la croissance en imposant le capital, que voila une idée intéressante…soutenue avec enthousiasme par monsieur Piketty par exemple.

La ligne rouge, sur le graphique du haut correspond à notre deuxième critère, le poids de l’Etat dans l’économie Américaine, qui de 1965  à 1980 est passé de 22.5 %  en 1965 à 30 % en 1980, puis de 30 % en 2002 à 36 % en 2012 avant de retomber à 34% aujourd’hui .

On voit fort bien que pendant les périodes “Keynésiennes”  de 1965 à  1980 et de 2002  à 2012, le poids de l’Etat dans l’économie ne cesse d’augmenter tandis que les taux réels restent négatifs.Critères  remplis donc.

Passons à  la ligne noire sur le graphique du bas.

Cette ligne noire est l’outil qui nous permet de vérifier si la politique suivie a fonctionné ou pas. Elle correspond  à la croissance STRUCTURELLE du PIB Américain, c’est à dire à la croissance moyenne sur les 7 années précédentes. Le lecteur voit fort bien que quand les taux sont anormalement bas (ce qui permet la croissance des dépenses étatiques), alors la croissance structurelle  ralentit très fortement, et bien entendu. le chômage monte tandis que les déficits budgétaires se creusent… Le lecteur voit ainsi que quand le poids de l’Etat augmente, la croissance diminue…

Ce que ne nous disent jamais les Keynésiens c’est que pour “éviter une récession” le trimestre prochain,  le prix à payer sera  une croissance beaucoup plus faible ensuite pendant des années.  Car maintenir des taux réels négatifs , c’est subventionner les hommes politiques pour qu’ils dépensent de l’argent, ce qui revient à donner les clés de sa cave à vins à un sommelier alcoolique.  La seule façon d’empêcher la croissance de l’Etat, c’est que l’argent  emprunté par l’Etat le soit à son vrai prix, ce qui s’est passé de façon ininterrompue aux USA de 1980 à 2000 et c’est ce qui permit à la croissance  outre-Atlantique de redevenir ‘normale” comme on le voit fort bien sur le graphique.  Dans les périodes non Keynésiennes, le taux de croissance structurel de l’économie se redresse, le chômage baisse et les deficits budgétaires disparaissent.  En 2000, les Etats Unis étaient en excédent budgétaire..avant que monsieur Greenspan ne décide de retourner à des taux réels négatifs en 2002…

Encore une fois , ce qui se voit et ne se voit pas…

TOUTES les expériences historiques montrent en fait qu’une politique Keynésienne telle que je l’ai défini échoue toujours et partout dans le domaine économique,  et la France en est un merveilleux exemple. Mais on oublie toujours qu’un grand nombre de ces expériences montrent aussi qu’une politique Keynésienne permet à la classe des “Oints du Seigneur” de prendre le contrôle de l’Etat et de ne plus le lâcher.Il faut donc bien comprendre que pour les Oints du Seigneur, le but n’est pas le bonheur et la prospérité de la population, mais de prendre le pouvoir et d’y rester.

Et la, le Keynésianisme est imbattable, puisqu’il permet aux Oints du Seigneur de se constituer des cohortes entières de supporters qui seront forcés de voter pour eux à chaque élection, faute de quoi, ils perdraient leurs prébendes.Donc, quand quelqu’un me dit que le Keynésianisme a toujours échoué , je réponds à chaque fois : ” Ça dépend pour qui. En tout cas, pas pour ceux qui l’ont mis en place à  leur profit, bien au contraire.” Qui pourrait imaginer que messieurs Hollande, Ayrault ou Harlem Désir aient pu arriver au pouvoir s’ils n’avaient pas été soutenus massivement par une “Classe” au sens Marxiste du terme , celle des ‘”Oints du Seigneur” qui sait fort bien qu’elle ne doit sa prospérité et sa prééminence qu’au rôle toujours accru de l’Etat.  Pour cette Classe, le but ultime  est d’empêcher que quelqu’un ne dise que le Roi est nu, d’où le contrôle de fer exercé sur les Media, les Universités ou le système Judiciaire …

Et cette Classe, comme en Union Soviétique  à l’époque de monsieur Brejnev, sait fort bien qu’elle ne doit faire monter que les plus médiocres, (Barroso, Van Rompuyt,  Delors, Trichet …) les autres pouvant avoir la curieuse idée de vouloir réformer le système, ce qui assurerait  l’effondrement du système comme on l’a vu  en URSS quand Gorbatchev est arrivé.  Seuls les médiocres sont sélectionnés, un peu comme dans le haut Etat major Français dans les années 30….

Mais revenons au début des années Reagan pour bien faire comprendre au lecteur ce qui est vraiment  arrivé à l’époque aux USA..

D’abord, pour tuer l’inflation, monsieur Volker fit monter les taux courts à 20%, avec l’assentiment du Président, ce qui augmenta immédiatement les frais financiers de L’Etat . D’ou déficits budgétaires accrus , mais l’épargnant  fut le grand gagnant de cette augmentation des taux. En fait, des taux élevés transfèrent du pouvoir d’achat aux petites gens et pénalisent les riches souvent lourdement endettés.   Voila une politique éminemment sociale s’il en fût. Ensuite, cette hausse des taux déclencha une très forte récession, toutes les entreprises qui auraient du sauter depuis des années et qui avaient été maintenus en survie artificielle disparaissant brutalement en même temps. D’ou hausse des allocations chômage et donc du déficit budgétaire, à cause de ce qu’il est convenu d’appeler les stabilisateurs  automatiques (voir Schumpeter).  Tous ceux qui avaient des “faux boulots” les perdirent. Les faux boulots appauvrissent tout le monde.

Enfin, et il faut s’en souvenir l’Union Soviétique venait d’envahir l’Afghanistan, l’ambassade Américaine avait été  prise d’assaut en Iran et les diplomates retenus prisonniers, signes évidents que  plus personne ne respectait la puissance militaire des USA ou n’avait peur de Jimmy Carter.Pour redonner de la crédibilité  à son pays Reagan augmenta massivement  le budget de la Défense aux USA, ce qui 10 ans plus tard, faisait imploser l’URSS…

En faisant cela, Reagan faisait certes monter le déficit budgétaire, mais il faisait surtout baisser la prime de risque géopolitique sur les marchés et lançait le dollar à  la hausse… ce qui relançait l’économie mondiale. Il s’agissait donc d’un investissement et non d’une consommation à fonds perdus comme le sont certains transferts sociaux  d’aujourd’hui.

 

Et du coup, pendant les deux premières années de sa Présidence, le déficit budgétaire explosa à la hausse puisqu’il fallait corriger les erreurs des 20 années précédentes.  Mais cela n’avait rien, mais rien à  voir avec une politique keynésienne et tout à voir avec l’abandon de ces politiques keynésiennes qui avaient été suivies depuis plus de 15 ans et qui avaient échoué lamentablement, comme elles le font toujours. Nettoyer les écuries d’Augias coute cher.

La preuve en est que le Président Reagan diminua  immédiatement le taux marginal d’imposition (anathème total pour tout Oint du Seigneur),  coupa dans les dépenses inutiles, vira les syndicalistes qui faisaient grève alors qu’ils n’en avaient pas le droit et le poids de l’Etat dans l’Economie du coup se stabilisa avant que de baisser.

Deux ans après l’arrivée de Reagan, ce poids de l’Etat dans l’économie se stabilisa, après une période de hausse ininterrompue qui avait duré plus de 15 ans pour commencer sa décrue qui dura de 1982 à  2000, ce qui est un résultat incroyable!Donc, ceux qui disent que Reagan a suivi une politique Keynésienne de déficits budgétaires, en fait confondent déficits budgétaires et hausse des dépenses étatiques.Je n’ai rien contre les déficits budgétaires. Autoriser des hausses des dépenses budgétaires par contre c’est ouvrir la route  de la servitude.

Il me faut maintenant conclure cette petite revue historique avec TROIS remarques.

1.La politique suivie aux USA  aujourd’hui est EXACTEMENT l’inverse de celle suivie par Reagan et tout à fait conforme  à celle suivie par Carter. Je ne  vois pas très bien pourquoi ce qui a échoué avec Carter et Burns devrait réussir avec Obama et Yellen ou Bernanke.

2.Quand  un homme d’Etat prend la suite d’un Keynésien et doit changer de politique pour passer  à une politique de l’offre , il faut entre deux et trois ans pour que la désintoxication commence  à avoir des effets positifs sur les chiffres annoncés . En termes simples, il faut près de deux ans pour que les effets cycliques négatifs de la baisse des dépenses de l’Etat sur cette imbécillité qu’est le PIB (où l’on considère qu’une baisse des dépenses de l’Etat est un appauvrissement ?)  soient compensés par  la reprise du secteur privé qui commence. En général cette période un peu difficile de deux ans est accompagnée d’une hausse des marchés financiers qui anticipent la sortie de crise. Mais c’est pendant ces deux ans que la pression des “Oints du Seigneur” est gigantesque comme monsieur Cameron en a récemment fait l’expérience en Grande Bretagne. C’est cette pression que messieurs Sarkozy ou Chirac ont toujours refusé d’affronter.

3.Aussi curieux que cela paraisse, il faut attendre de plus entre 7 et 10 ans pour que les effets structurels commencent à jouer à plein et pour que le taux de croissance à long terme ne s’accélère. J’ai vu cela au Canada, en Suède, en Grande Bretagne, aux USA, en Allemagne…..

Il faut donc un courage inouï à un politique pour se lancer dans ce qui est en fait une mission impossible car il est à  peu prés certain qu’il n’en sera pas récompensé par l’électorat.Mais c’est aussi pour cela que les hommes ou les femmes qui ont pris ce risque restent toujours dans l’inconscient collectif des Peuples comme des ‘héros” au sens Grec du terme, c’est à dire comme des individus qui ont su forcer le  “Fatum” et imposer leur volonté à un destin hostile.

C’est tout le mal que je souhaite à monsieur Valls. De se faire honnir par les Oints du Seigneur dans les deux ans qui viennent et que les Français se souviennent de lui avec émotion, dans trente ans, après l’avoir viré dans trois ans. Mais est-il enfanté des Dieux?

 

 

Charles Gave