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Jean-Baptiste Noé

Pourquoi la Chine va tomber.

 

Faisons un peu de prospective géopolitique pour expliquer pourquoi la Chine va tomber dans les quinze ans qui viennent et ne sera jamais la première puissance mondiale en 2049. En 1985, Friedrich Hayek était reçu par le maire de Paris, Jacques Chirac, pour recevoir la médaille d’or de la ville. Lors du discours de réception il annonça la disparition de l’URSS au cours des années 1990, ce que bien évidemment personne ne crut à l’époque. L’URSS devait gagner, et les États-Unis être vaincus. L’analyse de Friedrich Hayek reposait sur deux éléments : un de philosophie politique et un d’analyse des faits. Premièrement, le respect des libertés fondamentales est indispensable au développement des pays. Sans liberté de conscience, sans propriété privée, sans liberté d’expression et liberté d’innovation, il ne peut pas y avoir de développement. Deuxièmement, l’URSS manque de ressources : elle ne produit pas assez et elle a épuisé les ressources dont elle dispose. Et une société sans ressource est condamnée à disparaître.

 

La Chine d’aujourd’hui est dans la même situation que l’URSS de 1989 : elle ne tolère pas les libertés et elle a épuisé ses ressources. Sa chute a moyen terme est donc prévisible.

 

Les fragilités chinoises

 

Les chiffres officiels dont nous disposons sur la Chine sont faux, que ce soit la production agricole et industrielle ou le développement économique. Ce qui est normal puisque ce sont des chiffres officiels, c’est-à-dire fournis par des agences gouvernementales dont la survie des dirigeants de ces agences dépend de la bonne santé des chiffres fournis. Il est donc impossible de connaître la réalité économique de la Chine qui, contrairement aux États-Unis et aux pays d’Europe, ne fournit pas de statistiques fiables. Prenons donc avec grande prudence les chiffres de croissance et de développement. Et souvenons-nous de l’URSS qui expliquait que sa production agricole ne cessait de croître alors que le pays était de plus en plus dépendant des ventes alimentaires des États-Unis.

 

Autre fragilité, la démographie. La politique de l’enfant unique va provoquer une chute brutale de la population et un vieillissement très important de la population que le pays n’a pas la capacité de gérer. C’est le problème de la démographie : c’est une science têtue, dont les effets se font irrémédiablement sentir, qu’on les accepte ou qu’on les refuse.

 

La dégradation environnementale est un autre sujet de faiblesse de la Chine. Pour une fois, suivons les données officielles qui, bien que probablement minorées, décrivent une réalité inquiétante. C’est dire. Ainsi, selon le Ministère de la Protection de l’environnement, 500 000 personnes meurent prématurément chaque année à cause de la pollution de l’air, 16% des sols du pays, dont 1/5 de terres arables, sont pollués et plus de 50% des cours d’eau ont disparu. Nous sommes-là face à des dégâts environnementaux majeurs, directement responsables de la mort de milliers de personnes. Les ressources chinoises sont fortement dégradées, ce qui obère à terme le développement du pays. À cela s’ajoute l’intense pollution des grandes villes.

 

Enfin, il y a l’absence des libertés fondamentales, ce qui là aussi empêche un développement sain de la Chine.

Pas de liberté, pas de développement

 

Le développement économique et social n’est pas la conséquence de la réunion de bonnes conditions matérielles. Il ne suffit pas de disposer de capitaux et de ressources pour produire un développement dans un pays. Raison pour laquelle par ailleurs l’aide au développement est une impasse. Le développement est d’abord une question d’esprit, c’est-à-dire d’innovation, d’inventivité ; esprit qui ne peut se développer que dans des sociétés où le droit respecte les libertés fondamentales, notamment la propriété privée et la liberté d’expression. Sans environnement juridique stable, il ne peut pas y avoir de développement. Mais là aussi, le droit n’est pas une succession d’articles et de codes. Il ne suffit pas de donner en partage le Code civil à la Chine pour que celle-ci établisse un régime juridiquement sûr. Le droit est une idée, une philosophie, qui ensuite se décline dans les codes et les articles. L’idée fondamentale du droit que nous connaissons en Europe, c’est le respect de la primauté de la personne, être social et de relation. Quand le groupe l’emporte sur la personne, les libertés ne sont pas respectées et l’innovation est détruite. Or on n’importe pas une philosophie du droit comme on copie des brevets ou des sacs Louis Vuitton. Il ne suffira pas à la Chine de faire une razzia chez Dalloz rue Soufflot à Paris pour établir un système juridique sûr et respectueux des personnes. C’est un changement d’esprit fondamental qui est nécessaire.

 

Sans liberté économique il ne peut pas y avoir de développement humain. Et la liberté économique fonctionne nécessairement avec la liberté politique. Deng Xiaping a cru que la Chine pourrait conserver le communisme et le parti unique et ne prendre que la liberté économique à l’Occident. Ce faisant, il a montré qu’il n’avait pas compris les fondements intellectuels du développement humain. Xi Xinping semble l’avoir compris : il a accru les contrôles intellectuels et resserré l’idéologie du parti. Ce faisant, il condamne la Chine à aller dans l’impasse économique.

 

Début 2014, le PCC a imposé un examen idéologique à tous les journalistes. Des résultats de cet examen dépendent la conservation de la carte de presse. Les journalistes qui n’ont pas intégré le discours officiel du Parti sont donc exclus de la profession. Xi Jinping a également fait main basse sur l’armée, qui est devenue un organe au service du Parti. Dès 2012, il a pris le contrôle de l’armée, ce que n’avait pas fait Hu Jintao, ce qui lui est bien utile en cas de troubles et de manifestations. Mais l’armée est gangrénée par la corruption et le népotisme, ce qui la fragilise grandement. Enfin, la lutte contre la corruption est surtout un moyen d’épuration politique. Le Comité central pour l’inspection disciplinaire du Parti communiste chinois a longtemps été dirigé par Wang Qishan (2012-2017), un proche de Xi Jinping, qui est aujourd’hui vice-président de la RPC. Ce Comité sélectionne soigneusement les personnes qui font l’objet d’une attaque anticorruption. Il y a certes des corrompus, mais il y a aussi des opposants politiques que le pouvoir cherche à éliminer en les faisant condamner. La lutte anti-corruption est un bon alibi pour éliminer les opposants politiques sous couvert du respect du droit.

 

Les dirigeants chinois restent traumatisés par la chute de l’URSS. Ils ne veulent permettre aucun espace de liberté pour empêcher l’explosion du système. Ce faisant, ils prennent le risque d’étouffer à petit feu la population chinoise et de provoquer un long déclin du pays.

 

Le danger militaire

 

Pour se développer, la Chine doit donc renoncer au parti unique et à la mainmise communiste et accepter le pluralisme intellectuel, ce qui n’est jamais arrivé dans son histoire. Si Xi fait cela, il peut sauver la Chine, mais il fera exploser le PCC et le système maoïste, comme ce qui est arrivé à Gorbatchev en URSS. Ne le voulant pas, la répression risque de devenir de plus en plus rude à l’égard de la population, à l’image de ces fichages de visages déjà en place dans les grandes villes.

 

L’absence de liberté intellectuelle va conduire à une déperdition économique de la Chine. Le pays va manquer des ressources nécessaires à son fonctionnement, ce qui risque d’entraîner des manifestations et des troubles dans les zones rurales d’abord, dans les zones urbaines ensuite. Le régime, défendu par son armée fidèle, va devoir réprimer massivement ses troubles afin de garantir sa survie. La guerre interne menace donc la Chine. Déjà, des émeutes rurales sont prestement recadrées.

 

L’autre risque est la guerre externe. Quand un pays ne dispose plus des ressources indispensables à son développement, il peut aller les chercher à l’extérieur, soit par le commerce soit par le vol et la razzia. C’est la deuxième option qui est suivie par la Chine. La razzia a commencé avec le projet des nouvelles routes de la soie, qui est un moyen de faire main basse sur l’Eurasie, et les investissements en Afrique, moyen de prendre les richesses de ce continent. La guerre externe n’est pas toujours larvée, elle peut aussi être directe. Les régimes totalitaires ont besoin de la guerre, pour arriver au pouvoir et pour s’y maintenir. La guerre est un moyen de contrôle des populations et de rapt des ressources nécessaires. L’Allemagne nazie et l’URSS ont largement pratiqué cela. Mao est arrivé au pouvoir par la guerre, son régime ne pourra survivre que par la guerre. Le risque est donc réel que la Chine ne retombe dans la guerre civile, comme en 1947-49 voire qu’elle fasse la guerre aux pays environnants, afin de s’approprier leurs ressources. Ce serait alors une déstabilisation massive de la région. Raison pour laquelle la chute prévisible de la Chine est un sujet que doivent prévoir les Européens et les Occidentaux.